Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cage Rose & Strings Trempés — Chapitre 28
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cage Rose & Strings Trempés
Chapitre 28
Les portes de Lucrezia s'ouvrirent devant moi avec ce sifflement pneumatique habituel, ce bruit que j'entendais chaque matin sans y penser. Mais ce matin-là, je le remarquai. Je remarquai tout.
Le sol en dalles grises. La lumière blanche des néons. La réceptionniste qui leva les yeux de son écran.
Elle s'arrêta.
Pas d'une façon négative, plutôt comme quand on reconnaît quelque chose d'inattendu et que le cerveau prend une seconde supplémentaire pour classer l'information. Ses lèvres s'étirèrent lentement.
— Hugo ? C'est toi ?
— Bonjour, Sandrine.
— Mais… tu es…
— Oui.
Elle porta une main à sa bouche, et ses yeux souriaient au-dessus. Pas de moquerie là-dedans — quelque chose de plus chaleureux, de plus sincère, comme si elle venait de découvrir une version de moi qu'elle trouvait meilleure que l'originale.
— Tu es magnifique.
Je sentis la chaleur monter jusqu'à mes oreilles. Je rougis, cette façon que j'avais de rougir instantanément, sans pouvoir m'en empêcher, ce rouge qui commençait aux pommettes et descendait jusqu'au cou. Je baissai les yeux sur mes bottines marron et marmonnai un merci.
Mais je marchais déjà vers l'open space.
***
Ce qui se passa ensuite, je ne l'anticipais pas.
L'open space de Lucrezia était une grande salle rectangulaire que j'avais traversée deux cents fois sans incident notable. Postes de travail alignés, écrans doubles, une machine à café dans l'angle, des plantes qui tenaient miraculeusement en vie malgré la climatisation agressive. Ce matin-là, une dizaine de femmes étaient déjà installées, les équipes logistique, RH, comptabilité.
Je m'avançai.
Les têtes se levèrent. Une par une, comme un effet de vague.
Le silence dura deux secondes, le genre de silence qui précède quelque chose, puis ça commença.
— Oh là là.
— Hugo, non.
— Attends, attends, laisse-moi regarder.
Je m'arrêtai au milieu de la salle, les mains légèrement crispées le long des hanches, et je les laissai regarder parce que je n'avais pas vraiment le choix. Le collant marine tendait doucement sur mes jambes, je le sentis à cet instant avec une conscience aiguë, ce tissu fin qui épousait chaque centimètre depuis la cheville jusqu'à la taille, cette seconde peau soyeuse qui transformait le simple acte de marcher en quelque chose de différent. La jupe noire se balançait légèrement à chaque pas. Le body moulait mon torse avec une précision flatteuse.
— La jupe te va tellement bien, dit une voix depuis le fond.
C'était Camille, de la compta, trente ans, le genre de femme qui dit toujours exactement ce qu'elle pense.
— Les jambes, surtout, renchérit quelqu'un d'autre. Les collants, c'est une bonne idée.
— T'as les chevilles fines, Hugo, c'est injuste.
Je ne savais plus où poser les yeux. Je rougissais encore, profondément, jusqu'aux oreilles, et cette sensation-là je ne pouvais pas la contrôler. Mais il y avait autre chose en dessous du rouge. Quelque chose de plus chaud, de plus étrange. Une fierté minuscule et confuse. La cage, sous le collant et le string de dentelle, me rappelait son existence avec une régularité de métronome.
Je pensai à Léa. À ce qu'elle avait promis.
Et je continuai à marcher vers mon poste.
***
Elle apparut depuis le couloir des vestiaires, café dans une main, téléphone dans l'autre. Elle portait un blazer crème sur un jean noir, Léa avait ce genre d'élégance désinvolte qui ne semblait demander aucun effort. Ses yeux trouvèrent les miens immédiatement, et le sourire qui s'ouvrit sur son visage n'avait rien à voir avec celui de Sandrine à l'accueil.
C'était un sourire qui savait des choses.
— Tu es mignon comme ça, dit-elle.
Je déposai mon sac sur le bureau.
— Merci. En fait ce n'est pas si dramatique de porter une jupe.
— Porter une jupe dans une entreprise exclusivement féminine, dit-elle en haussant légèrement les épaules, je ne vois vraiment pas où est le mal.
Elle avait raison. Je l'avais su en traversant l'open space, ces regards n'avaient rien de cruel, rien d'hostile. Juste de la curiosité, de l'admiration sincère, cette façon qu'ont les femmes entre elles de complimenter sans arrière-pensée. Et moi au milieu, avec mes cheveux en bataille et mes yeux noisette et mon corps épilé dans son collant marine.
— Alors, dis-je. J'ai droit à ma libération ?
Léa but une gorgée de café. Prit son temps. Je la regardai faire et je serrai imperceptiblement les dents.
— Sois un peu patient. Mais oui. Tu m'as prouvé que tu voulais être mon soumis.
Je jetai un coup d'œil rapide autour de nous. La salle à café était vide, les autres étaient retournées à leurs postes, les écrans recommençaient à cliquer. Nous étions seuls dans cet angle de la pièce, entre la machine Nespresso et le tableau d'affichage couvert de notes internes.
— Tu es toujours d'accord pour être mon soumis, dit Léa. Dis-le.
Sa voix avait changé. Légèrement. Ce n'était plus la collègue désinvolte, il y avait quelque chose de plus posé là-dedans, quelque chose qui attendait.
Je déglutis.
Six mois. Tiffany ne rentrait pas avant six mois. Et la cage était là, froide et précise, depuis un temps que je préférais ne plus compter exactement.
— Oui, dis-je. Je veux être ton soumis.
— Mets-toi à genoux et répète.
Je regardai le sol carrelé. Je regardai Léa. Je regardai le couloir vide.
Et je me mis à genoux.
Le collant tendit sur mes genoux, tirant légèrement sur le tissu, cette résistance douce, ce rappel constant que j'avais une seconde peau qui enregistrait chaque mouvement. La jupe retomba sur mes cuisses. Je levai les yeux vers elle.
— Je veux être ton soumis.
Léa me regarda depuis cette hauteur, le café à la main, parfaitement calme.
— D'accord. Tu obéis à mes règles. Et tu ne vas pas pleurnicher à Tiffany.
— Je serai à la hauteur.
— On se retrouve à la pause de midi.
Elle s'en alla sans se retourner, avec cette désinvolture de quelqu'un qui vient de régler une formalité administrative.
Je me relevai, lissai la jupe sur mes cuisses, et sentis aussitôt le string se déplacer, ce tissu qui n'avait aucune intention de rester où je voulais qu'il reste. Je glissai discrètement une main sous la jupe pour le remettre en place, les yeux fixés sur mon écran, espérant que Nathalie était déjà repartie. Elle ne l'était pas tout à fait.
***
Le premier bug m'attendait depuis la veille.
Poste informatique numéro sept, côté fenêtre, une machine qui refusait de se connecter au serveur interne depuis quarante-huit heures. Le ticket était ouvert avec trois points d'exclamation dans le titre, ce qui chez Lucrezia signifiait que quelqu'un avait perdu patience. Je posai mon sac, m'accroupis pour accéder à la tour, et c'est là que je réalisai.
La jupe. Le collant.
Je m'immobilisai une seconde, à mi-hauteur, puis décidai que la seule solution honnête était de me mettre à genoux directement. Ce que je fis. Le carrelage était froid sous les genoux — je le sentis à travers le collant avec une netteté surprenante, ce froid qui remontait par le tissu fin jusqu'à ma peau épilée. Je glissai les mains derrière la tour et commençai à tracer les câbles.
— Tu es magnifique, dit une voix au-dessus de moi.
Je levai la tête. C'était Nathalie, de l'équipe RH, quarante ans environ, lunettes rondes, toujours un mug avec une citation dessus.
— Merci, dis-je depuis le sol.
— Mais ce n'est vraiment pas pratique du tout, non ?
— Je ne vais pas me plaindre. Qu'est-ce que je risque ?
Elle réfléchit une seconde avec un sérieux appliqué.
— Déchirer ton collant.
Je baissai les yeux sur mes genoux. Sur le carrelage. Sur l'angle aigu du pied de bureau en métal à quinze centimètres de ma cuisse.
— Effectivement. Je n'avais pas pensé à ça.
Elle rit, ce rire bref et sincère, et je ris aussi, depuis le sol, avec les câbles dans les mains et la jupe sur les cuisses et cette conscience permanente du tissu contre ma peau que je n'arrivais plus à ignorer et que, franchement, je n'avais plus envie d'ignorer. Le collant était doux contre mes jambes de façon continue, régulière, comme une pression légère et constante qui transformait chaque mouvement en quelque chose de légèrement différent de d'habitude. La jupe laissait passer l'air. Le body tenait tout ensemble, ce tissu moulant qui caressait mon torse à chaque inspiration.
Je trouvai le câble réseau mal serti, le remplaçai, relançai la connexion.
Le voyant passa au vert.
— Réglé, dis-je.
— Tu sais, dit Nathalie avant de repartir, la jupe te va vraiment mieux qu'à beaucoup de filles ici. Ne le répète pas.
Je ne le répétai pas. Mais je restai avec ça une minute entière après qu'elle fut repartie, agenouillé sur le carrelage avec mon tournevis dans la main et quelque chose qui ressemblait à de la fierté quelque part dans la cage thoracique, juste au-dessus de l'autre cage, celle qui serrait toujours avec la même patiente insistance.
***
Le deuxième problème était plus sérieux.
Un bug logiciel, cette fois, une erreur dans le script de traitement des bons de commande qui générait des doublons depuis la mise à jour de la semaine précédente. Je m'installai à mon propre poste, ouvris le terminal, et commençai à lire les logs. Ce genre de travail m'absorbait toujours complètement, les yeux qui parcourent les lignes de code, le cerveau qui cherche la rupture de logique, ce silence intérieur que j'avais nulle part ailleurs.
Sauf que ce matin-là, le silence n'était pas tout à fait complet.
Le collant bruissait légèrement quand je croisais les jambes sous le bureau. Le body exerçait cette pression douce sur mon torse que je remarquais chaque fois que je me penchais en avant. La jupe remontait d'un centimètre quand je m'étirais vers le deuxième écran, et je la rabaissais d'un geste distrait qui devenait de plus en plus naturel.
Et la cage. Toujours. La promesse de Léa comme un arrière-goût constant.
À la pause de midi.
Je me concentrai sur le bug.
Chloé, du service logistique, passa derrière moi et posa une main brève sur mon épaule.
— Sérieusement, Hugo. Le body avec la jupe. C'est une réussite totale.
— C'est la tenue de Tiffany, à la base.
— Ça ne m'étonne pas d'elle. Mais sur toi, c'est autre chose.
D'habitude, mes collègues étaient correctes avec moi, un respect professionnel ordinaire, des blagues autour de la machine à café, ce rapport neutre et fonctionnel qu'on entretient avec les gens qu'on voit quarante heures par semaine sans vraiment les choisir. Mais ce matin-là, quelque chose avait changé dans la texture de ces échanges. Les femmes me regardaient différemment. Pas comme un collègue. Pas comme une curiosité. Comme quelqu'un qui avait fait quelque chose de courageux, ou de beau, ou d'intéressant, et qui le portait avec une légèreté qui les surprenait.
Je trouvai l'erreur dans le script à dix heures quarante-deux. Une condition mal formulée dans la boucle de vérification, qui dupliquait les entrées lors d'un timeout réseau. Je la corrigeai, déployai le patch en environnement de test, attendis les logs de confirmation.
Vert.
Je m'étirai sur mon siège, les bras au-dessus de la tête, et sentis le body se tendre sur mon torse, remonter légèrement sur mon ventre, ce tissu moulant qui ne laissait rien d'approximatif, qui enregistrait chaque mouvement avec une fidélité que mes vêtements habituels n'avaient pas. Dehors, le Marais était en plein soleil. Les grandes fenêtres de l'open space découpaient des rectangles dorés sur le sol gris.
Je regardai l'heure.
Onze heures cinquante-trois.
La matinée était passée dans un mélange de code, de tissu contre la peau, de compliments que je n'avais pas cherchés, de regards qui ne me jugeaient pas. La cage avait maintenu son métronome silencieux tout au long, cette pression régulière, ce rappel physique de ce qui attendait à midi.
Je fermai mes terminaux. Rangeai mon carnet.
Et j'allai retrouver Léa.
Le sol en dalles grises. La lumière blanche des néons. La réceptionniste qui leva les yeux de son écran.
Elle s'arrêta.
Pas d'une façon négative, plutôt comme quand on reconnaît quelque chose d'inattendu et que le cerveau prend une seconde supplémentaire pour classer l'information. Ses lèvres s'étirèrent lentement.
— Hugo ? C'est toi ?
— Bonjour, Sandrine.
— Mais… tu es…
— Oui.
Elle porta une main à sa bouche, et ses yeux souriaient au-dessus. Pas de moquerie là-dedans — quelque chose de plus chaleureux, de plus sincère, comme si elle venait de découvrir une version de moi qu'elle trouvait meilleure que l'originale.
— Tu es magnifique.
Je sentis la chaleur monter jusqu'à mes oreilles. Je rougis, cette façon que j'avais de rougir instantanément, sans pouvoir m'en empêcher, ce rouge qui commençait aux pommettes et descendait jusqu'au cou. Je baissai les yeux sur mes bottines marron et marmonnai un merci.
Mais je marchais déjà vers l'open space.
***
Ce qui se passa ensuite, je ne l'anticipais pas.
L'open space de Lucrezia était une grande salle rectangulaire que j'avais traversée deux cents fois sans incident notable. Postes de travail alignés, écrans doubles, une machine à café dans l'angle, des plantes qui tenaient miraculeusement en vie malgré la climatisation agressive. Ce matin-là, une dizaine de femmes étaient déjà installées, les équipes logistique, RH, comptabilité.
Je m'avançai.
Les têtes se levèrent. Une par une, comme un effet de vague.
Le silence dura deux secondes, le genre de silence qui précède quelque chose, puis ça commença.
— Oh là là.
— Hugo, non.
— Attends, attends, laisse-moi regarder.
Je m'arrêtai au milieu de la salle, les mains légèrement crispées le long des hanches, et je les laissai regarder parce que je n'avais pas vraiment le choix. Le collant marine tendait doucement sur mes jambes, je le sentis à cet instant avec une conscience aiguë, ce tissu fin qui épousait chaque centimètre depuis la cheville jusqu'à la taille, cette seconde peau soyeuse qui transformait le simple acte de marcher en quelque chose de différent. La jupe noire se balançait légèrement à chaque pas. Le body moulait mon torse avec une précision flatteuse.
— La jupe te va tellement bien, dit une voix depuis le fond.
C'était Camille, de la compta, trente ans, le genre de femme qui dit toujours exactement ce qu'elle pense.
— Les jambes, surtout, renchérit quelqu'un d'autre. Les collants, c'est une bonne idée.
— T'as les chevilles fines, Hugo, c'est injuste.
Je ne savais plus où poser les yeux. Je rougissais encore, profondément, jusqu'aux oreilles, et cette sensation-là je ne pouvais pas la contrôler. Mais il y avait autre chose en dessous du rouge. Quelque chose de plus chaud, de plus étrange. Une fierté minuscule et confuse. La cage, sous le collant et le string de dentelle, me rappelait son existence avec une régularité de métronome.
Je pensai à Léa. À ce qu'elle avait promis.
Et je continuai à marcher vers mon poste.
***
Elle apparut depuis le couloir des vestiaires, café dans une main, téléphone dans l'autre. Elle portait un blazer crème sur un jean noir, Léa avait ce genre d'élégance désinvolte qui ne semblait demander aucun effort. Ses yeux trouvèrent les miens immédiatement, et le sourire qui s'ouvrit sur son visage n'avait rien à voir avec celui de Sandrine à l'accueil.
C'était un sourire qui savait des choses.
— Tu es mignon comme ça, dit-elle.
Je déposai mon sac sur le bureau.
— Merci. En fait ce n'est pas si dramatique de porter une jupe.
— Porter une jupe dans une entreprise exclusivement féminine, dit-elle en haussant légèrement les épaules, je ne vois vraiment pas où est le mal.
Elle avait raison. Je l'avais su en traversant l'open space, ces regards n'avaient rien de cruel, rien d'hostile. Juste de la curiosité, de l'admiration sincère, cette façon qu'ont les femmes entre elles de complimenter sans arrière-pensée. Et moi au milieu, avec mes cheveux en bataille et mes yeux noisette et mon corps épilé dans son collant marine.
— Alors, dis-je. J'ai droit à ma libération ?
Léa but une gorgée de café. Prit son temps. Je la regardai faire et je serrai imperceptiblement les dents.
— Sois un peu patient. Mais oui. Tu m'as prouvé que tu voulais être mon soumis.
Je jetai un coup d'œil rapide autour de nous. La salle à café était vide, les autres étaient retournées à leurs postes, les écrans recommençaient à cliquer. Nous étions seuls dans cet angle de la pièce, entre la machine Nespresso et le tableau d'affichage couvert de notes internes.
— Tu es toujours d'accord pour être mon soumis, dit Léa. Dis-le.
Sa voix avait changé. Légèrement. Ce n'était plus la collègue désinvolte, il y avait quelque chose de plus posé là-dedans, quelque chose qui attendait.
Je déglutis.
Six mois. Tiffany ne rentrait pas avant six mois. Et la cage était là, froide et précise, depuis un temps que je préférais ne plus compter exactement.
— Oui, dis-je. Je veux être ton soumis.
— Mets-toi à genoux et répète.
Je regardai le sol carrelé. Je regardai Léa. Je regardai le couloir vide.
Et je me mis à genoux.
Le collant tendit sur mes genoux, tirant légèrement sur le tissu, cette résistance douce, ce rappel constant que j'avais une seconde peau qui enregistrait chaque mouvement. La jupe retomba sur mes cuisses. Je levai les yeux vers elle.
— Je veux être ton soumis.
Léa me regarda depuis cette hauteur, le café à la main, parfaitement calme.
— D'accord. Tu obéis à mes règles. Et tu ne vas pas pleurnicher à Tiffany.
— Je serai à la hauteur.
— On se retrouve à la pause de midi.
Elle s'en alla sans se retourner, avec cette désinvolture de quelqu'un qui vient de régler une formalité administrative.
Je me relevai, lissai la jupe sur mes cuisses, et sentis aussitôt le string se déplacer, ce tissu qui n'avait aucune intention de rester où je voulais qu'il reste. Je glissai discrètement une main sous la jupe pour le remettre en place, les yeux fixés sur mon écran, espérant que Nathalie était déjà repartie. Elle ne l'était pas tout à fait.
***
Le premier bug m'attendait depuis la veille.
Poste informatique numéro sept, côté fenêtre, une machine qui refusait de se connecter au serveur interne depuis quarante-huit heures. Le ticket était ouvert avec trois points d'exclamation dans le titre, ce qui chez Lucrezia signifiait que quelqu'un avait perdu patience. Je posai mon sac, m'accroupis pour accéder à la tour, et c'est là que je réalisai.
La jupe. Le collant.
Je m'immobilisai une seconde, à mi-hauteur, puis décidai que la seule solution honnête était de me mettre à genoux directement. Ce que je fis. Le carrelage était froid sous les genoux — je le sentis à travers le collant avec une netteté surprenante, ce froid qui remontait par le tissu fin jusqu'à ma peau épilée. Je glissai les mains derrière la tour et commençai à tracer les câbles.
— Tu es magnifique, dit une voix au-dessus de moi.
Je levai la tête. C'était Nathalie, de l'équipe RH, quarante ans environ, lunettes rondes, toujours un mug avec une citation dessus.
— Merci, dis-je depuis le sol.
— Mais ce n'est vraiment pas pratique du tout, non ?
— Je ne vais pas me plaindre. Qu'est-ce que je risque ?
Elle réfléchit une seconde avec un sérieux appliqué.
— Déchirer ton collant.
Je baissai les yeux sur mes genoux. Sur le carrelage. Sur l'angle aigu du pied de bureau en métal à quinze centimètres de ma cuisse.
— Effectivement. Je n'avais pas pensé à ça.
Elle rit, ce rire bref et sincère, et je ris aussi, depuis le sol, avec les câbles dans les mains et la jupe sur les cuisses et cette conscience permanente du tissu contre ma peau que je n'arrivais plus à ignorer et que, franchement, je n'avais plus envie d'ignorer. Le collant était doux contre mes jambes de façon continue, régulière, comme une pression légère et constante qui transformait chaque mouvement en quelque chose de légèrement différent de d'habitude. La jupe laissait passer l'air. Le body tenait tout ensemble, ce tissu moulant qui caressait mon torse à chaque inspiration.
Je trouvai le câble réseau mal serti, le remplaçai, relançai la connexion.
Le voyant passa au vert.
— Réglé, dis-je.
— Tu sais, dit Nathalie avant de repartir, la jupe te va vraiment mieux qu'à beaucoup de filles ici. Ne le répète pas.
Je ne le répétai pas. Mais je restai avec ça une minute entière après qu'elle fut repartie, agenouillé sur le carrelage avec mon tournevis dans la main et quelque chose qui ressemblait à de la fierté quelque part dans la cage thoracique, juste au-dessus de l'autre cage, celle qui serrait toujours avec la même patiente insistance.
***
Le deuxième problème était plus sérieux.
Un bug logiciel, cette fois, une erreur dans le script de traitement des bons de commande qui générait des doublons depuis la mise à jour de la semaine précédente. Je m'installai à mon propre poste, ouvris le terminal, et commençai à lire les logs. Ce genre de travail m'absorbait toujours complètement, les yeux qui parcourent les lignes de code, le cerveau qui cherche la rupture de logique, ce silence intérieur que j'avais nulle part ailleurs.
Sauf que ce matin-là, le silence n'était pas tout à fait complet.
Le collant bruissait légèrement quand je croisais les jambes sous le bureau. Le body exerçait cette pression douce sur mon torse que je remarquais chaque fois que je me penchais en avant. La jupe remontait d'un centimètre quand je m'étirais vers le deuxième écran, et je la rabaissais d'un geste distrait qui devenait de plus en plus naturel.
Et la cage. Toujours. La promesse de Léa comme un arrière-goût constant.
À la pause de midi.
Je me concentrai sur le bug.
Chloé, du service logistique, passa derrière moi et posa une main brève sur mon épaule.
— Sérieusement, Hugo. Le body avec la jupe. C'est une réussite totale.
— C'est la tenue de Tiffany, à la base.
— Ça ne m'étonne pas d'elle. Mais sur toi, c'est autre chose.
D'habitude, mes collègues étaient correctes avec moi, un respect professionnel ordinaire, des blagues autour de la machine à café, ce rapport neutre et fonctionnel qu'on entretient avec les gens qu'on voit quarante heures par semaine sans vraiment les choisir. Mais ce matin-là, quelque chose avait changé dans la texture de ces échanges. Les femmes me regardaient différemment. Pas comme un collègue. Pas comme une curiosité. Comme quelqu'un qui avait fait quelque chose de courageux, ou de beau, ou d'intéressant, et qui le portait avec une légèreté qui les surprenait.
Je trouvai l'erreur dans le script à dix heures quarante-deux. Une condition mal formulée dans la boucle de vérification, qui dupliquait les entrées lors d'un timeout réseau. Je la corrigeai, déployai le patch en environnement de test, attendis les logs de confirmation.
Vert.
Je m'étirai sur mon siège, les bras au-dessus de la tête, et sentis le body se tendre sur mon torse, remonter légèrement sur mon ventre, ce tissu moulant qui ne laissait rien d'approximatif, qui enregistrait chaque mouvement avec une fidélité que mes vêtements habituels n'avaient pas. Dehors, le Marais était en plein soleil. Les grandes fenêtres de l'open space découpaient des rectangles dorés sur le sol gris.
Je regardai l'heure.
Onze heures cinquante-trois.
La matinée était passée dans un mélange de code, de tissu contre la peau, de compliments que je n'avais pas cherchés, de regards qui ne me jugeaient pas. La cage avait maintenu son métronome silencieux tout au long, cette pression régulière, ce rappel physique de ce qui attendait à midi.
Je fermai mes terminaux. Rangeai mon carnet.
Et j'allai retrouver Léa.
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