Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La confession de Marie — Chapitre 1 · Ou comment j’ai appris à absorber les péchés
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La confession de Marie
Chapitre 1 · Ou comment j’ai appris à absorber les péchés
Préface
Ce texte n’a pas été écrit pour montrer.
Il a été écrit pour faire sentir.
Il a été écrit pour faire sentir.
Il raconte une chute, non pas spectaculaire, mais intime.
Une dérive qui ne s’exprime pas par la description des corps, mais par celle des pensées, des silences, des justifications que l’on se fabrique quand on sait très bien ce que l’on est en train de faire.
Une dérive qui ne s’exprime pas par la description des corps, mais par celle des pensées, des silences, des justifications que l’on se fabrique quand on sait très bien ce que l’on est en train de faire.
La narratrice parle à la première personne.
Elle ne décrit pas des gestes : elle décrit ce qu’elle accepte, ce qu’elle attend, ce qu’elle se permet de croire. Les mots restent volontairement détournés, incomplets, parfois religieux, parfois ambigus. Ce choix n’est pas une retenue morale, mais une cohérence : elle ne nomme jamais clairement ce qui lui permet encore de se mentir.
Elle ne décrit pas des gestes : elle décrit ce qu’elle accepte, ce qu’elle attend, ce qu’elle se permet de croire. Les mots restent volontairement détournés, incomplets, parfois religieux, parfois ambigus. Ce choix n’est pas une retenue morale, mais une cohérence : elle ne nomme jamais clairement ce qui lui permet encore de se mentir.
Le sexe est partout dans ce récit, mais jamais exposé.
Il est dans l’attente, dans la répétition, dans la ritualisation.
Il est dans la façon dont la faute devient fonction, puis nécessité.
Il est dans l’attente, dans la répétition, dans la ritualisation.
Il est dans la façon dont la faute devient fonction, puis nécessité.
Les “confessions” évoquées ici ne sont pas religieuses au sens strict.
Elles relèvent d’un autre sacrement, détourné, intime, et profondément humain. Chacun y vient chargé de ce qu’il n’arrive plus à porter seul. La narratrice, elle, se persuade qu’en recevant ces charges, elle accomplit une mission, jusqu’à ce que la frontière entre service et désir cesse d’exister.
Elles relèvent d’un autre sacrement, détourné, intime, et profondément humain. Chacun y vient chargé de ce qu’il n’arrive plus à porter seul. La narratrice, elle, se persuade qu’en recevant ces charges, elle accomplit une mission, jusqu’à ce que la frontière entre service et désir cesse d’exister.
Ce texte ne cherche ni à absoudre ni à condamner.
Il n’offre pas de rédemption.
Il n’impose pas de morale.
Il n’offre pas de rédemption.
Il n’impose pas de morale.
Il propose simplement une immersion dans une conscience qui glisse, lucide, volontaire, et dangereusement convaincue d’avoir raison.
Si vous cherchez une lecture explicite, frontale, descriptive, ce récit n’est sans doute pas celui que vous attendez.
Si en revanche vous acceptez de lire entre les lignes, de combler les silences, et de suivre une voix qui se raconte tout en se perdant, alors cette histoire est prête à vous recevoir.
Si en revanche vous acceptez de lire entre les lignes, de combler les silences, et de suivre une voix qui se raconte tout en se perdant, alors cette histoire est prête à vous recevoir.
Comme toute confession, elle exige surtout une chose : votre attention.
***
Prologue
Je n’ai jamais cru que l’abstinence guérissait quoi que ce soit.
Elle endort, tout au plus. Elle ralentit le corps, le rend docile, mais elle ne l’efface pas. Elle ne fait que repousser.
Elle endort, tout au plus. Elle ralentit le corps, le rend docile, mais elle ne l’efface pas. Elle ne fait que repousser.
Les nuits sont les pires.
Le jour, le couvent m’offre sa rigueur : les murs épais, la pierre froide, les gestes répétés jusqu’à l’oubli. J’y circule comme une ombre utile, discrète, presque irréprochable. Personne ne me pose de questions. Les sœurs ont appris à ne pas regarder trop longtemps. C’est une forme de charité.
Le jour, le couvent m’offre sa rigueur : les murs épais, la pierre froide, les gestes répétés jusqu’à l’oubli. J’y circule comme une ombre utile, discrète, presque irréprochable. Personne ne me pose de questions. Les sœurs ont appris à ne pas regarder trop longtemps. C’est une forme de charité.
Mais le soir, quand la porte de ma cellule se referme, il ne reste plus que moi.
Et mon corps.
Et mon corps.
Il a attendu longtemps. Trop longtemps.
Il n’a rien oublié.
Il n’a rien oublié.
Je m’agenouille parfois devant la petite table de bois, là où repose le crucifix. Je prétends prier. Je commence même par y croire. Puis il y a ce moment précis — toujours le même — où la prière se dissout, où les mots cessent d’avoir un sens, où quelque chose en moi réclame autre chose que le silence.
Je n’ai jamais su où placer la frontière entre la ferveur et le manque.
Je sais seulement que certains objets, quand on les tient trop longtemps, finissent par changer de fonction.
Je sais seulement que certains objets, quand on les tient trop longtemps, finissent par changer de fonction.
Je ne me raconte plus d’histoires.
Je sais exactement ce que je fais.
Et je sais surtout ce que cela m’apporte : un apaisement bref, imparfait, suivi d’une attente plus grande encore.
Je sais exactement ce que je fais.
Et je sais surtout ce que cela m’apporte : un apaisement bref, imparfait, suivi d’une attente plus grande encore.
Chaque nuit prépare la suivante.
Mon corps a repris ses droits avant que mon esprit ne l’admette. Il m’a rappelé ce que je savais déjà : il ne suffit pas de se couvrir pour disparaître. La mémoire ne vit pas seulement dans la tête. Elle vit ailleurs, plus bas, plus profond. Là où la volonté s’essouffle.
Je pensais avoir laissé tout cela derrière moi.
En réalité, je l’avais seulement rangé.
En réalité, je l’avais seulement rangé.
Puis il est entré dans l’église.
Je l’ai reconnu immédiatement.
La manière de se tenir, légèrement penchée en avant. Cette façon d’observer avant de parler. Le poids des années dans les épaules, mais pas dans le regard. Cinquante-huit ans, peut-être. Un homme qui a vécu, fondé une famille, bâti quelque chose de respectable. Un homme qui n’aurait jamais dû me revenir en mémoire.
La manière de se tenir, légèrement penchée en avant. Cette façon d’observer avant de parler. Le poids des années dans les épaules, mais pas dans le regard. Cinquante-huit ans, peut-être. Un homme qui a vécu, fondé une famille, bâti quelque chose de respectable. Un homme qui n’aurait jamais dû me revenir en mémoire.
Mon cœur a battu plus vite que ma raison.
J’ai baissé les yeux. J’ai prié — vraiment, cette fois — pour qu’il ne fasse pas le lien.
J’ai baissé les yeux. J’ai prié — vraiment, cette fois — pour qu’il ne fasse pas le lien.
Mais certaines reconnaissances ne passent pas par le visage.
Elles passent par le corps.
Elles passent par le corps.
Quand il s’est agenouillé pour se confesser, j’ai su que c’était perdu. Sa voix avait changé, un peu plus grave, un peu plus lente. Mais elle portait encore cette tension familière. Celle des hommes qui veulent maîtriser ce qui leur échappe.
Il a parlé de tentation. De fatigue. De pensées qu’il n’aurait pas dû nourrir.
Des mots simples. Propres. Bien choisis.
Des mots simples. Propres. Bien choisis.
Je l’écoutais à peine.
Je sentais surtout ce frémissement ancien, ce glissement intérieur que je connaissais trop bien. La sensation d’être vue autrement que comme une sœur. Comme un rôle.
Je sentais surtout ce frémissement ancien, ce glissement intérieur que je connaissais trop bien. La sensation d’être vue autrement que comme une sœur. Comme un rôle.
Quand il a quitté le confessionnal, je suis restée immobile un instant de trop.
Puis il est revenu sur ses pas.
Puis il est revenu sur ses pas.
— Tu n’as pas changé, a-t-il dit doucement.
Ou plutôt si... un peu plus de courbes. Mais toujours cette même façon de tenir le silence.
Il a souri. Pas un sourire obscène. Pire. Un sourire sûr de lui.
— Tu es aussi belle qu’à l’époque. Peut-être plus encore. Cette tenue... elle appelle à l’interdit.
J’ai joué l’outrage. Bien sûr que je l’ai fait.
C’était attendu. Nécessaire.
C’était attendu. Nécessaire.
Je lui ai parlé de respect, de péché, de confusion. J’ai invoqué Dieu, les vœux, la bienséance. J’ai élevé la voix juste assez pour qu’elle tremble. Il a baissé la sienne en retour.
Mais à l’intérieur, quelque chose se déployait lentement.
Un plaisir ancien. Celui d’être désirée. Reconnaissable. Lisible.
Un plaisir ancien. Celui d’être désirée. Reconnaissable. Lisible.
Il m’a dit qu’il se souvenait.
De tout.
De tout.
Qu’il savait ce que j’avais été.
Et que personne ici ne devait l’apprendre.
Et que personne ici ne devait l’apprendre.
Le chantage avait la douceur d’une évidence.
Un échange tacite. Un silence contre autre chose.
Un échange tacite. Un silence contre autre chose.
Il croyait tenir les rênes.
Les hommes pensent souvent cela quand ils nomment enfin ce qu’ils veulent.
Les hommes pensent souvent cela quand ils nomment enfin ce qu’ils veulent.
Moi, j’ai vu autre chose.
Une permission.
Une permission.
Je n’ai pas refusé. Je n’ai pas accepté non plus. J’ai laissé le temps s’installer entre nous, lourd, chargé. J’ai senti cette chaleur familière s’éveiller à nouveau, non pas comme une faute, mais comme un appel.
Il m’a quittée, convaincu d’avoir ouvert une porte.
Il n’a pas compris que je l’avais laissée entrouverte depuis longtemps.
Il n’a pas compris que je l’avais laissée entrouverte depuis longtemps.
Cette nuit-là, je n’ai pas prié.
Je me suis contentée d’attendre.
Je me suis contentée d’attendre.
Et pour la première fois depuis des années, l’attente ne me semblait plus vide.
***
Chapitre 1 : ce que Dieu m'a laissée prendre
Andrew est venu la nuit.
Je l’ai reconnu avant même d’ouvrir. Certains visages ne s’effacent jamais vraiment ; ils changent de contours, prennent du poids, des rides, mais ils gardent la même façon de regarder. Celle qui déshabille avant même de toucher.
Je lui ai ouvert sans parler.
Il n’a pas eu besoin de me rappeler qui il était. Je le savais déjà. Je savais aussi pourquoi il était là. Ce n’était pas un retour. C’était une rechute, la mienne autant que la sienne.
Quand tout a été fini, il s’est endormi presque aussitôt. Comme autrefois. Moi, je suis restée éveillée. Mon corps vibrait encore, mais ce n’était pas le plaisir qui m’empêchait de fermer les yeux. C’était cette faim ancienne, réveillée trop facilement.
Je me suis levée avant l’aube. J’ai prié sans m’agenouiller.
Je ne demandais pas pardon. Pas cette nuit-là.
Je ne demandais pas pardon. Pas cette nuit-là.
Les années d’abstinence ne m’avaient pas rendue pure. Elles m’avaient rendue tendue. Chaque soir, seule, je cherchais des substituts, des objets, des symboles. Je détournais ce qui m’entourait pour calmer ce feu que je prétendais ne plus connaître.
Même la croix n’y échappait pas.
Je me disais que c’était un combat. Que Dieu voyait mes efforts. Mais au fond de moi, je savais : je ne combattais rien. Je retenais juste mon souffle.
Andrew n’a été que l’air que j’attendais.
Le lendemain, je n’ai pas trouvé la paix.
J’ai trouvé l’impatience.
J’ai trouvé l’impatience.
Je suis entrée dans l’église comme on entre chez soi. Le silence m’a enveloppée, complice. J’ai joint les mains, mais mes pensées étaient ailleurs.
— Si tu l’as laissé venir, ai-je murmuré.
— Alors tu savais ce que ça ferait.
— Alors tu savais ce que ça ferait.
Je n’accusais pas. Je constatais.
— Je ne fais que recevoir ceux que tu m’envoies.
Les mots sonnaient juste. Trop juste pour être innocents.
Deux jours plus tard, un homme m’a arrêtée à la sortie.
— Andrew m’a parlé de toi.
Rien de plus. Rien de moins.
Je l’ai conduit au confessionnal sans détour. L’espace étroit, le bois ancien, la pénombre... Tout appelait à la confidence. Je lui ai expliqué ma manière de faire. Calmement. Comme une règle immuable.
— D’abord, tu te confesses.
— Tu dis ce qui te pèse. Tout.
— Ensuite... tu t’en décharges.
— Tu dis ce qui te pèse. Tout.
— Ensuite... tu t’en décharges.
Il a parlé. Longtemps. Des pensées sales, des envies interdites, des gestes qu’il regrettait sans vraiment vouloir oublier. Je l’écoutais en silence. Je sentais son trouble à travers la cloison, son souffle haché, sa honte presque palpable.
Quand il s’est tu, je savais quoi faire.
Ce n’était pas du désir.
C’était une fonction.
C’était une fonction.
Quand il est reparti, il tremblait.
— Je me sens plus léger, a-t-il dit.
Moi aussi.
Ce soir-là, j’ai prié encore.
— Tu vois ?
— Je ne prends pas. J’absorbe.
— Je ne souille pas. Je purifie.
— Je ne prends pas. J’absorbe.
— Je ne souille pas. Je purifie.
Je me mentais déjà — mais je ne le savais pas encore.
Tout ce que je savais, c’est que demain, quelqu’un d’autre viendrait.
Et que je serais prête à l’écouter.
Et que je serais prête à l’écouter.
***
Note d’auteur
Cette nouvelle n’est pas construite comme une accumulation de scènes, mais comme une descente.
Les premiers chapitres sont volontairement courts, parfois presque secs. Ils suivent l’état d’esprit de Marie : retenu, fragmenté, encore persuadé de contrôler quelque chose.
Le désir n’explose pas d’un coup, il s’infiltre, se rationalise, se ritualise.
Le désir n’explose pas d’un coup, il s’infiltre, se rationalise, se ritualise.
L’érotisme, ici, n’est pas immédiat ni constant. Il naît du détournement, du mensonge intérieur, de la façon dont Marie transforme ses actes en nécessité sacrée.
Chaque “confession” obéit à une logique précise, presque liturgique, et c’est cette répétition qui fera monter l’intensité au fil des chapitres.
Chaque “confession” obéit à une logique précise, presque liturgique, et c’est cette répétition qui fera monter l’intensité au fil des chapitres.
Si certains passages paraissent brefs, c’est volontaire : la longueur viendra plus tard, quand Marie cessera de se mentir.
Cette histoire est racontée à la première personne, depuis un point de vue subjectif et biaisé.
Ce que Marie raconte n’est pas forcément la vérité, seulement celle qu’elle est capable de supporter.
Ce que Marie raconte n’est pas forcément la vérité, seulement celle qu’elle est capable de supporter.
PS: Contrairement à mes précédents récits, il s'agit là d'une œuvre inédite et totalement originale.
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Commentaires ()
Tu as installé une ambiance, un rythme, un décor, une prémice et le tout original dans un floue précis. Les mots de l’auteur son un très bel outil utilisé comme un acteur à part entière du récit mais qui ne fait pas partie de l’histoire, c’est brillant et j’ai hâte de voir comment ils sera utilisé dans les prochains chapitres!