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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Avant que le fleuve nous sépare — Chapitre 5

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Avant que le fleuve nous sépare

Chapitre 5

Chapitre 5
Le mois d'avril 128 s'ouvre sur un ciel de nacre au-dessus d'Ostie. Le port de Rome n'est qu'un fracas de chaînes, de cris de marins et de voiles qui claquent comme des coups de fouet dans le vent printanier. Je me tiens sur le pont du navire amiral, le Victoria, mon torque d'or brillant au soleil, sentant sur moi le poids de milliers de regards. Ce départ est une apothéose : Hadrien vient de recevoir le titre de « Pater Patriae », Père de la Patrie. Il est au sommet de sa gloire, et je suis à ses côtés, non plus comme un page dissimulé, mais comme l'astre qui complète son orbite.
La traversée vers l'Afrique est une épreuve que mon corps n'oubliera jamais. La Méditerranée, encore agitée par les colères de l'équinoxe, secoue notre trière comme un jouet. Hadrien, marin aguerri, refuse tout luxe. Il dort sur un simple lit de camp, mange le pain dur des soldats et exige que je fasse de même.
— La mer n'a que faire de ta beauté, Antinoüs. Elle veut ton endurance, me lance-t-il, les jambes écartées sur le pont mouvant, sa barbe trempée par les embruns.
Une nuit, alors que le navire gémit sous l'assaut des vagues, il m'attire dans l'étroite cabine de bois qui nous sert d'abri. L'espace est confiné, imprégné de l'odeur du sel et du cuir. Hadrien me saisit avec une force brutale, ses mains cherchant mes hanches sous ma tunique de laine rude.
— Sens-tu la force de l'eau ? murmure-t-il, sa bouche cherchant la mienne dans l'obscurité.
C'est ainsi que je veux te posséder, avec la puissance d'une tempête. Il m'arrache mes vêtements et me plaque contre la cloison de bois qui vibre sous les chocs de la mer. Ses lèvres descendent sur mon torse, ses dents mordillent mes tétons durcis par le froid salin. Ses mains descendent, enserrant mon sexe qui répond immédiatement à la violence de l'élément. Il se met à genoux dans l'étroit passage, sa bouche m'avalant tout entier tandis que je m'agrippe aux poutres pour ne pas tomber avec le roulis. Le contraste est total : le chaos de l'océan au-dehors et la chaleur suffocante de sa langue autour de mon membre.
Il se relève, son sexe énorme et pulsant venant frapper mon ventre. Sans un mot, il me retourne, me forçant à m'appuyer contre le coffre qui contient ses cartes impériales. Il entre en moi avec une impétuosité qui suit le rythme des vagues. À chaque choc du navire contre l'eau, il s'enfonce plus profondément, me remplissant avec une ferveur qui semble vouloir défier Neptune lui-même. Je gémis, mon visage écrasé contre le bois froid, tandis que sa semence jaillit en moi au moment précis où une vague immense vient s'écraser sur le pont supérieur. Nous restons enlacés, haletants, deux naufragés volontaires dans l'océan de notre désir.
Fin avril, le miracle se produit. Alors que les côtes de Carthage se dessinent à l'horizon, le ciel, qui était d'un bleu d'acier brûlant depuis cinq ans de sécheresse, se déchire soudain. Une pluie torrentielle s'abat sur l'Afrique au moment même où le pied d'Hadrien touche le quai de Carthage. Le peuple hurle, ivre de joie, criant au miracle. On nous regarde comme des dieux apportant la vie.
L'accueil à Carthage est un choc de couleurs et de parfums. Tout ici est plus vif, plus chaud : les ocres des murs, le vert des palmiers, l'odeur du cumin et du jasmin. Lors des banquets somptueux, je siège à la droite d'Hadrien. Les notables africains ne s'y trompent pas : leurs cadeaux, des bijoux d'ambre et des soies précieuses, me sont destinés. Ils savent que le cœur de Rome bat désormais pour le jeune Bithynien.
Mais Hadrien ne reste pas dans le luxe des villes. Nous partons pour la Numidie, vers Lambaesis, le camp de la Legio III Augusta. Sous un soleil de plomb qui transforme chaque pièce de métal en un brasier, Hadrien inspecte ses troupes. Il marche des milles, tête nue, exigeant que je reste à son côté. Je vois la sueur couler sur les corps bronzés des légionnaires, je sens leur odeur de cuir et de poussière.
Un soir, sous la tente prétorienne dressée au milieu du camp, la chaleur est étouffante. Nous sommes épuisés par la poussière de la route. Hadrien se fait verser de l'eau fraîche sur les épaules. Je m'approche pour l'essuyer.
— Regarde-les, Antinoüs, dit-il en désignant les feux des soldats au-dehors. Ils attendent que nous soyons aussi rudes qu'eux.
Il me saisit le poignet et m'attire sur le lit de camp couvert d'une peau de lion. Ses mains parcourent ma peau brûlée par le soleil d'Afrique. Il me dévêt lentement, savourant chaque parcelle de mon corps doré. Il s'allonge sur moi, son poids m'écrasant contre la fourrure. Ses baisers sont des incendies. Il me prend avec une lenteur calculée, ses doigts m'ouvrant patiemment tandis que les rumeurs du camp s'étouffent au loin. Quand il entre enfin en moi, c'est une fusion totale. Je sens ses muscles de soldat se contracter contre les miens. Je bouge sous lui, mes jambes enserrant sa taille puissante, mes ongles griffant son dos tandis que je jouis bruyamment, mon cri se perdant dans le silence de la nuit numide. Il se vide en moi par saccades, son front contre le mien, nous laissant soudés dans l'odeur de la sueur et de l'encens.
L'apogée de ce voyage reste notre rencontre avec le monstre.
Un lion, un mangeur d'hommes, terrorise la région. Hadrien, assoiffé de gloire et de sang, décide de le traquer. Nous chevauchons dans la brousse aride. Soudain, la bête surgit des hautes herbes jaunies. Elle est immense, une montagne de muscles et de griffes. Mon cheval se cabre, je suis jeté au sol. Le lion bondit vers moi, son haleine fétide déjà contre mon visage. Hadrien hurle. Il s'élance, sa lance s'enfonçant dans le flanc du fauve au moment où celui-ci allait me déchirer. Je reprends mes esprits, je saisis mon poignard et, ensemble, dans un corps-à-corps sanglant, nous achevons le roi des animaux. Le sang du lion nous macule tous les deux, chaud et collant.
— Nous avons versé le sang ensemble, Antinoüs, souffle Hadrien, ses mains tremblantes de rage et d'amour serrant mon visage ensanglanté. Rien ne pourra plus nous dénouer.
Le soir même, alors que la pluie continue de bénir la terre africaine, nous nous purifions mutuellement du sang de la bête. Dans l'intimité de notre tente, après avoir célébré notre survie, nous nous unissons avec une fureur mystique. Cette fois, c'est moi qui le chevauche, mon corps marqué par les griffures de la brousse. Je descends sur lui avec une force nouvelle, celle d'un homme qui a vu la mort et qui a été sauvé par son dieu. Je le possède avec une intensité sauvage, mes mouvements dictés par le battement de mon cœur qui a failli s'arrêter. Il me regarde avec une adoration qui me fait frissonner. Je suis son égal dans le sang, son amant dans la pluie, son miracle en Afrique. Je jouis sur son torse, mes larmes se mêlant à sa sueur, tandis qu'il m'enserre comme si l'univers entier dépendait de notre étreinte. Nous sommes le Père de la Patrie et son âme, liés pour l'éternité dans la poussière d'un continent qui vient de nous reconnaître comme ses souverains.
Le mois de juillet 128 s'abat sur la Numidie comme un marteau sur l'enclume, transformant le camp de la IIIe Légion Augusta en une prison de lumière blanche et de poussière ocre. À Lambaesis, l'air n'est plus de l'air ; c'est une substance solide, brûlante, qui vous entre dans les poumons comme du plomb fondu. Les tentes de cuir craquent et se rétractent sous l'assaut d'un soleil qui semble vouloir calciner jusqu'aux souvenirs de l'ombre.
Le 1er juillet reste gravé dans ma mémoire comme le jour du grand embrasement. Hadrien, debout sur une estrade de pierre, face à une mer de cuirasses et d'enseignes de bronze, entame son Adlocutio. Sa voix, d'ordinaire si mélodieuse lorsqu'il me récite des vers de Sappho, est devenue un tonnerre rauque, saturé par la poussière du désert. Il fustige l'imprécision de la cavalerie, l'indolence des artilleurs, la lenteur des manœuvres. Mais le véritable test, il l'exige de nous, son cercle intime. Il interdit les dais, les parasols et les éventails.
— Si mes légionnaires doivent rester immobiles sous le feu du ciel, nous serons leur miroir, déclare-t-il avec une dureté que je ne lui connais que face aux armées.
Je reste à sa droite, le dos droit, les muscles de mes jambes tendus pour ne pas fléchir. La sueur coule en ruisseaux le long de ma colonne vertébrale, s'imbibant dans la laine de ma tunique. Je sens mes épaules brûler, ma peau virer au rouge puis au bronze sous les rayons impitoyables. Je vois les généraux chanceler, leurs visages congestionnés, mais je ne cille pas. Je veux qu'Hadrien soit fier, je veux qu'il voie que son « enfant de luxe » a la résistance du marbre. Dans ses yeux, quand ils se posent brièvement sur moi, je lis une étincelle de triomphe sauvage.
L'apaisement ne vient pas avec le crépuscule. La nuit numide est une étuve où l'on suffoque. Dans la tente impériale, l'odeur du cuir chauffé et de la sueur se mêle à celle, plus entêtante, des huiles de massage. Hadrien est épuisé, ses traits sont tirés, mais le désir semble être son seul remède contre la fatigue.
Il m'attire à lui et commence par me déshabiller avec une lenteur rituelle. Ses mains, durcies par les rênes, tremblent légèrement d'épuisement et de ferveur alors qu'elles découvrent ma peau dévorée par le soleil.
— Tu as été mon roc aujourd'hui, Antinoüs, souffle-t-il, sa bouche cherchant la courbe de mon épaule. Ta peau brûle... elle est comme le sable.
Il commence les préliminaires avec une dévotion presque religieuse. Il s'agenouille devant moi, ses lèvres parcourant mes cuisses, mes hanches, laissant derrière elles une trace de fraîcheur humide dans cette chaleur suffocante. Ses doigts glissent sur mon sexe, le caressant avec une maîtrise qui me fait gémir. Puis, il me prend en bouche. La sensation est électrique ; la moiteur de sa langue contraste violemment avec l'air sec de la tente. Je m'agrippe à ses épaules puissantes, sentant le rythme de sa respiration s'accélérer. Il m'explore, m'avale, me fait monter au bord de l'abîme avant de se relever pour m'embrasser, m'offrant le goût de mon propre désir.
Il me pousse sur le lit de camp couvert de peaux de bêtes. La fourrure irrite ma peau brûlée, exacerbant chaque sensation. Il saisit un flacon d'huile de myrrhe et commence à m'ouvrir. Ses doigts entrent en moi, d'abord un, puis deux, avec une patience infinie, massant les muscles de mon entrée pour m'assouplir. Je me cambre, le souffle court, sentant mon corps se préparer à le recevoir.
Lorsqu'il entre enfin, c'est une invasion totale. Son sexe, massif et brûlant, déchire le silence de la tente. Il s'enfonce en moi jusqu'à la garde, me remplissant d'une chaleur plus intense que celle du soleil de juillet. Je pousse un cri rauque, mes jambes s'enroulant autour de ses hanches pour l'attirer plus loin encore. À chaque va-et-vient, le lit de camp grince en rythme avec nos souffles heurtés. La sueur nous lie, nous faisant glisser l'un contre l'autre dans une danse frénétique. Il me possède avec la rigueur d'un conquérant, ses mains me broyant les poignets contre le matelas.
Le plaisir monte, insoutenable, nourri par la fatigue et la démesure du désert. Je sens son rythme changer, devenir plus saccadé, plus profond. Ma propre jouissance explose d'abord, un jet brûlant qui macule nos ventres collés, tandis que mes muscles internes se contractent autour de lui dans un spasme violent. Ce contact le fait basculer. Il pousse un cri de lion, son front s'écrasant contre le mien, et il se vide en moi par de longues vagues bouillantes qui semblent m'irriguer jusqu'au cœur. Nous restons ainsi, cloués l'un à l'autre, tandis que les bruits lointains du camp s'effacent devant le tumulte de nos sangs.
En août, nous remontons vers la côte. La traversée vers la Sicile sur le navire amiral est un répit de nacre sur une mer d'huile. Mais le silence est lourd. Hadrien commence à souffrir de crises d'oppression. Je l'entends lutter pour son souffle dans l'obscurité de la cabine, ses poumons sifflant comme une tempête lointaine. Je deviens son ombre médicale, celui qui lui apporte l'eau, qui masse sa poitrine oppressée, qui veille à ce qu'il ne s'épuise pas.
Pourtant, il ne renonce à rien. Il veut l'Etna. Nous gravissons le volcan dans la nuit, la cendre noire s'écrasant sous nos pas. Hadrien s'appuie sur mon épaule, son poids me paraissant soudain celui du monde entier. Au sommet, face au lever du soleil sur la mer Ionienne, il me parle d'Athènes, des Mystères d'Éleusis, de ma future initiation.
— Tu seras sacré, Antinoüs. Pour que même si mon souffle s'arrête, ton image demeure divine.
De retour dans une villa sicilienne, face au rivage, nous retrouvons une intimité plus douce, presque mélancolique. L'été 128 se meurt. Je l'aide à se baigner, ses jambes étant gonflées par les premiers signes de l'œdème. Dans l'eau tiède d'un bassin de marbre, je me glisse derrière lui. Mes mains parcourent son torse, apaisant ses tensions. Il se retourne, ses yeux sombres emplis d'une tendresse désespérée.
Je le chevauche dans l'eau, le recevant en moi avec une précaution amoureuse. Je bouge lentement, guidant ses hanches pour ne pas brûler son souffle. La pénétration est profonde, une union de deux êtres qui se savent mortels et qui cherchent dans la chair une éternité que les dieux leur refusent. Je sens son cœur battre avec force contre mes cuisses. Je bouge en rythme avec le ressac, m'offrant totalement à lui. Nous jouissons ensemble dans un murmure, nos corps flottant dans le bassin, tandis que les premières étoiles de l'automne apparaissent au-dessus de la Sicile. Je sais alors que notre voyage vers la Grèce sera celui de l'apothéose, ou du sacrifice.
Le ciel d'Athènes en cet automne 128 possède une clarté que nulle autre terre ne peut offrir. C'est un bleu cristallin, vibrant, qui semble bénir chaque colonne de marbre pentélique. Lorsque nous franchissons les portes de la cité, ce n'est pas un empereur qui entre, c'est un dieu qui revient parmi les siens. Les Athéniens, ivres de joie, hurlent son nom : « Hadrien Olympios ! Nouveau Thésée ! ».
Pour moi, ce retour en Grèce est une respiration. Ici, les regards ne sont pas chargés du venin romain ou de la méfiance des sénateurs. Les Grecs voient en ma beauté l'incarnation de leur idéal classique, l'ombre de Ganymède ou de Patrocle. Ils ne nous jugent pas ; ils nous admirent. Ils voient notre lien comme une harmonie nécessaire entre la puissance et la grâce.
Dès notre arrivée, Hadrien accepte le titre de Zeus Olympios. Il est l'ordonnateur du monde, le bienfaiteur. Nous marchons ensemble sous les arches neuves de la « Ville d'Hadrien », entre l'ancienne cité et la nouvelle. Il s'arrête devant l'immense chantier de l'Olympeion, ce temple de Zeus commencé des siècles plus tôt et qu'il achève enfin.
— Vois-tu, Antinoüs, murmure-t-il en désignant les colonnes corinthiennes qui montent vers le ciel, le pouvoir n'est rien s'il ne laisse pas une trace de beauté absolue. Ce temple sera notre témoin.
Mais le point culminant de cet automne, l'instant où ma vie bascule dans le sacré, se déroule à la fin septembre : l'initiation aux Grands Mystères d'Éleusis.
Le chemin sacré est bordé de flambeaux. L'air est lourd de l'odeur du sel et de l'encens. Nous marchons parmi les initiés, purifiés par l'eau de mer et les prières des prêtres. Dans l'obscurité du Telesterion, le silence est si profond qu'on entend battre le cœur de la terre. Nous buvons le cycéon, cette boisson rituelle qui fait vaciller l'esprit et ouvre les portes de l'invisible. Hadrien me tient la main, ses doigts serrant les miens avec une force désespérée. Nous voyons l'épi de blé coupé en silence, nous entendons les paroles sacrées qui promettent une vie après la mort.
— Désormais, tu es mystès, me souffle-t-il alors que nous ressortons sous les étoiles de l'Attique. Nous sommes liés par-delà le Styx. Ni la cendre, ni le temps ne pourront nous dénouer.
Cette dimension mystique enflamme nos sens. De retour dans notre demeure athénienne, face à l'Acropole illuminée par la lune, l'atmosphère est chargée d'une tension religieuse. Hadrien me regarde comme si je n'étais plus un homme, mais une apparition.
— Tu es le reflet de l'Olympe, murmure-t-il, sa voix tremblante de ferveur.
Il commence à me dévêtir, ses gestes étant d'une lenteur de prêtre officiant. Il ne cherche pas seulement mon corps, il cherche l'âme que nous venons de consacrer ensemble. Il s'agenouille devant moi, ses mains glissant sur mes hanches avec une dévotion qui me fait frissonner. Ses baisers sur mon ventre sont des offrandes. Lorsqu'il prend mon sexe entre ses lèvres, ce n'est plus une simple caresse, c'est une communion. Sa langue dessine des cercles de feu, explorant chaque veine, chaque tressaillement de ma peau. Je sens mon sang bouillir sous l'effet du cycéon et de sa bouche experte. Je m'agrippe à ses épaules, la tête renversée vers le ciel grec, tandis que les premiers gémissements m'échappent.
Il se relève, ses yeux noirs brûlant d'un désir qui confine à la folie divine. Il me porte vers le lit couvert de soies orientales. Il commence les préliminaires avec une intensité nouvelle. Ses doigts, enduits d'huile de jasmin, me parcourent avec une précision chirurgicale. Il m'ouvre, massant mon entrée avec une patience infinie, ses lèvres ne quittant jamais les miennes. Je sens mon corps s'étirer, se préparer, devenir le temple qu'il souhaite habiter.
Quand il entre enfin en moi, c'est un choc foudroyant. Son sexe est une colonne ardente qui me remplit jusqu'au fond de mon être. Je pousse un cri qui se perd dans le vent d'Athènes. À chaque poussée, profonde et lente, je sens le poids de notre éternité. Il me possède avec une fureur sacrée, ses mains me broyant les hanches, son souffle rauque s'écrasant contre mon cou. Nous ne faisons pas seulement l'amour ; nous célébrons notre initiation. Je bouge en rythme avec lui, mes jambes enserrant sa taille puissante, cherchant à absorber chaque goutte de sa force.
La montée vers la jouissance est un calvaire de plaisir. Je sens mon cœur s'emballer, mes muscles se contracter autour de lui comme un étau vivant. Je jouis violemment, mon sperme jaillissant en jets chauds sur nos poitrines collées, au moment précis où il s'enfonce une dernière fois en moi avec un râle de dieu triomphant. Il se vide en moi par saccades brûlantes, me remplissant de sa semence impériale tandis que nous nous effondrons l'un contre l'autre, trempés de sueur, le souffle coupé, sous le regard immobile des statues de marbre.
Pourtant, Hadrien n'est jamais rassasié d'action. En octobre, nous partons pour le mont Parnès. La chasse au sanglier dans les montagnes entourant Athènes est notre exutoire. C'est là que mon image d'éphèbe grec se fige. Les sculpteurs nous suivent, croquant mes traits alors que je sacrifie à Diane après une prise réussie. Je sens que je deviens une icône, une image gravée dans la pierre avant même que ma vie ne s'achève.
À la fin de l'automne, nous descendons vers Sparte. Hadrien est fasciné par la discipline de Lycurgue. Il y rétablit les concours anciens, voulant que je sois le témoin de la virilité brute des jeunes Spartiates. Je les regarde s'entraîner, nus dans la palestre, leurs corps musclés et rudes contrastant avec la délicatesse d'Athènes.
— Vois leurs racines, Antinoüs. La Grèce est née de cette force, me dit-il.
Une nuit, dans la sobriété d'une demeure spartiate, la rigueur du lieu nous pousse vers une passion plus athlétique. Hadrien veut tester mon endurance. Il m'ordonne de me tenir debout, appuyé contre une colonne de pierre froide. Il me prend par-derrière, debout, ses mains me saisissant les cuisses pour me soulever légèrement. La position est exigeante, mes muscles tremblent sous l'effort, mais le plaisir est décuplé par la tension. Il entre en moi avec une rudesse de soldat, ses mouvements rapides et percutants. Je m'agrippe à la pierre, mes ongles grattant le marbre, tandis que ses coups de rein me font basculer vers l'avant. C'est une étreinte spartiate, sans fioritures, une lutte de chair contre chair. Il me possède jusqu'à l'épuisement, ses lèvres mordant mon épaule pour étouffer ses cris. Nous jouissons ensemble dans un choc brutal, mon dos s'arcboutant contre son torse puissant, alors qu'il se décharge en moi avec une violence qui me laisse pantelant.
Nous restons ainsi, liés dans l'obscurité de Sparte, tandis que l'hiver commence à souffler sur la Grèce. Hadrien est au sommet de son rêve : il a initié son amant, il a embelli sa cité préférée et il a retrouvé la force des anciens. Je le regarde s'endormir, conscient que cet automne 128 a été notre apothéose. Nous sommes des initiés, des mystes du plaisir et de l'âme, et alors que nous nous préparons à hiverner à Athènes, je sais que rien, pas même les dieux, ne pourra effacer ce que nous avons vécu sous le ciel de l'Attique. Chaque détail de son corps, chaque cicatrice de notre passion est désormais sacrée. Nous sommes l'Olympe en marche, et le monde entier n'est que le décor de notre amour éternel.
L'hiver 128-129 s'installe sur Athènes non comme une saison de mort, mais comme un voile de douceur argentée. Ici, l'humidité de l'Attique n'a pas la morsure fétide des brouillards du Tibre. Elle sent l'olive pressée, le bois de pin que l'on brûle dans les braseros et le parchemin ancien. Hadrien a pris une décision radicale, un affront silencieux à la vieille garde de Rome : il délaisse totalement le protocole impérial. La toge lourde et rigide est reléguée aux coffres de cèdre. Nous portons désormais l'himation, le manteau grec aux plis fluides qui laisse l'épaule libre et le corps respirer.
Nous déambulons dans les rues de la cité comme de simples citoyens. Nous fréquentons les gymnases où l'odeur de l'huile et de la poussière me rappelle ma jeunesse en Bithynie. Hadrien m'emmène écouter les leçons des philosophes stoïciens et épicuriens. Sous les portiques, je ne suis plus le favori que l'on courtise, mais l'étudiant qui écoute, assis sur les bancs de pierre. À l'Aréopage, j'assiste aux séances où il réforme les lois d'Athènes. Je l'observe gouverner non par la force des glaives, mais par la puissance de la raison.
— Vois-tu, Antinoüs, me dit-il un soir alors que nous quittons la colline des Muses, une cité ne se tient pas par ses remparts, mais par la clarté de ses lois. Je veux que ton esprit soit aussi affûté que ton profil.
Cette proximité intellectuelle renforce notre lien d'une manière que je n'aurais pu imaginer. Je ne suis plus seulement le corps qu'il désire, je suis l'esprit avec lequel il dialogue. Mais cette fusion des âmes ne fait qu'attiser le feu de nos nuits.
L'hiver est aussi le temps des Grandes Dionysies. Athènes vibre pour le dieu de la vigne et de l'extase. Hadrien a fait restaurer le Théâtre de Dionysos au pied de l'Acropole, et nous y passons des heures à vibrer aux tragédies d'Eschyle. Dans la pénombre du théâtre, sous la voûte étoilée, je sens son regard se détacher de la scène pour se fixer sur mon visage. Pour lui, et bientôt pour les Athéniens, je commence à m'incarner en Dionysos. Ma beauté est celle du renouveau, de la vigne qui dort mais qui contient déjà l'ivresse.
Une nuit de janvier, après une représentation particulièrement intense des Bacchantes, l'ivresse sacrée nous gagne. De retour dans notre demeure, l'air est frais, mais nos corps sont brûlants de la fureur du théâtre. Hadrien me regarde avec une intensité mystique.
— Tu es lui, Antinoüs. Tu es le dieu qui meurt et qui renaît. Tu es mon Dionysos.
Il m'entraîne vers le lit de cèdre couvert de laines pourpres. Ses mains, impatientes, écartent les plis de mon himation. Il ne me déshabille pas, il me déifie. Ses lèvres parcourent mon corps avec une ferveur que je n'avais jamais ressentie, même en Afrique. Il commence par mes pieds, remontant le long de mes mollets, de mes cuisses, chaque baiser étant une libation. Lorsqu'il arrive à mon sexe, il s'attarde avec une lenteur de gourmet. Sa langue est une caresse de velours et de feu, m'explorant avec une science qui me fait perdre tout sens de la réalité. Je m'enfonce dans les coussins, mes mains crispées dans ses cheveux, tandis qu'il m'aspire avec une passion qui semble vouloir absorber ma jeunesse même.
Il se relève, son sexe dur et fier se dressant contre la lumière des lampes à huile. Il me retourne et me force à m'agenouiller, le front contre les draps de lin. Ses mains me saisissent les hanches avec une autorité royale.
— Offre-toi à ton dieu, murmure-t-il à mon oreille.
Il m'ouvre avec ses doigts enduits d'une huile parfumée à la rose de Cythère. La sensation est un délice lancinant. Puis, il entre en moi d'une poussée souveraine. Je pousse un râle qui n'est plus humain, une plainte d'extase pure. À chaque mouvement, profond et cadencé, je sens l'union de l'homme et du dieu. Il me possède avec une puissance qui semble vouloir graver notre plaisir dans le marbre de la ville. Je sens ses muscles se tendre, son souffle court contre mon dos. La jouissance monte en moi comme une marée irrésistible, nourrie par les vers de Sophocle et l'odeur de l'encens. Je jouis contre le lit, mon corps secoué de spasmes, alors qu'il s'enfonce une dernière fois avec un cri de triomphe, se vidant en moi par de longues saccades brûlantes qui me font défaillir.
Février arrive, et avec lui, la construction de sa monumentale Bibliothèque. Nous y passons des heures. Hadrien veut en faire le sanctuaire du savoir universel. Je discute avec les savants, je tiens tête aux rhéteurs. Ma formation est achevée ; je suis devenu un homme de culture grecque.
Mais l'hiver athénien finit par peser sur la poitrine de l'Empereur. L'humidité ranime ses crises d'essoufflement. Une nuit, il s'effondre contre moi, incapable de retrouver son air. Les médecins de la cour accourent, mais il les renvoie d'un geste impérieux.
— Seul Antinoüs restera, ordonne-t-il entre deux quintes de toux.
Je passe des nuits assis à son chevet, sa tête sur mes genoux. Je suis le seul autorisé à toucher son corps vulnérable, à lui appliquer les baumes, à guetter le moindre sifflement de ses poumons. Cette dépendance physique scelle notre pacte. Je ne suis plus le favori, je suis sa vie même.
Un soir, alors qu'il se sent mieux, il m'attire sous les couvertures. Il n'a pas la force des nuits dionysiaques, mais son besoin de moi est plus profond encore.
— Ne me quitte jamais, murmure-t-il.
Je me glisse sur lui avec une douceur infinie. Je le prends en moi, guidant ses hanches avec mes mains. Nous faisons l'amour avec une lenteur mélancolique, une union de chair qui cherche à exorciser la mort. La pénétration est un murmure, une caresse prolongée. Je bouge sur lui en le regardant dans les yeux, captant chaque reflet de la lampe dans ses pupilles sombres. Nous jouissons ensemble dans un soupir de soulagement, nos cœurs battant à l'unisson sous la protection de l'Acropole.
À la fin de l'hiver, l'agitation reprend au Pirée. La flotte se prépare pour l'Orient. Asie Mineure, Syrie... de nouveaux horizons nous attendent. Je regarde les navires, conscient que cet hiver à Athènes nous a transformés. Nous partons non plus comme un maître et son élève, mais comme deux partenaires de pensée, deux initiés liés par le savoir, le sang et le plaisir. Je suis le favori absolu, l'ombre de Dionysos, et alors que nous quittons le sol sacré de la Grèce, je sais que notre destin est désormais plus grand que l'Empire lui-même.
Fin du chapitre 5.
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