Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La frontière de verre — Chapitre 7
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La frontière de verre
Chapitre 7
Chapitre 7
La musique s'est tue, mais l'air de la grange vibre encore d'une résonance que les invités emportent avec eux comme un secret précieux. La fête s'est achevée dans une douceur irréelle, une sorte de transe collective où chaque rire semblait guérir une blessure du monde. Alors que les dernières voitures s'éloignent dans le gravier, Claire et Thomas s'approchent de nous. Ils rayonnent d'une lumière que la science de Van Der Berg ne pourra jamais quantifier.
Claire prend mes deux mains dans les siennes, tandis que Thomas pose un bras fraternel sur l'épaule de Quentin.
— Je n'ai pas les mots, souffle Claire, les larmes aux yeux. Ce que vous avez fait aujourd'hui... ce décor, cette atmosphère... On a eu l'impression de se marier au centre du paradis. Le fleuriste nous a rappelé, il était en pleurs, il ne comprenait pas comment on avait pu trouver d'autres fleurs en si peu de temps. — On va vous faire une publicité monumentale, ajoute Thomas avec une ferveur presque religieuse. Tout le monde nous a demandé qui était derrière ce miracle. On ne sait pas comment vous avez réussi, quelle magie ou quel réseau vous avez utilisé, mais merci. Merci du fond de l'âme.
Je tente de sourire, mais mes muscles faciaux pèsent des tonnes. Quentin hoche la tête, ses doigts se crispant imperceptiblement sur mon bras pour ne pas vaciller.
— C'était... un honneur, parvient-il à articuler, sa voix n'étant plus qu'un murmure enroué.
— Rentrez bien, conclut Claire en nous embrassant. Vous avez l'air épuisés, vous vous êtes donnés corps et âme. Reposez-vous, vous l'avez mérité.
— Rentrez bien, conclut Claire en nous embrassant. Vous avez l'air épuisés, vous vous êtes donnés corps et âme. Reposez-vous, vous l'avez mérité.
Dès qu'ils tournent le dos, le masque s'effondre.
Le silence qui retombe sur la grange est assourdissant. Instantanément, la lumière des fleurs faiblit. Les glycines commencent à perdre leurs pétales, non pas par flétrissement, mais parce que la source d'énergie — nous — vient de se tarir.
Le silence qui retombe sur la grange est assourdissant. Instantanément, la lumière des fleurs faiblit. Les glycines commencent à perdre leurs pétales, non pas par flétrissement, mais parce que la source d'énergie — nous — vient de se tarir.
— Samy... murmure Quentin.
Je n'ai pas le temps de répondre. Mes jambes se dérobent. Je m'effondre sur le tapis de mousse, qui semble soudainement redevenir de la simple herbe froide. Quentin se laisse tomber à côté de moi, son souffle court et saccadé. Maintenir cette "cathédrale végétale" pendant dix heures a drainé jusqu'à la dernière goutte de notre force vitale. Je sens un froid glacial m'envahir le torse, là où le symbole semble désormais une plaie ouverte plutôt qu'un lien.
— On a trop donné, Quentin, je souffle, le regard fixé sur la charpente qui redevient sombre. La Terre a bu tout ce qu'on avait.
— Il faut... rentrer, articule-t-il péniblement. Le Point Zéro. C'est le seul endroit où on pourra... recharger.
— Il faut... rentrer, articule-t-il péniblement. Le Point Zéro. C'est le seul endroit où on pourra... recharger.
Le trajet vers mon loft est un calvaire. Quentin conduit d'une main tremblante, tandis que je reste agrippé à sa cuisse, nos peaux devant impérativement rester en contact pour éviter l'évanouissement. Chaque kilomètre est une agonie. Le monde extérieur nous paraît gris, mort, dénué de sens. Sans la connexion vibratoire du bâtiment, nous ne sommes plus que deux enveloppes vides.
Lorsque nous franchissons enfin le seuil de mon loft, le bâtiment semble pousser un soupir de soulagement. La porte blindée se referme derrière nous et nous nous écroulons sur le parquet, juste à l'endroit où la première fleur préhistorique avait percé le bois.
L'énergie du Point Zéro nous frappe comme une déferlante. Ce n'est pas une lumière, c'est une chaleur liquide qui remonte du sol, traverse les lattes de chêne et s'insinue dans nos pores. Nous rampons, littéralement, jusqu'au lit. Nous n'avons pas la force d'enlever nos vêtements de cérémonie, mais peu importe. Nous nous jetons sur le matelas, nous emboîtant l'un dans l'autre comme deux pièces d'un puzzle brisé.
— Viens là, murmure Quentin en m'attirant contre lui. Plus près.
Il passe ses bras autour de ma taille et enfouit son visage dans mon cou. Je sens son cœur cogner contre mes côtes, un rythme irrégulier qui cherche à se caler sur le mien.
— On est en vie, Samy. On a réussi.
— Mais à quel prix ? je réponds, ma voix étouffée par son épaule. J'ai eu l'impression que mon âme s'effilochait dans chaque fleur de cette grange.
— Mais à quel prix ? je réponds, ma voix étouffée par son épaule. J'ai eu l'impression que mon âme s'effilochait dans chaque fleur de cette grange.
Le silence du loft est protecteur. Autour de nous, la mousse luminescente sur les murs se remet à palpiter doucement, d'un vert apaisant. Elle semble aspirer notre fatigue pour la transformer en sève.
— Regarde-moi, me dit Quentin en se redressant légèrement.
Ses yeux ne sont plus azurés, ils sont traversés par des filaments dorés, des traces de la silice qui circule dans son sang. Il pose ses mains sur mes joues. Ses paumes sont brûlantes.
— Samy, ce qu'on a fait aujourd'hui... ce n'était pas juste de la déco. On a nourri la Terre. On l'a sentie respirer à travers nous.
— Je sais, je réponds en posant mes mains sur les siennes. Mais j'ai eu peur. Peur qu'on ne puisse plus jamais revenir à un état normal. Regarde-nous... on ne peut plus se lâcher sans mourir.
— On ne meurt pas, on devient autre chose, murmure-t-il.
— Je sais, je réponds en posant mes mains sur les siennes. Mais j'ai eu peur. Peur qu'on ne puisse plus jamais revenir à un état normal. Regarde-nous... on ne peut plus se lâcher sans mourir.
— On ne meurt pas, on devient autre chose, murmure-t-il.
Il m'embrasse avec une tendresse infinie. Ce n'est plus l'urgence érotique de la grange, c'est une fusion lente, une transfusion d'âme. À chaque contact de sa langue contre la mienne, je sens des étincelles de vitalité revenir dans mes membres. Mes doigts, qui étaient engourdis, retrouvent leur sensibilité. Je sens la marque du Serch Bythol sur mon torse palpiter en synchronisation avec la sienne.
Nous restons là, enlacés au milieu de notre jungle intérieure, tandis que l'obscurité de la nuit enveloppe mon loft. Les objets qui lévitaient doucement redescendent se poser. L'équilibre revient.
— Samy ?
— Oui ?
— Tu te souviens du rêve ? Des druides ?
— Chaque seconde.
— Ils n'avaient pas l'air malheureux, tu ne trouves pas ? Malgré le sacrifice. Ils avaient l'air... complets.
— Oui ?
— Tu te souviens du rêve ? Des druides ?
— Chaque seconde.
— Ils n'avaient pas l'air malheureux, tu ne trouves pas ? Malgré le sacrifice. Ils avaient l'air... complets.
Je me serre un peu plus contre lui, savourant la chaleur de son corps qui est devenue ma seule boussole.
— Ils étaient complets parce qu'ils n'étaient plus seuls. Avant, ils étaient deux guerriers. Après, ils étaient la Terre elle-même. Je crois que c'est ce qui nous arrive. On perd notre identité d'hommes pour devenir... des racines.
— C'est terrifiant, avoue Quentin dans un souffle. Mais quand je te touche, quand je sens que tu es là, la peur disparaît. Van Der Berg ne comprendra jamais ça. Il voit des chiffres, des fréquences, des battements de cœur. Il ne voit pas que notre amour est le seul moteur de tout ce système.
— C'est terrifiant, avoue Quentin dans un souffle. Mais quand je te touche, quand je sens que tu es là, la peur disparaît. Van Der Berg ne comprendra jamais ça. Il voit des chiffres, des fréquences, des battements de cœur. Il ne voit pas que notre amour est le seul moteur de tout ce système.
Il remonte ma chemise pour poser sa main directement sur mon tatouage. Le contact déclenche une lueur dorée qui illumine brièvement la pièce.
— Tu crois qu'il va revenir ? je demande.
— Il reviendra. Mais il ne pourra rien faire. On a ancré le lien aujourd'hui, Samy. Ce mariage a été une consécration. Le Point Zéro s'est étendu. La Terre nous protège maintenant autant qu'on la protège.
— Il reviendra. Mais il ne pourra rien faire. On a ancré le lien aujourd'hui, Samy. Ce mariage a été une consécration. Le Point Zéro s'est étendu. La Terre nous protège maintenant autant qu'on la protège.
Le sommeil commence à nous gagner, mais c'est un sommeil différent, cette fois. Un sommeil de ressourcement profond. Quentin fait glisser ses lèvres le long de ma mâchoire jusqu'à mon oreille.
— Je t'aime, Samy. Pas comme un homme aime un autre homme... mais comme la pluie aime la terre. Comme la silice aime la roche.
— Je t'aime aussi, Quentin. Bien au-delà de ce que les mots peuvent porter.
— Je t'aime aussi, Quentin. Bien au-delà de ce que les mots peuvent porter.
Nous nous endormons enfin, les corps entrelacés dans une position qui défie la fatigue. Le loft continue de veiller sur nous. Dehors, la ville de 2026 continue son tumulte mécanique, mais ici, au Point Zéro, le temps s'est arrêté. Nous sommes deux piles organiques branchées sur le noyau de la planète, deux sentinelles qui, dans leur repos, maintiennent le monde en éveil.
Dans l'ombre, sur les murs de mon loft, les motifs du Serch Bythol brillent d'une lueur constante, témoignant que le pacte est plus solide que jamais. Nous sommes épuisés, nous sommes brisés, mais nous sommes les maîtres d'une éternité que personne ne pourra jamais nous voler.
Le réveil au Point Zéro n'a plus rien à voir avec les matins ordinaires d'autrefois. Dans mon loft, la lumière de l'aube ne se contente pas d'éclairer la pièce ; elle semble être filtrée par une atmosphère devenue plus dense, plus pure, presque cristalline. Ce matin-là, je m'éveille avec la sensation que mes poumons sont trop petits pour l'air que je respire, tant il est chargé d'une vitalité nouvelle.
Quentin est déjà réveillé, mais il n'a pas bougé. Il me contemple en silence, sa main posée sur ma hanche, une chaleur constante qui agit comme un transformateur électrique entre nous. Au-dessus de notre lit, les racines luminescentes qui ont colonisé le plafond palpitent d'un vert tendre, suivant le rythme lent de notre respiration commune.
— Samy… murmure-t-il, un sourire ébloui aux lèvres. Regarde par la fenêtre.
Je me redresse, encore un peu engourdi par la puissance de notre ressourcement nocturne. En écartant les rideaux de lin, je reste pétrifié. La rue en contrebas, habituellement grise et saturée de poussière urbaine, a disparu sous une déferlante végétale. Les fissures du goudron, les interstices entre les pavés, les rebords des fenêtres de l'immeuble d'en face… tout a fleuri. Des fleurs de lin bleu et des coquelicots d'un rouge vibrant s'épanouissent entre les voitures garées. Le long des gouttières, des grappes de glycines retombent comme des parures de mariée.
Le Printemps Sacré ne fait que commencer, et nous en sommes le cœur battant.
Depuis le mariage de Claire et Thomas, notre vie professionnelle a basculé dans une dimension que nous n'aurions jamais osé imaginer. Ce qui s'est passé dans cette grange a agi comme un signal envoyé au monde. Le téléphone ne s'arrête plus de vibrer, les e-mails saturent ma boîte de réception. Des clients prestigieux, des collectionneurs d'art, des couples en quête d'absolu… tous réclament « le miracle ».
— Ils ne veulent pas juste des chaises et des nappes, Samy, me dit Quentin en préparant le café, dont l'arôme semble aujourd'hui décuplé, presque enivrant. Ils veulent ce qu'ils ont ressenti là-bas. Ils veulent la paix de la Terre.
Le succès est foudroyant. Au cours des deux dernières semaines, nous avons enchaîné les chantiers. Mais ce ne sont plus des chantiers ordinaires. Lorsque nous entrons dans un espace froid, un bureau aseptisé ou un appartement moderne et sans âme, nous nous regardons et, sans même avoir besoin de nous parler, nous savons où « planter » l'énergie.
Hier, nous avons décoré un hall d'entrée pour un grand cabinet d'avocats. Dès que Quentin a posé ses mains sur le bureau en marbre et que j'ai effleuré le mur porteur, une vibration a parcouru l'acier et le verre. Le soir même, le client nous appelait, en larmes, disant que l'atmosphère était devenue si sereine que ses employés refusaient de partir. Partout où nous passons, les fleurs poussent dans les jardinières oubliées, les plantes mourantes reprennent vie en quelques secondes, et une odeur de forêt ancienne sature les conduits de climatisation.
Le plus fascinant, c'est l'influence directe de notre lien sur la ville. Nous l'avons remarqué hier en marchant vers un nouveau rendez-vous. Nous marchions main dans la main, nos doigts entrelacés pour ne jamais rompre le flux. À chaque fois que je serrais sa main un peu plus fort, ou que Quentin déposait un baiser rapide sur ma tempe en pleine rue, une vague de floraison nous suivait.
— Regarde derrière nous, a chuchoté Quentin.
Un tapis de trèfles blancs et de mousses veloutées apparaissait littéralement sous nos pas, effaçant la saleté du trottoir. Les passants s'arrêtaient, s'agenouillant pour toucher ces plantes qui n'auraient pas dû être là. Les visages se détendaient, les tensions des citadins s'évaporaient à notre passage. Nous ne sommes pas seulement des décorateurs ; nous sommes devenus des diffuseurs d'empathie.
Le soir, de retour dans mon loft, la fatigue est présente, mais elle est lumineuse. Quentin m'attire contre lui sur le canapé, entouré par la jungle intérieure qui ne cesse de croître.
— On ne peut pas se disputer, n'est-ce pas ? me demande-t-il en caressant mes cheveux.
— On ne le pourrait pas même si on le voulait, je réponds en souriant. La Terre ne nous le pardonnerait pas. Imagine… si une seconde de colère entre nous pouvait faire faner tout un quartier.
— On ne le pourrait pas même si on le voulait, je réponds en souriant. La Terre ne nous le pardonnerait pas. Imagine… si une seconde de colère entre nous pouvait faire faner tout un quartier.
Il rit doucement, un son qui fait vibrer les feuilles de jasmin autour de nous.
— C'est une belle responsabilité, Samy. T'aimer pour que le monde reste vert. C'est la plus belle mission que j'ai jamais eue.
Nos moments d'intimité sont devenus des rituels de création. Ce soir-là, alors que la lune éclaire les fleurs bleues qui grimpent désormais sur les vitres de mon loft, nous nous abandonnons l'un à l'autre avec une douceur infinie.
Chaque caresse de Quentin sur ma peau déclenche une réaction dans le bâtiment. Quand il embrasse mon cou, j'entends le bruissement des feuilles qui s'ouvrent dans le salon. Quand mes mains parcourent son dos, sentant la silice vibrer sous ses muscles, une fragrance de chèvrefeuille et de terre mouillée devient si forte qu'elle nous enivre.
Nous faisons l'amour avec une lenteur sacrée, conscients que chaque gémissement, chaque pulsation de notre plaisir, nourrit le Point Zéro. Nous ne sommes plus deux individus, nous sommes une symphonie. Au moment de l'extase, ce n'est pas seulement notre chambre qui s'illumine, c'est tout l'immeuble qui semble rayonner d'une lumière émeraude. À travers les murs, je sens les racines s'enfoncer plus profondément dans le sol, connectant mon loft à tous les parcs de la ville, irriguant la cité de notre bonheur.
Pourtant, au milieu de cette euphorie végétale, une ombre persiste. Van Der Berg ne s'est pas manifesté, mais nous sentons sa présence. Il est comme un parasite tapi dans les fréquences radio. Les journaux télévisés tournent en boucle sur « l'Anomalie Verte de 2026 ». Les scientifiques parlent de spores inconnues, de mutations climatiques accélérées.
— Il attend son heure, dit Quentin alors que nous sommes allongés l'un contre l'autre, récupérant nos forces. Il analyse les schémas de floraison. Il sait que la carte des fleurs correspond à nos déplacements.
— Laisse-le analyser, je réponds en me blottissant dans ses bras. Il cherche à quantifier l'infini. Il cherche des chiffres là où il n'y a que du sentiment. Il ne pourra jamais briser ce que la Terre a mis des millénaires à préparer.
— Laisse-le analyser, je réponds en me blottissant dans ses bras. Il cherche à quantifier l'infini. Il cherche des chiffres là où il n'y a que du sentiment. Il ne pourra jamais briser ce que la Terre a mis des millénaires à préparer.
Quentin m'embrasse le front, sa main jouant avec le symbole sur ma poitrine qui luit d'une lueur apaisée.
— On est plus forts que lui, Samy. Parce qu'on ne se bat pas pour le pouvoir. On se bat pour que demain, un enfant puisse voir une fleur pousser dans le béton.
Nous nous endormons ainsi, baignés dans l'odeur des roses qui ont envahi le balcon, protégés par un écosystème de pure tendresse. La ville peut bien s'interroger, le monde peut bien trembler de curiosité, nous restons les sentinelles du Point Zéro, les amants dont le simple souffle fait battre le cœur de la Terre.
Le jour n'est pas encore levé, mais mon loft ne connaît plus l'obscurité totale. Une clarté émeraude, diffuse et pulsante, émane des parois où la mousse s'est épaissie durant la nuit. L'air est saturé d'une humidité tiède, chargée du parfum entêtant du lys et de la terre noire. Je m'éveille avec une sensation de brûlure électrique qui parcourt chaque nerf, chaque pore de ma peau. Ce n'est pas une douleur, c'est un besoin. Mon corps n'est plus seulement de chair ; il est devenu un récepteur sensible, un conducteur prêt à laisser passer le flux pur du Point Zéro.
À côté de moi, Quentin dort encore, mais son corps est une forge. La chaleur qui se dégage de lui est telle que les draps de lin semblent fumer légèrement au contact de sa peau. Je me tourne vers lui, le regard errant sur la courbe de son épaule, sur les muscles puissants de son dos où le symbole du Serch Bythol luit d'une lueur dorée, comme du métal en fusion incrusté sous l'épiderme.
L'envie me submerge avec une violence que je ne peux plus contenir. Ce n'est pas seulement du désir, c'est une nécessité de fusionner, de décharger cette tension qui sature mes membres. Mon sexe est déjà d'une dureté de pierre, battant au rythme d'un tambour sourd et puissant. Je veux le sentir céder sous moi, je veux m'unir à lui jusqu'à ce que nos souffles ne fassent plus qu'un.
Je pose ma main sur sa hanche. Le contact provoque un crépitement audible, une petite décharge d'ozone qui fait tressaillir ses muscles. Quentin laisse échapper un soupir rauque, un son guttural qui semble vibrer jusque dans mes os. Ses yeux s'ouvrent, azurés et profonds, déjà injectés de cette lumière de silice qui nous lie. Il n'a pas besoin de mots. Il voit l'urgence dans mon regard, il sent la rigidité de mon corps pressé contre son flanc.
— Samy… grogne-t-il, sa voix vibrant comme un grondement souterrain.
Je ne lui laisse pas le temps de finir. Je me jette sur ses lèvres. Le baiser est brutal, affamé, un choc de sève et de feu. Mes mains descendent avec une impatience fébrile, balayant les derniers tissus qui nous séparent. Nos peaux se rencontrent enfin, nues, brûlantes. Le contact est si intense que je vois, du coin de l'œil, une grappe de roses blanches jaillir instantanément du montant du lit, leurs pétales s'ouvrant dans un bruissement de soie pour saluer notre éveil.
Mes doigts se referment sur son sexe, déjà fier, brûlant et d'une rigidité de marbre. Il est magnifique, parcouru de veines saillantes qui palpitent sous ma paume. En réponse, Quentin gémit, un son profond qui fait vibrer l'air même du loft. Je sens ses propres mains, larges et calleuses, s'emparer de mon visage pour m'embrasser avec une ferveur renouvelée, cherchant à supprimer le moindre millimètre de vide entre nos deux anatomies.
Je le fais basculer sur le dos, me dressant au-dessus de lui. Mes muscles sont saillants sous la lueur émeraude. Je commence par lui dévorer le cou, mes dents marquant sa peau tandis que mes mains descendent vers son intimité. Je sens mes doigts s'aventurer entre ses cuisses, effleurant ses couilles avec une précision qui le fait cambrer le dos de plaisir. Je les caresse longuement, les soupèse, jouant avec cette zone de vulnérabilité avec une maîtrise qui lui arrache des cris de pure extase. Ma langue descend sur son torse, traçant des cercles de feu autour de ses tétons avant que je ne m'empare à nouveau de sa bouche.
— Tu es si dur, Samy, murmure-t-il contre mes lèvres, son souffle embrasant mes sens. Prends-moi... maintenant.
Je le fais pivoter, l'installant à quatre pattes sur le matelas qui semble désormais être un tapis de mousse vivante. À chaque mouvement saccadé, des fleurs de jasmin éclosent sous ses genoux, libérant leur parfum sucré. Je me place derrière lui, mon sexe frappant contre ses fesses avec impatience. Je sens son entrée, humide et brûlante, m'appeler. Quentin se retient au bord du lit, ses doigts s'enfonçant dans le bois qui, sous son contact, se ramollit et se couvre de bourgeons printaniers.
Quand je m'enfonce en lui d'un coup sec, c'est une explosion. Ce n'est pas seulement moi qui entre, c'est toute la puissance du lien qui s'engouffre dans ses entrailles. Il lâche un cri déchirant, la tête renversée, tandis que des lianes de lierre grimpent à toute vitesse sur nos bras qui se cherchent, nous soudant physiquement l'un à l'autre.
Mes coups de reins sont puissants, réguliers, inarrêtables. À chaque va-et-vient, je sens mon propre plaisir monter, saturé, décuplé par la résistance de son corps. Je ne m'arrête pas, j'accélère, mes gémissements de mâle se mêlant aux siens dans une symphonie de chair. Je ramène mes mains vers l'avant, attrapant ses couilles à nouveau, les pressant avec une force qui lui fait voir des étoiles. La sensation est totale, dévastatrice.
Le plaisir atteint des sommets insoutenables. Nous changeons de position dans un flou de sueur et de lumière. Je le tire vers moi, le faisant s'asseoir sur moi, ses jambes enserrant ma taille, son sexe frottant contre mon torse brûlant à chaque mouvement de va-et-vient qu'il imprime. Nous nous regardons dans les yeux, et je vois l'infini se refléter dans ses pupilles. Nous ne sommes plus deux hommes distincts, nous sommes les deux pôles d'une force primordiale.
— Samy… maintenant… murmure-t-il, ses muscles se contractant sous l'imminence de la fin.
Je sens ma propre jouissance monter, une vague de fond qui part de la plante de mes pieds pour exploser dans mon bassin. Mon sexe est si tendu qu'il semble irradier sa propre chaleur. Je le saisis par les hanches, le ramenant contre moi, m'enfonçant une dernière fois avec une force dévastatrice qui nous transperce tous les deux.
La jouissance me percute avec la puissance d'un orage. Je décharge en lui, un jet brûlant et épais qui semble ne jamais vouloir s'arrêter, une libération totale de tout ce que j'ai accumulé. En même temps, Quentin explose contre mon ventre, son cri de plaisir résonnant contre les murs du loft. À cet instant précis, le Point Zéro libère toute sa tension : une onde de choc de lumière dorée traverse la pièce, et des milliers de pétales de fleurs s'envolent, tourbillonnant autour de nous comme une neige chaude de printemps.
Nous restons ainsi, effondrés l'un sur l'autre, nos corps encore soudés, nos cœurs battant à un rythme identique, comme un seul moteur. La sueur sur nos peaux brille comme de la rosée matinale sous la lune. Autour du lit, la chambre est devenue une jungle impénétrable. Des orchidées exotiques pendent du plafond, et le sol est entièrement recouvert d'un tapis de mousse d'un vert si profond qu'il semble noir.
Le silence qui suit est sacré, seulement troublé par nos souffles courts. Nous reprenons connaissance lentement, mon visage enfoui dans son cou, mes mains, caressant encore distraitement ses hanches dans un geste de possession tendre.
— On a tout donné, Quentin, je murmure, ma voix n'étant plus qu'un souffle de paix. Regarde ce qu'on a créé.
Il ferme les yeux, savourant la chaleur de ma jouissance encore présente en lui, ce lien physique et liquide qui nous ancre l'un à l'autre plus sûrement que n'importe quel sortilège. Je sais qu'à l'extérieur, dans la ville, l'onde de choc de notre plaisir a fait fleurir des jardins entiers, que des arbres oubliés ont retrouvé leur vigueur en un instant. Notre amour est devenu le moteur du vivant, et dans la moiteur de mon loft transformé en sanctuaire végétal, je réalise que je n'ai jamais été aussi complet.
Nous restons là, épaves de plaisir, sentant la vibration dans nos veines s'apaiser lentement, gardiens d'un secret qui fleurit désormais dans chaque recoin de notre chair.
Le soleil de dix heures inonde mon loft, transformant les verrières en plaques d'or pur. L'air est d'une densité délicieuse, presque sucrée, chargé du pollen des fleurs préhistoriques qui se sont épanouies durant nos ébats. Nous sommes encore là, au milieu du désordre de draps et de pétales, à reprendre nos forces. Quentin est allongé sur le flanc, sa main posée sur ma cuisse, ses doigts traçant des motifs distraits sur ma peau encore brûlante de lui.
Je me sens invincible. L'énergie du Point Zéro circule en moi avec une fluidité parfaite, réparant chaque fibre de mon être après l'intensité de notre fusion. Nous sommes dans cet état de grâce absolue, ce moment de flottement où le monde extérieur n'existe plus. Je me redresse doucement pour attraper mon t-shirt, savourant le silence paisible du bâtiment qui semble ronronner de bonheur sous nous.
C'est alors que le silence change de nature. Ce n'est pas un bruit, mais une absence. Comme si quelqu'un venait de couper brutalement le courant d'une machine immense.
La première alerte vient des plantes. En une fraction de seconde, les grandes fougères qui encadrent notre lit se rétractent. Leurs feuilles deviennent brusquement sèches, cassantes, virant au gris de cendres. Un frisson parcourt le plancher. C'est un sifflement aigu, électronique, qui nous vrille les tympans.
— Samy… ? murmure Quentin en se redressant, l'inquiétude pétrifiant son visage.
La porte d'entrée s'ouvre simplement, glissant sur ses gonds avec une fluidité anormale. Van Der Berg entre. Il porte un manteau de laine anthracite et tient un petit boîtier d'ébène diffusant un faisceau violet. Derrière lui, quatre techniciens en combinaisons pressurisées s'engouffrent dans mon sanctuaire, pulvérisant un gaz inodore qui éteint instantanément la mousse luminescente.
— Quelle scène touchante, dit Van Der Berg d'une voix dépourvue de toute émotion. L'amour au milieu des ruines biologiques. C'est presque poétique.
Je tente de bondir hors du lit, mais mes membres pèsent soudain des tonnes. La fréquence du boîtier fige la silice dans mon sang. Quentin, à mes côtés, lâche un cri étouffé, se tenant la poitrine. Je vois ses veines bleuir. Les techniciens déploient des pylônes métalliques aux quatre coins de la pièce. En un clic, un dôme de force invisible se referme sur nous : une cage de Faraday conçue pour les ondes spirituelles.
Le lien qui me relie à Quentin, ce fil d'or vibrant qui nous permet de respirer à l'unisson, s'étire brusquement. La douleur est atroce. Je sens mon âme se déchirer.
— Vous ne comprenez pas, n'est-ce pas ? murmure Van Der Berg. Vous êtes les batteries de ce monde, et je vais simplement vous séparer pour stabiliser mon réseau.
Van Der Berg s'approche de moi. Il pose une main gantée sur mon front. Je sens une décharge froide pénétrer mon crâne.
— Dors, Samy. Tu es précieux, mais tu es trop instable pour ce qui va suivre.
Mes paupières deviennent insupportablement lourdes. Je lutte, mes doigts griffant désespérément les draps pour atteindre la main de Quentin, mais il est déjà trop loin. À travers le voile qui obscurcit ma vue, je vois deux techniciens s'emparer de Quentin. Ils le soulèvent, son corps luttant mollement, ses yeux cherchant les miens avec une détresse infinie.
— Non... Quentin... soufflé-je, mais aucun son ne sort.
— Emmenez-le au centre d'extraction B, ordonne Van Der Berg. Gardez-le sous sédation magnétique. S'il sort du champ de confinement, le choc en retour le tuera instantanément. Et Samy avec lui.
— Emmenez-le au centre d'extraction B, ordonne Van Der Berg. Gardez-le sous sédation magnétique. S'il sort du champ de confinement, le choc en retour le tuera instantanément. Et Samy avec lui.
Alors qu'ils franchissent le seuil du loft avec Quentin, je ressens une déchirement physique épouvantable. C'est comme si on sciait mon cœur en deux. Puisque nous partageons la même force vitale, chaque mètre de distance qui nous sépare agit comme un poison.
Je vois Quentin franchir la porte. À cet instant précis, un froid polaire m'envahit les poumons. Mon rythme cardiaque ralentit dangereusement, chaque battement étant un effort surhumain. Je sens la vie s'échapper de mes doigts, car la moitié de mon âme vient de quitter la pièce.
Le dernier reflet que je perçois avant de sombrer dans l'inconscience est celui du symbole du Serch Bythol sur mon torse : il ne brille plus. Il devient gris, comme de la cendre.
S'ils l'emmènent à l'autre bout de la ville, le lien ne tiendra jamais. L'un de nous deux cessera de battre avant même qu'ils n'arrivent à destination. Le vide m'aspire, et dans le silence de mon loft dévasté, mon cœur rate un battement... puis un deuxième.
Fin du chapitre 7.
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