Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La frontière de verre — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La frontière de verre
Chapitre 2
Chapitre 2
Le soleil de ce lundi matin est plus franc, une lame de lumière dorée qui tranche l'obscurité du loft avec une autorité nouvelle. Comme réglés sur une horloge invisible, nous nous extrayons de nos draps presque au même instant.
Je me lève, la peau nue vibrant sous la fraîcheur de l'air matinal. Je ne cherche pas de vêtements. Ici, dans cette bulle de verre, la pudeur est un concept que j'ai enterré il y a trois ans. Je traverse le salon vers la cuisine, sentant mes muscles s'étirer après une nuit de sommeil profond. De l'autre côté, Quentin est déjà debout. Il a troqué la nudité de la nuit contre un short de coton souple et un t-shirt blanc qui moule ses épaules.
Nos regards se croisent à travers les cinq centimètres de blindage transparent. Un petit signe de la main, un salut silencieux entre deux hommes qui partagent le même espace visuel sans jamais avoir échangé un son. Je prépare mon café, le dos tourné, mais je sens son regard glisser sur mes omoplates, descendre le long de ma colonne vertébrale. C'est une caresse optique, discrète mais brûlante. Quand je me retourne, tasse en main, il détourne les yeux vers son propre café avec ce sourire en coin que je commence à connaître par cœur.
Mais ce matin, la routine de l'aquarium doit s'interrompre. Un nouveau collaborateur arrive à l'agence, et Delphine m'a confié sa formation pour le mois à venir. Un rôle de mentor pour l'événementiel de luxe qui demande une allure irréprochable.
Je file dans ma salle de bain. Je contemple mon reflet : je garde cette petite barbe de quelques jours, toujours taillée au millimètre, qui souligne la ligne de ma mâchoire. C'est ma signature, un mélange de négligence maîtrisée et de précision. Je passe une main dans mes cheveux bruns pour les discipliner, puis je me dirige vers le dressing. Je délaisse mes éternels joggings gris pour une tenue plus affirmée. Je choisis un pantalon chino d'un beige crème parfaitement coupé et une chemise en lin bleu ciel, déboutonnée juste ce qu'il faut. Pas de noir, pas de gris sombre ; je veux refléter l'éclat des mariages de printemps que nous organisons.
Pendant que je noue mes chaussures en cuir brun, je jette un dernier coup d'œil à la vitre. Quentin est là, assis sur son tabouret. Il me mate ouvertement cette fois, détaillant ma transformation du "Samy nu" en "Samy professionnel". Je lui adresse un clin d'œil avant de saisir ma sacoche et de franchir la porte à 8 h 30 précises.
L'agence "Luxe & Volupté" bouillonne déjà quand je pousse la porte vitrée à 9 h 00. L'odeur des pivoines fraîches — une livraison test pour un futur banquet — se mélange à l'arôme puissant de l'expresso. Je salue les secrétaires d'un geste de la main, recevant en retour des sourires complices. Tout le monde sait que Delphine attend beaucoup de cette nouvelle collaboration.
— Samy ! Enfin ! Delphine est dans la salle de conférence avec le nouveau, me glisse Sarah en pointant du menton la porte en verre dépoli.
Je redresse mes épaules et entre dans la pièce. Delphine est debout près de la grande table en chêne encombrée de nuanciers de soie et de catalogues de haute joaillerie. À ses côtés, un homme observe les planches de tendances fixées au mur.
— Ah, Samy ! te voilà, s'exclame Delphine. Je te présentais justement notre nouvelle recrue. Samy, je te présente Quentin Delorme. Quentin, voici ton référent durant un mois : Samy Pietrovich.
L'homme se retourne.
À cet instant précis, le monde semble ralentir. Je le toise de la tête aux pieds, incapable de détacher mes yeux de lui. Il est grand, environ un mètre quatre-vingt-cinq, avec cette carrure athlétique qui impose le respect. Ses cheveux blonds, légèrement ondulés, encadrent un visage aux traits d'une symétrie troublante. Ses yeux verts, d'une clarté de jade, me fixent avec une intensité qui me donne le vertige. Ses manches sont retroussées, laissant apparaître des bras musclés et couverts de tatouages noirs, des motifs géométriques entrelacés de fleurs sombres.
À cet instant précis, le monde semble ralentir. Je le toise de la tête aux pieds, incapable de détacher mes yeux de lui. Il est grand, environ un mètre quatre-vingt-cinq, avec cette carrure athlétique qui impose le respect. Ses cheveux blonds, légèrement ondulés, encadrent un visage aux traits d'une symétrie troublante. Ses yeux verts, d'une clarté de jade, me fixent avec une intensité qui me donne le vertige. Ses manches sont retroussées, laissant apparaître des bras musclés et couverts de tatouages noirs, des motifs géométriques entrelacés de fleurs sombres.
Une étrange sensation de déjà-vu me percute l'estomac. Sa tête ne m'est pas inconnue, c'est indéniable, mais je n'arrive pas à placer ce visage. Est-ce un mannequin que j'ai croisé dans un cocktail ? Un ancien prestataire ? La sensation est là, lancinante, comme un mot que l'on a sur le bout de la langue mais qui refuse de sortir. Nos regards s'accrochent avec une force qui n'a rien de professionnel.
Il s'avance vers moi. Nous nous tendons la main.
Au moment où nos paumes se rejoignent, une décharge électrique, réelle et violente, traverse mon bras. C'est un choc sec qui nous fait reculer d'un pas tous les deux, les yeux écarquillés. Un sourire nerveux étire nos lèvres simultanément.
Au moment où nos paumes se rejoignent, une décharge électrique, réelle et violente, traverse mon bras. C'est un choc sec qui nous fait reculer d'un pas tous les deux, les yeux écarquillés. Un sourire nerveux étire nos lèvres simultanément.
— Eh bien, commence-t-il d'une voix grave et veloutée, on peut dire que le courant passe.
Je me force à reprendre contenance, ignorant le picotement qui persiste dans mes doigts.
— Apparemment. Enchanté, Quentin. Alors, Delphine m'a dit que tu venais du graphisme ? Ça fait longtemps que tu fais ce métier ? Tu es du coin ?
Je le regarde avec une insistance inhabituelle, scrutant chaque détail de son visage, la courbe de son sourire, la façon dont il penche légèrement la tête en m'écoutant. Je cherche une réponse à ce malaise magnétique qui m'oppresse. Lui aussi me fixe, ses yeux verts plongeant dans les miens comme s'il essayait de résoudre une énigme. Nous nous regardons avec une fixité presque impolie, sans comprendre pourquoi cette rencontre nous chamboule autant.
— J'ai bossé cinq ans dans une agence de design avant de vouloir passer à l'événementiel, répond-il. Et je me suis installé en ville il y a seulement quelques jours. Je découvre encore les quartiers.
Je hoche la tête, faisant défiler mentalement les bureaux pour masquer mon trouble.
— Très bien. On va passer énormément de temps ensemble, Quentin. Pendant un mois, je vais t'expliquer tous les rouages : la gestion des budgets, la psychologie des clients, et surtout notre carnet d'adresses. Je vais te montrer où se trouvent tous nos fournisseurs — fleuristes, traiteurs, loueurs de domaines — pour les mariages, les baptêmes et les réceptions haut de gamme. Tu me suivras sur chaque rendez-vous, ici ou sur les événements en cours.
Je désigne la pile de dossiers sur la table.
— D'ailleurs, on commence fort. On doit préparer un mariage pour dans quinze jours seulement. La mariée nous a contactés en panique la semaine dernière, c'est une organisation de dernière minute et elle est extrêmement exigeante. Il y a un travail colossal à fournir.
— Je suis prêt à relever le défi, répond-il, et son regard ne quitte pas le mien.
— Je suis prêt à relever le défi, répond-il, et son regard ne quitte pas le mien.
Je l'entraîne pour lui présenter le reste de l'équipe et les locaux, mais mon esprit est ailleurs. Chaque fois que nos bras se frôlent dans le couloir, mon cœur fait un bond. C'est inexplicable. Je sens sa présence derrière moi comme une chaleur physique. Son parfum — un mélange de cèdre et d'agrumes — m'est étrangement familier, tout comme la façon dont il pose ses mains sur la table lorsqu'il s'assoit.
Plus la matinée avance, plus cette "drôle d'impression" grandit. En lui expliquant comment négocier avec notre joaillier attitré, je m'interromps, fasciné par la manière dont ses yeux captent la lumière. Je le regarde avec une intensité qui me brûle les yeux, cherchant dans ses traits quelque chose que je ne parviens pas à nommer. Pourquoi ai-je ce sentiment persistant que nous avons déjà partagé quelque chose d'intime, alors que nous venons à peine de nous serrer la main ?
Je chasse cette pensée absurde. J'ai un mariage à organiser et une recrue à former. Mais au fond de moi, je sais que ce mois avec Quentin Delorme va bouleverser bien plus que mon agenda professionnel. Chaque seconde passée à ses côtés me donne l'impression de danser sur un fil invisible, sans comprendre que le vide m'attend juste en dessous.
La matinée à l'agence est une course contre la montre qui ne laisse normalement aucune place à la distraction. Les dossiers s'empilent, les téléphones ne cessent de sonner, les prestataires défilent, mais au milieu de ce chaos professionnel, il y a une fréquence parasite que je n'arrive pas à couper : Quentin Delorme. Sa simple présence dans mon champ de vision semble altérer la perception que j'ai de mon propre environnement. Chaque fois qu'il traverse la pièce, mon attention décroche de mes tableurs pour se fixer sur la ligne de ses épaules ou sur la fluidité de sa démarche.
Vers onze heures, nous descendons dans l'arrière-boutique de l'agence. C'est une zone de stockage vaste, labyrinthique et un peu sombre, où s'entassent des structures de tonnelles en fer forgé, des vases en cristal et des montagnes de cartons. L'air y est plus frais, chargé d'une odeur de poussière ancienne, de carton humide et de cire. Nous devons vérifier l'état d'un grand lustre massif, une pièce de collection en fer forgé destinée au mariage prévu dans quinze jours.
En déplaçant une caisse de bois particulièrement lourde, Quentin fait un faux mouvement. Le bois brut accroche le tissu de sa chemise. Un bruit sec, un déchirement net, claque dans le silence de la réserve.
— Merde, jure-t-il doucement, la voix rauque sous l'effort.
Je me tourne vers lui. Sa chemise blanche est fendue de l'épaule jusqu'au milieu du dos, laissant entrevoir la courbe de son omoplate. Sans aucune gêne, avec une aisance qui me coupe le souffle, il commence à déboutonner ses poignets, puis le devant de sa chemise d'un geste assuré.
Il l'enlève d'un mouvement fluide et jette le tissu froissé sur un carton. Le choc est physique. C'est comme si l'air de la pièce s'était soudainement chargé d'électricité statique. Je reste planté là, les bras ballants, incapable de détourner les yeux. Je détaille son torse puissant, la peau mate dont le grain semble si doux sous la lumière crue des néons, le dessin précis de ses abdominaux qui se contractent à chacun de ses mouvements. Et ses tatouages... Ces entrelacs d'encre noire qui courent sur ses bras comme des racines vivantes, disparaissant sous ses aisselles pour réapparaître sur ses côtes.
Une sensation de vertige me submerge. Mon regard se pose sur le creux de ses clavicules et sur la ligne de ses hanches avec une précision de géomètre, comme si je connaissais déjà chaque relief de cette anatomie par cœur. C'est une reconnaissance viscérale, animale, que mon cerveau rejette avec force. Je suis Samy Pietrovich, un homme à femmes, un séducteur qui n'a jamais douté de ses préférences. Pourtant, devant lui, je perds mes moyens. Pourquoi ai-je cette envie irrépressible de tendre la main pour vérifier si sa peau est aussi chaude qu'elle en a l'air ?
— J'ai... j'ai une chemise de rechange dans mon bureau, je bafouille, ma voix descendant d'une octave. Je la garde pour les urgences. Viens.
Dans l'étroit bureau, l'atmosphère devient suffocante. Quentin est là, torse nu au milieu de mes dossiers, et l'espace semble soudain trop petit pour nous deux. Je sors une chemise en coton blanc immaculé de mon armoire. Quentin s'approche pour la prendre. Ses doigts effleurent les miens, et cette décharge électrique ressentie le matin même revient, plus sourde, plus profonde, irradiant jusque dans mon ventre. Quand il enfile ma chemise, quand le tissu qui porte encore l'ombre de mon parfum boisé épouse la largeur de ses épaules, je ressens un trouble possessif qui me terrifie.
Le reste de la journée est une longue épreuve sensorielle. Nous enchaînons les rendez-vous, notamment une dégustation chez le traiteur pour valider les pièces cocktail. Samy, le professionnel aguerri, s'efface derrière un homme obsédé.
Je l'observe manger. Je regarde ses lèvres se poser sur le verre de cristal, la façon dont il savoure chaque bouchée en fermant légèrement les yeux. C'est un supplice. Chaque fois qu'il penche la tête pour écouter une explication technique, je suis fasciné par la mèche blonde qui tombe sur son front. Je connais ce mouvement. Je l'ai déjà vu, quelque part, mais l'information refuse de remonter. Mon esprit s'embrouille dans un brouillard de déjà-vu permanent.
— Samy ? Tu en penses quoi pour les amuses-bouches au gingembre ? demande-t-il en se tournant vers moi.
Ses yeux verts sont deux puits de jade. On se fixe beaucoup trop longtemps. Le silence s'étire, chargé d'un non-dit pesant. Je vois bien qu'il est troublé lui aussi, qu'il scrute mon visage comme s'il y cherchait la clé d'un mystère qui le hante. Pourquoi cet inconnu me donne-t-il l'impression d'être la pièce manquante d'un puzzle que je n'ai même pas encore commencé ?
Vers 19 heures, la journée s'achève enfin. La fatigue est balayée par une tension nerveuse insupportable. Je propose de le déposer à une station de métro, prétextant une course urgente pour éviter de prolonger ce tête-à-tête qui me brûle.
Une fois seul dans ma voiture, je respire enfin. Mais l'odeur de Quentin — ce mélange de cèdre et d'agrumes qu'il a laissé sur ma chemise — sature l'espace. Je serre le volant à en avoir les phalanges blanches. Je ne me reconnais plus. Ce besoin de le regarder, cette fascination pour son corps... tout cela est contraire à tout ce que je suis.
Pourtant, au lieu de rentrer directement, je m'arrête devant une petite papeterie de quartier dont le rideau métallique commence à descendre. J'entre d'un pas fébrile.
— Je voudrais une grande ardoise, s'il vous plaît. Et des crayons à ardoise.
La vendeuse me sert avec un regard intrigué. En ressortant, l'objet sous le bras, je ressens une excitation que je n'avais pas connue depuis des années.
C'est seulement au moment où je tourne la clé dans la serrure de mon loft que le monde extérieur s'évapore brutalement. Dès que je franchis le seuil, l'agence, le mariage et ce collaborateur nommé "Quentin Delorme" sont comme aspirés par le vide. Ils n'existent plus. Ils appartiennent à une réalité qui n'a pas droit de cité ici.
L'air de l'appartement est différent : plus lourd, presque électrique. Dans cette pénombre où seul le silence règne, mon esprit se vide de toute identité civile. Je jette ma sacoche et l'ardoise sur le canapé sans un regard. Mes pas ne m'entraînent pas vers le repos, mais, comme aimantés, ils me dirigent droit vers la paroi de verre.
Ici, dans cet aquarium de luxe aux reflets mystérieux, les règles de la ville sont abolies. Mon cœur se met à battre la chamade, mais c'est un rythme sauvage, archaïque. Je ne cherche pas un collègue de bureau. Je le cherche lui. Ce visage qui a habité mes deux dernières nuits, cette silhouette qui évolue dans le miroir parfait de ma propre vie de l'autre côté du verre. C'est comme si cet appartement possédait sa propre mémoire, une mémoire qui ne reconnaît que ce qui se passe entre ces murs transparents.
L'autre côté de la vitre n'est pas un voisin, c'est une extension de moi-même, un secret partagé dans le mutisme absolu de l'immeuble. Mon souffle court embue déjà la transparence glacée de la paroi. Je reste là, immobile, guettant le moindre mouvement dans l'appartement d'en face, possédé par une urgence nouvelle.
Je saisis l'ardoise. Ce soir, le silence ne suffit plus.
Je rentre chez moi ce soir-là complètement retourné. La porte claque derrière moi et je reste un instant dans l'entrée, sacoche encore à l'épaule, comme si mon corps refusait d'avancer. Ce nouveau collègue. Son visage, ses yeux verts, ses tatouages… tout tourne en boucle dans ma tête depuis que j'ai quitté l'agence. Je ne comprends pas pourquoi il m'obsède à ce point. Un type que je viens à peine de rencontrer, et pourtant chaque fois que je ferme les yeux je revois son regard, la façon dont il penchait légèrement la tête en m'écoutant. C'est ridicule. Je me sers un verre de whisky, sec, et je tourne en rond dans le salon. Je bois une gorgée brûlante, puis une autre. Rien n'y fait. Mon cerveau refuse de lâcher l'image de cet homme.
Je finis par poser le verre et je vais directement sous la douche. L'eau chaude me tombe dessus comme une punition bienvenue. Je reste longtemps sous le jet, les paumes appuyées contre le carrelage, laissant la vapeur envahir la salle de bain. Quand je sors, je ne prends même pas la peine d'enfiler quoi que ce soit d'autre qu'une serviette de bain nouée bas sur mes hanches. Ma peau est encore humide, mes cheveux dégoulinent un peu sur ma nuque. Je retourne dans le salon, pieds nus, et je me laisse tomber sur le canapé, le verre à la main.
C'est à ce moment précis que les lumières s'allument de l'autre côté de la vitre.
Quentin rentre chez lui.
Quentin rentre chez lui.
Dès que je le vois, quelque chose en moi se détend brutalement. Une étrange vague d'apaisement me traverse, comme si toute la tension accumulée pendant la journée venait de s'évaporer d'un coup. Je ne sais pas pourquoi. C'est juste… lui. Mon voisin. Celui qui vit dans le reflet parfait de mon appartement. Celui que je regarde depuis des jours. Rien d'autre n'existe à cet instant. Le collègue du bureau a complètement disparu de mon esprit, comme s'il n'avait jamais existé. Il n'y a plus que cet homme grand, blond, tatoué, qui enlève lentement sa veste et sa cravate juste en face de moi.
Je le regarde avec une avidité que je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que je bande déjà un peu sous la serviette rien qu'en le voyant dénouer ce bout de tissu ? Je ne suis pas attiré par les mecs. Jamais. Et pourtant mes yeux restent collés à la façon dont sa chemise blanche épouse ses épaules, à la ligne de son torse qui se dessine quand il bouge.
Il me voit. Il s'arrête un instant, puis un sourire gêné étire ses lèvres. Il lève la main pour un petit salut discret. Je réponds de la même manière. Sans réfléchir, je me lève, je prends l'ardoise neuve que j'ai achetée tout à l'heure et je commence à écrire.
. Longue journée ?
. Longue journée ?
Il disparaît une seconde dans sa cuisine, revient avec sa propre ardoise et un feutre. Il s'installe sur son canapé, exactement en face de moi, et écrit.
. Très longue. Nouveau boulot. Toi ?
. Pareil. J'ai rencontré quelqu'un aujourd'hui qui m'a un peu… perturbé.
. Très longue. Nouveau boulot. Toi ?
. Pareil. J'ai rencontré quelqu'un aujourd'hui qui m'a un peu… perturbé.
Je vois ses sourcils se lever légèrement. Il écrit plus vite.
. Moi aussi. Un mec très bizarre. J'ai passé la journée à me demander pourquoi j'avais l'impression de le connaître.
. Moi aussi. Un mec très bizarre. J'ai passé la journée à me demander pourquoi j'avais l'impression de le connaître.
On se regarde un long moment. Le silence entre nous est lourd, chargé. Je sens ses regards descendre sur ma serviette, remonter sur mon torse nu encore humide. Je ne me couvre pas. Au contraire, je m'allonge un peu plus sur le canapé, les jambes légèrement écartées.
La conversation dérive naturellement vers des choses plus intimes. On parle de nos vies, de la solitude, de l'étrangeté de cet appartement. Et puis, sans que je sache vraiment comment, on bascule sur le sexe.
. Tu ramènes souvent des filles ici, non ? écrit-il.
. Tu ramènes souvent des filles ici, non ? écrit-il.
Je souris, un peu gêné mais excité par la tournure que prend la discussion.
. Ouais. Assez souvent. J'aime ça. J'aime qu'on me voie prendre mon pied.
. Ouais. Assez souvent. J'aime ça. J'aime qu'on me voie prendre mon pied.
Je marque une pause, puis j'ajoute :
. D'ailleurs… je t'ai vu l'autre soir.
. D'ailleurs… je t'ai vu l'autre soir.
Il se fige. Ses joues rosissent légèrement. Il écrit, hésitant.
. Vu quoi ?
. Quand j'ai ramené cette fille. Tu étais réveillé. Tu nous regardais.
. Vu quoi ?
. Quand j'ai ramené cette fille. Tu étais réveillé. Tu nous regardais.
Il secoue la tête rapidement, écrit plus vite.
. Non, je dormais. Tu as dû rêver.
. Non, je dormais. Tu as dû rêver.
Je ris doucement, je sens ma queue durcir franchement sous la serviette maintenant. Je m'allonge complètement sur le canapé, une main posée sur mon torse. Je commence à le caresser lentement, du sternum jusqu'au ventre.
. Arrête. Je t'ai vu. Tu étais assis sur ton lit. Tu matais. Et ça m'a excité encore plus.
. Arrête. Je t'ai vu. Tu étais assis sur ton lit. Tu matais. Et ça m'a excité encore plus.
Quentin reste paralysé un moment, les yeux rivés sur moi. Je continue à écrire tout en descendant ma main plus bas.
. J'ai senti ton regard sur ma queue pendant que je la baisais. C'était chaud.
. J'ai senti ton regard sur ma queue pendant que je la baisais. C'était chaud.
Je pose l'ardoise une seconde, j'écarte un peu plus les jambes. Ma serviette se desserre légèrement. Je glisse ma main dessous, je prends ma queue déjà dure dans ma paume et je commence à me caresser lentement, les yeux fermés. Je sens le tissu frotter contre mon gland sensible.
Quand je rouvre les yeux, je vois qu'il me fixe, bouche entrouverte. Je reprends l'ardoise d'une main tout en continuant à me branler de l'autre.
. J'étais encore plus dur parce que tu regardais. Comme si tu étais avec nous.
. J'étais encore plus dur parce que tu regardais. Comme si tu étais avec nous.
Quentin ne répond pas tout de suite. Je vois sa poitrine se soulever plus vite. Il est assis, les jambes écartées lui aussi, et je remarque clairement la grosse bosse qui tend son pantalon.
Je lui écris, la respiration déjà plus courte :
. Tu bandes. Je le vois. Tu n'as pas à avoir honte. Touche-toi. Regarde-moi.
. Tu bandes. Je le vois. Tu n'as pas à avoir honte. Touche-toi. Regarde-moi.
Il hésite. Longtemps. Ses doigts serrent l'ardoise. Puis, très lentement, il pose une main sur son entrejambe et commence à se presser par-dessus son pantalon. Il frotte sa paume sur la bosse, de haut en bas, sans jamais descendre sa braguette.
On se regarde droit dans les yeux. La conversation devient crue, urgente.
. J'aime quand c'est lent au début, j'écris tout en accélérant mon mouvement. Caresser mes couilles en même temps. Les malaxer doucement.
. J'aime quand c'est lent au début, j'écris tout en accélérant mon mouvement. Caresser mes couilles en même temps. Les malaxer doucement.
Il répond, la main qui frotte de plus en plus fort sur son pantalon :
. Moi aussi. J'aime pincer mes tétons fort. Et parfois… je me caresse la rondelle à travers le tissu. Ça me rend dingue.
. Moi aussi. J'aime pincer mes tétons fort. Et parfois… je me caresse la rondelle à travers le tissu. Ça me rend dingue.
Je grogne presque en lisant ça. Ma main va plus vite. Je pince un de mes tétons de l'autre main, exactement comme il l'a décrit.
On continue comme ça, de plus en plus cru, de plus en plus sale. Nos mains bougent en rythme, nos regards ne se lâchent plus. Je sens mes couilles se contracter, la chaleur monter dans mon ventre.
. Je vais jouir, j'écris d'une main tremblante.
. Moi aussi.
. Je vais jouir, j'écris d'une main tremblante.
. Moi aussi.
Au moment où l'orgasme nous prend tous les deux, une secousse légère traverse la vitre. Comme un frisson, une vibration très douce qui fait trembler imperceptiblement la paroi. Je la sens dans tout mon corps, jusque dans ma queue qui pulse. Je pense une seconde que j'ai rêvé, mais non : Quentin a eu le même mouvement de surprise. Nos regards se croisent, stupéfaits, pendant que nos spermes jaillissent en jets puissants, presque en même temps. Le mien éclabousse mon torse et mon ventre, le sien tache l'intérieur de son pantalon.
On reste un long moment à reprendre notre souffle, les yeux dans les yeux.
Je prends l'ardoise une dernière fois, la main encore tremblante.
. C'était bon.
. C'était bon.
Il sourit, essoufflé, et répond :
. Très bon.
. Très bon.
On se lève tous les deux en même temps. On se fait un petit signe de la main, presque timide maintenant. Je vais dans ma chambre, je me couche nu sur le dos. De l'autre côté, Quentin fait pareil, encore en pantalon. On éteint presque en même temps, mais on reste tournés l'un vers l'autre dans la pénombre.
Je sens encore cette vibration légère dans ma poitrine, comme un écho qui refuse de partir.
Et je m'endors en le regardant, sans comprendre pourquoi tout ça me semble à la fois si naturel et si impossible.
Fin du chapitre 2.
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