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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Avant que le fleuve nous sépare — Chapitre 3

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Avant que le fleuve nous sépare

Chapitre 3

Chapitre 3
L'automne 125 enveloppe la Villa Adriana d'une lumière dorée et douce, presque irréelle. Les échafaudages ont poussé comme des arbres de bois brut autour des futurs théâtres et bibliothèques ; les ouvriers martèlent du lever au coucher du soleil, leurs voix rauques se mêlent au chant des cigales tardives. Mais Hadrien a fait aménager pour nous un quartier à l'écart, protégé par des cyprès centenaires et des murs encore nus. Une petite villa grecque miniature : un péristyle aux colonnes inachevées, une cour intérieure avec une fontaine provisoire qui murmure jour et nuit, une chambre aux fresques marines à peine esquissées – des vagues bleues et des dauphins qui semblent encore humides –, et un lit large aux draps de lin brut qui sentent le soleil, le thym et l'huile d'olive. Ici, loin du palais bruyant du Palatin, loin des intrigues de la cour et des regards acérés des sénateurs, nous respirons enfin.
Hadrien déteste Rome en été et en automne. Il dit que le Palatin est une prison dorée, pleine de murmures et de couteaux dissimulés. À la Villa, il peut être lui-même : un homme passionné d'hellénisme, un chasseur, un bâtisseur, un amant. Moi, je ne suis plus l'élève du Paedagogium. Je suis son compagnon personnel, son ombre, son égal dans l'intimité. Il me le répète souvent, les lèvres contre ma tempe, sa barbe qui gratte doucement ma peau :
— Tu n'es plus un pupille, Antinoüs. Tu es à moi. Pas comme un favori que l'on cache. Comme un homme que l'on choisit.
Les journées commencent tôt, avec le premier rayon qui perce les cyprès. Nous nous levons nus, sans hâte. Hadrien ouvre les volets de bois, laisse entrer l'air frais chargé de résine. Il me regarde longtemps, comme s'il redécouvrait chaque détail de mon corps changé par un an de discipline romaine. Puis il m'attire contre lui, dos contre torse, ses bras autour de ma taille. Ses mains descendent lentement sur mon ventre, effleurent mon sexe qui durcit déjà sous ses doigts. Il ne fait rien de plus parfois – juste me tenir, respirer avec moi, murmurer contre mon cou :
— Ton odeur… elle n'a pas changé. Elle me ramène toujours à Claudiopolis.
Nous nous lavons ensemble dans le bassin de pierre de la cour. L'eau est froide au début, puis tiède sous le soleil. Il me savonne le dos, les épaules, descend le long de ma colonne vertébrale jusqu'à mes reins. Ses doigts s'attardent entre mes fesses, pressent doucement mon entrée sans entrer. Je me cambre contre lui, gémis doucement. Il rit bas, sa bouche contre mon épaule.
— Patience. La journée est longue.
Le matin est consacré à la lecture et à la discussion. Nous nous installons dans la bibliothèque naissante, sur des coussins épais posés à même le sol. Hadrien déroule des fragments de Callimaque, lit à voix haute les vers sur la beauté fugitive, sur l'amour qui défie les dieux. Je l'écoute, la tête sur ses cuisses, ses doigts qui jouent distraitement dans mes cheveux. Puis c'est mon tour : je lis Sappho, Alcée, des hymnes à Apollon. Il corrige ma prononciation, mais surtout il discute : pourquoi ce vers le touche, pourquoi l'hellénisme est la seule vraie lumière dans l'Empire. Je contredis parfois – doucement, mais sans peur. Il rit quand je le fais, pose une main sur ma nuque.
— Tu as appris à penser, pas seulement à répéter. C'est cela que je voulais.
L'après-midi, philosophie et promenade. Nous marchons dans les jardins en construction, entre les tas de marbre et les tranchées des futurs bassins. Hadrien me parle de l'âme, du logos stoïcien, de l'Empire comme reflet de l'ordre cosmique. Je pose des questions, je propose des idées tirées de mes lectures au Paedagogium. Il écoute, hoche la tête, parfois il s'arrête, me prend par les épaules.
— Tu vois plus loin que beaucoup de sénateurs. Continue.
Mais c'est la chasse qui scelle notre complicité physique. Dès les premiers jours d'octobre, Hadrien reprend ses expéditions dans les forêts du Latium et d'Étrurie. Pour lui, ce n'est pas un loisir : c'est un rituel de courage, un entraînement militaire, une communion avec la nature sauvage. Il me fait préparer mon propre arc – un arc composite puissant, cadeau qu'il a fait venir de Syrie –, et nous partons à l'aube, accompagnés seulement d'une poignée de gardes triés sur le volet.
Les journées sont longues et épuisantes. Nous chevauchons des heures, suivons les pistes dans les bois de chênes et de pins. Hadrien traque le sanglier, le cerf, parfois le loup. Il m'apprend à lire les traces fraîches dans la boue, à tendre l'embuscade sans un bruit, à viser sans trembler quand la bête charge. Je me souviens de mes chasses d'enfant à Claudiopolis ; ici, c'est différent. Il est là, à mes côtés, son souffle contre mon oreille quand il murmure :
— Respire. Vise le cœur. Ne crains pas de tuer.
Quand nous abattons une proie, il pose un genou à terre, murmure une prière à Artémis, puis me tend le couteau pour que je prélève la première part. Nos mains se touchent sur le manche ; le sang chaud coule sur nos doigts. Ces moments sont sacrés. Le retour est silencieux, nos chevaux fatigués, nos corps couverts de terre et de sueur. Nous rentrons au crépuscule, épuisés, vivants.
La nuit, quand les ouvriers se taisent enfin, le désir accumulé explose sans retenue.
Un soir de mi-octobre, après une chasse particulièrement longue – un sanglier énorme abattu au crépuscule –, nous nous lavons dans le bassin privé. L'eau est froide, mais nos corps sont brûlants. Hadrien me plaque contre le bord de pierre, ses mains sur mes hanches. Il entre en moi d'un coup puissant, sans préparation supplémentaire que l'eau et notre excitation. Je crie, le plaisir et la brûlure se mêlent. Il reste immobile un instant, profondément enfoui, son torse contre mon dos, ses mains qui maintiennent mes poignets sur le rebord.
Puis il commence à bouger – des coups de reins lents d'abord, qui me font sentir chaque centimètre de son sexe épais glisser en moi, frotter contre mes parois, toucher ce point sensible qui me fait trembler. Il accélère progressivement, ses hanches claquent contre mes fesses, le son résonne dans la cour vide. Chaque poussée est profonde, brutale, possessive. Il me pilonne sans relâche, une main autour de ma gorge – pas pour serrer, juste pour me tenir, pour sentir mon pouls affolé sous ses doigts. L'autre main descend, enveloppe mon sexe dur et le caresse au même rythme que ses coups.
— Dis-moi que tu es à moi, grogne-t-il, sa voix rauque contre mon oreille.
— Je suis à toi… Hadrien… prends-moi… plus fort…
Il obéit. Ses coups deviennent sauvages, presque punitifs. Mon corps heurte le bord du bassin à chaque poussée, l'eau clapote violemment autour de nous. Je sens son membre gonfler encore en moi, palpiter. Il atteint ce point précis à chaque fois, et je jouis sans me toucher – un orgasme violent qui me fait convulser, mon sperme jaillit dans l'eau en jets chauds et épais. Mes muscles se contractent autour de lui comme un étau. Hadrien gémit mon nom, un son guttural, presque animal. Il donne trois, quatre coups profonds, puis se vide en moi par saccades brûlantes, son sperme qui coule profondément, qui me remplit jusqu'à déborder et se mêler à l'eau.
Il reste en moi un long moment, haletant, son front contre ma nuque. Puis il se retire lentement, me retourne, me soulève comme si je ne pesais rien et me porte jusqu'au lit. Nous nous effondrons ensemble, membres emmêlés, sueur et eau collées à nos peaux.
Il caresse mon visage, embrasse mes paupières, mes lèvres gonflées.
— Tu es plus beau qu'avant, murmure-t-il. Plus fort. Plus à moi.
Je pose ma main sur son torse, sens son cœur qui ralentit.
— Et toi… tu es toujours le même. Toujours celui qui me fait perdre la tête.
Les nuits suivantes sont un feu continu. Parfois il me prend avec une sauvagerie qui me coupe le souffle : me retourne sur le ventre, me pénètre d'un coup puissant, ses mains qui maintiennent mes poignets au-dessus de ma tête, ses hanches qui claquent contre mes fesses jusqu'à ce que je tremble et que je jouisse sans me toucher. Parfois c'est plus lent, presque douloureux de tendresse : il me fait face, entre en moi centimètre par centimètre, nos regards rivés, ses doigts entrelacés aux miens, et nous bougeons ensemble comme une seule personne jusqu'à ce que le plaisir nous submerge en silence. Il aime murmurer mon nom quand il se vide en moi, comme une invocation. Moi, je mords son épaule pour ne pas crier trop fort.
Vers la fin de l'année, Hadrien commence à commander les premières esquisses. Un sculpteur grec, venu d'Athènes, arrive avec ses outils. Hadrien me fait poser dans la cour, torse nu sous le soleil d'automne, un arc à la main ou une lyre contre l'épaule. Il regarde l'artiste travailler, corrige les angles, dit :
— Fais-le plus grand. Plus noble. C'est ainsi que je le vois.
Les bustes naissent : mon visage en marbre blanc, mes boucles, mon regard direct. Hadrien les garde dans sa bibliothèque personnelle. Il en touche un un soir, du bout des doigts.
— Un jour, il y en aura partout. Parce que tu seras partout avec moi.
Je ne suis pas dupe : la cour romaine commence à bruisser. Des messagers arrivent de Rome avec des rapports ; Hadrien les lit, fronce les sourcils, puis les jette. Il me dit :
— Ils parlent. Qu'ils parlent. Tu es mon ombre maintenant. Ils devront s'y faire.
Je suis intégré au comitatus. Je participe aux conseils informels : quand Hadrien discute avec ses architectes de la reconstruction du Panthéon ou de la réorganisation administrative de l'Italie, je suis là, assis à sa droite, je note, je propose parfois une idée tirée de mes lectures grecques. Il écoute. Parfois il sourit, pose une main sur ma nuque devant les autres – un geste possessif, presque défiant.
L'automne 125 est notre lune de miel. Intellectuelle, sportive, charnelle. Hadrien, qui souffrait de solitude et de crises de mélancolie, trouve en moi un équilibre. Je le vois changer : ses yeux s'éclaircissent quand je suis près de lui, sa voix devient plus douce quand nous sommes seuls. Moi, je deviens indispensable à son souffle. Je suis son refuge, son miroir, son compagnon dans la construction d'un monde qu'il rêve grec et romain à la fois.
Un soir de novembre, après une chasse particulièrement longue, nous nous allongeons nus sur le lit, épuisés, heureux. Il trace du doigt les lignes de mon corps, murmure :
— Je ne pensais pas qu'un homme pouvait devenir aussi nécessaire à un autre.
Je pose ma main sur son cœur.
— Et moi, je ne pensais pas qu'un empereur pouvait choisir un provincial pour être son égal.
Il m'embrasse lentement, profondément.
— Tu n'es plus provincial. Tu es à moi. Et je suis à toi.
La Villa Adriana continue de grandir autour de nous. Mais c'est nous qui grandissons le plus.
Le printemps 126 arrive à Tivoli comme une promesse tenue. Les collines se couvrent d'un vert tendre, les orangers et les citronniers fleurissent dans les jardins en terrasses, l'air sent le jasmin, la terre humide et le marbre fraîchement taillé. La Villa Adriana n'est plus seulement un chantier : elle respire déjà. Les échafaudages ont disparu du Poecile, ce long portique qui imite la Stoa Poikilê d'Athènes ; les colonnes de marbre pentélique brillent sous le soleil ; les bassins artificiels reflètent un ciel sans nuages. Hadrien supervise chaque détail avec une passion presque enfantine. Pour lui, ce n'est pas une résidence : c'est un laboratoire, un rêve grec matérialisé en pierre romaine. Et moi, je suis à ses côtés, non plus comme un élève ou un protégé, mais comme le compagnon qui partage ce rêve.
Je me réveille chaque matin avant lui, quand la lumière rose perce encore à travers les volets de bois. Je reste allongé un instant, à le regarder dormir : sa barbe striée d'argent, ses épaules larges qui se soulèvent doucement, la cicatrice ancienne sur son torse qui raconte une chasse lointaine. Puis je me lève, pieds nus sur les dalles fraîches, et j'ouvre les volets pour laisser entrer l'air chargé de fleurs d'oranger. Hadrien ouvre les yeux, me sourit de ce sourire lent qu'il réserve à moi seul.
— Viens là, murmure-t-il.
Je retourne dans le lit. Il m'attire contre lui, dos contre son torse. Ses bras m'enlacent, ses mains descendent sur mon ventre, effleurent mon sexe qui durcit déjà sous ses doigts. Il ne fait rien de plus parfois – juste me tenir, respirer avec moi, murmurer contre mon cou :
— Ton odeur… elle n'a pas changé. Elle me ramène toujours à Claudiopolis.
Nous nous lavons ensemble dans le bassin de pierre de la cour. L'eau est froide au début, puis tiède sous le soleil. Il me savonne le dos, les épaules, descend le long de ma colonne vertébrale jusqu'à mes reins. Ses doigts s'attardent entre mes fesses, pressent doucement mon entrée sans entrer. Je me cambre contre lui, gémis doucement. Il rit bas, sa bouche contre mon épaule.
— Patience. La journée est longue.
Le matin est consacré à la promenade sur le chantier. Hadrien me prend la main, me fait traverser le péristyle, puis nous montons vers le Poecile. Là, il s'arrête au milieu du portique immense, les bras ouverts comme pour embrasser l'espace.
— Regarde, Antinoüs. C'est Athènes ici. Pas une copie : une résurrection.
Je marche à ses côtés, écoute ses explications passionnées sur les proportions, sur la lumière qui doit tomber exactement sur les colonnes à telle heure du jour. Il me montre les frises en cours de sculpture – des scènes de chasse, des philosophes en discussion –, et me demande mon avis. Je propose des ajustements inspirés de mes lectures : un détail de la frise du Parthénon, une pose plus dynamique pour un chasseur. Il écoute, hoche la tête, parfois il fait venir le sculpteur sur-le-champ et ordonne les changements. Devant les ouvriers, il me traite en égal : il pose une main sur ma nuque, me désigne du doigt, dit :
— Écoutez-le. Il voit ce que vous ne voyez pas encore.
Les après-midis sont consacrés à la paideia. Nous nous installons dans la petite bibliothèque qui commence à prendre forme : des rouleaux alignés sur des étagères provisoires, des coussins jetés sur le sol de mosaïque encore inachevée. Hadrien me fait lire à voix haute des fragments de poètes – Pindare, Anacréon, Théocrite. Il corrige ma diction, mais surtout il discute : pourquoi tel vers est immortel, pourquoi l'amour grec est une ascension de l'âme vers le Beau. Il me parle de l'éraste et de l'éromène, de cette relation où l'aîné enseigne, protège, élève, et où le jeune offre sa beauté, sa fraîcheur, son avenir.
— C'est ce que nous sommes, murmure-t-il un jour, la tête sur mes genoux tandis que je caresse ses cheveux. Je t'élève. Tu me rends vivant.
Je ris doucement.
— Tu n'as pas besoin que je te rende vivant. Tu l'es déjà.
Il relève la tête, m'embrasse longuement, lentement, sa langue explorant ma bouche comme s'il voulait goûter chaque recoin de mon âme.
— Avec toi, je le suis davantage.
Ces conversations glissent souvent vers l'intimité. Un après-midi, alors que nous lisons un hymne à Apollon, il pose le rouleau, me regarde avec une intensité qui me coupe le souffle.
— Viens là.
Il m'attire sur lui, dos contre son torse. Ses mains descendent sur mes cuisses, écartent doucement mes jambes. Il caresse mon sexe déjà dur, lentement, du bout des doigts, sans hâte. Je gémis, la tête renversée contre son épaule. Il murmure contre mon oreille :
— Laisse-toi aller. Laisse-moi te sentir.
Ses doigts descendent plus bas, trouvent mon entrée, pressent doucement. Il verse de l'huile parfumée sur ses doigts, puis sur moi. Un doigt entre, tourne lentement, puis deux. J'halète, me cambre contre lui. Il ajoute un troisième, étire, prépare. Quand je suis prêt, il me soulève légèrement, guide son sexe dur contre moi. Je descends sur lui, centimètre par centimètre, jusqu'à ce qu'il soit entièrement en moi. Nous restons immobiles un instant, juste unis, respirations synchronisées.
Puis je commence à bouger – lentement d'abord, en cercles, puis de haut en bas, contrôlant le rythme. Ses mains sur mes hanches guident sans forcer. Je sens chaque veine de son membre frotter contre mes parois, chaque poussée toucher ce point sensible qui me fait voir des étoiles. Il gémit bas, ses lèvres contre ma nuque.
— Tu es parfait… si serré… si chaud…
J'accélère, mes mains sur ses cuisses pour prendre appui. Il me laisse faire un moment, puis il prend le contrôle : ses hanches montent à ma rencontre, ses coups deviennent plus profonds, plus rapides. Il me pilonne depuis le bas, ses mains qui pincent mes tétons, descendent pour caresser mon sexe au rythme de ses mouvements. Je jouis le premier – un orgasme qui me traverse comme une vague, mon sperme jaillit sur son ventre et sur le sol. Mes muscles se contractent autour de lui. Hadrien grogne mon nom, donne trois coups puissants et se vide en moi, son sperme chaud qui coule profondément.
Nous restons ainsi, unis, haletants, ses bras autour de moi, ma tête contre son épaule. Il embrasse ma tempe, murmure :
— Tu es mon idéal. Mon vivant idéal grec.
Le Teatro Marittimo devient notre sanctuaire. Cette île artificielle, entourée d'un canal circulaire et d'un portique, est accessible par un pont tournant qu'Hadrien fait retirer une fois à l'intérieur. Nous y passons les après-midis ensoleillés du printemps. L'empereur s'installe avec ses plans d'architecture ou ses tablettes de poésie ; moi, je lis à ses côtés, allongé sur un lit de coussins, ou je joue de la lyre des airs qu'il aime. Personne ne nous dérange. Les gardes sont à l'extérieur du canal ; les secrétaires savent qu'ils ne doivent pas approcher. C'est là que nous sommes le plus nus, le plus libres.
Un jour de mai, alors que le soleil est haut, Hadrien ferme la porte du pavillon central, retire le pont. Il me regarde avec une faim tranquille.
— Ici, personne ne peut nous voir ni nous entendre.
Il me déshabille lentement, embrasse chaque parcelle de peau révélée. Il me fait allonger sur le lit bas, s'agenouille entre mes jambes. Il me prend en bouche d'abord, lentement, profondément, sa langue qui tourne, qui lèche, qui aspire jusqu'à ce que je tremble. Puis il remonte, entre en moi d'un mouvement fluide, nos regards rivés. Il bouge avec une lenteur exquise, chaque retrait presque complet, chaque poussée jusqu'à la garde. Nous faisons l'amour comme si le temps s'était arrêté : ses mains dans les miennes, nos souffles mêlés, nos corps qui se cherchent sans hâte. Quand nous jouissons, c'est en silence, un plaisir qui monte lentement et nous submerge comme une vague douce, son sperme qui coule en moi, mon orgasme qui me fait convulser autour de lui.
Après, il me tient contre lui, murmure :
— C'est ici que je veux vivre avec toi. Pas à Rome. Pas dans l'Empire. Ici.
Je pose mes lèvres sur son cœur.
— Alors nous vivrons ici. Tant que tu voudras.
La chasse reste le cœur de notre complicité physique. Au printemps, les forêts des monts Tiburtins sont un paradis pour Hadrien : cerfs en rut, sangliers qui sortent des fourrés, parfois un lynx fugitif. Nous partons à l'aube, arc en bandoulière, chevaux nerveux. Il me laisse prendre la tête parfois, me laisse choisir la piste. Quand nous trouvons une proie, il reste derrière moi, me regarde viser, murmure :
— Maintenant.
Je tire. La flèche touche juste. Hadrien pose une main sur mon épaule, fier.
— Tu es devenu un chasseur. Pas un garçon qui chasse. Un chasseur.
Le retour est toujours chargé de tension. Nous rentrons couverts de terre, de sueur, de sang parfois. Dans la cour privée, nous nous déshabillons mutuellement, l'eau du bassin lave la poussière et le sang. Puis il me plaque contre le bord, entre en moi d'un coup brutal, mes jambes autour de sa taille. Il me pilonne sauvagement, l'eau qui claque autour de nous, ses grognements contre mon cou. Je mords son épaule, mes ongles dans son dos. Nous jouissons ensemble, nos cris étouffés par l'eau et les cyprès.
Sabina reste à Rome. Elle vient rarement à Tivoli, et quand elle vient, elle reste dans ses appartements. Hadrien la traite avec une courtoisie distante ; moi, je reste invisible en sa présence. La cour accepte tacitement : je suis le compagnon réel de l'empereur. Les rumeurs circulent, mais ici, elles n'ont pas de poids.
C'est au printemps 126 que l'image que j'incarne commence à s'imposer dans l'esprit d'Hadrien comme un idéal de beauté absolue. Il commande aux sculpteurs de la cour de prendre des croquis : mon visage en profil, mes boucles, mon regard légèrement incliné vers le bas, exprimant une mélancolie douce. Les premiers bustes naissent : marbre blanc, style néo-attique, loin du réalisme romain brutal. Hadrien les regarde longtemps, touche du bout des doigts la courbe de ma joue sur la pierre.
— C'est toi. Pas une copie. Toi.
Le printemps 126 est notre saison. Intellectuelle, charnelle, libre. La Villa grandit autour de nous ; nous grandissons l'un dans l'autre.
L'été 126 s'installe à Tivoli comme une fièvre lente et lourde. Le soleil monte haut dès l'aube, brûle les collines jusqu'à les rendre ocre et dorées, fait miroiter l'eau des bassins encore en chantier. La Villa Adriana est maintenant un organisme vivant : les murs montent, les colonnes se dressent, les mosaïques prennent forme sous les mains des artisans venus de tout l'Empire. Mais c'est le Canope qui devient le cœur de notre monde cet été-là. Hadrien fait creuser ce long bassin qui évoque un bras du Nil, bordé de colonnades, de statues de divinités égyptiennes et grecques, de crocodiles de pierre et de sphinx. L'eau y est amenée par un aqueduc miniature ; elle reste fraîche même aux heures les plus chaudes. C'est là que nous passons la majeure partie de nos journées, loin des ouvriers, loin des regards.
Je me réveille souvent le premier, quand la lumière filtre encore pâle à travers les volets. Hadrien dort à mes côtés, nu sur les draps froissés, un bras jeté en travers de mon torse. Je reste allongé un instant à le regarder : sa barbe striée d'argent qui s'épaissit, ses épaules larges marquées par les cicatrices des chasses anciennes, son sexe au repos contre sa cuisse. Puis je me lève, pieds nus sur le marbre encore frais, et j'ouvre les volets. L'air sent déjà la terre chaude et les fleurs d'oranger. Hadrien ouvre les yeux, me sourit de ce sourire lent qu'il réserve à moi seul.
— Viens là.
Je retourne dans le lit. Il m'attire contre lui, dos contre son torse. Ses bras m'enlacent, ses mains descendent sur mon ventre, effleurent mon sexe qui durcit déjà sous ses doigts. Il ne fait rien de plus parfois – juste me tenir, respirer avec moi, murmurer contre mon cou :
— Ton odeur… elle n'a pas changé. Elle me ramène toujours à Claudiopolis.
Nous nous lavons ensemble dans le bassin privé de la cour. L'eau est froide au début, puis tiède sous le soleil qui monte. Il me savonne le dos, les épaules, descend le long de ma colonne vertébrale jusqu'à mes reins. Ses doigts s'attardent entre mes fesses, pressent doucement mon entrée sans entrer. Je me cambre contre lui, gémis doucement. Il rit bas, sa bouche contre mon épaule.
— Patience. La journée est longue.
Le matin est consacré à la promenade sur le chantier du Canope. Hadrien me prend la main, me fait traverser les jardins encore en herbe, puis nous descendons vers le bassin. L'eau commence à remplir le canal ; elle miroite déjà sous le soleil. Il s'arrête au bord, les bras ouverts.
— Regarde, Antinoüs. C'est le Nil ici. Pas une copie : un souvenir vivant.
Je marche à ses côtés, écoute ses explications passionnées sur les proportions égyptiennes, sur les statues qui doivent refléter le soleil à midi, sur l'eau qui doit rester fraîche par des jeux de jets souterrains. Il me montre les croquis qu'il dessine lui-même sur des tablettes de cire : des crocodiles de marbre, des sphinx aux yeux vides, des colonnades qui rappellent celles d'Alexandrie. Il me demande mon avis. Je propose des ajustements inspirés de mes lectures : un détail d'un temple d'Isis vu dans un rouleau, une pose plus hiératique pour une divinité. Il écoute, hoche la tête, parfois il fait venir l'architecte sur-le-champ et ordonne les changements. Devant les ouvriers, il me traite en égal : il pose une main sur ma nuque, me désigne du doigt, dit :
— Écoutez-le. Il voit ce que vous ne voyez pas encore.
Les après-midis sont consacrés à l'eau et à la paideia. Nous nous installons sur les triclinia d'été qu'Hadrien a fait placer au bord du Canope : des lits semi-immergés, rafraîchis par des jets d'eau qui coulent doucement sur les dalles. Nous sommes nus ou à peine couverts d'un tissu léger. Hadrien fait venir des jeunes esclaves grecs – des garçons choisis pour leur beauté et leur discrétion – qui nous servent du vin coupé d'eau, des fruits, des olives. Ils restent silencieux, invisibles. Nous parlons presque exclusivement en grec entre nous ; Hadrien l'exige.
— C'est notre langue, dit-il. La langue du cœur et de la pensée.
Il me fait lire à voix haute des fragments de poètes lyriques – Alcée, Sappho, Anacréon. Il corrige ma diction, mais surtout il discute : pourquoi tel vers est immortel, pourquoi l'amour grec est une ascension de l'âme vers le Beau. Il me parle de l'Éros platonicien, de la Beauté qui descend dans les corps jeunes et beaux pour remonter vers l'Idée. Je contredis parfois – doucement, mais sans peur. Il rit quand je le fais, pose une main sur ma nuque.
— Tu as appris à penser, pas seulement à répéter. C'est cela que je voulais.
Ces conversations glissent souvent vers l'intimité. Un après-midi brûlant, alors que nous sommes allongés sur les triclinia, les pieds dans l'eau fraîche du Canope, il pose le rouleau, me regarde avec une intensité qui me coupe le souffle.
— Viens là.
Il m'attire sur lui, dos contre son torse. Ses mains descendent sur mes cuisses, écartent doucement mes jambes. Il caresse mon sexe déjà dur, lentement, du bout des doigts, sans hâte. Je gémis, la tête renversée contre son épaule. Il murmure contre mon oreille :
— Laisse-toi aller. Laisse-moi te sentir.
Ses doigts descendent plus bas, trouvent mon entrée, pressent doucement. Il verse de l'huile parfumée sur ses doigts, puis sur moi. Un doigt entre, tourne lentement, puis deux. Je halète, me cambre contre lui. Il ajoute un troisième, étire, prépare. Quand je suis prêt, il me soulève légèrement, guide son sexe dur contre moi. Je descends sur lui, centimètre par centimètre, jusqu'à ce qu'il soit entièrement en moi. Nous restons immobiles un instant, juste unis, respirations synchronisées, l'eau qui clapote doucement autour de nos jambes.
Puis je commence à bouger – lentement d'abord, en cercles, puis de haut en bas, contrôlant le rythme. Ses mains sur mes hanches guident sans forcer. Je sens chaque veine de son membre frotter contre mes parois, chaque poussée toucher ce point sensible qui me fait voir des étoiles. Il gémit bas, ses lèvres contre ma nuque.
— Tu es parfait… si serré… si chaud…
J'accélère, mes mains sur ses cuisses pour prendre appui. Il me laisse faire un moment, puis il prend le contrôle : ses hanches montent à ma rencontre, ses coups deviennent plus profonds, plus rapides. Il me pilonne depuis le bas, ses mains qui pincent mes tétons, descendent pour caresser mon sexe au rythme de ses mouvements. Je jouis le premier – un orgasme qui me traverse comme une vague, mon sperme jaillit sur son ventre et dans l'eau. Mes muscles se contractent autour de lui. Hadrien grogne mon nom, donne trois coups puissants et se vide en moi, son sperme chaud qui coule profondément.
Nous restons ainsi, unis, haletants, ses bras autour de moi, ma tête contre son épaule. Il embrasse ma tempe, murmure :
— Tu es mon idéal. Mon vivant idéal grec.
La chasse reste notre rituel physique. Malgré la chaleur, nous partons plusieurs fois par semaine dans les monts Tiburtins. Les forêts sont pleines de vie : cerfs, sangliers, lièvres. Hadrien me laisse la première flèche, me regarde viser avec une fierté silencieuse. Quand je touche juste, il pose une main sur mon épaule, dit :
— Tu es un chasseur maintenant. Un vrai.
Le retour est toujours chargé. Nous rentrons couverts de terre et de sueur. Dans la cour privée, nous nous déshabillons mutuellement, l'eau du bassin lave la poussière. Puis il me plaque contre le bord, entre en moi d'un coup brutal, mes jambes autour de sa taille. Il me pilonne sauvagement, l'eau qui claque autour de nous, ses grognements contre mon cou. Je mords son épaule, mes ongles dans son dos. Nous jouissons ensemble, nos cris étouffés par l'eau et les cyprès.
Bien que la Villa Adriana soit immense – plus grande que Pompéi –, la cohabitation est glaciale. Sabina dispose de ses propres quartiers, physiquement et symboliquement écartée du centre de la vie sociale d'Hadrien. Pendant que l'empereur s'isole avec moi dans le Teatro Marittimo ou au bord du Canope, elle reste entourée de sa propre cour, composée de nostalgiques de la vieille morale romaine. Les chroniques de l'époque notent qu'Hadrien et elle ne se parlent pratiquement plus, sauf pour les nécessités du protocole.
L'été 126 cristallise un conflit idéologique dont Sabina est, malgré elle, le porte-drapeau. Elle représente la tradition, la dignité impériale et la lignée de Trajan, son oncle. Pour elle et son entourage, ma présence est une « folie grecque » indigne d'un empereur romain. Hadrien, lui, ne cherche même plus à sauver les apparences. En m'affichant durant tout l'été – à sa table, à ses côtés lors des inspections du chantier, dans ses appartements –, il défie ouvertement les conventions sociales que Sabina est censée protéger.
Sabina n'est pas qu'une victime passive. Durant cet été, elle cultive ses propres appuis : elle se rapproche de certains hauts fonctionnaires et intellectuels qui restent attachés à la vieille morale romaine. Des bruits circulent même selon lesquels elle aurait tout fait pour ne pas donner d'héritier à Hadrien, déclarant qu'elle craignait de « mettre au monde un monstre qui nuirait au genre humain ». Ces rumeurs, ne font qu'épaissir le silence entre eux.
Pour échapper à cette atmosphère étouffante à Tivoli, Sabina organise ses propres déplacements. Elle profite de l'été pour s'éloigner de ma présence constante en séjournant dans d'autres villas impériales ou en restant à Rome, où elle est très respectée par le Sénat pour son austérité. Hadrien la laisse faire. Il ne la retient pas. Il ne la cherche pas.
L'automne 126 descend sur Tivoli avec une lumière plus douce, presque mélancolique. Les feuilles des orangers jaunissent, les collines autour de la Villa Adriana se teintent d'ocre et de roux, l'air devient plus vif, chargé d'odeurs de terre humide et de bois brûlé. Les travaux du Canope ralentissent ; les ouvriers rangent leurs outils plus tôt, les bassins reflètent un ciel qui s'assombrit plus vite. Hadrien sent l'appel de la forêt. Il en parle de plus en plus souvent, le soir, quand nous sommes assis au bord de l'eau, les pieds encore dans le Canope tiède.
— L'automne est la saison de la grande chasse, Antinoüs. C'est là que l'homme se mesure à la bête, et que la bête se mesure à l'homme.
Pour moi, cet automne est celui où je dois prouver que je ne suis plus seulement un éphèbe de palais, un jeune homme éduqué dans les livres et les salles d'étude. Hadrien veut que je devienne capable de l'escorter dans des situations périlleuses, que je partage avec lui non seulement les réflexions, mais aussi le danger et le sang. Nous passons des journées entières dans les forêts d'Étrurie et du Latium à traquer le gros gibier.
Nous partons à l'aube, arc en bandoulière, chevaux nerveux sous la brume matinale. Hadrien me laisse souvent prendre la tête : il me regarde choisir la piste, lire les traces dans la boue humide, tendre l'embuscade sans un bruit. Quand nous trouvons un sanglier – massif, noir, défenses luisantes –, il reste derrière moi, me murmure :
— Vise le cœur. Ne tremble pas.
Je tire. La flèche touche juste. La bête charge, furieuse. Hadrien me rejoint alors, son pieu à la main, et nous affrontons la charge ensemble. Le danger est réel : un coup de défense peut tuer un cheval, un homme. Mais quand la bête s'effondre enfin, Hadrien pose une main sur mon épaule, fier, les yeux brillants.
— Tu es un chasseur maintenant. Pas un garçon qui chasse. Un chasseur.
Ces moments forgent quelque chose de nouveau entre nous. Couvert de poussière, de sueur et parfois de sang, je me sens plus proche de lui que jamais. Il me regarde avec une fascination nouvelle : la grâce de mon corps en mouvement, la force que j'ai gagnée en un an et demi, la témérité que j'ai apprise à ses côtés. C'est à cette période que naissent les modèles sculpturaux de moi en « chasseur » : une simple chlamyde courte sur l'épaule, l'arc à la main, les muscles tendus, le regard fixe sur une proie invisible. Hadrien est fasciné par ces images. Il commande aux sculpteurs de fixer cette pose, cette énergie.
Le retour de chasse est toujours un moment de silence partagé. Nous rentrons au crépuscule, épuisés, vivants. Hadrien s'assoit un instant au bord du bassin, regarde l'eau refléter les dernières lueurs du jour. Je m'assois à ses côtés, sans parler. Il pose parfois une main sur mon genou, un geste simple, presque fraternel.
L'automne est aussi la saison du spleen pour Hadrien. Il souffre de crises de doute sur le sens de son règne, sur l'utilité de tout ce qu'il construit. Je le vois dans ses yeux quand il reste longtemps silencieux devant les plans de la Villa, ou quand il fixe le vide pendant des heures. Pour contrer ces idées noires, il s'enferme avec moi dans les bibliothèques – la grecque et la latine, qui commencent à être remplies. Nous y passons des soirées entières à étudier les textes de Platon sur l'immortalité de l'âme, sur l'amour qui élève l'homme vers le divin. Il lit à voix haute, sa voix grave résonne dans la pièce aux étagères encore vides.
— L'âme est immortelle, Antinoüs. Mais elle a besoin d'un corps pour se souvenir de sa beauté.
Je pose une main sur la sienne, sur la tablette.
— Et toi, tu as besoin de repos. Pas seulement de pensée.
Il me regarde longtemps, puis hoche la tête. Ces soirs-là, il me laisse simplement rester près de lui. Nous restons assis côte à côte, un brasero qui crépite, le silence qui nous enveloppe comme une couverture. Parfois il pose sa tête sur mon épaule ; je passe les doigts dans ses cheveux. C'est assez.
Hadrien prépare aussi ses réformes législatives. Je suis présent dans son cabinet de travail, silencieux, un rouleau ou une tablette à la main. Il dicte, corrige, me demande parfois mon avis sur une formule juridique inspirée du droit grec. Je deviens le confident de ses réflexions les plus secrètes sur la gestion de l'Empire : les édits sur les provinces, les lois sur l'affranchissement, les projets pour le Panthéon. Il me dit un soir, alors que nous sommes seuls devant le brasero :
— Tu es le seul devant qui je peux penser à voix haute.
Les rumeurs courent déjà dans la cour romaine. On murmure que l'empereur passe ses nuits avec un jeune Bithynien, qu'il l'a sorti du rang des pages pour en faire son compagnon constant. On dit que je suis plus qu'un favori, que je suis devenu indispensable, que Hadrien me consulte sur des affaires qui devraient rester secrètes. Ces bruits arrivent jusqu'à nous par les messagers et les serviteurs ; Hadrien les balaie d'un geste de la main quand ils le touchent.
— Laisse-les parler, dit-il simplement. Ils parlent parce qu'ils ne comprennent pas. Ils ne comprendront jamais.
Ces soirs-là, quand les rumeurs arrivent trop près, il me prend dans ses bras. Il m'embrasse lentement, profondément, comme pour effacer le bruit du monde. Ses mains glissent sur mon dos, sous ma tunique, caressent ma peau avec une tendresse possessive. Nous nous allongeons sur le lit, nus, peau contre peau. Il me serre contre lui, sans aller plus loin parfois – juste ce contact, cette chaleur, ce silence partagé qui dit plus que les mots. D'autres fois, il me fait l'amour doucement, lentement, nos corps qui se cherchent avec une familiarité qui grandit chaque jour. Il entre en moi avec une douceur infinie, nos regards rivés, ses mouvements mesurés, profonds. Nous jouissons en silence, nos souffles mêlés, son sperme qui coule en moi, mon plaisir qui me fait trembler autour de lui.
Ces moments me rappellent pourquoi je suis là : pas pour les rumeurs, pas pour la cour, mais pour lui. Pour ce silence, pour cette paix que nous trouvons ensemble quand le monde dehors gronde.
À la fin de l'automne, Hadrien commence à planifier ses futures inspections en Italie et en Afrique, prévues pour 128. Je suis déjà au centre de tous les plans de voyage, tandis que la place de Sabina reste une question de pure diplomatie.
L'hiver 126-127 enveloppe la Villa Adriana d'un froid sec et mordant. Les collines autour de Tivoli se couvrent de givre le matin, les bassins du Canope se figent en surface, les cyprès ploient sous le poids de la neige légère qui tombe parfois en flocons silencieux. Rome reste loin, occupée par les séances du Sénat, les sacrifices d'hiver, les intrigues qui reprennent avec la reprise des affaires publiques. Hadrien et moi passons le plus clair de notre temps ici, dans ce palais-monde encore en construction, où le système de chauffage par le sol – l'hypocauste – prend toute son importance.
Les quartiers les mieux chauffés deviennent notre refuge. Hadrien a fait aménager une suite privée près des thermes : une chambre aux murs peints de scènes grecques, un petit atrium avec un brasero toujours allumé, et surtout les bains privés où la vapeur monte en volutes épaisses. Nous y passons des heures, nus sur les bancs de marbre tiède, la chaleur qui pénètre les muscles, qui détend les articulations. Hadrien souffre parfois de douleurs précoces – les longues marches militaires, les chevauchées sans fin, les nuits froides en Bretagne et en Syrie ont laissé des traces. Il s'allonge sur le sol chauffé, ferme les yeux, soupire.
— Cette chaleur… elle me ramène à la vie.
Je m'assois près de lui, masse doucement ses épaules, ses mollets, là où les muscles se nouent. Il me laisse faire, un sourire fatigué sur les lèvres. Parfois il tourne la tête, m'embrasse lentement, sa main qui glisse dans mes cheveux humides de vapeur. Nous restons là, peau contre peau, la sueur qui perle, le silence seulement rompu par le goutte-à-goutte de l'eau dans les bassins. Ces moments sont doux, sans urgence. Il pose sa tête sur mes genoux, je caresse son front, je lui parle à voix basse des poèmes que nous avons lus la veille.
Les soirées se passent au coin du feu. Nous nous installons dans la bibliothèque grecque, sur des coussins épais, un brasero qui crépite, des lampes à huile qui projettent des ombres longues sur les rouleaux. Hadrien me fait lire Platon – le Phédon, sur l'immortalité de l'âme. Sa voix grave se mêle à la mienne quand nous discutons : pourquoi l'âme survit au corps, pourquoi la beauté est un souvenir du divin. Il m'écoute avec une attention qui me touche plus que tout. Parfois il pose sa main sur la mienne, sur la tablette, et reste silencieux un long moment.
— Tu me fais croire que tout cela a un sens, murmure-t-il un soir.
Ces crises de mélancolie reviennent par vagues. L'hiver les rend plus lourdes. Je le vois dans ses yeux quand il reste immobile devant la fenêtre, à regarder la neige tomber sur les jardins. Il dit peu de choses alors, mais je sais. Je m'approche, m'assois à ses côtés, pose une main sur son bras. Il ne parle pas toujours ; parfois il se contente de me serrer contre lui, sa tête contre la mienne. Nous restons ainsi, enlacés devant le feu, sans mots. Sa respiration ralentit, ses épaules se détendent. Ces moments sont mon rôle maintenant : être là, être le calme dans sa tempête.
La musique aide aussi. Hadrien aime que je joue de la lyre. Les longues soirées d'hiver, je m'assois près du brasero, je pince les cordes, je chante des fragments de Sappho ou d'Alcée. Ma voix, encore jeune mais plus assurée, remplit la pièce. Il ferme les yeux, écoute. Parfois il se lève, s'approche, pose ses lèvres sur mon front.
— Continue, dit-il simplement.
Et je continue.
Malgré le froid, Hadrien insiste pour que nous sortions. Il veut que je sois prêt pour les voyages à venir. Nous faisons de courtes chasses, même quand la neige couvre les sentiers. Ou des exercices à cheval dans les allées de la Villa. Il me regarde galoper, corrige ma posture, me fait répéter les mouvements de tir à l'arc. Il dit :
— L'Empire ne pardonne pas la faiblesse. Tu dois être prêt à tout.
Je le suis. Je le suis pour lui.
Les rumeurs s'intensifient avec l'hiver. Les messagers arrivent de Rome avec des lettres qui parlent de moi : on dit que l'empereur passe ses nuits avec un jeune Bithynien, qu'il l'a sorti du rang des pages pour en faire son ombre permanente, qu'il le consulte sur des affaires d'État. Ces bruits arrivent jusqu'à nous par les serviteurs et les courriers. Hadrien les lit parfois, hausse les épaules.
— Ils parlent parce qu'ils sentent que quelque chose leur échappe. Ils ont peur de ce qu'ils ne peuvent pas nommer ni contrôler.
Ces soirs-là, quand les rumeurs arrivent trop près, il me prend dans ses bras. Il m'embrasse lentement, profondément, comme pour effacer le bruit du monde. Ses mains glissent sur mon dos, sous ma tunique, caressent ma peau avec une tendresse possessive. Nous nous allongeons près du feu, nus sous une couverture épaisse. Il me serre contre lui, sans aller plus loin parfois – juste ce contact, cette chaleur, ce silence partagé qui dit plus que les mots. D'autres fois, il me fait l'amour doucement, lentement, nos corps qui se cherchent avec une familiarité qui grandit chaque jour. Il entre en moi avec une douceur infinie, nos regards rivés, ses mouvements mesurés, profonds. Nous jouissons en silence, nos souffles mêlés, son sperme qui coule en moi, mon plaisir qui me fait trembler autour de lui.
Ces moments me rappellent pourquoi je suis là : pas pour les rumeurs, pas pour la cour, mais pour lui. Pour ce silence, pour cette paix que nous trouvons ensemble quand le monde dehors gronde.
Fin du chapitre 3.
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