Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Portes ouvertes — Chapitre 23 · Une inquiétante invitée
Auteur
Portes ouvertes
Chapitre 23 · Une inquiétante invitée
Nous quittâmes la maison. Marc conduisait sur les routes de la Creuse. La lumière du matin restait pâle. Les champs défilaient, bordés de haies, puis venaient des bois plus sombres. Un virage suivait l’autre.
Je regardais dehors. La robe glissait sur mes cuisses au gré des mouvements du véhicule. Même assise, je restais consciente de la hauteur de mes talons. Le plug se rappelait discrètement à moi lorsque la route tressautait.
Marc parla après quelques kilomètres, d’un ton tranquille.
— Nous aurons une invitée de marque ce soir, Lotus. Mon épouse.
Je tournai la tête vers lui.
Pendant un instant, je crus avoir mal compris. Puis les mots prirent leur sens, un à un. Une invitée de marque. Mon épouse.
Je ne répondis pas. Une gêne sourde venait de s’installer en moi, sans que je parvienne encore à lui donner un nom. Je savais que Marc avait une épouse. Je n’avais simplement pas envisagé ce que signifierait sa présence, ici, dans cette maison où je commençais à trouver ma place auprès de lui.
Marc poursuivit, toujours attentif à la route.
— Mon épouse, Laetitia. Maintenant que tu es officiellement ma soumise, je tiens à vous présenter l’une à l’autre.
Je baissai les yeux. Le mot officiellement aurait dû me rappeler la place que Marc venait de me reconnaître. Au lieu de cela, il soulignait soudain l’existence d’une autre place, plus ancienne, dont je ne connaissais ni les contours ni les règles.
J’aimais Marc. Cette évidence ne m’avait jamais paru aussi difficile à regarder en face. J’étais sa soumise, et cet engagement avait désormais une réalité concrète, inscrite dans nos gestes, nos échanges et les règles qu’il m’avait données. Mais j’étais aussi une femme attachée à lui, davantage que je ne l’aurais peut-être admis quelques semaines plus tôt.
Que serais-je, ce soir, en présence de son épouse ? Une soumise qu’il souhaitait lui présenter ? Une femme dont elle devrait accepter l’existence ? Ou simplement quelqu’un qui, malgré la place que Marc lui avait accordée, découvrirait soudain les limites de cette place ?
Je n’avais pas de réponse. Je ne savais même pas laquelle de ces questions me faisait le plus peur.
— Je comprends, Maître Cérès, répondis-je enfin.
Mais je n’étais pas certaine de comprendre autre chose que les faits. Laetitia viendrait ce soir. Elle était son épouse. Et Marc souhaitait que nous nous rencontrions.
Il ne chercha pas à combler le silence immédiatement. Il me laissa quelques secondes, puis reprit d’une voix posée :
— Tu n’as pas besoin de prévoir toute la soirée à l’avance, Lotus. Ni de décider maintenant ce que tu dois ressentir. Nous ferons les choses simplement. Et si cette rencontre te trouble, tu pourras m’en parler.
Je relevai les yeux vers lui. Il ne me promettait rien qui aurait pu dissiper toutes mes interrogations. Il ne cherchait pas non plus à les réduire à une inquiétude sans importance. Il me rappelait seulement que je n’aurais pas à faire semblant.
— D’accord, Maître Cérès.
Je me sentis un peu moins seule avec ce trouble, sans être pour autant rassurée sur le fond. Une partie de moi voulait croire que la place qu’il m’avait accordée resterait intacte. Une autre redoutait de découvrir que je lui avais donné une importance que la réalité ne pourrait pas soutenir.
Un village apparut au détour de la route, avec ses maisons de pierre et sa place encore déserte. Puis les dernières habitations s’espacèrent. Bientôt, le parking du supermarché se dessina devant le pare-brise.
— Nous avons pas mal de choses à prendre, reprit Marc. Je te confierai une partie de la liste. Tu t’en occuperas pendant que je prendrai le reste. Nous nous retrouverons à la caisse.
Je regardai le bâtiment. Les courses étaient une tâche simple, concrète, presque rassurante. La soirée, elle, ne l’était pas. Je ne savais pas encore comment ces deux réalités allaient se rejoindre.
Marc gara le SUV et coupa le moteur.
Nous sortîmes. Le supermarché était petit, presque vide à cette heure. À l’entrée, il me tendit une liste.
— Pain, viennoiseries. Chips, olives, saucisson pour l’apéritif. Des carottes, des poireaux, une salade. Prends aussi les ingrédients pour l’accompagnement. Je m’occupe de la viande, du fromage, du dessert et des boissons. Deux bouteilles de vin, de l’eau pétillante et du café. Et de quoi tenir demain matin. Tu prends tout ça. On se retrouve à la caisse.
— Oui, Maître Cérès.
Nous nous séparâmes. Je poussai un chariot entre les rayons et cochais les produits au fur et à mesure. Je m’appliquais à ne rien oublier, mais mes pensées revenaient régulièrement à l’annonce de Marc.
J’aimais Marc. J’étais sa soumise. Ces deux réalités avaient fini par se rejoindre dans mon esprit, sans jamais se confondre tout à fait. Mais je ne savais pas comment elles coexisteraient en présence de son épouse. Quelle image aurait-elle de moi ? Comment devais-je me comporter à table ? Je ne la considérais pas comme une ennemie. Elle était simplement une inconnue dont la présence suffisait à rendre incertaine une place que je commençais à peine à comprendre.
Au rayon boucherie, je ralentis devant la vitrine et consultai ma liste avant de lever les yeux vers le comptoir.
Le boucher m’observait déjà. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, trapu, les avant-bras épais découverts sous les manches de sa veste blanche. Il avait le visage rougeaud, des cheveux grisonnants coupés court et un sourire qui semblait s’être installé avant même que je lui adresse la parole.
Je sentais son regard sur moi depuis que j’étais entrée dans le rayon. Chaque fois que je tournais la tête, il paraissait occupé à autre chose, mais je retrouvais bientôt cette même attention insistante, qui descendait le long de ma robe avant de remonter vers mon visage.
Je finis par lui indiquer le morceau dont j’avais besoin.
— Celui-ci, s’il vous plaît.
Il se pencha vers la vitrine pour attraper la viande, puis releva les yeux vers moi avec un petit sourire en coin.
— Avec une tenue pareille, vous ne devez pas passer inaperçue.
Sa remarque se voulait légère, mais son regard lui donnait une autre nuance. Je sentis mes joues chauffer. Je ne savais pas s’il cherchait simplement à me faire rougir ou s’il se croyait autorisé à une familiarité que je n’avais pas encouragée.
— Je viens seulement faire mes courses, répondis-je, un peu sèchement.
Il emballa la viande sans insister. Je repris mon chariot, encore un peu gênée. Pendant quelques secondes, je me demandai ce qu’il avait pensé de moi, ce que ma tenue lui avait laissé imaginer.
Puis cette préoccupation retomba presque aussitôt.
Le regard d’un inconnu pouvait me mettre mal à l’aise, mais il ne changeait rien à ma vie. Laetitia, en revanche, allait entrer dans celle-ci d’une manière que je ne savais pas encore envisager. C’était cette incertitude qui persistait, bien après que j’eus quitté le rayon boucherie.
Je terminai mes achats et rejoignis Marc à la caisse. Il m’attendait avec son propre chariot.
— Tout est là ?
— Oui, Maître Cérès.
Nous passâmes les articles. Les bips réguliers, les sacs que nous remplissions, les gestes ordinaires de la caissière formaient une suite d’actions simples auxquelles je pouvais me raccrocher. Je m’y appliquai avec plus de soin que nécessaire.
Une fois dehors, Marc chargea les sacs dans le SUV. Je l’aidai, puis pris place à côté de lui.
Les courses étaient terminées. Il ne restait plus qu’à rentrer, et la soirée pouvait commencer à prendre forme.
Les sacs étaient rangés dans le coffre. Marc reprit la route. Le SUV avançait sur les routes de la Creuse, entre les champs et les haies que la lumière du matin n’avait pas encore tout à fait éclaircis. Je regardais le paysage, puis les sacs qui bougeaient légèrement dans le rétroviseur.
Mon esprit revenait à la soirée.
Laetitia. Ce soir.
Marc conduisit quelques minutes en silence, puis parla sans se tourner vers moi.
— Tu es préoccupée, Lotus.
Ce n’était pas une question. Je gardai les yeux fixés sur la route. J’aurais pu répondre que tout allait bien, que je réfléchissais simplement. Mais cette réponse aurait été trop facile, et il m’avait justement dit que je pouvais lui parler.
— Je ne sais pas comment me comporter devant elle, Maître Cérès.
Je marquai une pause.
— Jusqu’ici, j’ai appris à trouver ma place auprès de vous, à comprendre vos attentes, à entrer peu à peu dans ce que nous construisons ensemble. Mais votre épouse… Je ne sais pas ce que je serai à ses yeux, ni comment je devrai me tenir auprès de vous lorsqu’elle sera là. Je ne voudrais pas être de trop, ni empiéter sur une place qui est la sienne. Et je crois que c’est précisément ce qui m’inquiète.
Je cherchai mes mots, sans parvenir à préciser davantage ce qui me troublait. Il y avait quelque chose de plus intime, de moins avouable, que je n’arrivais pas encore à nommer. Je ne savais pas si je redoutais le regard de Laetitia, celui de Marc en sa présence, ou ce que cette rencontre m’obligerait à reconnaître sur mes propres sentiments.
Marc hocha lentement la tête, sans quitter la route des yeux.
— Ce n’est pas un examen, Lotus. Tu n’as pas à prouver que tu mérites ta place.
Il laissa passer quelques secondes avant de poursuivre.
— La présence de Laetitia changera forcément la dynamique de la soirée. Je ne vais pas prétendre le contraire. Mais tu n’as pas à décider dès maintenant comment tu devras te comporter, ni à prévoir ce qu’elle pensera de toi. Nous verrons les choses telles qu’elles se présenteront.
Je l’écoutais. Il ne cherchait pas à me convaincre que tout serait simple. Il ne me promettait pas non plus que rien ne changerait. Cette absence de promesse aurait pu m’inquiéter davantage ; pourtant, sa franchise me donnait un point d’appui.
— Et si je me sens mal à l’aise ?
— Tu me le diras. Tu peux être ma soumise sans devoir nier ce que tu ressens. Les deux ne sont pas incompatibles.
Je tournai enfin la tête vers lui. Il conduisait avec la même attention que d’habitude, les mains posées sur le volant, le regard sur la route. Rien dans son attitude ne suggérait qu’il regrettait ma question ou qu’il la jugeait déplacée.
Je ne me sentais pas soudain prête à rencontrer Laetitia. Les interrogations étaient toujours là, et je savais que ses paroles ne suffiraient pas à les faire disparaître. Mais Marc venait de me rappeler que je pouvais les lui confier sans perdre la place qu’il m’avait accordée.
Le SUV approchait de la maison. À travers les arbres, le lac réapparut, gris sous le ciel couvert. Je pensai aux sacs dans le coffre, au dîner qu’il faudrait préparer, à cette femme qui franchirait bientôt le seuil.
Je n’étais pas sereine. Je n’étais plus tout à fait seule avec mon inquiétude non plus.
Le silence dura quelques instants. Je regardais la route, mais je n’en suivais plus vraiment le tracé. Les paroles de Marc m’avaient apaisée sans dissiper toutes mes interrogations. Il me restait une question, plus personnelle que les autres, que j’hésitais à formuler.
— Maître Cérès… quelle est votre relation avec Laetitia, aujourd’hui ?
Marc garda les yeux sur la route.
— Laetitia compte beaucoup pour moi, Lotus. Elle m’a apporté énormément au fil des années. Nous avons partagé une longue histoire, et cela ne disparaît pas simplement parce que les sentiments amoureux ont changé.
Il marqua une courte pause, comme s’il cherchait la formulation la plus juste.
— Je ne suis plus amoureux d’elle. Il n’y a plus entre nous cette relation sentimentale que l’on associe habituellement à un couple. Mais il reste un attachement profond, une complicité, une connaissance mutuelle que le temps a construite. Et notre relation conserve une dimension sexuelle.
Je l’écoutais attentivement. Il ne cherchait ni à embellir leur histoire ni à en diminuer l’importance. Laetitia n’était pas une femme qu’il avait simplement cessé d’aimer, puis laissée derrière lui. Elle occupait toujours une place dans sa vie, même si cette place avait changé.
Je sentis une question plus délicate se former. J’hésitai encore, consciente de ce qu’elle pouvait révéler de mes propres préoccupations.
— Et… est-ce que vous envisagez que nous ayons des relations sexuelles tous les trois ?
Marc ne parut ni surpris ni gêné par ma question.
— C’est plus que probable. Mais ce n’est ni une obligation ni une décision déjà prise.
Il laissa passer quelques secondes avant de poursuivre.
— Laetitia est une dominante lesbienne, expérimentée. Elle pourrait t’apporter beaucoup dans ton apprentissage, d’une manière différente de ce que je peux t’apporter moi-même. J’aimerais que tu fasses une séance avec elle.
Je baissai les yeux. L’idée me troublait davantage que je ne l’aurais cru. Une part de moi était curieuse. Être guidée par une autre dominante, découvrir une autre façon d’aborder la soumission, apprendre auprès d’une femme expérimentée… Tout cela éveillait un intérêt que je ne pouvais pas nier.
Mais cette curiosité se mêlait à une appréhension moins facile à reconnaître. Laetitia connaissait Marc depuis longtemps. Elle avait partagé avec lui une histoire dont je ne connaissais presque rien. Elle possédait son propre rapport à la domination, ses propres exigences, une autorité qui ne serait pas celle à laquelle je commençais à m’habituer.
Je ne savais pas ce que Marc attendait de cette expérience, ni ce que j’en attendrais moi-même.
— Je serai présent, reprit-il. Et je veux que tu comprennes une chose : tu n’es pas tenue d’accepter. Tu peux poser tes limites, demander du temps ou refuser. Je souhaite cette séance, mais ce souhait ne constitue pas un ordre.
Je relevai les yeux vers lui. Sa réponse était claire. Il ne me demandait pas de lui prouver quoi que ce soit, et il ne semblait pas attendre une réponse immédiate.
— Je… je ne sais pas, Maître Cérès.
— Tu as le temps, Lotus.
Il n’ajouta rien. Il me laissait réfléchir, sans chercher à orienter ma réponse par une insistance ou une promesse.
Le SUV approchait de la maison. Entre les arbres, le lac apparut, gris sous la lumière du matin.
Je savais désormais que la soirée pourrait avoir des implications bien plus importantes qu’un simple dîner. Laetitia n’était pas encore arrivée, et je ne savais toujours pas ce que je déciderais au sujet de cette séance. La curiosité demeurait, mais elle ne suffisait pas à dissiper mon appréhension.
Je regardai la maison se rapprocher. Pour la première fois depuis l’annonce de Marc, je compris que je n’avais pas seulement peur de rencontrer son épouse. Je redoutais aussi ce que cette rencontre pourrait m’apprendre sur moi-même.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()