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✦ tounet777 La frontière de verre XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La frontière de verre — Chapitre 1

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La frontière de verre

Chapitre 1

Chapitre 1
Je me réveille ce matin avec la lumière qui glisse sur ma peau comme une caresse froide, presque trop précise. Pas de rideaux, jamais. Ici, tout est conçu pour que le jour entre sans filtre, et le mur qui sépare mon appartement de l'autre côté n'est pas un mur : c'est une paroi de verre blindée, cinq centimètres d'épaisseur, parfaitement transparente, insonorisée au point qu'on pourrait hurler de ce côté sans que l'autre entende même un murmure. Ça fait trois ans que je vis avec ce fantôme de vitre qui me fait face dans chaque pièce. Chambre, salon-cuisine-salle à manger, salle de bain : tout est miroir l'un de l'autre, identique au centimètre près. Un architecte a merdé royalement pendant les travaux, il y a six ans. Au lieu de monter une cloison classique, il a posé cette vitre « haut de gamme » censée être un mur porteur high-tech. Le promoteur a préféré laisser tel quel plutôt que tout démolir. Résultat : personne n'a voulu de l'appartement voisin depuis trois ans.
Trop bizarre, trop exposé. Moi, j'ai tenu bon. J'ai même acheté le mien à prix cassé parce que le risque faisait fuir tout le monde.
Je m'étire lentement dans le lit king-size, les draps noirs froissés autour de mes hanches. Mon corps est encore chaud du sommeil, muscles détendus après la séance de musculation d'hier soir. Trente-deux ans, et je sais l'effet que je fais : brun, cheveux toujours bien coiffés même au réveil, barbe courte et taillée net, yeux bleus qui tranchent. Je suis bien foutu, épaules larges, ventre plat, et je ramène régulièrement des filles ici. Elles adorent le loft au dernier étage de cet immeuble de luxe. Jusqu'à ce qu'elles découvrent le mur de verre. La première fois, elles rient, nerveuses. La deuxième, elles se collent à moi en murmurant que c'est excitant de savoir qu'il n'y a personne en face. La troisième, elles oublient complètement qu'on pourrait nous voir un jour.
Je me lève, nu, et je traverse la chambre sans me presser. Mes pieds nus claquent sur le parquet chauffant. La vitre est là, immense, du sol au plafond, séparant ma chambre de la chambre identique d'à côté. Vide. Sombre. Comme un aquarium éteint. Je passe devant, habitué, et je file vers la salle de bain. La douche italienne est juste contre la paroi de verre. Je tourne le robinet, l'eau chaude cascade sur mes épaules pendant que je savonne mon torse, mes bras, mes cuisses. Je sais que si quelqu'un était en face, il verrait tout : chaque goutte, chaque mouvement de mes mains. Mais depuis trois ans, il n'y a personne. Juste le reflet flou de mon propre appartement quand la lumière baisse le soir.
Je sors de la douche, une serviette autour de la taille, et je vais dans le salon-cuisine ouverte. La grande table en marbre noir est déjà prête de la veille : café en grains, machine italienne qui ronronne quand je l'allume. Je me prépare un expresso serré, le bois debout face à la vitre qui donne sur le salon voisin. Vide. Les mêmes spots encastrés, les mêmes étagères design, le même îlot central. Tout est symétrique, comme si l'appartement d'à côté était mon reflet inversé. Je bois une gorgée, brûlante, et je regarde dehors par les baies qui donnent sur la terrasse. Le ciel est gris ce matin, bas et lourd d'avril. Il est 8 h 20.
Je passe la matinée comme d'habitude. Un peu de sport : pompes, tractions à la barre fixée au mur du salon, juste à côté de la vitre. Je transpire, muscles gonflés, et je m'essuie le front du revers du bras. Vers 9 h 45, je m'installe au comptoir avec mon ordinateur portable pour répondre à quelques mails du boulot – je bosse en freelance dans l'événementiel haut de gamme, contrats avec des marques de luxe. De temps en temps, mon regard dérive vers la paroi de verre. Rien. Toujours rien. Trois ans de silence visuel. J'ai fini par aimer cette solitude à deux faces : je vis ma vie sans filtre, et personne ne me juge de l'autre côté.
Vers 10 h 30, j'entends le claquement lointain de la porte d'entrée de l'immeuble, puis le bruit étouffé de l'ascenseur qui monte. Rien d'anormal. Sauf que, quelques minutes plus tard, la lumière s'allume dans l'appartement voisin. D'un coup. Les spots blancs illuminent le salon vide d'à côté. Mon cœur rate un battement. Je pose ma tasse lentement.
Deux silhouettes entrent dans le champ de la vitre.
Le premier homme est plus âgé, la cinquantaine, costume gris bien coupé, dossier en cuir sous le bras : l'agent immobilier, je le reconnais vaguement, il est déjà venu faire visiter deux ou trois fois ces dernières années. Il parle en gesticulant, pointe la vitre du doigt, fait de grands mouvements comme s'il expliquait une histoire compliquée. L'autre homme… lui, je ne l'ai jamais vu.
Il est grand, presque autant que moi – un mètre quatre-vingt-cinq facile. Blond, cheveux légèrement ondulés, coupés court sur les côtés. Yeux verts, très clairs, qui balayent l'espace avec une curiosité calme. Plutôt mignon, dans le genre qui attire le regard sans forcer : mâchoire carrée, sourire discret qui creuse une fossette légère quand il écoute. Il porte un t-shirt blanc ajusté qui laisse voir ses bras couverts de tatouages : des motifs noirs, géométriques et floraux qui remontent jusqu'aux épaules, un serpent qui s'enroule autour de son avant-bras gauche. Jean brut, baskets blanches. Il a à peu près mon âge. Il écoute l'agent en hochant la tête, tourne lentement sur lui-même pour observer chaque détail.
Ils commencent la visite juste en face de moi, dans le salon.
Je reste immobile derrière mon comptoir, café à la main, et je les regarde sans me cacher. De toute façon, la vitre est là. On se voit comme si on était dans la même pièce, à cinq centimètres près. L'agent pose sa main à plat sur la paroi de verre et continue à parler, en articulant exagérément. Je ne peux rien entendre – l'insonorisation est parfaite –, mais je devine ce qu'il raconte. Je connais l'histoire par cœur.
L'agent fait un geste large vers la vitre, puis vers le plafond, puis vers le sol. Il mime l'épaisseur avec ses doigts. L'autre homme – le futur locataire, j'en suis sûr maintenant – s'approche à son tour. Il passe sa paume sur la surface froide, comme pour en tester la solidité. Il sourit légèrement, intrigué. Puis il se tourne vers l'agent et pose une question, je le vois à sa bouche qui bouge. L'agent répond en pointant de nouveau la paroi, en faisant le signe d'une cloison qui n'a jamais existé.
Ils avancent ensemble vers la chambre. Je les suis du regard, pivotant sur mon tabouret. La chambre d'à côté s'allume. Le lit n'y est pas encore, juste le sommier nu et la tête de lit encastrée. Ils s'arrêtent exactement en face de mon propre lit. L'agent tape du plat de la main sur la vitre, comme pour montrer qu'elle ne bougera jamais. Le blond s'approche encore, jusqu'à coller presque son visage. Ses yeux verts balayent mon côté, s'arrêtent sur moi. Il me voit. Vraiment.
Il lève la main lentement et me fait un signe : un petit salut discret, paume ouverte, comme pour dire « bonjour, voisin ». Ses lèvres bougent, il articule quelque chose que je ne peux pas entendre.
Je repose ma tasse. Mon cœur tape plus fort, mais je ne bouge pas tout de suite. Trois ans de vide, et d'un coup, quelqu'un est là, à quelques centimètres, dans mon intimité visuelle. Je me lève, contourne le comptoir et m'avance jusqu'à la vitre, juste en face de lui. On se regarde droit dans les yeux. Il est plus proche que n'importe quelle fille que j'ai ramenée ici. Ses tatouages sont nets, les lignes noires contrastent avec sa peau claire. Ses yeux verts sont calmes, curieux, presque amusés.
Je lève la main à mon tour et lui réponds du même geste : paume ouverte, un salut lent, presque solennel. Pas de sourire forcé. Juste un signe de reconnaissance. On reste comme ça deux secondes, séparés par cette putain de vitre qui ne laissera jamais passer un son, ni une odeur, ni la chaleur d'un corps.
L'agent continue son explication derrière lui, en pointant maintenant la salle de bain. Il fait mine de tirer un rideau invisible, puis hausse les épaules comme pour dire « oui, tout est visible, même là ». Le blond se retourne une seconde pour l'écouter, puis son regard revient sur moi. Il incline légèrement la tête, comme s'il posait une question muette : « Tu vis ici depuis longtemps ? »
Je hoche la tête une fois, lentement. Oui. Trois ans. Seul face à ce mur qui n'en est pas un.
Ils repartent vers le salon. Je reste planté là, bras croisés, à les observer pendant qu'ils terminent la visite. L'agent sort un papier de son dossier, le montre au blond, pointe de nouveau la vitre en faisant un geste circulaire qui englobe tout l'appartement. Je devine les mots qu'il ne prononce pas à voix haute pour moi : « Mur de verre blindé, insonorisé, sécurité maximale, mais… vous comprenez… tout le monde voit tout. C'est pour ça que personne n'en a voulu. »
Le blond écoute, passe une main dans ses cheveux blonds, regarde une dernière fois dans ma direction. Il ne sourit plus. Il me fixe, longuement, comme s'il prenait déjà la mesure de ce qui va se passer.
Moi, je reste là, immobile, le cœur qui bat un peu plus vite qu'il ne devrait.
Pour la première fois depuis trois ans, le mur de verre a cessé d'être vide. Et pourtant, en croisant son regard, une sensation étrange me traverse, comme si cette vitre venait de sceller quelque chose d'irréversible, un lien qui n'existerait qu'ici, entre ces murs. Dehors, je le sens confusément sans pouvoir l'expliquer, rien ne serait pareil… mais je chasse cette pensée absurde qui flotte un instant dans l'air.
Une semaine entière s'écoule sans que rien ne bouge de l'autre côté de la vitre. Sept jours où je guette malgré moi, chaque matin en me levant, chaque soir en rentrant, chaque fois que je passe devant la paroi de verre blindée qui transforme mon appartement en un aquarium géant. Cette vitre de cinq centimètres d'épaisseur, parfaitement transparente, insonorisée à en devenir surnaturelle : on pourrait exploser un pétard ici sans qu'un seul décibel traverse. Elle court du sol au plafond dans chaque pièce, chambre, salon-cuisine-salle à manger, salle de bain, comme si les deux lofts n'en formaient qu'un seul, coupé net par une lame de cristal invisible et froide. Je vis ma vie comme avant, nu la plupart du temps, café à la main, sport, douches interminables, filles ramenées un soir et parties au matin, mais maintenant il y a ce vide qui n'est plus tout à fait vide.
Je sens son poids, cette présence potentielle qui flotte à cinq centimètres de ma peau quand je me rase, quand je cuisine, quand je m'allonge sur le lit. Je me surprends à ralentir mes gestes, à tourner la tête plus souvent, à scruter les ombres de l'autre côté comme si quelque chose allait apparaître d'un instant à l'autre. Rien. Juste le reflet flou de mes propres lumières quand la nuit tombe. Pourtant, au fond de moi, une curiosité étrange grandit, presque gênante, comme si cette vitre avait déjà commencé à tisser un fil invisible entre moi et l'inconnu qui viendra peut-être un jour.
Le samedi matin, vers 9 heures, je suis debout dans le salon, nu comme d'habitude, une tasse de café brûlant à la main. Je regarde par la baie vitrée qui donne sur la terrasse, le ciel gris clair d'avril qui s'étire paresseusement. La lumière est douce, presque intime. Je bois lentement, laissant la chaleur descendre dans ma gorge, mon corps encore marqué par la nuit courte. Mes yeux se perdent un instant sur les toits, puis reviennent machinalement vers la paroi de verre qui sépare mon salon du sien. Vide. Toujours vide.
Et soudain, les lumières s'allument de l'autre côté. D'un coup, net, froid, précis. Les spots encastrés au plafond s'illuminent un à un, baignant le salon d'à côté dans une clarté blanche et crue. Mon cœur fait un petit bond. Je reste immobile, tasse suspendue à mi-chemin de mes lèvres.
La porte de l'appartement voisin s'ouvre. Il entre.
C'est lui, l'homme que j'ai vu avec l'agent immobilier il y a une semaine. Il porte un carton sous chaque bras. Il pose les cartons sur le sol du salon, se redresse, et son regard balaie l'espace avant de se poser directement sur moi.
Il me voit. Nu. Entièrement. Son regard descend lentement, sans gêne apparente, et s'arrête au niveau de mon entrejambe. Il reste là deux, trois secondes, les yeux fixés, curieux, presque studieux. Pas de sourire. Juste cette observation tranquille, comme s'il prenait la mesure exacte de ce qu'il a en face. Je sens la chaleur monter à mes joues, mais je ne bouge pas tout de suite. Je le laisse regarder. La vitre est là, froide, impitoyable, elle ne cache rien. Je prends une autre gorgée de café, lentement, exprès, pour lui laisser le temps. Mes yeux à moi ne le lâchent pas non plus. Je détaille ses gestes, la façon dont il se tient, cette présence calme et assurée.
Je pose enfin ma tasse sur le comptoir en marbre noir. Je prends tout mon temps. Je marche nu jusqu'à la chambre, conscient que chaque pas est visible. J'attrape un jogging gris clair dans le tiroir, l'enfile sans hâte, sans sous-vêtement dessous. Le tissu est doux, souple, il tombe bas sur mes hanches. Je reviens dans le salon, m'approche de la vitre jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de lui. Il est toujours là, immobile, un léger sourire maintenant aux lèvres.
Je lève la main, paume ouverte, comme la première fois. Un salut lent, presque solennel. Il répond du même geste. On reste comme ça un instant, séparés par cette barrière de verre qui rend tout si proche et si impossible à la fois.
Puis les déménageurs arrivent. Trois hommes costauds, en bleu de travail, qui commencent à monter les cartons et les meubles par l'ascenseur. Toute la journée, ce n'est qu'un ballet incessant de l'autre côté de la vitre. Je ne quitte presque pas mon poste d'observation. Je m'installe sur le tabouret du comptoir, puis sur le canapé, puis debout près de la paroi, puis dans la chambre quand ils y transportent le lit. Je regarde tout avec une curiosité presque obsessive, suivant chaque aller-retour, chaque carton ouvert, chaque meuble positionné. Je scrute la façon dont il dirige les opérations, dont il pointe du doigt, dont il aide à porter les charges lourdes. Mes yeux reviennent sans cesse sur lui, sur ses mouvements, sur la manière dont son corps réagit à l'effort, dont il s'essuie le front. Il y a quelque chose d'hypnotique dans cette situation : lui qui s'installe à cinq centimètres de moi, et moi qui l'observe comme si on partageait déjà le même espace.
Les allers-retours durent des heures. Les déménageurs montent des cartons de livres, des plantes en pot, une grande télévision, des lampes, des étagères. Ils installent la salle de bain, apportent des serviettes, des produits de toilette. Je les observe depuis mon propre salon, puis depuis ma chambre, puis depuis ma salle de bain quand ils y entrent. À chaque pièce, je change de position pour mieux voir. Mon regard curieux glisse sur lui sans relâche : la façon dont il ouvre un carton, dont il range ses affaires, dont il teste la solidité de la vitre en y posant la paume. Je me demande ce qu'il pense. Je me demande s'il sent mon regard aussi intensément que je sens le sien quand il tourne la tête vers moi et me surprend en train de l'observer. Il ne baisse jamais les yeux. Il me fixe en retour, longuement, avec cette même curiosité calme.
La journée passe ainsi, lente et chargée. Je mange un sandwich debout face à la vitre, je réponds à quelques mails sans vraiment me concentrer, je fais même une série de pompes juste à côté de la paroi pour voir s'il me regarde. Il me regarde. Il s'arrête un instant, un carton dans les bras, et ses yeux suivent le mouvement de mon corps. La tension est là, silencieuse, visuelle, presque animale. La vitre rend tout plus cru, plus réel. On ne s'est encore rien dit, et pourtant on partage déjà chaque geste.
Vers 21 heures, les déménageurs repartent enfin. La porte claque derrière eux. L'appartement d'à côté est maintenant entièrement aménagé. Les lumières sont douces, tamisées. Il est seul. Il se tient au milieu du salon, regarde autour de lui, puis tourne la tête vers moi.
Je m'approche de la vitre, lève le pouce en l'air, lentement, avec un petit sourire. Bienvenue.
Il sourit en retour, cette fossette légère qui creuse sa joue. Il disparaît une seconde dans la cuisine, revient avec une grande feuille de papier blanc et un feutre noir. Il écrit en grosses lettres bien lisibles, colle la feuille contre la vitre :
— Salut, moi c'est Quentin.
Je ris doucement, attrape à mon tour une feuille et un marqueur dans le tiroir du comptoir. J'écris en retour, en lettres nettes :
— Salut, moi c'est Samy. Désolé, je dois sortir ce soir, mais on fera connaissance demain.
Je colle ma feuille juste en face de la sienne. Nos regards se croisent à travers les deux papiers et les cinq centimètres de verre. Il hoche la tête, toujours ce sourire calme. Il lève la main pour un dernier salut.
Je reste encore un instant, à le regarder ranger ses dernières affaires, à détailler chaque mouvement maintenant que tout est en place. Cette sensation étrange revient, plus forte : comme si cette vitre avait créé un monde à part, un lien qui n'existerait qu'ici, entre ces murs. Dehors, je le sens confusément sans pouvoir l'expliquer, rien ne serait pareil… mais je chasse cette pensée absurde qui flotte un instant dans l'air, comme la première fois.
Pour la première fois depuis trois ans, le mur de verre a un occupant. Et ce soir, en enfilant ma veste pour sortir, je sais déjà que demain, tout va changer.
Je sors de l'immeuble vers 21 h 30, la veste jetée sur l'épaule, encore imprégné de l'odeur de carton et de peinture fraîche qui flotte de l'autre côté de la vitre. La nuit d'avril est fraîche, le ciel dégagé laisse passer une lune presque pleine qui baigne la rue d'une lueur bleutée. Je marche jusqu'au bar du coin, celui où on se retrouve toujours avec les potes, lumières tamisées, musique basse et comptoir en bois usé. Barnabé et Teddy sont déjà là, bières devant eux, en train de discuter du match de la veille. Je m'installe sur le tabouret haut, commande une pression et je lâche direct la nouvelle sans même attendre que la mousse retombe.
— Les gars, vous allez pas me croire. Y a enfin quelqu'un qui a emménagé à côté de chez moi. Après trois ans de vide total.
— Sérieux ? Le fameux appartement vitré ? Le mec a signé quand même ?
— Ouais, aujourd'hui même. Toute la journée des déménageurs, cartons partout. Il s'appelle Quentin. On s'est juste fait un petit signe à travers la paroi. C'est… bizarre. On se voit comme si on était dans la même pièce, mais zéro son. J'ai l'impression de vivre dans un film muet.
— Putain, Samy, t'es en train de nous dire que tu vas te branler devant un public maintenant ? Ou que tu vas ramener des meufs et qu'il va tout mater gratos ?
Je ris avec eux, un rire franc qui détend la poitrine.
— Franchement, je ne sais pas encore. Mais c'est étrange. Il a l'air cool. On a échangé deux trois mots sur papier ce soir. Demain on fait vraiment connaissance.
On enchaîne les verres, on parle de tout et de rien, du boulot, des dernières conneries du groupe, des plans pour le week-end prochain. Je ris beaucoup, je me sens léger, libéré de cette semaine où j'ai guetté le vide comme un con. Et puis je la vois, au bout du bar. Cheveux châtains mi-longs, sourire facile, robe noire qui colle juste ce qu'il faut. Elle me remarque aussi. Je vais vers elle, on discute cinq minutes, le genre de conversation qui glisse naturellement vers le flirt. Elle rit à mes blagues, pose sa main sur mon bras. Je sens que c'est gagné.
— Tu veux venir boire un dernier verre chez moi ? C'est juste à côté.
Elle accepte d'un regard qui en dit long. On finit nos verres, on sort dans la nuit fraîche. Dans l'ascenseur qui monte, elle se colle déjà contre moi, sa bouche cherche la mienne. Je la laisse faire, mais je pense à la vitre, à l'appartement d'à côté maintenant habité. J'éteins toutes les lumières en entrant chez moi. Seule la lune qui passe par les baies vitrées donne un peu de clarté, juste assez pour voir les contours, pas les détails. Je ne veux pas réveiller le voisin. Pas ce soir.
On se dirige vers la chambre sans un mot. Je la déshabille lentement, ses mains à elle tirent déjà sur mon t-shirt, baissent mon jogging. Je suis nu en une seconde, ma queue déjà à moitié dure qui pend lourde entre mes cuisses. Elle s'agenouille direct, prend mon sexe en bouche avec avidité. Je grogne doucement, une main dans ses cheveux. Je sens sa langue tourner autour du gland, descendre le long de la veine épaisse qui court sur toute la longueur. Ma queue gonfle encore, devient vraiment dure, épaisse comme un poignet, le bout luisant de salive. Elle me suce profond, je pousse un peu dans sa gorge, mes couilles se contractent contre son menton.
Je la relève, la pousse sur le lit. Elle est mouillée, je le sens quand je glisse deux doigts en elle. Je la pénètre d'un coup, ma queue épaisse l'ouvre bien, elle gémit fort. Je la baise lentement au début, chaque va-et-vient fait ressortir la largeur de mon sexe. Je la retourne, la prends en levrette, mes mains sur ses hanches, je tape fort maintenant. Ma queue entre et sort, luisante, le gland qui gonfle à chaque poussée. Je sens la chaleur, la friction parfaite. Elle crie, je la fais taire d'une main sur la bouche, pas trop fort, juste pour qu'on reste discrets. Je continue, plus profond, plus rapide, mes abdos se contractent, mes cuisses qui claquent contre ses fesses. La sueur coule sur mon torse nu, sur mes bras. Je la retourne encore, missionnaire cette fois, ses jambes sur mes épaules. Je m'enfonce jusqu'au bout, ma queue épaisse qui la remplit complètement, je sens son corps qui tremble autour de moi.
Je la baise comme ça longtemps, changeant de rythme, ralentissant pour faire durer, accélérant pour la faire jouir une première fois. Elle se contracte fort autour de mon sexe, je continue sans m'arrêter, ma queue toujours aussi dure et épaisse, glissant sans friction inutile.
C'est à ce moment-là que je lève la tête. La lune éclaire juste assez la vitre. De l'autre côté, dans l'appartement voisin plongé dans la pénombre, je le vois. Quentin. Il est réveillé. Il s'est redressé sur son lit, torse nu, et il nous mate. Discrètement, mais clairement. Son regard est fixé sur nous, sur moi surtout, sur la façon dont ma queue entre et sort du corps de la fille. Il ne bouge pas, il observe, les yeux grands ouverts dans la lueur bleue. Je croise son regard une seconde. Pas de gêne chez moi, juste une décharge étrange, presque électrique. Il se rend compte que je l'ai vu. Il se recouche aussitôt, se retourne dans son lit comme si rien ne s'était passé. Je souris intérieurement, sans arrêter mes mouvements. Je continue à baiser la fille plus fort. Je jouis enfin, profond, en grognant bas, mon sperme qui remplit le préservatif. Je reste un instant en elle, le temps de redescendre.
Je me retire, enlève la capote, la jette dans la poubelle de la chambre. La fille est essoufflée, souriante. Je me relève, toujours nu, ma queue encore à moitié dure qui pend lourde et luisante entre mes cuisses, marquée par l'effort. Je l'aide à se rhabiller gentiment mais fermement.
— C'était vraiment bon. Mais je veux dormir seul ce soir.
Elle comprend, un peu surprise mais pas vexée. Je la raccompagne jusqu'à la porte, un dernier baiser sur le seuil. Elle part. Je referme derrière elle.
Je file direct sous la douche, l'eau chaude qui cascade sur mon corps nu, qui rince la sueur, le sperme, l'odeur du sexe. Je reste longtemps sous le jet, repensant à ce regard de l'autre côté de la vitre, à cette curiosité muette qui vient de s'ajouter à tout le reste. Je me sèche, je me couche nu dans le lit, face à la paroi de verre plongée dans le noir. Le sommeil vient vite, lourd et profond.
Le lendemain matin, vers 10 heures, je me réveille lentement. La lumière du jour entre sans filtre. Je suis entièrement nu, une légère érection matinale. Je m'étire, je me lève sans rien enfiler et je marche jusqu'à la cuisine. Je prépare mon café, dos à la vitre, puis je me retourne, tasse à la main.
Il est là. Quentin est debout dans son salon, déjà habillé d'un jean serré, d'une chemise blanche et de chaussures de ville, une tasse à la main lui aussi. Il me regarde. Direct. Son regard descend un instant sur mon corps nu, sur ma légère érection, puis remonte. Il sourit, un sourire calme, presque amusé. Puis il détourne les yeux, comme pris en faute, mais sans gêne réelle.
Je ris doucement, amusé. Je lève les bras en l'air, paumes ouvertes, haussant les épaules dans un geste clair : on est des hommes, lol, pas de quoi en faire un plat. Je reste nu, sans chercher à me cacher. Je lui fais un signe de la main, tranquille.
— Salut.
Il sourit encore plus, lève la main à son tour pour me rendre le salut, un petit geste amical et détendu. On reste comme ça une seconde, séparés par la vitre, le café fumant dans nos mains, la curiosité qui flotte déjà entre nous, plus forte que jamais.
Et je sais que la journée qui commence va être longue, très longue.
La matinée passe lentement, presque trop calme. Je traîne dans l'appartement, je range deux trois trucs, je réponds à quelques mails, mais mon regard revient sans cesse vers la vitre. Quentin est là, dans son salon, il s'affaire tranquillement : il range des livres sur une étagère, il boit son café debout, il regarde son téléphone. De temps en temps, ses yeux verts glissent vers moi. Ce ne sont pas des regards insistants, juste des coups d'œil discrets, comme s'il voulait vérifier que je suis toujours là, que tout ça est bien réel. Je sens ses regards. Ils sont légers, curieux, presque timides. Je ne me cache pas. Je reste nu, comme d'habitude, et je continue ma matinée sans changer une seule habitude.
Vers 11 heures, je décide d'aller prendre ma douche. Je traverse le salon, je passe devant la vitre sans accélérer le pas. L'eau chaude coule sur ma peau, la paroi de verre de la salle de bain est juste là, face à la sienne. Je savonne mon torse, mes bras, mes cuisses, sans me presser. Je sais qu'il me voit. Je tourne la tête une fois, deux fois. Il est assis sur son canapé, il fait semblant de lire un magazine, mais ses yeux reviennent régulièrement vers la douche. Un regard discret, rapide, puis il baisse la tête. Un autre regard, un peu plus long cette fois. Je souris intérieurement. Je reste sous le jet plus longtemps que nécessaire, je laisse l'eau ruisseler sur mon corps, je me rince lentement. Quand je sors, je m'essuie sans hâte, la serviette passée sur mes épaules, ma peau encore humide. Il est toujours là, il jette un dernier coup d'œil avant de se lever et de disparaître dans sa cuisine.
La matinée continue comme ça, pleine de ces regards volés, silencieux, qui commencent déjà à tisser quelque chose d'étrange entre nous.
En début d'après-midi, vers 14 heures, je prends un bloc-notes et un feutre noir sur le comptoir. Je m'installe sur le tabouret haut, face à la vitre, et j'attends. Quentin est assis sur son canapé, il regarde dehors. Je patiente calmement. Quelques minutes plus tard, il se retourne naturellement dans ma direction. Dès que son regard croise le mien, je lève le bloc-notes pour lui montrer que je veux discuter. Il sourit légèrement, se lève, va chercher un carnet et un stylo dans un tiroir, puis revient s'asseoir juste en face de moi, à quelques centimètres seulement.
Je commence à écrire, en grosses lettres bien lisibles, et je colle la feuille contre la vitre.
. Salut. On fait vraiment connaissance cette fois ?
Il lit, hoche la tête, et écrit à son tour. Il colle sa feuille.
. Salut. Oui, bonne idée. Moi c'est Quentin, 29 ans. J'ai acheté l'appartement il y a une semaine. Je viens de me séparer de ma copine avec qui je suis resté dix ans.
Je souris et réponds aussitôt.
. Samy, 32 ans. Ça fait trois ans que je suis là. Bienvenue dans le plus bizarre des immeubles. Désolé pour ta séparation…
Il hausse légèrement les épaules et écrit de nouveau.
. Ouais, c'est vraiment bizarre cette vitre. Tout est transparent, on voit tout. Et toi tu es… souvent nu. Ça fait un peu étrange au début.
Je hausse les épaules, amusé, et j'écris sans hésiter.
. Je ne suis pas pudique du tout. J'ai toujours vécu comme ça ici. Depuis trois ans personne en face, alors j'ai pris l'habitude. Ça te dérange ?
Il secoue la tête, un petit sourire en coin, et répond.
. Non, ça ne me dérange pas. C'est juste… nouveau. Je ne m'attendais pas à avoir un voisin aussi… visible.
On continue comme ça un moment, on parle de tout et de rien. Il me dit qu'il travaille dans le graphisme, qu'il a cherché longtemps un appart calme et lumineux, et que celui-ci était le seul qui correspondait à son budget malgré « le mur de verre ». Je lui explique l'histoire de l'architecte qui a merdé, le promoteur qui n'a rien voulu changer. On rit tous les deux en silence, nos feuilles collées contre la vitre. On n'évoque pas la nuit dernière. Pas un mot. Comme si on avait tacitement décidé de laisser ça de côté pour l'instant.
On essaie d'échanger nos numéros. J'écris le mien sur une feuille, il note le sien sur la sienne. On les colle en même temps. Je prends mon téléphone, j'envoie un message. Rien. Pas de réseau apparent à travers la vitre, ou peut-être l'insonorisation bloque tout. Il secoue la tête, essaie d'appeler, rien non plus. On rit de nouveau.
. On n'aura pas le choix, il va falloir acheter des ardoises ou des tableaux blancs.
. Bonne idée. J'irai en chercher demain.
On reste encore un peu à discuter comme ça, à s'écrire des petites phrases, à se regarder entre chaque échange. Nos regards sont discrets mais constants. Je détaille la façon dont il mordille le capuchon de son stylo quand il réfléchit, la manière dont ses yeux verts reviennent sur moi, sur mon torse nu, sur mes épaules. Lui aussi me regarde. Longuement parfois, puis il détourne le regard comme s'il se reprenait. La curiosité est palpable, elle flotte entre nous comme une troisième présence.
Le soir arrive doucement. Vers 20 heures, Quentin se lève et disparaît dans sa salle de bain. Les lumières s'allument de son côté. Il commence à se déshabiller, enlève sa chemise blanche, son jean serré. Il garde son boxer. Il est pudique, visiblement. Il entre dans la douche avec son boxer sur lui. Je souris, amusé, et je secoue la tête. Il me voit sourire à travers la vitre, rougit légèrement et hausse les épaules comme pour dire « que veux-tu ». Je le regarde prendre sa douche, l'eau qui coule sur son corps, le boxer qui colle à sa peau. Il reste discret, il se lave rapidement, sans s'attarder.
De mon côté, je sors de la chambre avec une serviette autour de la taille. Je l'enlève tranquillement devant la vitre, j'enfile un short et un débardeur, puis je vais m'installer sur le canapé. Quentin sort de sa douche, lui aussi en short et t-shirt simple. On se regarde, on sourit. On allume la télé en même temps, exactement sur la même chaîne. Un film qui commence, un thriller un peu lent.
On reprend les feuilles.
. Tu aimes ce genre de films ?
. Oui, mais celui-là est un peu lent au début.
. Pareil. Le mec est suspect depuis la première scène.
On commente comme ça tout le long du film, en écrivant vite, en collant nos feuilles l'une contre l'autre. On rit en silence quand une scène est ridicule, on fronce les sourcils en même temps quand l'intrigue se complique. Nos regards se croisent souvent entre deux phrases écrites. Des regards discrets, chargés de cette curiosité qui grandit. Je sens ses regards quand je bouge sur le canapé, quand je passe une main dans mes cheveux. Moi aussi je le regarde, je détaille la façon dont il est assis, dont il réagit aux images.
Le film se termine vers 23 heures. On éteint la télé presque en même temps. On se lève tous les deux. Il est temps d'aller se coucher. On se fait un petit signe de la main.
Mais avant de partir dans ma chambre, je m'arrête juste devant la vitre. Je retire mon débardeur lentement, puis mon short. Je reste nu, face à lui, sans me couvrir tout de suite. Je sens son regard sur moi. Il ne détourne pas les yeux tout de suite. Il me regarde, longuement, discrètement, presque malgré lui. Je reste là quelques secondes de plus, je laisse le moment s'étirer. Puis je lui fais un dernier signe de la main et je me dirige vers mon lit.
On se couche en même temps, chacun dans son lit, face à face, séparés par cinq centimètres de verre blindé. Les lumières s'éteignent progressivement. Seule la lueur de la lune passe encore. Je sais qu'il est là, juste à côté. Je sens son regard dans le noir, même si je ne le vois plus vraiment. Et cette sensation étrange revient, plus forte : comme si cette vitre avait créé un monde à part, un lien qui n'existerait qu'ici, entre ces murs. Dehors, rien ne serait pareil… mais je chasse cette pensée et je ferme les yeux.
Pour la première fois depuis trois ans, je m'endors en sachant que quelqu'un me regarde peut-être encore. Et ça ne me dérange pas. Au contraire.
Fin du chapitre 1.
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