Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Cage Rose & Strings Trempés — Chapitre 30
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Cage Rose & Strings Trempés
Chapitre 30
C'était le vendredi soir de la deuxième semaine après le départ de Tiffany.
Dehors, le Marais s'animait de cette façon spécifique aux fins de semaine : des voix qui montaient de la rue, des groupes qui passaient sous la fenêtre, le bruit d'un restaurant qui s'ouvrait plus loin. Moi j'étais sur le canapé en velours vert émeraude, les jambes repliées sous moi, le téléphone posé sur le coussin à côté.
Je portais le pull oversize camel, ce pull en laine douce que j'avais trouvé dans le dressing de Tiffany et que Léa avait approuvé avec un hochement de tête satisfait. En dessous, un tee-shirt basique. Et puis la jupe en cuir synthétique, courte, évasée, qui retombait sur mes cuisses gainées de collants noirs opaques. Les baskets blanches étaient posées au pied du canapé, abandonnées là depuis que j'étais rentré. Le string violet tirait légèrement, il avait tiré légèrement toute la journée, et j'avais cessé d'y penser, ou plutôt j'avais appris à y penser autrement, comme on apprend à entendre le bruit d'un radiateur.
La cage faisait ce qu'elle faisait depuis des semaines maintenant. Elle attendait.
Mon téléphone vibra.
Tiffany.
Je décrochai avant la deuxième vibration.
— Allô ?
— Hugo. Enfin. Je commence à oublier ta voix.
La sienne était là, immédiatement reconnaissable, ce timbre chaud et légèrement éraillé, cette façon qu'elle avait de parler vite quand elle était contente. Je sentis quelque chose se détendre dans ma poitrine, comme un muscle qu'on tient contracté sans s'en rendre compte.
— Tu vas bien ? demandai-je.
— Fatiguée. Ma formation prend tout mon temps, vraiment tout. Les journées sont longues, les soirées je mange et je m'endors. C'est intense. Toi tout va bien avec Léa ?
Je calai mon dos contre l'accoudoir du canapé. Par la fenêtre, les lumières de la cour intérieure dessinaient des ombres sur les plantes grimpantes.
— Oui, tout va bien. Léa m'a fait une fellation. J'ai joui.
Un silence d'une seconde.
— T'as de la chance.
Elle dit ça sans amertume, avec ce réalisme tranquille qui était une de ses caractéristiques fondamentales.
— Certes t'as joui en trente secondes, mais c'est cool quand même. Moi, je n'arrive pas à trouver de mec pour le sexe. Tous les hommes ont peur de mes poils.
Je ne pus pas m'en empêcher. Un rire bref, sincère, m'échappa.
— Arrête, dit-elle, mais elle riait aussi, ce rire fort, entier, légèrement bruyant. C'est pas drôle. Enfin si, c'est un peu drôle. Mais c'est frustrant. Je suis là dans cette ville, je sors le soir et les mecs s'approchent, ça commence bien, et puis on arrive au moment où ça se précise et ils voient mes jambes et c'est fini.
— Ils voient tes jambes en soirée ?
— J'avais une robe courte mercredi. Et des sandales. Donc oui.
Je l'imaginai, sa silhouette en sablier dans une robe, ses jambes aux poils châtains bien visibles, ce sourire de travers et cette façon de tenir un verre comme si elle possédait la pièce. Les hommes qui s'approchaient et repartaient. L'absurdité tranquille de ça.
— Du coup, reprit-elle, je dois utiliser un vibrateur pour me faire plaisir. Seule. Dans ma chambre d'hôtel. Un vendredi soir.
— Je suis triste pour toi.
— T'as pas l'air si triste.
— Je suis triste intérieurement.
Elle souffla, ce souffle mi-rire mi-soupir.
— Toi tu as l'air tellement épanoui. Léa m'a envoyé quelques photos de toi en tenue féminine. T'es vraiment mignon, Hugo. Vraiment. Tu m'excites beaucoup.
Je me redressai légèrement sur le canapé. Quelque chose de chaud monta sur mes joues, ce rouge que je ne contrôlais jamais.
— Elle t'a envoyé des photos.
— Plusieurs. Celle dans la jupe noire au bureau surtout. Et une de cette semaine, avec le pull et les collants.
Je digérai cette information. Tiffany, dans sa chambre d'hôtel, quelque part dans une autre ville, qui regardait des photos de moi en jupe et en collants. Et qui m'appelait un vendredi soir pour me dire que ça l'excitait.
— J'obéis juste à Léa, dis-je. Elle m'a promis des libérations si je portais des tenues féminines.
— Je sais. Et tu obéis bien.
Il y avait quelque chose dans sa voix, une chaleur spécifique, différente de d'habitude.
— Tu portes quoi ce soir ? demanda-t-elle.
Je baissai les yeux sur moi-même. Le pull camel tombait sur mes cuisses, couvrant à moitié la jupe. Les collants noirs disparaissaient dans les chaussettes retournées sur le canapé.
— Un pull oversize. Une jupe en cuir synthétique. Des collants noirs opaques. Des baskets blanches.
— Stylé. Et les sous-vêtements ?
— Un string violet.
— Agréable ?
— Pas vraiment. Ça tire d'un côté depuis ce matin.
— Je comprends. Mais t'inquiète, tu t'habitues.
Elle dit ça avec l'autorité de quelqu'un qui avait passé des années à s'habituer à des choses que personne d'autre ne comprenait tout à fait. Je souris malgré moi.
— On peut passer en visio ? demanda-t-elle.
— Oui.
***
Quelques secondes de manipulation maladroite des deux côtés, et son visage apparut sur mon écran.
Elle était dans son lit. La lumière de la chambre d'hôtel était chaude, un peu tamisée. Ses cheveux châtains étaient défaits, pas de tresse, pas de chignon, juste cette masse légèrement ondulée qui lui tombait sur les épaules. Elle avait l'air fatiguée et en même temps animée de quelque chose, ce regard vif qui ne s'éteignait jamais vraiment.
Et puis je remarquai autre chose.
Son épaule était nue. Le drap remontait jusqu'à mi-torse mais son mouvement, ce léger mouvement régulier, discret, que je n'aurais peut-être pas repéré si je n'avais pas connu son corps par cœur, était là. Et depuis les enceintes de mon téléphone, très bas, presque imperceptible, il y avait un bourdonnement.
— Tu te masturbes ? dis-je.
— Ouais. Tu m'excites trop.
Elle dit ça simplement, comme un fait. Ses yeux sur l'écran, sur moi, sur le pull camel, sur la jupe qui dépassait en dessous, avec cette intensité tranquille.
Un petit gémissement lui échappa. Bref, involontaire, immédiatement suivi d'un sourire.
La cage cogna.
Pas métaphoriquement, physiquement, ce choc sourd contre le plastique, ce refus du corps d'accepter la situation que la tête avait pourtant négociée et acceptée. Je changeai de position sur le canapé et ça ne changea rien, évidemment.
— T'es trop mignon, dit Tiffany. Déshabille-toi.
Je posai le téléphone contre le coussin, cadré pour qu'elle voie. Et je commençai.
Le pull d'abord, je le soulevai par le bas, le fis passer par-dessus ma tête, les cheveux en bataille de l'autre côté. Le tee-shirt ensuite, que je retirai d'un mouvement. Mon torse nu, pâle, entièrement lisse, pas un poil depuis les clavicules jusqu'au ventre, apparut dans la lumière du salon. Puis je me levai du canapé, et la jupe en cuir synthétique glissa sur mes jambes gainées de collants noirs au moment où je défis le bouton et la laissai tomber.
Je me rassis. Les collants noirs opaques, le string violet visible à travers si on regardait dans la bonne direction, et dessous, la cage, sa forme reconnaissable déformant légèrement le tissu.
— Ton string tout trempé, dit Tiffany depuis l'écran. Et on voit ta cage à travers. C'est merveilleux.
Sa voix avait baissé d'un ton. Le bourdonnement continuait, régulier.
— J'ai tellement envie de me masturber, dis-je.
Le mot sortit sans que je l'aie vraiment décidé. Juste l'énoncé d'un fait, comme elle avait énoncé les siens.
— Achète un vibrateur, dit-elle. Comme ça on pourra se masturber ensemble au vibrateur.
— Bonne idée.
— C'est vraiment une bonne idée, répéta-t-elle, et dans sa voix il y avait quelque chose qui se concentrait.
Je glissai la main vers la cage, ce geste inutile et inévitable, cette façon qu'avait la main d'aller là où le corps réclamait quelque chose que les règles interdisaient. Le tissu du collant était doux sous mes paumes, cette matière fine et tendue qui transmettait la chaleur différemment. Je sentis quelque chose entre mes doigts, une légère humidité à travers le tissu, tiède, qui traversait le string violet et le nylon noir.
Du pré-sperme sur les doigts. Je restai une seconde à regarder ça.
La cage était chaude. Trop chaude.
Depuis l'écran, Tiffany émit un son, pas un petit son calculé cette fois, quelque chose d'involontaire, d'incontrôlable, qui monta puis se brisa. Le bourdonnement s'arrêta.
Silence.
— C'est merveilleux, dit-elle, un peu à bout de souffle. Merci beaucoup.
— Tu as eu un orgasme. Par téléphone.
— Ouais. Bon, je te laisse.
Je regardai l'écran. Son visage, les joues légèrement rouges, les yeux qui clignotaient lentement, cette expression de quelqu'un qui vient d'atterrir après quelque chose.
— Tiffany.
— Oui ?
— Tu me manques.
Un moment. Elle me regarda depuis sa chambre d'hôtel, ses cheveux défaits, le drap remonté, la fatigue et quelque chose de plus doux mélangés sur son visage.
— Moi aussi, dit-elle.
Et elle raccrocha.
***
L'écran devint noir.
Je restai assis sur le canapé, en collants noirs et string violet dans le salon illuminé de l'appartement du Marais, avec des traces de pré-sperme sur deux doigts et une cage qui ne céderait pas ce soir. Dehors, le Marais continuait sa soirée de vendredi sans me consulter. Des voix. Un éclat de rire depuis la rue. Le bruit lointain d'une moto.
Mon téléphone était muet sur le coussin.
Je regardai le mur en face de moi, la vieille carte de Paris encadrée, ses rues datées de 1900, cette ville qui existait bien avant moi et bien avant cette situation absurde et précise dans laquelle je me trouvais. La cage maintenait son évidence silencieuse. L'excitation était là, entière, sans issue, comme de l'eau dans un récipient fermé.
Dehors, le Marais s'animait de cette façon spécifique aux fins de semaine : des voix qui montaient de la rue, des groupes qui passaient sous la fenêtre, le bruit d'un restaurant qui s'ouvrait plus loin. Moi j'étais sur le canapé en velours vert émeraude, les jambes repliées sous moi, le téléphone posé sur le coussin à côté.
Je portais le pull oversize camel, ce pull en laine douce que j'avais trouvé dans le dressing de Tiffany et que Léa avait approuvé avec un hochement de tête satisfait. En dessous, un tee-shirt basique. Et puis la jupe en cuir synthétique, courte, évasée, qui retombait sur mes cuisses gainées de collants noirs opaques. Les baskets blanches étaient posées au pied du canapé, abandonnées là depuis que j'étais rentré. Le string violet tirait légèrement, il avait tiré légèrement toute la journée, et j'avais cessé d'y penser, ou plutôt j'avais appris à y penser autrement, comme on apprend à entendre le bruit d'un radiateur.
La cage faisait ce qu'elle faisait depuis des semaines maintenant. Elle attendait.
Mon téléphone vibra.
Tiffany.
Je décrochai avant la deuxième vibration.
— Allô ?
— Hugo. Enfin. Je commence à oublier ta voix.
La sienne était là, immédiatement reconnaissable, ce timbre chaud et légèrement éraillé, cette façon qu'elle avait de parler vite quand elle était contente. Je sentis quelque chose se détendre dans ma poitrine, comme un muscle qu'on tient contracté sans s'en rendre compte.
— Tu vas bien ? demandai-je.
— Fatiguée. Ma formation prend tout mon temps, vraiment tout. Les journées sont longues, les soirées je mange et je m'endors. C'est intense. Toi tout va bien avec Léa ?
Je calai mon dos contre l'accoudoir du canapé. Par la fenêtre, les lumières de la cour intérieure dessinaient des ombres sur les plantes grimpantes.
— Oui, tout va bien. Léa m'a fait une fellation. J'ai joui.
Un silence d'une seconde.
— T'as de la chance.
Elle dit ça sans amertume, avec ce réalisme tranquille qui était une de ses caractéristiques fondamentales.
— Certes t'as joui en trente secondes, mais c'est cool quand même. Moi, je n'arrive pas à trouver de mec pour le sexe. Tous les hommes ont peur de mes poils.
Je ne pus pas m'en empêcher. Un rire bref, sincère, m'échappa.
— Arrête, dit-elle, mais elle riait aussi, ce rire fort, entier, légèrement bruyant. C'est pas drôle. Enfin si, c'est un peu drôle. Mais c'est frustrant. Je suis là dans cette ville, je sors le soir et les mecs s'approchent, ça commence bien, et puis on arrive au moment où ça se précise et ils voient mes jambes et c'est fini.
— Ils voient tes jambes en soirée ?
— J'avais une robe courte mercredi. Et des sandales. Donc oui.
Je l'imaginai, sa silhouette en sablier dans une robe, ses jambes aux poils châtains bien visibles, ce sourire de travers et cette façon de tenir un verre comme si elle possédait la pièce. Les hommes qui s'approchaient et repartaient. L'absurdité tranquille de ça.
— Du coup, reprit-elle, je dois utiliser un vibrateur pour me faire plaisir. Seule. Dans ma chambre d'hôtel. Un vendredi soir.
— Je suis triste pour toi.
— T'as pas l'air si triste.
— Je suis triste intérieurement.
Elle souffla, ce souffle mi-rire mi-soupir.
— Toi tu as l'air tellement épanoui. Léa m'a envoyé quelques photos de toi en tenue féminine. T'es vraiment mignon, Hugo. Vraiment. Tu m'excites beaucoup.
Je me redressai légèrement sur le canapé. Quelque chose de chaud monta sur mes joues, ce rouge que je ne contrôlais jamais.
— Elle t'a envoyé des photos.
— Plusieurs. Celle dans la jupe noire au bureau surtout. Et une de cette semaine, avec le pull et les collants.
Je digérai cette information. Tiffany, dans sa chambre d'hôtel, quelque part dans une autre ville, qui regardait des photos de moi en jupe et en collants. Et qui m'appelait un vendredi soir pour me dire que ça l'excitait.
— J'obéis juste à Léa, dis-je. Elle m'a promis des libérations si je portais des tenues féminines.
— Je sais. Et tu obéis bien.
Il y avait quelque chose dans sa voix, une chaleur spécifique, différente de d'habitude.
— Tu portes quoi ce soir ? demanda-t-elle.
Je baissai les yeux sur moi-même. Le pull camel tombait sur mes cuisses, couvrant à moitié la jupe. Les collants noirs disparaissaient dans les chaussettes retournées sur le canapé.
— Un pull oversize. Une jupe en cuir synthétique. Des collants noirs opaques. Des baskets blanches.
— Stylé. Et les sous-vêtements ?
— Un string violet.
— Agréable ?
— Pas vraiment. Ça tire d'un côté depuis ce matin.
— Je comprends. Mais t'inquiète, tu t'habitues.
Elle dit ça avec l'autorité de quelqu'un qui avait passé des années à s'habituer à des choses que personne d'autre ne comprenait tout à fait. Je souris malgré moi.
— On peut passer en visio ? demanda-t-elle.
— Oui.
***
Quelques secondes de manipulation maladroite des deux côtés, et son visage apparut sur mon écran.
Elle était dans son lit. La lumière de la chambre d'hôtel était chaude, un peu tamisée. Ses cheveux châtains étaient défaits, pas de tresse, pas de chignon, juste cette masse légèrement ondulée qui lui tombait sur les épaules. Elle avait l'air fatiguée et en même temps animée de quelque chose, ce regard vif qui ne s'éteignait jamais vraiment.
Et puis je remarquai autre chose.
Son épaule était nue. Le drap remontait jusqu'à mi-torse mais son mouvement, ce léger mouvement régulier, discret, que je n'aurais peut-être pas repéré si je n'avais pas connu son corps par cœur, était là. Et depuis les enceintes de mon téléphone, très bas, presque imperceptible, il y avait un bourdonnement.
— Tu te masturbes ? dis-je.
— Ouais. Tu m'excites trop.
Elle dit ça simplement, comme un fait. Ses yeux sur l'écran, sur moi, sur le pull camel, sur la jupe qui dépassait en dessous, avec cette intensité tranquille.
Un petit gémissement lui échappa. Bref, involontaire, immédiatement suivi d'un sourire.
La cage cogna.
Pas métaphoriquement, physiquement, ce choc sourd contre le plastique, ce refus du corps d'accepter la situation que la tête avait pourtant négociée et acceptée. Je changeai de position sur le canapé et ça ne changea rien, évidemment.
— T'es trop mignon, dit Tiffany. Déshabille-toi.
Je posai le téléphone contre le coussin, cadré pour qu'elle voie. Et je commençai.
Le pull d'abord, je le soulevai par le bas, le fis passer par-dessus ma tête, les cheveux en bataille de l'autre côté. Le tee-shirt ensuite, que je retirai d'un mouvement. Mon torse nu, pâle, entièrement lisse, pas un poil depuis les clavicules jusqu'au ventre, apparut dans la lumière du salon. Puis je me levai du canapé, et la jupe en cuir synthétique glissa sur mes jambes gainées de collants noirs au moment où je défis le bouton et la laissai tomber.
Je me rassis. Les collants noirs opaques, le string violet visible à travers si on regardait dans la bonne direction, et dessous, la cage, sa forme reconnaissable déformant légèrement le tissu.
— Ton string tout trempé, dit Tiffany depuis l'écran. Et on voit ta cage à travers. C'est merveilleux.
Sa voix avait baissé d'un ton. Le bourdonnement continuait, régulier.
— J'ai tellement envie de me masturber, dis-je.
Le mot sortit sans que je l'aie vraiment décidé. Juste l'énoncé d'un fait, comme elle avait énoncé les siens.
— Achète un vibrateur, dit-elle. Comme ça on pourra se masturber ensemble au vibrateur.
— Bonne idée.
— C'est vraiment une bonne idée, répéta-t-elle, et dans sa voix il y avait quelque chose qui se concentrait.
Je glissai la main vers la cage, ce geste inutile et inévitable, cette façon qu'avait la main d'aller là où le corps réclamait quelque chose que les règles interdisaient. Le tissu du collant était doux sous mes paumes, cette matière fine et tendue qui transmettait la chaleur différemment. Je sentis quelque chose entre mes doigts, une légère humidité à travers le tissu, tiède, qui traversait le string violet et le nylon noir.
Du pré-sperme sur les doigts. Je restai une seconde à regarder ça.
La cage était chaude. Trop chaude.
Depuis l'écran, Tiffany émit un son, pas un petit son calculé cette fois, quelque chose d'involontaire, d'incontrôlable, qui monta puis se brisa. Le bourdonnement s'arrêta.
Silence.
— C'est merveilleux, dit-elle, un peu à bout de souffle. Merci beaucoup.
— Tu as eu un orgasme. Par téléphone.
— Ouais. Bon, je te laisse.
Je regardai l'écran. Son visage, les joues légèrement rouges, les yeux qui clignotaient lentement, cette expression de quelqu'un qui vient d'atterrir après quelque chose.
— Tiffany.
— Oui ?
— Tu me manques.
Un moment. Elle me regarda depuis sa chambre d'hôtel, ses cheveux défaits, le drap remonté, la fatigue et quelque chose de plus doux mélangés sur son visage.
— Moi aussi, dit-elle.
Et elle raccrocha.
***
L'écran devint noir.
Je restai assis sur le canapé, en collants noirs et string violet dans le salon illuminé de l'appartement du Marais, avec des traces de pré-sperme sur deux doigts et une cage qui ne céderait pas ce soir. Dehors, le Marais continuait sa soirée de vendredi sans me consulter. Des voix. Un éclat de rire depuis la rue. Le bruit lointain d'une moto.
Mon téléphone était muet sur le coussin.
Je regardai le mur en face de moi, la vieille carte de Paris encadrée, ses rues datées de 1900, cette ville qui existait bien avant moi et bien avant cette situation absurde et précise dans laquelle je me trouvais. La cage maintenait son évidence silencieuse. L'excitation était là, entière, sans issue, comme de l'eau dans un récipient fermé.
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Commentaires ()
Je pense plutôt que l'auteur nous fait attendre pour nous torturer un peu, nous qui sommes si voyeurs et demandeurs d'être à la place d'Hugo.
Si telle est la vôtre décision dommage l'histoire est et était envoûtante
Je vais me faire une joie de découvrir vos autres récits
Bisous Victoria
Si telle est la vôtre décision dommage l'histoire est et était envoûtante
Je vais me faire une joie de découvrir vos autres récits
Bisous Victoria