Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cage Rose & Strings Trempés — Chapitre 29
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cage Rose & Strings Trempés
Chapitre 29
Léa se leva de son poste sans un mot, juste ce regard en coin qui signifiait suis-moi, et je la suivis.
Je connaissais cette façon qu'elle avait de marcher dans les couloirs de Lucrezia, les épaules droites, le pas régulier, sans regarder derrière elle pour vérifier que j'étais là. Elle savait que j'étais là. C'était une certitude qu'elle portait comme elle portait son blazer crème, avec une désinvolture totale.
Mes bottines claquaient légèrement sur le carrelage. Le collant bruissait à chaque pas, ce froissement doux et continu que j'avais appris à ne plus vraiment entendre sans jamais tout à fait réussir à l'oublier. La jupe oscillait sur mes cuisses. Et la cage, toujours, ce métronome patient et cruel qui ne m'avait pas quitté depuis le matin.
À la pause de midi.
Elle avait dit ça comme on pose un rendez-vous médical.
***
Les toilettes du fond du couloir étaient celles que personne n'utilisait jamais, trop loin de l'open space, trop proches du local technique. Léa s'y dirigea sans hésiter, poussa la porte, jeta un coup d'œil à l'intérieur. Personne. Elle se retourna vers moi avec un signe de tête bref.
Je soufflai.
Nous entrâmes. Elle poussa le verrou derrière nous, deux tours, le métal qui claqua avec une netteté satisfaisante dans le silence, et je me retrouvai dans ce petit espace carrelé blanc, les néons qui bourdonnaient au plafond, l'odeur de savon industriel, et Léa qui me regardait.
— Ma chérie, dit-elle. Tu as été très obéissante ce matin. Donc tu as droit à une récompense.
Ma chérie. Ce pronom-là, cette façon qu'elle avait de le placer sans prévenir, sans en faire un événement, comme si c'était simplement la bonne façon de s'adresser à moi. Quelque chose se détendit dans ma poitrine à chaque fois qu'elle le faisait, une tension que je ne savais pas que je portais jusqu'à ce qu'elle disparaisse.
— Oui, dis-je. J'ai hâte.
Elle croisa les bras et inclina légèrement la tête. Ce regard-là, vif, attentif, qui inventoriait.
— On va commencer par ça.
Elle s'avança, saisit l'ourlet de ma jupe noire et la fit glisser sur mes cuisses d'un seul geste propre. Le tissu tomba sur le carrelage. Puis ses doigts trouvèrent les pressions du body entre mes jambes, clic, clic, clic, et elle défit le bas du justaucorps avec l'efficacité de quelqu'un qui n'en est pas à sa première fois.
Elle s'immobilisa.
Je la vis regarder. Le string de dentelle rose, le collant marine descendu sur mes hanches, et en dessous, visible à travers le tissu fin, la cage qui déformait à peine le contour, comme si même elle avait du mal à contenir ce qu'elle enfermait. Et autour, ce mouillé tiède qui avait eu toute la matinée pour s'accumuler.
— Le string, dit-elle, ça se met correctement. Sinon c'est vulgaire.
Je baissai les yeux. Le string de Tiffany avait migré sur la gauche depuis des heures, la dentelle tordue sur ma hanche, le tissu qui tirait de travers sous la cage.
— Je suis désolé. C'est très inconfortable.
— Oui. Au début. Pourtant tu adores ça.
Elle marqua une pause.
— Parce que le string est tout trempé comme une femme.
Je jetai un regard vers le tissu. Elle avait raison. Le string de dentelle rose avait absorbé toute la matinée, les regards, les compliments de Nathalie, les genoux sur le carrelage froid, la cage qui cognait à chaque ligne de code, et tout ça s'était mis quelque part. Je n'avais pas remarqué à quel point. Ou peut-être que j'avais remarqué sans le nommer.
Il y avait quelque chose de vertigineux dans cet aveu muet que le tissu faisait à ma place.
Léa se pencha pour examiner la cage, les mains sur les genoux, avec ce sérieux appliqué d'une experte qui évalue un mécanisme.
— C'est très sexy, dit-elle. Une cage de chasteté. Tu sais ça ?
Je ne répondis pas. La cage cogna une fois, comme pour confirmer.
Elle se releva et sortit de son sac, sans cérémonie, une petite boîte rectangulaire. Je mis une seconde à comprendre ce que je regardais. Une boîte de préservatifs. Rose. Avec une écriture dorée sur le devant.
Elle la tendit vers moi.
— Regarde. J'ai pensé à toi. Les autres tailles auraient été… disons, un peu optimistes.
Je pris la boîte. Je la retournai lentement dans mes mains. La mention était là, imprimée en lettres sobres sous le logo de la marque : Idéale pour le SPH.
Je restai quelques secondes sans parler. Le bourdonnement du néon au plafond remplissait le silence.
— Je ne savais pas que ça existait, finis-je par dire.
— Et pourtant, ça te va comme un gant, dit-elle. Comme une seconde peau, plutôt.
Elle l'avait dit avec une satisfaction tranquille, comme on annonce une bonne nouvelle évidente. Elle ouvrit la boîte. Les préservatifs étaient effectivement roses, d'un rose léger, presque pâle, qui aurait pu passer pour une blague si l'emballage n'avait pas été si sérieux, si précis dans ce qu'il revendiquait.
— Je vais te libérer, dit Léa. Et tu as interdiction de te toucher. OK ?
— OK.
Elle glissa la main dans son sac et en sortit la clef.
Je la regardai faire. Ce geste simple, une clef, une serrure, qui avait eu le temps de devenir dans ma tête quelque chose d'immense à force d'être différé. Elle introduisit la clef, tourna, et la cage s'ouvrit avec un petit déclic.
Ce qui suivit fut immédiat.
Je sentis la montée avant même de la voir, ce flux de sang qui arrivait d'un coup, brutal, sans la moindre politesse, sans tenir compte du contexte ou du lieu ou des néons industriels ou du verrou à deux tours. Mon corps avait attendu trois semaines pour ça et n'avait aucune intention de faire semblant d'être patient une seconde de plus.
— Dis donc, dit Léa. Ta petite bite apprécie.
— Ça fait trois semaines que j'ai été enfermé.
— Tiffany est méchante. Avec moi, tu auras droit à plus de libérations.
Elle avait dit ça avec ce ton de quelqu'un qui règle une injustice. Puis elle prit un préservatif rose dans la boîte et l'enfila sur moi d'un geste précis, sans hésitation. Je sentis le latex se comprimer contre moi, pas de douleur, quelque chose d'autre, cette pression douce et uniformément répartie qui enveloppait, qui caressait en serrant. C'était une sensation que je n'avais pas anticipée. Une caresse qui venait de partout en même temps.
— Oh, murmurai-je.
Léa s'agenouilla.
Je regardai le plafond.
— Tu vas me faire une fellation ? dis-je, parce qu'il fallait dire quelque chose, parce que la situation demandait une confirmation verbale que mon cerveau réclamait stupidement.
— Effectivement, dit-elle depuis en bas. Tu n'es pas encore aveugle.
Sa langue toucha le latex.
Je posai une main contre le mur carrelé. Le froid du carrelage remonta dans ma paume, et ce contraste, la main froide, le reste brûlant, me traversa de la tête aux pieds. Elle recommença. Une caresse, deux, cette façon qu'elle avait de prendre son temps là où je n'avais aucune réserve de patience.
Puis elle m'enfonça dans sa bouche et commença.
Une minute, exactement. Peut-être moins.
Le sol sembla se dérober légèrement sous les bottines marron. Je m'appuyai au mur des deux mains, les bras tendus, et je perdis le contrôle avec une facilité que j'aurais trouvée humiliante dans une autre vie. Dans celle-ci, c'était simplement ce que le corps faisait après trois semaines de cage.
Le néon au plafond bourdonna.
Léa se releva et me regarda avec cet œil vif, et le rire qui sortit d'elle était sincère, direct, sans la moindre cruauté.
— Tu as perdu le contrôle ? C'est ça ? On dirait que même libéré, tu ne fais pas le poids.
— C'est compliqué de tenir après trois semaines enfermé en cage.
— C'est parfait. Juste ce qu'il faut pour un homme comme toi.
Elle se pencha pour jeter le préservatif noué dans la poubelle, ce geste pratique, définitif, qui classait l'affaire.
— Tu as le bon rôle, dit-elle. Les hommes qui savent se retenir pénètrent les femmes. Les autres…
Elle fit une pause, comme pour savourer l'idée.
— Se contentent de ce qu'on daigne leur donner. Tu n'es pas d'accord avec moi ?
— Si.
— Tu préfères pénétrer une femme, ou c'est une femme qui te pénètre ?
La réponse était là avant même que je l'aie cherchée. Elle avait toujours été là.
— Quand c'est une femme qui me pénètre.
— D'accord.
Elle reprit la cage dans son sac.
Je la regardai s'approcher, et je ne dis rien pendant qu'elle remettait la cage en place, ce cliquetis bref, la serrure qui se referme, la clef qui réintègre le sac de Léa. Mon sexe, flasque maintenant, n'opposa aucune résistance. La cage se referma sur lui avec la même patience qu'elle avait toujours eue, cette indifférence mécanique parfaite.
Le sentiment qui monta n'était pas de la colère. Pas tout à fait de la tristesse. Quelque chose de plus étrange, cette impression que l'objet qui venait de se refermer n'appartenait plus tout à fait à mon corps. Qu'il avait été mis en dépôt quelque part.
— Tu as adoré que je te suce dans les toilettes de l'entreprise ?
— Oui.
— Je suis contente.
Elle plongea de nouveau la main dans son sac et en sortit un string. Pas rose cette fois, beige, coton, simple.
— Mets ce string pour le reste de la journée. Tu ne peux pas garder le tien tout trempé. La prochaine fois, pense à prendre plusieurs strings avec toi.
— D'accord.
Elle déverrouilla la porte, l'ouvrit, et sortit sans se retourner, ce pas régulier, ces épaules droites, cette certitude tranquille que les choses étaient à leur place.
La porte se referma.
Je restai seul dans le petit carré de carrelage blanc.
***
Je me rhabillai lentement.
Le string de Léa d'abord, le tissu fin qui remonta le long de mes jambes, se posa sur mes hanches, le coton qui épousait les contours sans chercher à couvrir vraiment quoi que ce soit. La cage déformait légèrement la coupe, discrète sous le tissu clair, présence têtue que la journée avait encore devant elle.
Le collant ensuite. Mes doigts lisèrent les plis depuis les chevilles jusqu'à la taille, ce rituel que j'avais appris en deux heures d'une matinée et qui, déjà, ne m'appartenait plus tout à fait, ou plutôt si, précisément, il m'appartenait maintenant.
Le body que je refermai en resserrant les pressions une à une, clic, clic, clic, ce bruit sec et précis dans le silence des toilettes.
La jupe noire.
Je la laissai retomber sur mes cuisses, la centrai d'un geste qui n'était plus tout à fait neuf.
Je me regardai dans le miroir au-dessus du lavabo. Les cheveux toujours en bataille sur le front. Les yeux noisette, grands, un peu vides encore de toute l'adrénaline retombée. Le collant lisse sur mes jambes. La jupe qui oscillerait à chaque pas.
Et quelque part là-dedans, la cage.
La légère gêne était déjà là quand je fis le premier pas vers la porte, le string de Léa un peu trop échancré pour ce que j'avais en dessous, le tissu trop fin, la cage qui pressait différemment dans cette coupe-là que dans l'autre. Rien de douloureux. Ce poil d'inconfort permanent que j'avais décidé d'accepter en bloc ce matin dans le dressing de Tiffany, et que j'acceptai de nouveau ici.
Je déverrouillai la porte.
Le couloir était vide.
Je sortis des toilettes, les bottines marron claquant doucement sur le carrelage, la jupe qui oscillait, le string qui tirait légèrement sur la gauche, la cage qui battait son métronome silencieux sous le collant marine.
Elle savait pour les préservatifs. Elle savait pour la cage. Elle savait pour les vêtements de Tiffany. Je n'avais pas pensé à ça pendant qu'elle me regardait, et je n'y pensai qu'une seconde maintenant, et puis la jupe oscilla sur mes cuisses et je cessai d'y penser.
Devant moi, l'open space. Mes collègues. Mon poste. Le reste de la journée.
Je lissai la jupe une dernière fois sur mes cuisses et continuai à marcher.
Je connaissais cette façon qu'elle avait de marcher dans les couloirs de Lucrezia, les épaules droites, le pas régulier, sans regarder derrière elle pour vérifier que j'étais là. Elle savait que j'étais là. C'était une certitude qu'elle portait comme elle portait son blazer crème, avec une désinvolture totale.
Mes bottines claquaient légèrement sur le carrelage. Le collant bruissait à chaque pas, ce froissement doux et continu que j'avais appris à ne plus vraiment entendre sans jamais tout à fait réussir à l'oublier. La jupe oscillait sur mes cuisses. Et la cage, toujours, ce métronome patient et cruel qui ne m'avait pas quitté depuis le matin.
À la pause de midi.
Elle avait dit ça comme on pose un rendez-vous médical.
***
Les toilettes du fond du couloir étaient celles que personne n'utilisait jamais, trop loin de l'open space, trop proches du local technique. Léa s'y dirigea sans hésiter, poussa la porte, jeta un coup d'œil à l'intérieur. Personne. Elle se retourna vers moi avec un signe de tête bref.
Je soufflai.
Nous entrâmes. Elle poussa le verrou derrière nous, deux tours, le métal qui claqua avec une netteté satisfaisante dans le silence, et je me retrouvai dans ce petit espace carrelé blanc, les néons qui bourdonnaient au plafond, l'odeur de savon industriel, et Léa qui me regardait.
— Ma chérie, dit-elle. Tu as été très obéissante ce matin. Donc tu as droit à une récompense.
Ma chérie. Ce pronom-là, cette façon qu'elle avait de le placer sans prévenir, sans en faire un événement, comme si c'était simplement la bonne façon de s'adresser à moi. Quelque chose se détendit dans ma poitrine à chaque fois qu'elle le faisait, une tension que je ne savais pas que je portais jusqu'à ce qu'elle disparaisse.
— Oui, dis-je. J'ai hâte.
Elle croisa les bras et inclina légèrement la tête. Ce regard-là, vif, attentif, qui inventoriait.
— On va commencer par ça.
Elle s'avança, saisit l'ourlet de ma jupe noire et la fit glisser sur mes cuisses d'un seul geste propre. Le tissu tomba sur le carrelage. Puis ses doigts trouvèrent les pressions du body entre mes jambes, clic, clic, clic, et elle défit le bas du justaucorps avec l'efficacité de quelqu'un qui n'en est pas à sa première fois.
Elle s'immobilisa.
Je la vis regarder. Le string de dentelle rose, le collant marine descendu sur mes hanches, et en dessous, visible à travers le tissu fin, la cage qui déformait à peine le contour, comme si même elle avait du mal à contenir ce qu'elle enfermait. Et autour, ce mouillé tiède qui avait eu toute la matinée pour s'accumuler.
— Le string, dit-elle, ça se met correctement. Sinon c'est vulgaire.
Je baissai les yeux. Le string de Tiffany avait migré sur la gauche depuis des heures, la dentelle tordue sur ma hanche, le tissu qui tirait de travers sous la cage.
— Je suis désolé. C'est très inconfortable.
— Oui. Au début. Pourtant tu adores ça.
Elle marqua une pause.
— Parce que le string est tout trempé comme une femme.
Je jetai un regard vers le tissu. Elle avait raison. Le string de dentelle rose avait absorbé toute la matinée, les regards, les compliments de Nathalie, les genoux sur le carrelage froid, la cage qui cognait à chaque ligne de code, et tout ça s'était mis quelque part. Je n'avais pas remarqué à quel point. Ou peut-être que j'avais remarqué sans le nommer.
Il y avait quelque chose de vertigineux dans cet aveu muet que le tissu faisait à ma place.
Léa se pencha pour examiner la cage, les mains sur les genoux, avec ce sérieux appliqué d'une experte qui évalue un mécanisme.
— C'est très sexy, dit-elle. Une cage de chasteté. Tu sais ça ?
Je ne répondis pas. La cage cogna une fois, comme pour confirmer.
Elle se releva et sortit de son sac, sans cérémonie, une petite boîte rectangulaire. Je mis une seconde à comprendre ce que je regardais. Une boîte de préservatifs. Rose. Avec une écriture dorée sur le devant.
Elle la tendit vers moi.
— Regarde. J'ai pensé à toi. Les autres tailles auraient été… disons, un peu optimistes.
Je pris la boîte. Je la retournai lentement dans mes mains. La mention était là, imprimée en lettres sobres sous le logo de la marque : Idéale pour le SPH.
Je restai quelques secondes sans parler. Le bourdonnement du néon au plafond remplissait le silence.
— Je ne savais pas que ça existait, finis-je par dire.
— Et pourtant, ça te va comme un gant, dit-elle. Comme une seconde peau, plutôt.
Elle l'avait dit avec une satisfaction tranquille, comme on annonce une bonne nouvelle évidente. Elle ouvrit la boîte. Les préservatifs étaient effectivement roses, d'un rose léger, presque pâle, qui aurait pu passer pour une blague si l'emballage n'avait pas été si sérieux, si précis dans ce qu'il revendiquait.
— Je vais te libérer, dit Léa. Et tu as interdiction de te toucher. OK ?
— OK.
Elle glissa la main dans son sac et en sortit la clef.
Je la regardai faire. Ce geste simple, une clef, une serrure, qui avait eu le temps de devenir dans ma tête quelque chose d'immense à force d'être différé. Elle introduisit la clef, tourna, et la cage s'ouvrit avec un petit déclic.
Ce qui suivit fut immédiat.
Je sentis la montée avant même de la voir, ce flux de sang qui arrivait d'un coup, brutal, sans la moindre politesse, sans tenir compte du contexte ou du lieu ou des néons industriels ou du verrou à deux tours. Mon corps avait attendu trois semaines pour ça et n'avait aucune intention de faire semblant d'être patient une seconde de plus.
— Dis donc, dit Léa. Ta petite bite apprécie.
— Ça fait trois semaines que j'ai été enfermé.
— Tiffany est méchante. Avec moi, tu auras droit à plus de libérations.
Elle avait dit ça avec ce ton de quelqu'un qui règle une injustice. Puis elle prit un préservatif rose dans la boîte et l'enfila sur moi d'un geste précis, sans hésitation. Je sentis le latex se comprimer contre moi, pas de douleur, quelque chose d'autre, cette pression douce et uniformément répartie qui enveloppait, qui caressait en serrant. C'était une sensation que je n'avais pas anticipée. Une caresse qui venait de partout en même temps.
— Oh, murmurai-je.
Léa s'agenouilla.
Je regardai le plafond.
— Tu vas me faire une fellation ? dis-je, parce qu'il fallait dire quelque chose, parce que la situation demandait une confirmation verbale que mon cerveau réclamait stupidement.
— Effectivement, dit-elle depuis en bas. Tu n'es pas encore aveugle.
Sa langue toucha le latex.
Je posai une main contre le mur carrelé. Le froid du carrelage remonta dans ma paume, et ce contraste, la main froide, le reste brûlant, me traversa de la tête aux pieds. Elle recommença. Une caresse, deux, cette façon qu'elle avait de prendre son temps là où je n'avais aucune réserve de patience.
Puis elle m'enfonça dans sa bouche et commença.
Une minute, exactement. Peut-être moins.
Le sol sembla se dérober légèrement sous les bottines marron. Je m'appuyai au mur des deux mains, les bras tendus, et je perdis le contrôle avec une facilité que j'aurais trouvée humiliante dans une autre vie. Dans celle-ci, c'était simplement ce que le corps faisait après trois semaines de cage.
Le néon au plafond bourdonna.
Léa se releva et me regarda avec cet œil vif, et le rire qui sortit d'elle était sincère, direct, sans la moindre cruauté.
— Tu as perdu le contrôle ? C'est ça ? On dirait que même libéré, tu ne fais pas le poids.
— C'est compliqué de tenir après trois semaines enfermé en cage.
— C'est parfait. Juste ce qu'il faut pour un homme comme toi.
Elle se pencha pour jeter le préservatif noué dans la poubelle, ce geste pratique, définitif, qui classait l'affaire.
— Tu as le bon rôle, dit-elle. Les hommes qui savent se retenir pénètrent les femmes. Les autres…
Elle fit une pause, comme pour savourer l'idée.
— Se contentent de ce qu'on daigne leur donner. Tu n'es pas d'accord avec moi ?
— Si.
— Tu préfères pénétrer une femme, ou c'est une femme qui te pénètre ?
La réponse était là avant même que je l'aie cherchée. Elle avait toujours été là.
— Quand c'est une femme qui me pénètre.
— D'accord.
Elle reprit la cage dans son sac.
Je la regardai s'approcher, et je ne dis rien pendant qu'elle remettait la cage en place, ce cliquetis bref, la serrure qui se referme, la clef qui réintègre le sac de Léa. Mon sexe, flasque maintenant, n'opposa aucune résistance. La cage se referma sur lui avec la même patience qu'elle avait toujours eue, cette indifférence mécanique parfaite.
Le sentiment qui monta n'était pas de la colère. Pas tout à fait de la tristesse. Quelque chose de plus étrange, cette impression que l'objet qui venait de se refermer n'appartenait plus tout à fait à mon corps. Qu'il avait été mis en dépôt quelque part.
— Tu as adoré que je te suce dans les toilettes de l'entreprise ?
— Oui.
— Je suis contente.
Elle plongea de nouveau la main dans son sac et en sortit un string. Pas rose cette fois, beige, coton, simple.
— Mets ce string pour le reste de la journée. Tu ne peux pas garder le tien tout trempé. La prochaine fois, pense à prendre plusieurs strings avec toi.
— D'accord.
Elle déverrouilla la porte, l'ouvrit, et sortit sans se retourner, ce pas régulier, ces épaules droites, cette certitude tranquille que les choses étaient à leur place.
La porte se referma.
Je restai seul dans le petit carré de carrelage blanc.
***
Je me rhabillai lentement.
Le string de Léa d'abord, le tissu fin qui remonta le long de mes jambes, se posa sur mes hanches, le coton qui épousait les contours sans chercher à couvrir vraiment quoi que ce soit. La cage déformait légèrement la coupe, discrète sous le tissu clair, présence têtue que la journée avait encore devant elle.
Le collant ensuite. Mes doigts lisèrent les plis depuis les chevilles jusqu'à la taille, ce rituel que j'avais appris en deux heures d'une matinée et qui, déjà, ne m'appartenait plus tout à fait, ou plutôt si, précisément, il m'appartenait maintenant.
Le body que je refermai en resserrant les pressions une à une, clic, clic, clic, ce bruit sec et précis dans le silence des toilettes.
La jupe noire.
Je la laissai retomber sur mes cuisses, la centrai d'un geste qui n'était plus tout à fait neuf.
Je me regardai dans le miroir au-dessus du lavabo. Les cheveux toujours en bataille sur le front. Les yeux noisette, grands, un peu vides encore de toute l'adrénaline retombée. Le collant lisse sur mes jambes. La jupe qui oscillerait à chaque pas.
Et quelque part là-dedans, la cage.
La légère gêne était déjà là quand je fis le premier pas vers la porte, le string de Léa un peu trop échancré pour ce que j'avais en dessous, le tissu trop fin, la cage qui pressait différemment dans cette coupe-là que dans l'autre. Rien de douloureux. Ce poil d'inconfort permanent que j'avais décidé d'accepter en bloc ce matin dans le dressing de Tiffany, et que j'acceptai de nouveau ici.
Je déverrouillai la porte.
Le couloir était vide.
Je sortis des toilettes, les bottines marron claquant doucement sur le carrelage, la jupe qui oscillait, le string qui tirait légèrement sur la gauche, la cage qui battait son métronome silencieux sous le collant marine.
Elle savait pour les préservatifs. Elle savait pour la cage. Elle savait pour les vêtements de Tiffany. Je n'avais pas pensé à ça pendant qu'elle me regardait, et je n'y pensai qu'une seconde maintenant, et puis la jupe oscilla sur mes cuisses et je cessai d'y penser.
Devant moi, l'open space. Mes collègues. Mon poste. Le reste de la journée.
Je lissai la jupe une dernière fois sur mes cuisses et continuai à marcher.
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