Réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Avant que le fleuve nous sépare — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Avant que le fleuve nous sépare
Chapitre 6
Chapitre 6
Dès les premiers jours de mars 129, le Pirée s'éveille dans un tumulte de voiles blanches et de cris de marins. Le printemps est là, et avec lui, la mer s'ouvre à nouveau comme un chemin d'azur vers l'Orient. Nous quittons Athènes, ma cité de cœur, pour entamer une navigation onirique à travers les Cyclades. Hadrien, debout sur la proue, semble vouloir embrasser chaque île, chaque rocher. Nous faisons escale sur des terres de légendes, offrant des sacrifices aux divinités locales sous des cieux d'une pureté absolue. Dans chaque port, Hadrien laisse une trace de son passage : un temple ici, un portique là, transformant la mer Égée en un lac impérial dont je suis le passager privilégié.
L'arrivée à Éphèse est un éblouissement. La cité, l'une des plus opulentes de l'Empire, nous accueille avec un luxe qui dépasse l'entendement. Mais pour moi, ce n'est que le prélude au véritable voyage : le retour vers la Bithynie.
En avril, nous pénétrons dans les terres de mon enfance. L'air change, devenant plus frais, chargé de l'odeur des pins et de la terre humide de mes racines. Hadrien m'emmène à Claudiopolis. Bien que nous évitions les pompes excessives pour préserver notre intimité, le message est clair. L'Empereur multiplie les dons à ma province natale, fondant la cité d'Hadrianeia et transformant cette terre autrefois modeste en un jardin impérial. Pour le monde, c'est une faveur administrative ; pour nous, c'est sa manière de me dire qu'il chérit l'endroit qui m'a vu naître.
L'Asie Mineure est une terre sauvage, et nos instincts de chasseurs s'y réveillent avec une fureur nouvelle. Dans les montagnes de Mysie, nous traquons l'ours et le sanglier au milieu de forêts si denses que la lumière du jour y pénètre à peine. Je veux briller sur mes terres. Je veux lui montrer que l'éducation athénienne n'a pas ramolli mes muscles. Un matin, sous une pluie fine, je fais face, seul, à un ours massif. Je sens l'adrénaline brûler mon sang. Je frappe, avec une précision que même les légionnaires de Lambaesis auraient enviée. Quand l'animal s'effondre, Hadrien s'approche, les yeux brillants d'une fierté dévorante.
Ce soir-là, dans un pavillon de chasse rudimentaire perdu dans les bois de Bithynie, l'excitation de la traque se mue en une passion dévastatrice. L'air est frais, saturé de l'odeur des sapins broyés. Hadrien m'arrache ma tunique de cuir, ses mains tremblantes de désir parcourant mon corps encore vibrant de l'effort.
— Tu as la force de ta terre, Antinoüs, murmure-t-il contre mon cou. Tu es sauvage et précieux comme ces bois.
Il commence par des préliminaires d'une intensité sauvage. Ses dents mordent la peau de mon épaule, laissant des marques pourpres. Ses mains descendent, enserrant mon sexe avec une force qui me fait cambrer le dos. Il s'agenouille sur le sol de terre battue couvert de fourrures et m'aspire avec une avidité qui semble vouloir me consommer tout entier. La chaleur de sa bouche est le seul rempart contre le froid de la nuit forestière. Je m'agrippe à ses cheveux, mes hanches bougeant d'un rythme involontaire, tandis qu'il me travaille avec une langue experte, m'emmenant au bord de l'extase avant de s'arrêter brusquement pour me regarder dans les yeux.
Il se relève, son sexe énorme et pulsant se frottant contre le mien. Il me retourne, me forçant à m'appuyer contre un coffre de voyage massif. Il m'ouvre avec ses doigts lubrifiés par un baume de cèdre, sa voix rauque me dictant ses désirs. Puis, il entre en moi d'une poussée qui me fait crier vers les poutres du toit. La pénétration est brutale, profonde, une possession qui résonne avec la sauvagerie de la montagne. À chaque coup de rein, je sens le poids de sa puissance, la force de l'homme qui domine le monde mais qui est l'esclave de mon corps. Je gémis, mon visage écrasé contre le bois froid du coffre, tandis que ma propre jouissance monte comme une tempête. Je jouis violemment, mon sperme éclaboussant le bois sombre, au moment où il se vide en moi dans un râle de plaisir pur qui semble s'enfoncer jusqu'à mon âme.
Mais le printemps 129 est aussi une période d'activité diplomatique intense. Tandis que je redécouvre mes racines, Hadrien travaille sans relâche. Il reçoit des délégations de dizaines de cités, réglant des litiges territoriaux avec une patience infinie. Je suis désormais son témoin permanent lors des audiences. J'observe comment il arbitre les conflits, comment il utilise la culture grecque pour cimenter l'administration romaine. Je ne suis plus seulement l'amant ; je suis le confident qui apprend les rouages du pouvoir au contact direct des élites.
À la fin du mois de mai, le voyage s'accélère. Nous quittons la douceur de la Bithynie pour nous diriger vers la Syrie. Le passage des monts Taurus est une épreuve de poussière et de fatigue. Nous traversons des défilés rocheux sous un soleil qui redevient impitoyable. Hadrien veut inspecter la frontière avec les Parthes, nos ennemis de toujours. Je l'accompagne sur ces routes militaires, m'habituant au goût de la terre syrienne sur mes lèvres.
Une nuit, dans une auberge de montagne isolée près des Portes Ciliciennes, alors que la fatigue du voyage terrestre pèse sur nos membres, nous cherchons le réconfort dans l'union. La chambre est petite, seulement éclairée par une torche qui faiblit. Hadrien est assis sur le bord du lit, sa poitrine s'élevant avec effort. Je m'approche, nu, et commence à le masser pour dissiper la fatigue de la route.
— Le voyage est long, Antinoüs. Mais tant que tu es là, la route est douce.
Il m'attire entre ses jambes, ses mains parcourant mon dos. Je sens son besoin de moi, non plus seulement comme un amant, mais comme un rempart contre le temps qui passe. Je me glisse sur lui, le recevant en moi avec une douceur mélancolique. Nous faisons l'amour avec une lenteur de pèlerins, nos corps se cherchant dans l'obscurité avec une familiarité qui dépasse le désir. La pénétration est un murmure de chair, une union qui cherche à exorciser la poussière et la fatigue. Je bouge sur lui, mes yeux rivés aux siens, captant chaque reflet de la torche dans ses pupilles. Nous jouissons ensemble dans un soupir de soulagement, nos cœurs battant à l'unisson alors que nous nous préparons à affronter les confins de l'Orient. Je sais que ce voyage vers la Syrie et l'Euphrate nous emmène vers des terres de mirages, mais dans ses bras, je me sens protégé par toute la force de l'Empire.
Nous quittons l'Asie Mineure pour le désert, conscients que chaque pas nous éloigne de mes racines pour nous rapprocher d'un destin que seul le sable connaît.
L'été 129 touche à sa fin alors que nous quittons les fastes d'Antioche pour descendre vers le sud. Le paysage change radicalement : les jardins luxuriants de Daphné cèdent la place aux collines arides et calcaires de Phénicie, puis aux terres tourmentées de la Judée. La chaleur est toujours là, mais elle est devenue plus sèche, plus sévère, comme le caractère des peuples qui habitent ces contrées.
Hadrien est dans une phase de réflexion intense. Il veut refonder Jérusalem sous le nom d'Aelia Capitolina, y ériger un temple à Jupiter sur les ruines de l'ancien sanctuaire juif. Je l'accompagne lors de ses inspections sur les chantiers. Je vois la tension dans les yeux des habitants, ce silence lourd qui précède parfois les orages. Hadrien, imperturbable, trace des plans sur le sol avec son bâton, m'expliquant sa vision d'une cité unifiée par la culture gréco-romaine.
— Ils s'accrochent au passé, Antinoüs, me confie-t-il un soir sous sa tente, alors que le vent des collines fait vaciller la flamme des lampes. Ils ne comprennent pas que l'Empire est une promesse d'ordre et de lumière qui dépasse leurs vieux dogmes.
Dans cette atmosphère de tension politique, notre relation devient mon unique refuge. Hadrien cherche en moi une clarté que le monde extérieur lui refuse. L'intimité, bien que toujours présente, se teinte d'une gravité nouvelle. Nous passons de longues heures à discuter, assis sur les tapis de laine, nos doigts simplement entrelacés.
Une nuit, dans une villa réquisitionnée près de Césarée, le silence est interrompu par le chant lointain des sentinelles. Hadrien semble particulièrement préoccupé par les rapports de ses gouverneurs. Je m'approche de lui et pose mes mains sur ses épaules, massant doucement les muscles contractés par le poids de ses responsabilités. Il lâche son calame, se laisse aller contre moi et ferme les yeux.
— Ta présence est le seul baume efficace contre l'amertume du pouvoir, murmure-t-il.
Il se retourne et m'entraîne vers le lit. Il commence à m'embrasser avec une douceur qui me serre le cœur, ses lèvres explorant mon visage comme s'il cherchait à y lire une promesse de paix. Il me déshabille avec une lenteur respectueuse, admirant ma peau ambrée par les mois de voyage en Orient. Quand nous nous unissons, le mouvement est lent, presque mélancolique. C'est une étreinte qui cherche à consoler autant qu'à satisfaire. Je sens son souffle contre mon cou, ses mains qui me serrent comme s'il craignait que je ne m'évapore dans la brume du matin. Nous atteignons la jouissance dans un soupir partagé, une union silencieuse qui nous laisse apaisés, le cœur battant à l'unisson sous les étoiles de Judée.
L'automne 129 commence à poindre. Hadrien décide d'inspecter les travaux du temple de Jupiter à Jérusalem. Il veut que ce voyage soit une démonstration de force et de culture. Je suis à ses côtés, portant l'himation grec au milieu des toges romaines et des tuniques locales. Ma présence est un message : l'hellénisme est vivant, il est la beauté qui accompagne la loi.
Mais c'est aussi le temps des chasses rituelles. Dans les montagnes de Judée, nous traquons les loups et les gazelles. Hadrien utilise ces moments pour tester ma réactivité. Il veut que mon esprit reste aussi affûté que ma lance. Un jour, alors que nous nous étions isolés de la suite, il me regarde avec une fierté immense.
— Tu as appris plus en un an qu'un sénateur en une décennie. Tu es prêt pour le Nil, Antinoüs.
Le Nil. Ce nom résonne comme une promesse mystique. Nous savons tous deux que l'Égypte sera l'étape ultime de notre périple oriental. C'est là que les mystères que nous avons entrevus à Éleusis prendront tout leur sens. Hadrien commence à m'initier aux cultes d'Osiris et d'Isis, me parlant de la mort qui n'est qu'un passage, du fleuve qui donne la vie et la reprend.
Avant de quitter la région, nous passons une dernière nuit dans le désert, près de la mer Morte. L'air est saturé de sel et de soufre. Hadrien est calme, presque serein.
— Le monde est un équilibre fragile, dit-il en regardant l'étendue d'eau immobile. Et toi, tu es mon centre de gravité.
Nous nous aimons une dernière fois sous la tente, une étreinte rapide mais intense, nourrie par l'immensité du paysage qui nous entoure. La sensation de sa peau contre la mienne, le goût du sel sur nos lèvres, tout concourt à graver cet instant dans l'éternité.
À l'aube, la caravane impériale se met en branle vers le sud. Nous laissons derrière nous les pierres brûlantes de Judée pour nous diriger vers Gaza, puis vers la frontière égyptienne. Je regarde l'horizon, conscient que nous approchons du dénouement de notre grand voyage. Je suis l'ombre d'un dieu en marche, son amant fidèle et son plus proche confident. L'Égypte nous attend avec ses temples millénaires et ses eaux sacrées, et je sens, au fond de mon âme, que c'est là-bas que notre destin s'accomplira enfin.
L'automne 129 se lève sur l'Orient comme un rideau de poussière dorée. Nous laissons derrière nous les jardins suspendus d'Antioche pour une terre plus âpre, où chaque pierre semble porter le poids d'une prophétie millénaire. En longeant la côte de Phénicie, l'air se charge de l'odeur du sel et de la pourpre. Tyr, Sidon, Béryte... ces cités maritimes défilent sous mes yeux, étalant un faste que seul le commerce des confins du monde peut engendrer.
Hadrien est infatigable. Il me fait parcourir les ports, désignant du doigt les vestiges des flottes qui, jadis, dominaient la mer. À dix-neuf ans, je ne me sens plus le page ébloui d'autrefois. Mon corps est affermi, mon autorité au sein de la cour s'impose désormais sans un cri. Je marche à son côté, non plus comme une ombre, mais comme un pilier.
— Vois ces navires, Antinoüs, dit-il en s'arrêtant sur les quais de Tyr. Les Phéniciens ont inventé l'alphabet pour compter leurs richesses. Ils ont dompté l'horizon bien avant que Rome ne sache tailler la pierre.
— Ils ont laissé des mots et des voiles, répondis-je en ajustant mon himation de soie. Toi, tu laisses des cités et des lois. N'est-ce pas plus durable ?
— Ils ont laissé des mots et des voiles, répondis-je en ajustant mon himation de soie. Toi, tu laisses des cités et des lois. N'est-ce pas plus durable ?
Il a un sourire amer en observant les dignitaires qui s'inclinent sur notre passage :
— Les cités s'effondrent. Les lois se déchirent. Seul le marbre que nous avons vu à Athènes semble pouvoir braver le temps.
Le voyage oblique vers le sud, vers la Judée, et l'atmosphère change brusquement. Jérusalem n'est qu'un champ de ruines calcinées, un squelette de pierre hurlant sous un soleil de plomb. C'est là que le projet d'Hadrien, Aelia Capitolina, commence à sortir de terre. Il veut rebâtir sur les décombres, ériger un temple à Jupiter là où le Dieu solitaire des Juifs régnait.
Nous arpentons ensemble les collines arides. Je sens les regards brûlants de la population, une haine froide qui nous enveloppe comme un linceul. Nous incarnons tout ce qu'ils abhorrent : la beauté sculpturale, l'hellénisme rayonnant, la profanation par l'harmonie.
— Pourquoi ici, Hadrien ? Pourquoi insister sur ce monticule de poussière où ils ne veulent qu'un seul Dieu sans visage ?
— Parce que l'Empire est un corps unique, Antinoüs. Il ne peut y avoir d'exception à la raison de Rome. La beauté de Jupiter est universelle. S'ils ne peuvent l'aimer, ils devront la subir.
— Le silence de ces gens m'effraie plus que les cris des Parthes à la frontière, murmurai-je en serrant mon manteau contre moi.
— Parce que l'Empire est un corps unique, Antinoüs. Il ne peut y avoir d'exception à la raison de Rome. La beauté de Jupiter est universelle. S'ils ne peuvent l'aimer, ils devront la subir.
— Le silence de ces gens m'effraie plus que les cris des Parthes à la frontière, murmurai-je en serrant mon manteau contre moi.
Il pose une main sur mon épaule, son regard se perdant sur les fondations neuves :
— Ne crains rien. L'ordre finit toujours par triompher du chaos.
Pour fuir cette tension, nous nous enfonçons vers le désert, vers l'oasis de Palmyre. Le voyage à travers les sables est éprouvant, une marche forcée sous un ciel d'airain. Mais l'arrivée est un éblouissement. Hadriana Palmyra se dresse comme un mirage de colonnades ocres. Les chameliers nous accueillent comme des libérateurs.
C'est là que mon image s'imprègne définitivement d'Orient. Fasciné par les étoffes rapportées de l'Inde, je m'entoure de soies légères et de parfums de myrrhe. Je m'éloigne de la rigueur militaire pour embrasser cette langueur exotique qui plaît tant à mon Empereur.
— Regarde ce tissu, Hadrien, dis-je en lui présentant une pièce de soie fine. On dirait de l'eau tissée avec des rayons de lune.
— Il te va mieux qu'à n'importe quel prince de Perse, répond-il en caressant l'étoffe. Tu deviens mon talisman, Antinoüs. Mon génie protecteur au milieu de cette poussière.
— Il te va mieux qu'à n'importe quel prince de Perse, répond-il en caressant l'étoffe. Tu deviens mon talisman, Antinoüs. Mon génie protecteur au milieu de cette poussière.
En octobre, nous gagnons les hauts plateaux d'Arabie pour la chasse. L'air sec semble donner un répit aux poumons d'Hadrien, mais son âme s'assombrit. Sous les étoiles d'Orient, loin du protocole, nous retrouvons la paix des bivouacs. Mais c'est une paix fragile. Hadrien vieillit, et la question de sa succession le hante comme un spectre.
Une nuit, dans la tente impériale, alors que le vent du désert fait gémir les cordages, il s'assoit près du brasero, le visage creusé par les ombres.
— L'Empire est un fardeau de fer, murmure-t-il pour lui-même. Que deviendra tout cela quand mon souffle s'éteindra ? Les sénateurs se battront pour les restes.
Je m'agenouille entre ses jambes, posant mes mains sur ses genoux :
— Tu as bâti pour l'éternité, Hadrien. Les pierres ne meurent pas si vite.
Il prend mon visage entre ses mains sèches :
— Les pierres ne m'importent plus autant que toi. Tu es mon seul ancrage. Le seul être qui ne me demande rien. Si je te perdais, le monde n'aurait plus de centre.
— Tu ne me perdras pas. Je suis ton ombre, et l'ombre ne quitte jamais celui qui porte la lumière.
— Tu ne me perdras pas. Je suis ton ombre, et l'ombre ne quitte jamais celui qui porte la lumière.
Il m'attire à lui avec une urgence désespérée. Ses mains glissent sous ma tunique de soie, cherchant la chaleur de ma peau. Il commence à me déshabiller avec une dévotion lente. Dans la pénombre, mon corps semble briller d'un éclat ambré.
— Es-tu fatigué de me suivre sur ces routes de sel ? demande-t-il, sa bouche frôlant mon oreille.
— Jamais, tant que la route mène à toi.
— Jamais, tant que la route mène à toi.
Il m'embrasse, une étreinte profonde qui a le goût du vin de Phénicie. Il descend le long de mon torse, sa langue traçant des lignes de feu. Lorsqu'il me prend en bouche, c'est avec une douceur mélancolique, une communion silencieuse sous le dôme des étoiles arabiques. Je m'agrippe aux tapis, le souffle court, sentant mon être se liquéfier sous sa tendresse.
Il se relève, son sexe puissant venant se presser contre mes hanches. Il me fait basculer sur les soies de Palmyre, me pénétrant d'une poussée souveraine. Ce n'est plus la fureur de Rome ; c'est une union métaphysique entre un homme qui craint l'avenir et un homme qui est devenu son destin. À chaque mouvement, profond et cadencé, je sens son cœur battre avec une force sauvage.
— Reste avec moi... toujours... murmure-t-il entre deux poussées.
— Je suis à toi, Hadrien. Pour cette vie et pour les autres.
— Je suis à toi, Hadrien. Pour cette vie et pour les autres.
La jouissance nous submerge ensemble, un cri étouffé par les plis de la tente, un abandon total au milieu du néant des sables. Nous restons longtemps enlacés, écoutant le silence infini. Je sens sa main trembler légèrement dans mes cheveux. Il est l'Empereur, mais ici, il n'est qu'un homme cherchant à retarder l'hiver.
À la fin de l'automne, nous levons le camp pour Gaza. L'Égypte nous attend, avec son fleuve millénaire.
— Prêt pour le Nil ? me demande-t-il en montant en selle.
— Partout où tu iras, mon Empereur.
— Partout où tu iras, mon Empereur.
Décembre 129. Le froid de l'hiver n'est ici qu'une morsure sèche, un vent qui siffle entre les colonnades de Gaza. La cité a été métamorphosée par la volonté d'Hadrien en un phare de l'hellénisme face au désert. Nous y célébrons les Jeux Panhelléniques. L'empereur inaugure le temple colossal dédié à Zeus, mais au milieu de la foule en liesse, je sens que les regards ne se fixent plus seulement sur la couronne de laurier du maître du monde. Ils se posent sur moi.
Lors des compétitions de lutte, de course et de poésie, je siège à sa droite. Pour les cités d'Orient, je suis désormais traité comme un prince héritier, un héritier sans titre mais dont la puissance réside dans le murmure de l'Empereur. C'est l'apogée de ma reconnaissance sociale, le sommet de ma gloire de chair. Pourtant, au milieu des acclamations, un froid étrange s'insinue dans mes veines.
— Regarde-les, Antinoüs, me glisse Hadrien alors qu'un athlète s'incline devant nous. Ils t'adorent déjà comme un dieu. Ils voient en toi la jeunesse éternelle de la Grèce.
— Ils voient ce que tu as créé, Hadrien, répondis-je avec un sourire qui me semble soudain pesant. Je ne suis que le miroir de ton désir.
— Un miroir qui commence à briller de sa propre lumière, murmure-t-il en serrant ma main sous les plis de son manteau.
— Ils voient ce que tu as créé, Hadrien, répondis-je avec un sourire qui me semble soudain pesant. Je ne suis que le miroir de ton désir.
— Un miroir qui commence à briller de sa propre lumière, murmure-t-il en serrant ma main sous les plis de son manteau.
En janvier 130, nous franchissons le seuil de l'Égypte par la route de Péluse. Le paysage devient un désert de nacre, bordé par les eaux grises de la Méditerranée. C'est là que l'ombre commence à s'épaissir. Hadrien, dont la passion pour l'histoire ne s'éteint jamais, découvre le tombeau du grand Pompée, le rival de César. Le monument n'est qu'un tas de pierres en ruines, dévoré par le sel et l'oubli.
Le choc est violent pour mon Empereur. Il ordonne immédiatement sa reconstruction avec un luxe inouï, faisant venir les marbres les plus fins.
— Voilà ce qu'il reste de la grandeur, me dit-il un soir, alors que nous marchons seuls près du site funéraire. Un tas de sable si personne ne veille sur la mémoire.
— La postérité est un combat, n'est-ce pas ? demandai-je en observant le travail des ouvriers sous la lune.
— C'est le seul combat qui compte, Antinoüs. Mourir est inévitable. Être oublié est la véritable fin. Promets-moi... promets-moi que nous ne serons jamais ce tas de pierres.
— La postérité est un combat, n'est-ce pas ? demandai-je en observant le travail des ouvriers sous la lune.
— C'est le seul combat qui compte, Antinoüs. Mourir est inévitable. Être oublié est la véritable fin. Promets-moi... promets-moi que nous ne serons jamais ce tas de pierres.
Sa voix tremble d'une angoisse nouvelle. Je sens que ce tombeau réveille en lui la conscience de sa propre fin, et peut-être, de la mienne. Nous parlons de la mémoire des grands hommes, du recueillement nécessaire face au néant. Ce sont des dialogues de cendres qui préfigurent un avenir dont je commence à deviner les contours.
En février, nous atteignons enfin Héliopolis, la cité du Soleil. C'est un dépaysement total, une immersion dans une religion beaucoup plus ancienne et mystérieuse que celle de l'Olympe. Ici, les colonnes sont des lotus de pierre et les murs parlent une langue de signes cryptiques : les hiéroglyphes.
Hadrien passe des heures à interroger les prêtres égyptiens sur les cycles de la vie, sur la crue du Nil et sur le voyage de l'âme dans l'au-delà. Je l'écoute, fasciné et terrifié par cette esthétique de la mort et de la renaissance.
— Les Grecs célèbrent la vie, Antinoüs, m'explique-t-il un soir sous la tente. Mais les Égyptiens, eux, préparent l'éternité. Pour eux, le fleuve est un dieu qui donne et qui reprend.
— Est-ce pour cela qu'ils construisent si grand ? Pour écraser le temps ?
— Peut-être. Pour que l'âme, dans son voyage, retrouve un palais à sa mesure.
— Est-ce pour cela qu'ils construisent si grand ? Pour écraser le temps ?
— Peut-être. Pour que l'âme, dans son voyage, retrouve un palais à sa mesure.
Je commence à devenir plus silencieux, plus mélancolique. Le poids de ces temples millénaires m'oppresse. Je me sens comme une fleur de passage dans un jardin de granit.
L'hiver dans le désert oriental est glacial une fois le soleil couché. Nous vivons un « nomadisme de prestige », sous des tentes impériales richement décorées de soies et de tapis persans. C'est là, dans l'intimité du bivouac, que notre lien devient plus spirituel que jamais.
Hadrien est dévoré par le stress. Les nouvelles de Judée sont mauvaises : la révolte de Bar Kokhba gronde, les messagers apportent des rapports de massacres et de tensions. Sa paranoïa, celle qui a jadis ensanglanté le début de son règne, commence à refaire surface. Je suis son seul refuge.
— Ils complotent tous, Antinoüs, siffle-t-il en jetant un rapport au feu. À Rome, au Sénat, même ici... Seul ton visage est vrai.
Je m'approche de lui et pose mes mains sur ses tempes, tentant de lisser les rides de son front : — Je suis là, Hadrien. Le monde peut s'effondrer, la tente est notre Empire.
Il m'attire à lui avec une force qui ressemble à celle d'un noyé s'accrochant à une épave. Il me déshabille avec une urgence qui n'est plus seulement du désir, mais un besoin vital de se rassurer. Dans la pénombre de la tente, alors que le vent de sable fouette la toile, il me parcourt avec une ferveur désespérée.
Ses baisers sont fiévreux, ses mains cherchent chaque recoin de ma peau comme pour s'assurer que je ne suis pas un mirage d'Égypte. Il s'agenouille devant moi, sa tête reposant longuement sur mon ventre.
— Ne me quitte jamais, murmure-t-il. Sans toi, je redeviens le loup qu'ils craignent tous.
— Je ne bougerai pas, mon Empereur.
— Je ne bougerai pas, mon Empereur.
Il me prend en bouche avec une dévotion qui me fait frissonner. Ce n'est plus un jeu, c'est une prière. Je sens son amour et sa peur se mêler dans chaque caresse. Lorsqu'il me fait basculer sur les peaux de bêtes pour me posséder, l'étreinte est sombre, profonde. Il entre en moi avec une lenteur de sacrifice. À chaque poussée, je sens son cœur battre contre mon dos, un rythme irrégulier, hanté par la maladie et les soucis de l'État.
Je bouge sous lui, tentant de lui offrir tout le calme de ma jeunesse. La jouissance arrive dans un silence de mort, un spasme qui nous laisse pantelants, soudés l'un à l'autre alors que les sentinelles crient au loin dans la nuit noire. Plus que jamais, je sens que mon corps est devenu son talisman, la rançon qu'il paie au destin pour garder son trône et sa raison.
À la fin de l'hiver, nous rejoignons Alexandrie pour préparer le voyage sur le Nil. La cité est une ruche. On construit et on décore une flottille de navires d'apparat. Hadrien veut que ce voyage soit une procession religieuse et artistique sans précédent.
Je passe mes journées sur les quais, regardant les peintres orner les proues de scènes d'Osiris et d'Isis. Je suis devenu plus taciturne. Le pressentiment que j'ai ressenti à Gaza a grandi. Est-ce l'influence de cette terre tournée vers l'au-delà ? Ou la vue d'Hadrien, dont la santé décline et dont le souffle est de plus en plus court ?
Une nuit, sur le pont du navire amiral encore à l'ancre, il me rejoint.
— Tout est prêt, Antinoüs. Nous allons remonter le fleuve jusqu'aux sources de la vie.
— Ou jusqu'aux portes du royaume d'Osiris, répondis-je sans réfléchir.
— Ou jusqu'aux portes du royaume d'Osiris, répondis-je sans réfléchir.
Il me regarde avec une tristesse infinie dans les yeux :
— Pourquoi dis-tu cela ?
— Parce que l'Égypte me parle d'éternité, Hadrien. Et l'éternité ne s'obtient qu'au prix du temps.
— Parce que l'Égypte me parle d'éternité, Hadrien. Et l'éternité ne s'obtient qu'au prix du temps.
Il ne répond pas. Il serre simplement mon épaule. La flottille est prête. Le Nil nous attend, avec ses eaux brunes et ses secrets enfouis. Je sais, au plus profond de moi, que ce voyage sera le dernier, et que le jeune homme qui est monté à bord à Alexandrie ne sera plus le même lorsqu'il faudra redescendre le courant.
Fin du chapitre 6.
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