Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La psychologue : au-delà des fantasmes — Chapitre 4 · Confesser
Auteur
La psychologue : au-delà des fantasmes
Chapitre 4 · Confesser
Habituée à recevoir les confessions dans mon cabinet, je trouve étrange d'être ici, dans le lieu qui les a inventées. Un lieu où les secrets sont chuchotés, avoués, puis absous : un confessionnal.
Trois mois ont passé depuis la dernière séance avec Nathan. Trois mois pendant lesquels tout a basculé. Il n'est pas revenu depuis le jour où je l'ai chassé. Chaque jeudi, à quatorze heures, son créneau reste vide. Celui de Raphaël, juste après, ne l'est pas. Clément a cessé de me demander si ça va. Et je ne me réveille presque plus la nuit.
L'obscurité m'enveloppe, l'odeur d'encens mélangée à celle du bois verni agresse le nez. Dans cette boîte étroite où les âmes viennent se laver, je suis agenouillée sur un coussin usé, mains jointes dans une posture de prière. De l'autre côté de la grille de bois sombre qui filtre nos voix, j'entends sa respiration calme et mesurée, celle d'un homme de la cinquantaine habitué à recevoir les confessions des pécheurs ordinaires avec leurs mensonges ordinaires et leurs remords convenus.
— Mon père, j'ai péché.
Ma voix tremble, hésitante, parce que ce que je m'apprête à confesser est réel, les actes ont eu lieu, les lignes ont été franchies. Le prêtre répond avec cette douceur professionnelle mais certainement sincère qui précède les aveux :
— Dieu écoute toutes les confessions, ma fille. Parlez sans crainte. Aucun péché n'est trop grave pour sa miséricorde.
Je prends une grande inspiration. Je commence.
— Je suis psychologue, mon père. J'ai des patients qui me font confiance, qui viennent me voir avec leurs problèmes les plus intimes, leurs secrets les plus lourds, leurs souffrances qu'ils ne peuvent partager avec personne d'autre. Ils s'assoient dans mon cabinet et me confient des choses qu'ils n'ont jamais dites à leurs proches, à leurs amis, parfois même pas à eux-mêmes dans le silence de leurs pensées. J'ai franchi des lignes que je n'aurais jamais dû franchir. Des lignes qui détruisent tout ce que ma profession représente, tout ce que je m'étais engagée à respecter le jour où j'ai ouvert mon cabinet.
Je marque une pause longue. Ce silence est chargé du poids réel de ce que j'ai fait. Le prêtre attend patiemment de l'autre côté de la grille, habitué à ces hésitations qui précèdent les vrais aveux, ces moments où le pécheur rassemble son courage avant de plonger.
— Un patient. Nathan. Vingt-sept ans, beau jeune homme. Il venait me voir initialement pour une incapacité à s'engager. Mais nos séances ont dérivé vers autre chose. Il m'a raconté des histoires sur une femme qu'il avait connue il y a des années, des histoires très… intimes. Des détails sur leur relation, sur ce qu'ils faisaient ensemble. Je me suis surprise à être excitée en l'écoutant, mon père. Terriblement excitée. Au lieu de l'arrêter, de ramener la conversation vers un cadre approprié, je l'ai laissé continuer, encouragé même par mes questions.
Ma voix tremble encore, au souvenir de la première fois où j'ai senti le contrôle m'échapper.
— Et puis un jour, pendant qu'il me parlait, je me suis touchée. Sous mon bureau d'abord, discrètement, pensant qu'il ne remarquerait pas. Mais il a remarqué. Nos regards se sont croisés et il a compris exactement ce que je faisais. Et au lieu d'arrêter, j'ai continué. J'ai arrêté de me cacher. Je me suis... je me suis masturbée ouvertement pendant qu'il me regardait, mon père. Il m'a vue jouir. Nous étions complices dans cette transgression horrible.
Un silence un peu plus long que les précédents. Quand sa voix revient, elle est identique à ce qu'elle était.
— Continuez, ma fille. La confession purifie l'âme. Dieu comprend nos faiblesses.
Il me donne déjà une excuse, une porte de sortie morale parfaite.
— Un autre patient. Raphaël. Vingt-trois ans, étudiant. Il m'a avoué lors de notre première séance un fantasme qu'il n'osait dire à personne, une attirance pour les pieds féminins qui le rongeait de honte. Au lieu de l'aider professionnellement, de lui expliquer que ses désirs étaient normaux et qu'il devait simplement les communiquer à ses partenaires, je... je l'ai laissé toucher mes pieds, mon père, pendant la séance.
Je ne lui dis pas le reste. Pas encore.
— Je me suis dit que c'était thérapeutique, qu'il avait besoin de cette validation, mais c'était un mensonge. Je voulais voir ce qu'il ferait. Je voulais le pouvoir que ça me donnerait sur lui.
De l'autre côté de la grille, un mouvement de tissu. Le bois qui craque légèrement, il s'est redressé, ou peut-être le contraire, s'est affaissé. Sa respiration que j'entends maintenant différemment. Pas encore troublée, mais différente. Je le note et continue.
— La semaine suivante, il est revenu. Je l'attendais. J'avais remis la même tenue, bas noirs, talons hauts. Il l'a remarqué immédiatement en entrant, ses yeux descendant avant même qu'il s'assoie. La séance a recommencé comme la première. Ses mains sur mes pieds, mes ordres, son obéissance. Mais cette fois j'ai laissé durer plus longtemps. J'ai regardé son visage pendant qu'il massait, cette concentration absolue, cette dévotion presque religieuse.
Je baisse la voix.
— Les séances suivantes ont évolué, mon père. Lentement. Méthodiquement. Chacune finissait comme la première, lui à mes pieds, déchargeant son plaisir dessus. Mais à chaque fois, je lui accordais un peu plus de moi. Ses mains qui remontaient progressivement le long de mes chevilles, de mes mollets, de mes cuisses. Moi qui le laissais aller un peu plus loin à chaque fois, juste assez pour qu'il revienne la semaine suivante avec cette même faim dans les yeux. Ses lèvres sur mon pied un jour, puis sur ma cheville, puis sur mon genou. Chaque fois j'arrêtais au bon moment. Juste avant.
Je marque une pause.
— Nous n'y sommes pas encore, mon père. Mais la prochaine fois, je vais le laisser remonter jusqu'au bout. Je vais le laisser me lécher entre les cuisses pendant qu'il est à genoux sur le tapis de mon cabinet. Je l'ai décidé cette semaine. Ce n'est plus une question de si. C'est une question de quand.
Le silence du prêtre est long, plus long que les précédents. Je l'entends remuer sur son siège.
— Mais ce n'est pas tout, mon père. Ce que j'ai fait avec mes patients est grave, je le sais. Mais ce que j'envisage de faire maintenant est encore pire, encore plus condamnable selon les lois de Dieu et de ma profession.
Je laisse un silence s'installer.
— Emma. Trente-cinq ans, mariée depuis huit ans. De sa cuisine, elle voit l'appartement d'en face. Un couple y habite depuis un an. Pendant des mois, elle n'a vu que des silhouettes. Puis un soir, les lumières sont restées allumées, les rideaux ouverts. Et elle les a vus faire l'amour.
J'attends une réaction, mais rien. Je reprends.
— Elle aurait dû détourner les yeux. Elle ne l'a pas fait. Elle est restée là dans le noir pendant que son mari regardait la télé dans la pièce d'à côté. Le lendemain, elle a éteint la lumière plus tôt, pour mieux voir. Et les soirs suivants aussi.
Je n'entends que sa respiration.
— Un soir, Emma a oublié d'éteindre. La femme d'en face a levé les yeux vers elle. Et au lieu de tirer les rideaux, elle a souri, et le couple a continué plus lentement face à la fenêtre. Pour elle. Depuis, c'est un jeu à trois. Emma m'a avoué qu'elle se caresse maintenant en les regardant, sans qu'ils puissent la voir. Elle est venue me dire qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de participer à ce jeu pervers. Elle voulait que je l'aide à trouver la force de fermer ses volets.
Je laisse un nouveau silence.
— Je ne l'ai pas fait. Au contraire, je lui ai dit d'ouvrir sa fenêtre la prochaine fois. Et de les laisser la regarder, elle aussi.
Le prêtre commence à réagir, sa voix qui sort tendue :
— Mais c'est… vous devez l'aider à…
— Je sais, mon père. Je sais exactement ce que vous allez dire. Que je devrais l'aider à résister, à respecter les normes qui protègent les structures sociales. Mais je ne l'ai pas fait. Et ce n'est pas tout.
— Je sais, mon père. Je sais exactement ce que vous allez dire. Que je devrais l'aider à résister, à respecter les normes qui protègent les structures sociales. Mais je ne l'ai pas fait. Et ce n'est pas tout.
Le prêtre ne réagit même plus. Je poursuis.
— Luc et Noémie. Couple marié depuis six ans, la trentaine tous les deux, ils m'ont consultée ensemble il y a deux semaines. Luc a un fantasme qui le consume depuis des années, qui ronge leur couple de l'intérieur : voir sa femme Noémie avec un autre homme pendant qu'il regarde, impuissant et excité. Noémie est profondément troublée par ce fantasme mais aussi excitée. Elle ne sait pas si elle ose franchir, si leur couple survivrait. Ils m'ont demandé mon avis professionnel, attendant probablement que je les décourage, que je leur parle des dangers pour leur relation, que je les ramène vers une sexualité plus conventionnelle.
Je souris dans l'obscurité du confessionnal.
— Je ne les ai pas découragés, mon père. Au contraire. Je leur ai dit que j'allais les aider à réaliser ce fantasme. Que j'allais leur trouver l'homme. Raphaël. Jeune, docile, qui fait exactement ce qu'on lui dit. Je vais organiser cette scène, la chorégraphier dans les moindres détails, donner les instructions précises. Je vais regarder Noémie avec un autre homme pendant que son mari Luc observe depuis un fauteuil, et moi je contrôlerai tout depuis ma position, déciderai qui touche qui et comment et quand. Je serai la chef d'orchestre de leur transgression.
Long silence. Je l'entends déglutir. Une fois. Puis sa voix qui sort, plus basse qu'avant, moins assurée dans ses résonances habituelles.
— Je... vous devez continuer votre confession, ma fille. Dieu vous écoute.
Il n'a pas dit que je me trompais. Il n'a pas dit qu'il n'était pas troublé. Il a juste demandé que je continue.
— Vous pensez que je regrette, mon père ? Que je suis venue ici chercher l'absolution, le pardon de Dieu pour mes péchés terribles ?
Le prêtre ne dit rien, attend peut-être que je continue, que je révèle enfin le vrai fond de mon âme.
— J'ai regretté, au début. Après chaque séance avec Nathan, avec Raphaël, la honte venait comme une vague. Je me réveillais la nuit, perturbée. Le matin, je ne reconnaissais plus la femme dans le reflet.
Il ne m'arrête pas.
— Mais les regrets ne faisaient pas le poids, mon père. Pas contre l'excitation qui revenait plus forte à chaque fois. Pas contre le pouvoir que j'avais sur eux. Pas contre le fait d'être vivante pour la première fois depuis des années.
Je me penche vers la grille.
— Alors oui, j'ai des regrets. Ils existent encore, quelque part. Mais je continue. Parce que vivre avec des regrets est infiniment préférable à mourir lentement dans la respectabilité.
Un silence total suit ma déclaration, lourd de tout ce que je viens de révéler. Le prêtre ne dit absolument rien pendant de très longues secondes. Puis sa voix sort, brisée.
— Vous... vous avez besoin d'aide... ce que vous décrivez n'est pas juste du péché, c'est...
— Non, mon père. Je n'ai pas besoin d'aide. J'ai besoin que vous écoutiez la suite parce que ce n'est pas fini. J'étais morte, mon père, pendant des années. Puis Nathan m'a raconté l'histoire d'une femme qui prenait ce qu'elle voulait sans jamais s'excuser. Et quelque chose s'est réveillé en moi : le désir, le pouvoir, la vie.
— Non, mon père. Je n'ai pas besoin d'aide. J'ai besoin que vous écoutiez la suite parce que ce n'est pas fini. J'étais morte, mon père, pendant des années. Puis Nathan m'a raconté l'histoire d'une femme qui prenait ce qu'elle voulait sans jamais s'excuser. Et quelque chose s'est réveillé en moi : le désir, le pouvoir, la vie.
Je me penche encore plus près de la grille.
— Au début, je croyais que c'était de la faiblesse. J'ai compris que c'est le contraire. C'est du pouvoir. Je ne cède plus, mon père. Je choisis. Je choisis de jouir, de les contrôler, de briser les règles que j'ai respectées pendant quinze ans sans jamais dévier.
Le prêtre essaye de répondre quelque chose mais je ne lui laisse pas le temps, ma voix qui couvre la sienne.
— Mon métier, c'était d'aider mes patients à comprendre leurs désirs, à vivre avec. Aujourd'hui, je fais l'inverse. Je leur apprends à franchir.
Un silence total, absolu. Le prêtre ne dit rien du tout. Ma main descend lentement vers ma jupe, glisse sous le tissu.
— Quand je pense à tout ça, mon père, aux corps enlacés que j'imagine, aux gémissements que j'entendrai, au pouvoir absolu que j'exerce sur eux tous maintenant, je m'excite, physiquement.
Ma main est maintenant sous ma jupe, glisse sous ma culotte, mes doigts qui trouvent ce point familier.
— En ce moment même, mon père, pendant que je vous parle dans cette obscurité qui nous cache l'un à l'autre, je suis mouillée. Très mouillée. Et je me touche. Mes doigts sur mon clitoris, exactement comme je le faisais devant Nathan.
Un petit gémissement doux s'échappe de mes lèvres. Le prêtre de l'autre côté fait un bruit étranglé dans sa gorge, choqué ou excité ou les deux simultanément.
— Vous... vous devez arrêter immédiatement...
Sa voix est sortie trop doucement pour une interdiction réelle.
— Pourquoi, mon père ? Vous n'êtes pas excité vous aussi en ce moment même ? Votre voix a complètement changé depuis que j'ai commencé à parler de mes péchés. Votre respiration est plus rapide, plus difficile, je l'entends parfaitement à travers cette grille.
Ma main continue ses mouvements réguliers sous ma jupe, mes doigts qui pressent plus fort maintenant. Je gémis un peu plus fort, laisse le son porter jusqu'à lui sans retenue.
— Mon Dieu… vous devez… ceci est un confessionnal… vous profanez ce lieu saint…
Mais sa voix est faible, sans conviction. Son corps a déjà cédé même si sa bouche proteste encore par habitude. Ma main continue sous ma jupe.
— Une de mes patientes vient se confesser ici régulièrement, mon père : Élisabeth. Proche de soixante ans, veuve depuis cinq ans. Elle vient à cette église tous les dimanches sans exception, se confesse à vous une fois par mois depuis des années maintenant, toujours les mêmes petits péchés.
J'entends le prêtre bouger immédiatement de l'autre côté, il réagit avant même que son esprit comprenne où je veux en venir.
— Elle vous désire depuis des mois, mon père. Peut-être même depuis des années sans se l'avouer vraiment. Votre voix quand vous lui donnez l'absolution, cette douceur compassionnelle qui la touche plus profondément qu'aucune caresse physique ne l'a jamais fait. Votre présence de l'autre côté de cette grille, si proche que vos souffles se mélangent mais tellement inaccessible. Elle se touche en pensant à vous la nuit dans son grand lit vide et froid, s'imagine à genoux devant vous. Elle rêve de vous prendre dans sa bouche, de vous faire gémir et perdre ce contrôle que vous maintenez si soigneusement depuis des décennies.
— Non… c'est… vous mentez… c'est impossible… Élisabeth est une femme pieuse…
— Non… c'est… vous mentez… c'est impossible… Élisabeth est une femme pieuse…
Sa voix tremble, entre le choc et peut-être autre chose, qu'il refuse d'admettre.
— Elle m'a tout confessé, mon père. Pendant nos séances hebdomadaires, elle m'a raconté ses fantasmes en détails très précis. Comment elle imagine sentir votre excitation entre ses lèvres, vos mains dans ses cheveux, votre souffle qui s'accélère, votre résistance morale qui s'effondre progressivement. Elle a une honte terrible de ces pensées impures mais elle ne peut absolument pas s'en empêcher, elles reviennent chaque nuit. Et moi, au lieu de l'aider à les combattre comme je le devrais, je l'ai encouragée. Je lui ai dit que ses désirs étaient naturels, légitimes, qu'elle avait le droit d'agir sur eux.
— Vous êtes… ceci est un sacrilège absolu… vous ne pouvez pas…
— Elle attend patiemment son tour pour se confesser comme elle le fait chaque mois à la même heure. Sauf qu'aujourd'hui, elle ne vient pas pour confesser ses petits péchés habituels. Elle vient pour en commettre un nouveau. Un gros.
— Vous êtes… ceci est un sacrilège absolu… vous ne pouvez pas…
— Elle attend patiemment son tour pour se confesser comme elle le fait chaque mois à la même heure. Sauf qu'aujourd'hui, elle ne vient pas pour confesser ses petits péchés habituels. Elle vient pour en commettre un nouveau. Un gros.
Un silence s'installe. Puis sa voix, très basse, reprend.
— Mon Dieu. Mon Dieu, ce que vous faites est diabolique.
Ce n'est pas une protestation, mais un constat sidéré. La voix d'un homme qui voit exactement ce qui se passe et qui n'arrive pas à croire que ça arrive vraiment, ici, dans ce confessionnal, à lui.
— Vous entrez dans ce lieu saint, vous me racontez ces choses, vous me mettez dans cette situation... vous rendez-vous compte ? Vous rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de faire ?
— Oui, mon père.
— C'est mal. Ce que vous avez fait avec vos patients est mal. Ce que vous m'avez raconté est mal. Et ce que vous êtes en train de provoquer maintenant est... c'est une abomination. Une abomination absolue.
— Oui, mon père.
— C'est mal. Ce que vous avez fait avec vos patients est mal. Ce que vous m'avez raconté est mal. Et ce que vous êtes en train de provoquer maintenant est... c'est une abomination. Une abomination absolue.
Sa voix monte légèrement sur ce dernier mot, puis retombe. Pas de la colère, quelque chose de plus proche de la stupeur. Comme si une partie de lui n'arrivait toujours pas à croire que cette conversation est réelle.
— Vous avez raison, mon père.
— Vous ne le contestez même pas. Mon Dieu, vous ne le contestez même pas.
— Non.
— Vous avez calculé tout ça : ma solitude, mes faiblesses, ce qu'Élisabeth ressentait pour moi. Vous avez tout utilisé. Comment… comment osez-vous ?
— Vous ne le contestez même pas. Mon Dieu, vous ne le contestez même pas.
— Non.
— Vous avez calculé tout ça : ma solitude, mes faiblesses, ce qu'Élisabeth ressentait pour moi. Vous avez tout utilisé. Comment… comment osez-vous ?
Il s'arrête. Sa voix tremble maintenant, pas de larmes, pas de rage, quelque chose entre les deux. L'incrédulité d'un homme qui se regarde tomber sans pouvoir s'arrêter.
— Vous m'avez mis dans une situation impossible. Vous le savez. Vous savez exactement ce que vous faites.
— Je sais. Je sais que vous ne pourrez pas refuser.
— Je sais. Je sais que vous ne pourrez pas refuser.
Un très long silence. J'entends sa respiration dans le noir. Elle change progressivement, toujours agitée, mais différemment. Comme après une décision qu'on n'a pas vraiment prise mais qui s'est imposée malgré tout. J'approche mes lèvres de la porte.
— Élisabeth.
Des pas lents et mesurés sur les dalles de pierre froide viennent rompre le silence des lieux. La porte du côté du prêtre s'ouvre doucement. Élisabeth entre. La porte se referme avec un clic presque inaudible.
Un silence, puis la voix d'Élisabeth, tremblante mais déterminée, plus basse que d'habitude, chargée de tout ce qu'elle porte depuis des mois.
— Mon père, je sais que c'est mal. Je le sais depuis le début. Depuis le premier dimanche où j'ai pensé à vous en rentrant chez moi. Depuis la première nuit où je me suis touchée en pensant à votre voix. J'ai prié pour que ça s'arrête. Ça ne s'est pas arrêté.
Le prêtre, voix catastrophée, presque brisée.
— Élisabeth… non… vous ne pouvez pas être ici… pas de ce côté… vous comprenez ce que vous faites ? Ce que nous ferions ? C'est un sacrilège. Un sacrilège absolu dans un lieu consacré à Dieu.
— Je sais, mon père.
— Alors… alors pourquoi… comment pouvez-vous…
— Je sais, mon père.
— Alors… alors pourquoi… comment pouvez-vous…
Sa voix s'étrangle. Il ne termine pas sa phrase.
— Je ne vous demande pas de m'absoudre, dit Élisabeth doucement. Je vous demande juste de me laisser vous donner ça. Une fois, juste une fois.
Un silence long, très long. Puis le prêtre, voix basse, désespérée.
— Élisabeth… ce que vous demandez… c'est mal… vous le savez… nous le savons tous les deux… dans ce lieu… de tous les lieux possibles…
— Oui.
— Oui.
Il parle comme pour lui-même, comme pour mettre des mots sur ce qui arrive avant que les mots n'aient plus aucun pouvoir.
— Je ne peux pas… je ne dois pas… ce n'est pas possible…
Il s'arrête encore. Élisabeth ne répond pas. J'entends le bruissement de ses vêtements, ses genoux qui touchent le sol de bois dur.
— Élisabeth… je vous en supplie… ne faites pas ça… ne nous faites pas ça…
Sa voix se brise sur le dernier mot. Nous. Il a dit nous. Puis plus rien. Pas un geste pour la repousser, juste le bruit métallique de sa ceinture. Ce n'est pas Élisabeth qui la défait. C'est lui.
— Mon Dieu… c'est mal… c'est tellement mal… comment en sommes-nous arrivés là… comment est-ce possible…
Il murmure ça dans le noir. Pas à moi, pas à Élisabeth, mais à lui-même, à Dieu peut-être. Incrédulité devant ce qui est en train de se passer, et qu'il n'arrête pas. Il ne dit plus rien.
Les bruits commencent. La respiration du prêtre qui s'emballe, qui sort de tout contrôle. Un gémissement très bas qui s'échappe malgré lui.
Je regarde à travers les fentes étroites de la grille. Dans la semi-obscurité, des silhouettes. Élisabeth à genoux, tête qui bouge. Ses lèvres glissent sur le membre dur. La tête du prêtre rejetée en arrière, les mains crispées sur les accoudoirs de bois, pas sur elle, comme s'il se retenait à quelque chose de solide pendant que tout le reste part. Ma main accélère sous ma jupe. Je laisse ma respiration s'accélérer, audible à travers la grille.
— C'est exactement comme vous l'imaginiez, Élisabeth ?
Un son d'acquiescement, sans une trace de honte. Juste la satisfaction de quelqu'un qui a enfin pris ce qu'elle voulait depuis trop longtemps.
— Vous sentez comme il vous désire malgré tout ce qu'il dit ?
Même son, plus intense cette fois.
— Prenez votre temps, Élisabeth. Vous avez attendu des années, vous pouvez bien savourer maintenant.
Le prêtre gémit. Je souris dans le noir. Même ici, même de l'autre côté de la grille, c'est moi qui décide du rythme.
— Donnez-lui ce qu'elle est venue chercher, mon père. Ce que vous lui refusiez sans le savoir depuis tout ce temps.
Un gémissement du prêtre qui n'a plus rien de retenu, plus rien de contrôlé. Ses mains lâchent le bois, je les vois se poser sur la tête d'Élisabeth. Il jouit comme il ne l'a certainement jamais fait auparavant, un son qui résonne dans l'église silencieuse. Son corps se contracte violemment. Les sons de déglutition, Élisabeth qui avale tout. Respirations épuisées des deux côtés. Le bruit de tissus que l'on rajuste.
Le silence qui suit est lourd. La voix d'Élisabeth, dans l'obscurité, très douce.
— Merci, mon père.
Il ne répond pas. Je me lève de ma place dans le confessionnal, genoux endoloris par la position longue. J'ouvre la porte de mon côté qui grince légèrement sur ses gonds anciens.
La voix du prêtre traverse la grille une dernière fois.
— Vous êtes le diable !
Je m'arrête une seconde dans l'encadrement de la porte. Je souris dans l'obscurité. Je referme la porte du confessionnal derrière moi sans répondre. Je traverse l'église vide et sors par la grande porte en bois dans la lumière éclatante du jour. Satisfaite, profondément satisfaite. Je suis peut-être le diable, mais je n'ai jamais été aussi vivante de toute mon existence.
Je marche lentement jusqu'au métro le plus proche, mes talons qui claquent sur le trottoir avec un rythme régulier et hypnotique. L'air frais de cette matinée sur mon visage, cette sensation de légèreté après l'atmosphère lourde et chargée de l'église.
Dans ce confessionnal sombre, je n'ai touché personne. Je me suis agenouillée de mon côté de la grille et j'ai parlé, juste parlé. Et un prêtre a joui dans la bouche d'une femme qu'il n'avait jamais osé regarder vraiment. Élisabeth a pris ce qu'elle voulait depuis longtemps. Tout ça avec des mots. Mes mots.
Je comprends maintenant que c'est simple. Le pouvoir est dans la voix, dans le récit. Dans la capacité à faire voir aux gens ce qu'ils désirent jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus faire autrement que de le prendre. Nathan m'a appris ça sans le savoir. Il est entré dans mon cabinet et a parlé, juste parlé. Et moi, j'ai cédé. La différence, maintenant, c'est que c'est moi qui parle.
Dans le métro qui me ramène vers mon cabinet, assise sur le siège en plastique dur, je pense à Nathan. Lundi, Amélie m'a annoncé qu'il avait rappelé pour prendre rendez-vous. Ce jeudi, quatorze heures. Son créneau. Le premier depuis trois mois. Que vais-je faire de lui aujourd'hui ? Après ce que je viens d'accomplir dans ce confessionnal, après avoir prouvé l'étendue de mes capacités, tout semble possible. Toutes les limites me paraissent franchissables.
Je rentre au cabinet, monte l'escalier, prépare la pièce méticuleusement, ajuste les coussins, vérifie que tout est en ordre. M'assois derrière mon bureau familier et attends.
Quatorze heures exactement. La sonnette retentit. Je me lève, traverse mon cabinet, ouvre la porte d'entrée. Une femme se tient là dans le couloir faiblement éclairé. Grande, quelques années de plus que moi, cheveux châtains attachés en un chignon strict, tailleur noir.
La femme me regarde directement dans les yeux sans ciller. Sourit légèrement, ce sourire me rappelle terriblement le mien quand je me regarde dans le miroir de ma salle de bain.
— Bonjour, Eve.
Je reste complètement figée, incapable de parler, incapable même de penser. La femme entre sans attendre d'invitation. S'arrête au milieu de la pièce. Se retourne lentement vers moi qui suis toujours pétrifiée près de la porte. Ses yeux plantés dans les miens.
— Je suis Hélène.
Je ne dis rien. Je n'y arrive pas. Je referme la porte.
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