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Orientation principale dans ce chapitre
Sur les traces de Jack le Tringleur — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sur les traces de Jack le Tringleur
Chapitre 6
C'est pas vraiment un freestyle
Mais si ça fait mal c'est normal, c'est pas malsain
Et puis qu'est-ce qu'il y aurait d'bizarre à téma l'sang
Couler d'tes yeux quand j'rime puisque c'est mon taf'
Paraît qu'j'ai l'démon quand j'trime.
Demande à mon staff y paraît
Qu'j'suis relou, limite chelou,
Moitié fonce-dé au mieux au pire complètement
Te d'mandes pas c'que j'ai dans l'sang
Ni pourquoi j'ai l'seum depuis tant d'temps
Pourquoi j'ai l'mord depuis qu'j'suis tout p'tit
D'mande à mon père il t'le dira j'suis borné
J'ai plus confiance en moi qu'en personne
Pas encore né que j'faisais déjà du mal à ma mère,
Un fils mort né
Sans une césarienne direct sorti écorché vif
J'suis pas l'plus casse-cou, mais l'plus casse couille
Celui qui chine tout le temps partout
J'passe pour l'pire briseur d'ambiance
J'm'en fous de c'que t'en penses
J'suis pas l'genre de mec qu'encense
Les gens, j'suis pas tendance
Car plus j'avance et plus j'sais qui m'suis
Plus les pages de ma vie s'tournent et plus j'sais qui j'suis
J'connais l'nom des traîtres et celui d'ceux qui m'sucent
Comme j'sais qu'tous tes sourires c'est juste un ce-vi d'plus
Fais pas genre, t'es grillé,
J'ai juste à sortir un billet et j'vois ton oeil briller
J'colle avec personne, ça m'évite de trier
Le vrai du faux, j'connais mes potes,
Même mieux qu'à l'époque
Me dis pas qu'j'ai du pot
J'me préserve, c'est tout
J'me dis jamais qu'j'sais tout
Conscient qu'c'est toujours comme ça qu'les passions s'étouffent
Faut pas qu'j'm'essoufle, que j'compte mes sous
Qu'la vie m'déçoive avant qu'j'désaoule
Mais si ça fait mal c'est normal, c'est pas malsain
Et puis qu'est-ce qu'il y aurait d'bizarre à téma l'sang
Couler d'tes yeux quand j'rime puisque c'est mon taf'
Paraît qu'j'ai l'démon quand j'trime.
Demande à mon staff y paraît
Qu'j'suis relou, limite chelou,
Moitié fonce-dé au mieux au pire complètement
Te d'mandes pas c'que j'ai dans l'sang
Ni pourquoi j'ai l'seum depuis tant d'temps
Pourquoi j'ai l'mord depuis qu'j'suis tout p'tit
D'mande à mon père il t'le dira j'suis borné
J'ai plus confiance en moi qu'en personne
Pas encore né que j'faisais déjà du mal à ma mère,
Un fils mort né
Sans une césarienne direct sorti écorché vif
J'suis pas l'plus casse-cou, mais l'plus casse couille
Celui qui chine tout le temps partout
J'passe pour l'pire briseur d'ambiance
J'm'en fous de c'que t'en penses
J'suis pas l'genre de mec qu'encense
Les gens, j'suis pas tendance
Car plus j'avance et plus j'sais qui m'suis
Plus les pages de ma vie s'tournent et plus j'sais qui j'suis
J'connais l'nom des traîtres et celui d'ceux qui m'sucent
Comme j'sais qu'tous tes sourires c'est juste un ce-vi d'plus
Fais pas genre, t'es grillé,
J'ai juste à sortir un billet et j'vois ton oeil briller
J'colle avec personne, ça m'évite de trier
Le vrai du faux, j'connais mes potes,
Même mieux qu'à l'époque
Me dis pas qu'j'ai du pot
J'me préserve, c'est tout
J'me dis jamais qu'j'sais tout
Conscient qu'c'est toujours comme ça qu'les passions s'étouffent
Faut pas qu'j'm'essoufle, que j'compte mes sous
Qu'la vie m'déçoive avant qu'j'désaoule
Kool Shen, Qui suis-je ?
Jérémie
Jérémie se lève le lendemain, il est dix heures. Devant son petit déjeuner, il relit le message de JLT puis lit le second message privé qu'il a reçu et pas encore lu. Il provient d'une certaine Mary Ann et celle ci semble avoir la même obsession que lui. Le pseudo de la dame l'amuse car c'est aussi le prénom que portait la pauvre première victime de "Jack l'éventreur". Il y voit une drôle de coïncidence, cette dame semble être pleine d'esprit et d'humour mais surtout n'a pas froid aux yeux, bien au contraire. Il lui répond :
Vers treize heures, il rejoint Claire place de Forum. Ils mangent ensemble en terrasse, il fait beau et chaud. La robe de la jeune femme est courte, Jérémie lui raconte ses aventures de la veille dans le détail, puis il lui fait lire le message du Tringleur et par la même occasion celui de cette Mary Ann.
Claire est troublée par ces informations, elle comprend aussi que la rencontre avec Karim a retourné son ami. D'ailleurs cette histoire lui met le feu aussi, s'imaginer deux hommes qui baisent ensemble ne la laisse pas insensible.
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Julie
A la lecture de la réponse, Julie se transforme. Elle veut en savoir plus, qui est ce salaud ?
Les minutes se succèdent et elle continue d'échanger avec Jérémie. Celui-ci lui donne pas mal d'informations mais refuse de lui donner le contact de Jack.
Il lui a transféré par mail les captures d'écran des messages de Jack, ça la rend folle. Elle navigue dans ses playlists Spotify puis trouve son morceau préféré : Feel good inc de Gorillaz et De La soul. Elle s'allonge sur son lit et met en route son morceau coup de cœur.
Elle est nue et commence ses caresses, la ligne de basse omniprésente accompagnée par cette batterie si minimaliste mais si essentielle l'électrise.
Le contraste entre la douce voix mélodieuse de Damon Albarn et le hip-hop énergique des rappeurs de long island, lui rappele la dualité de sa personnalité et celle qu'elle analyse chez cette obsession qu'est devenu le Tringleur.
Ses caresses se font de plus en plus appuyées, elle se veut de plus en plus vicieuse et lubrique. Elle sort de sa table de chevet un godemiché énorme, puis après s'être positionnée les fesses en l'air et la tête dans l'oreiller. Elle s'enfile son jouet avec délicatesse d'abord puis se déchaîne ensuite.
Sa séance d'onanisme va durer un bon quart d'heure, et quelques autres morceaux de Gorillaz défilent pendant ce temps.
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Jack le Tringleur
Après sa séance de voyeurisme avec Samira, Jack rentre chez lui dans son petit studio. Il prend une petite douche, s'habille puis regarde l'heure, il est quatre heures du matin. Il ne va pas tarder à redécoller, mais avant il se pose et se fait un café.
Ses mains tremblent légèrement, il prend un cachet et mange un bout de pain avec du beurre. Il sort de son studio, le soleil a fait son apparition. Il se dirige vers son garage et monte dans sa vieille Mercedes.
Il traverse les rues rémoise et met la radio, il entend "Leaving in a Ghost Town" des Stones. Il sourit et se dit que cette chanson est parfaitement adaptée à sa vie. Lui qui passe ses nuits à errer dans une ville deserte ou presque.
Il sort de la cité des sacres puis s'engage sur des petites routes de campagne., il roule une petite demi-heure.
Puis il arrive dans un petit village et vient se garer dans une cour à côté d'un corps de ferme. Il descend de sa voiture et entre à l'intérieur de la maison, il est six heures. Il ne fait pas de bruit, puis il entre dans la cuisine. Il prépare deux tasses puis un bol, il sort des placards quelques gâteaux et des céréales.
C'est à ce moment qu'entre une jeune femme dans la cuisine, elle est accompagnée d'un garçon d'une dizaine d'années. Elle vient embrasser tendrement Jack, le petit lui donne un baiser sur la joue et lui demande :
_ Ça va papa ?
La dame à ses côtés ajoute :
_ Ça s'est bien passé mon cœur au boulot cette nuit ?
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Jérémie
Après le repas, les deux amis se retrouvent chez la jeune femme. Ils reprennent contact avec Julie. Les messages s'échangent.
Lassée d'attendre les réponses, elle finit par donner son numéro pour pouvoir échanger de vive voix. La discussion est très sympathique, mais les deux compères sont surpris par la fascination de cette Julie.
Claire légèrement inquiète, dit à Jérémie :
_ Tu devrais te méfier d'elle ! Elle est bizarre !
Quelques heures plus tard, Julie rappelle Jérémie. Puis elle lui lâche :
_ Je serais à Reims mercredi soir pour plusieurs jours !
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Jack le Tringleur
Après quelques heures de sommeil, Jack se lève, en fin de matinée.
La fatigue est toujours présente mais il se fait à manger. Puis il réalise quelques travaux dans la pièce à vivre. Sa compagne a voulu changer le papier peint et il exécute.
Son sourire est large quand il pense à l'amour qu'il porte à cette femme et à son fils. Il est presque seize heures, lorsqu'il sent ses tremblements ressurgir.
Ses mains dansent maladroitement sur la table de tapisserie. Il reprend un cachet, il est bientôt l'heure d'aller chercher son fils à l'école. Il ne veut pas qu'il voit ses tremblements. Surtout pas !
Devant l'école, Jack attend avec une viennoiserie, lorsque son garçon le rejoint, il lui offre son pain au chocolat. Puis après l'avoir embrassé, il lui porte son cartable.
En rentrant de l'école, il aide son fils à faire ses quelques devoirs de français. Certaines règles basiques lui échappent, évidemment il met cet oubli sur le dos du mal qui ronge son cerveau.
Puis c'est au tour de sa jolie femme de rentrer. Malgré sa journée de labeur, elle reste fraîche et souriante comme lorsqu'il l'a rencontrée, il y a plusieurs années.
Il sait qu'il va devoir bientôt les abandonner. Il ne donnera aucune explication.
La maladie gagne du terrain, et rien ne peut l'arrêter.
Il est pour lui hors de question de se montrer si amoindri devant eux.
Aujourd'hui il arrive à donner le change, et se met en condition pour être en forme au moins le jour.
Ses nuits ils les passe le plus souvent enfermé dans son studio rémois. Les douleurs et les tremblements sont de plus en difficiles à supporter. Certains souvenirs disparaissent de son logiciel.
Quand il est en forme il écume les rues à la recherche du frisson que lui ont toujours donné ses parties de sexe débridées.
Jamais il n'a dit à sa femme qu'il n'avait plus de travail, qu'il ne pouvait plus bosser.
Elle croit toujours qu'il est responsable d'une équipe industrielle de nuit.
Pierrot passe tous les soirs le voir, pour s'assurer que tout va bien. C'est comme son grand frère, et il sera toujours là pour lui.
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Julie
Mercredi, il est midi, Julie quitte son boulot. Elle fonce direction la gare Part dieu de Lyon, son train en direction de Reims part à 12h45. Elle sera gare de Reims vers 16h.
Elle ne tient plus en place, pendant le voyage elle tente de s'accorder une petite sieste.
Mais rien n'y fait, elle relit les captures d'écran de Jack, elle ouvre le Google maps de Reims. Puis écoute de la musique, Maroon 5, Bruno Mars et bien sur Gorillaz.
Il est 16h15 la voilà sur la fameuse place d'Erlon.
L'endroit emblématique de la cité champenoise, elle découvre l'ange au dessus de la fontaine Subé et les fameuses galeries qui creusent à l'intérieur des bâtiments d'art déco.
Elle s'attendait à une ville grise. Au contraire, la place d'Erlon déborde de monde. Les terrasses sont pleines. Impossible d'imaginer qu'un homme comme Jack puisse disparaître chaque nuit dans cette foule.
Elle a rendez-vous à 17h avec Claire et Jérémie.
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Jack le Tringleur
Au même moment, Jack commence à préparer quelques affaires pour dérouler sa nuit.
Il se sent plutôt bien depuis son retour ce matin, le plus dur semble derrière lui mais il sait que ça reviendra vite.
Ces deux dernières nuits, il n'a pas bougé d'un pouce. Il est resté allongé dans son studio.
Il ne se sentait vraiment pas bien, il était exténué. Ses tremblements ne faiblissaient pas, sa femme a d'ailleurs remarqué qu'il n'était pas comme d'habitude.
Il le sait, il faut qu'il prépare sa lettre pour tout lui dire, tout lui expliquer.
Il le ressent, la fin est proche.
Son neurologue l'a déjà prévenu, la descente sera terrible et absolument irréversible.
Puis il y a cette phrase qui lui tourne dans la tête :
_ A partir de maintenant, chaque journée de plus sera une victoire !
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Julie / Jérémie
Il est 17h05 Julie rejoint la terrasse du gaulois, au milieu de tout le monde. Elle retrouve Claire et Jérémie, elle se présente et s'installe à leurs côtés.
La discussion est au départ parfaitement calme, Claire reste en retrait pendant que Julie et Jérémie débitent. Ils prévoient d'aller faire un tour dans la soirée au bar de Pierrot.
Jérémie ne peut pas y retourner, l'accueil était assez glacial la dernière fois.
Julie et Claire décident qu'elles iront toutes seules, comme des grandes. Lors de cette soirée, Julie enchaîne les questions et les propositions.
Claire se demande quelles sont les réelles motivations de la lyonnaise. Elle semble totalement hors de contrôle limite hystérique. Les verres se multiplient et l'ivresse imprègne le trio.
Julie s'intéresse de près à Claire, sa relation avec le Tringleur la fascine. Alcool aidant, ses questions se font de plus en plus précises.
Claire se lâche un peu plus. Elle est moins méfiante à l'égard de cette drôle de femme. Mais elle reste sur ses gardes.
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Jack le Tringleur
L'homme arrive dans son studio, il est dix neuf heures. Assis sur une chaise, il écrit sa fameuse lettre :
Lettre de Jack
Mon amour,
Si t'es en train de lire cette lettre, c'est que j'ai enfin passé l'arme à gauche. J'aurais préféré te dire tout ça les yeux dans les yeux, mais j'en ai jamais eu les tripes. Ça, c'est ma plus grande lâcheté.
Tu vas sûrement m'en vouloir. Tu vas m'insulter. Me traiter de pauvre con. Et tu sais quoi ? T'auras raison.
Il y a un peu plus de deux ans, les toubibs m'ont annoncé que j'avais tiré le mauvais numéro. Une saloperie qui ne laisse aucune chance. Au début, j'ai voulu y croire. Je me suis dit que j'allais leur montrer qu'ils se plantaient. Puis j'ai compris que la partie était perdue d'avance.
Alors j'ai menti.
À toi.
À notre fils.
Tous les jours.
J'ai fait semblant d'aller bosser. J'ai fait semblant d'être fatigué à cause des nuits. J'ai fait semblant que tout roulait. Je voulais juste que, dans vos souvenirs, je reste le mec que vous avez connu. Pas une carcasse qui tremble, qui oublie les mots et qui finit par ne plus reconnaître ceux qu'il aime.
Peut-être que j'ai eu tort. Sûrement, même.
Mais je ne pouvais pas supporter l'idée de voir la pitié dans tes yeux.
Y a autre chose que je t'ai caché. Un truc bien plus vieux. Bien plus sale.
Avant de te rencontrer, j'ai fait des conneries. Des grosses. J'ai fréquenté des types qu'il aurait mieux valu ne jamais croiser. J'ai braqué. J'ai volé. J'ai cru que j'étais plus malin que les autres. J'en suis pas fier. Pas une seconde.
L'argent que je te laisse, il vient de cette époque-là. J'aurais aimé gagner tout ça honnêtement. La vie en a décidé autrement.
Libre à toi d'en faire ce que tu veux. Le brûler. Le donner. Le garder. Je te demanderai jamais pardon pour cet argent, parce que je sais qu'il sent pas bon.
Par contre, je te demanderai pardon pour le reste.
Pardon de t'avoir privée de la vérité.
Pardon de te t'avoir laissée croire que tout allait bien.
Pardon de te laisser seule pour affronter ce bordel.
Dis à notre fils que son vieux pensait à lui tous les jours. Même quand il faisait semblant d'aller au boulot. Dis-lui que les pains au chocolat en sortant de l'école, c'était mon moment préféré de la journée.
Qu'il devienne un homme meilleur que son père. Ça devrait pas être trop difficile.
Et toi...
Continue de vivre.
Trouve quelqu'un qui te fasse rire comme moi je savais le faire quand j'étais en forme. Laisse personne te faire croire que tu dois porter le deuil toute ta vie. Je te connais, tu culpabiliseras. Alors je te l'interdit.
Sois heureuse.
Pour toi.
Pour lui.
Et un peu pour moi aussi.
Je vous ai aimés plus fort que toutes les conneries que j'ai pu faire dans ma vie.
Ça, au moins, c'était pas du cinéma.
Ton emmerdeur pour l'éternité.
Julien
Si t'es en train de lire cette lettre, c'est que j'ai enfin passé l'arme à gauche. J'aurais préféré te dire tout ça les yeux dans les yeux, mais j'en ai jamais eu les tripes. Ça, c'est ma plus grande lâcheté.
Tu vas sûrement m'en vouloir. Tu vas m'insulter. Me traiter de pauvre con. Et tu sais quoi ? T'auras raison.
Il y a un peu plus de deux ans, les toubibs m'ont annoncé que j'avais tiré le mauvais numéro. Une saloperie qui ne laisse aucune chance. Au début, j'ai voulu y croire. Je me suis dit que j'allais leur montrer qu'ils se plantaient. Puis j'ai compris que la partie était perdue d'avance.
Alors j'ai menti.
À toi.
À notre fils.
Tous les jours.
J'ai fait semblant d'aller bosser. J'ai fait semblant d'être fatigué à cause des nuits. J'ai fait semblant que tout roulait. Je voulais juste que, dans vos souvenirs, je reste le mec que vous avez connu. Pas une carcasse qui tremble, qui oublie les mots et qui finit par ne plus reconnaître ceux qu'il aime.
Peut-être que j'ai eu tort. Sûrement, même.
Mais je ne pouvais pas supporter l'idée de voir la pitié dans tes yeux.
Y a autre chose que je t'ai caché. Un truc bien plus vieux. Bien plus sale.
Avant de te rencontrer, j'ai fait des conneries. Des grosses. J'ai fréquenté des types qu'il aurait mieux valu ne jamais croiser. J'ai braqué. J'ai volé. J'ai cru que j'étais plus malin que les autres. J'en suis pas fier. Pas une seconde.
L'argent que je te laisse, il vient de cette époque-là. J'aurais aimé gagner tout ça honnêtement. La vie en a décidé autrement.
Libre à toi d'en faire ce que tu veux. Le brûler. Le donner. Le garder. Je te demanderai jamais pardon pour cet argent, parce que je sais qu'il sent pas bon.
Par contre, je te demanderai pardon pour le reste.
Pardon de t'avoir privée de la vérité.
Pardon de te t'avoir laissée croire que tout allait bien.
Pardon de te laisser seule pour affronter ce bordel.
Dis à notre fils que son vieux pensait à lui tous les jours. Même quand il faisait semblant d'aller au boulot. Dis-lui que les pains au chocolat en sortant de l'école, c'était mon moment préféré de la journée.
Qu'il devienne un homme meilleur que son père. Ça devrait pas être trop difficile.
Et toi...
Continue de vivre.
Trouve quelqu'un qui te fasse rire comme moi je savais le faire quand j'étais en forme. Laisse personne te faire croire que tu dois porter le deuil toute ta vie. Je te connais, tu culpabiliseras. Alors je te l'interdit.
Sois heureuse.
Pour toi.
Pour lui.
Et un peu pour moi aussi.
Je vous ai aimés plus fort que toutes les conneries que j'ai pu faire dans ma vie.
Ça, au moins, c'était pas du cinéma.
Ton emmerdeur pour l'éternité.
Julien
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Julie
Il est vingt trois heures et la voiture de Jérémie roule sur le boulevard Dieux-Lumiere. Dans la voiture, Julie est étrangement calme.
Claire bouillonne à l'idée de retrouver cet amant qui l'a fait tant jouir. Les voilà qui arrivent à proximité de la rue de Lappes.
Jérémie se gare un peu plus loin, il rappelle aux filles d'être prudentes. Claire lui sourit et lui répond :
_ T'inquiètes ma biche !
Puis c'est au tour de Julie d'enchaîner avec ironie :
_ Oui, t'inquiètes pas bichette, on ne risque pas grand chose au final !
Les deux femmes descendent de voiture et s'approchent du bar en claudiquant légèrement. Elles rient toutes les deux ; elles sont devenues très copines, finalement.
Puis elles entrent à l'intérieur du bistrot. Out of Control des Stones sort des enceintes.
Sur la gauche, une tablée de mauvais garçons joue aux cartes. Face à elles, accoudées au zinc, deux femmes vulgaires ayant dépassé depuis longtemps la cinquantaine. Enfin, derrière le bar, en train de préparer quelques pastis, Pierrot. Il se retourne et dépose les verres sur un plateau. Puis il vient les déposer à la table des joueurs de belote.
Julie reste bloquée quelques instants. Elle fixe le patron. Puis elle se reprend et repart vers le comptoir. Pierrot, qui a jeté un coup d'œil furtif à ses deux nouvelles clientes, revient pour prendre leur commande. Il lève la tête et, alors qu'il s'apprête à leur demander ce qu'elles boivent, croise le regard de Julie, reste bloqué quelques secondes puis, incrédule, demande :
— Julie ?
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