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✦ tounet777 La frontière de verre XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La frontière de verre — Chapitre 5

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La frontière de verre

Chapitre 5

Chapitre 5
Le silence qui s'abat sur le loft est une matière épaisse, presque solide, plus étouffante encore que le vacarme minéral qui l'a précédé. L'air vibre d'une tension électrique qui hérisse chaque poil de mon corps. La lueur bleue qui émane de nos poitrines n'est plus une simple fluorescence ; c'est un projecteur qui sculpte des ombres mouvantes sur les murs décrépis, transformant ce volume de béton et de verre en un sanctuaire païen, hors du temps.
Je baisse les yeux sur ma propre peau. Ma chair semble s'être transmutée en un cristal poli, translucide et profond. Le symbole qui me marque est d'une précision chirurgicale, comme gravé au laser dans la structure même de mes os : deux formes en amande horizontales, d'une pureté géométrique absolue, qui se croisent en leur centre exact. Ce croisement crée un petit losange aux côtés incurvés, une étoile à quatre branches d'une douceur étrange qui pulse, au rythme lent et lourd de mon sang.
À travers ma vision dédoublée — ce don étrange qui me permet de voir le monde par les yeux de mon amant — je fixe le torse de Quentin. Son motif est radicalement différent, plus épuré, plus dense. Un cercle parfait, d'une rigueur millimétrique, abrite en son centre un point plein, un noyau de lumière noire, aussi intense qu'un trou noir tapi au milieu d'un soleil bleu.
Van Der Berg, qui s'était effondré sous le choc, commence à se relever. Ses mouvements sont saccadés, grotesques, semblables à ceux d'un automate dont les rouages seraient grippés par une terreur primordiale. Il ne nous regarde plus comme des êtres humains, ni même comme les précieux cobayes d'une vie de recherches. Pour lui, nous sommes devenus des objets d'épouvante sacrée. Ses mains tremblent si violemment qu'il doit s'agripper au montant métallique de l'escalier de service pour ne pas sombrer à nouveau. Il s'approche de nous, un pas après l'autre, le souffle court, ses yeux écarquillés rivés sur nos poitrines nues.
Il reste là, penché sur nous, durant ce qui me semble être une éternité. Plusieurs minutes s'écoulent, marquées uniquement par le sifflement de l'ozone et le bourdonnement électrique qui s'échappe de nos pores. Son regard fiévreux passe de mon losange incurvé au cercle punctiforme de Quentin, analysant chaque courbe, chaque intersection de lumière dans notre chair.
— Ça suffit ! explose soudain Quentin, sa voix vibrant d'une colère sourde qui fait trembler les cadres restés au mur. C'est quoi ce bordel, Van Der Berg ? Qu'est-ce que vous nous avez fait ? C'est quoi ces signes ? Dites quelque chose, bordel !
L'architecte ne répond pas. Il est en transe, les yeux vitreux. D'un geste lent, presque hypnotique, il sort son téléphone de sa poche. Ses doigts glissent sur l'écran avec une maladresse fébrile. Il prend plusieurs photos de mon torse, puis de celui de Quentin. Dans un silence de mort, il manipule son appareil avec une concentration maniaque, utilisant un logiciel de transparence pour superposer les deux images. Son visage, éclairé par le reflet bleuté de l'écran, devient brusquement livide, comme si le sang venait de quitter son corps.
— C'est impossible... murmure-t-il, la voix blanche, presque inaudible. C'est une erreur de calcul... ça ne peut pas être ça.
— Quoi ? je demande, la gorge nouée. Qu'est-ce que vous voyez ?
Il tourne lentement l'écran vers nous. Sur l'image fusionnée, les deux symboles s'emboîtent avec une perfection divine, sans le moindre millimètre d'écart. Mon losange étoilé s'inscrit au cœur de son cercle, et le point plein de Quentin vient se loger exactement au centre de mes deux amandes. Le résultat est un motif ancestral, une géométrie d'une complexité harmonique qui semble dater de l'aube des temps.
— C'est un symbole celte, finit-il par lâcher, le mot sortant de sa bouche comme un venin. Le Serch Bythol. L'Amour Éternel.
Il se remet à marcher de long en large, se prenant la tête à deux mains, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux gris. Il semble lutter contre une réalité qui menace de briser sa raison.
— Le symbole est formé par l'entrelacement de deux Vesica Piscis... ces deux formes en amande que tu portes, Samy. Dans la tradition celte et le néo-druidisme, ces deux formes représentent deux individus distincts. Leur croisement signifie que leurs vies, leurs esprits et leurs destins sont désormais liés de façon indissociable. Le cercle que tu portes, Quentin, c'est l'éternité, le monde, l'infini qui englobe tout.
Il s'arrête devant nous, le visage tordu par une grimace de dégoût intellectuel, comme s'il insultait sa propre intelligence en prononçant ces mots.
— Ce signe est un talisman de fidélité absolue. Le flux ininterrompu de la ligne signifie que l'amour ne s'arrête jamais. L'équilibre parfait entre la gauche et la droite symbolise une harmonie où chacun apporte autant qu'il reçoit. Et là, au centre... là où vos marques fusionnent pour former ce losange incurvé avec le point central... c'est ce qu'on appelle le bindu dans d'autres traditions ésotériques. C'est la création pure. L'étincelle de vie. Le point où l'esprit s'incarne enfin dans la matière.
Van Der Berg ricane nerveusement, un son sec et dénué de la moindre once de joie.
— C'est le symbole de la Terre, de la vie qui prend racine dans le sol. Naissance, croissance, mort et renaissance... Il est censé représenter l'homéostasie, l'équilibre délicat de l'écosystème où chaque partie dépend de l'autre. Les deux extensions latérales de tes amandes, Samy, agissent comme des bras ouverts qui puisent l'énergie de l'environnement pour la ramener vers le centre. Vers vous deux.
Soudain, il frappe violemment du poing contre la paroi de verre, un éclat de rage pure dans le regard.
— Mais tout ça, c'est de la foutaise ! hurle-t-il, la voix brisée par l'hystérie. La magie n'existe pas ! Je ne crois pas à ces délires ésotériques, à cette géométrie sacrée pour charlatans ! Mes recherches sont scientifiques ! J'ai travaillé sur la résonance des matériaux, sur la conductivité de la silice, sur la tension gravitationnelle ! L'architecture est une science exacte, pas un rituel druidique de pacotille !
Pourtant, malgré ses hurlements de déni, il tremble de tous ses membres. Il regarde ses propres mains, puis le loft qui semble désormais respirer, comme si les murs se dilataient et se contractaient en rythme. L'incompréhension le ronge. Comment des équations froides sur la structure cristalline ont-elles pu engendrer un symbole mystique aussi précis, aussi chargé ?
Pendant qu'il s'enfonce dans sa propre terreur, je sens quelque chose changer radicalement en moi. La douleur aiguë dans ma poitrine s'est muée en une chaleur diffuse, presque apaisante. Je ne comprends pas intellectuellement ce que Van Der Berg raconte sur la géométrie sacrée, mais mon corps, lui, semble le savoir depuis toujours.
En regardant Quentin, je ressens une onde de paix absolue. Ce n'est plus seulement de l'amour, ni même du désir ; c'est une certitude physique, biologique. Nos racines sont entrelacées bien au-delà de la surface de la réalité. Je sens la terre sous l'immeuble, je sens la vibration des fondations, je sens même le cycle immuable de la Terre qui bat dans mes veines.
Je réalise que si je tends la main vers les murs, je peux "puiser" dans l'énergie du bâtiment. Quentin ferme les yeux, son visage s'apaisant également dans une expression de sérénité totale. Il ressent la même chose : cette connexion verticale entre le ciel et le sol, cet équilibre parfait dont parle l'architecte malgré lui.
— Vous ne comprenez pas... continue Van Der Berg, sa voix s'éteignant dans un murmure terrifié. Si ce symbole est actif... si vous êtes réellement devenus le Serch Bythol incarné... alors vous n'êtes plus des humains. Vous êtes un point de bascule. Vous êtes l'endroit où le monde spirituel s'incarne dans la matière de cet immeuble. Et si le bâtiment devient "vivant" par votre lien... alors mes calculs sur la stabilité structurelle ne valent plus rien.
Il nous regarde avec une horreur renouvelée, reculant comme devant des monstres.
— Vous êtes en train de transformer la silice en vie. Et la science... la science ne sait pas gérer la vie qui naît du verre.
Il recule encore, son téléphone glissant de ses mains pour s'écraser sur le parquet. La lueur bleue de nos cœurs commence à dessiner des lignes lumineuses sur le sol, prolongeant les tracés de nos poitrines vers les murs et le plafond. Le Serch Bythol ne se contente pas d'être marqué sur notre peau ; il est en train de coloniser l'architecture, de transformer le béton et le verre en un organisme vivant.
Qu'est-ce qui restera de nous, et de cet immeuble, quand l'entrelacement sera total ? La question reste suspendue dans l'air saturé d'ozone, tandis que Van Der Berg, l'homme de science, contemple avec effroi le miracle qu'il refuse de nommer.
Van Der Berg recule vers la porte, son visage déformé par une terreur qu'il tente maladroitement de masquer sous un vernis de professionnalisme brisé. Ses mains tremblent tellement qu'il doit s'y reprendre à deux fois pour saisir la poignée.
— Je... je dois retourner à mes notes, bafouille-t-il, les yeux fuyant les lueurs bleutées qui pulsent sur nos poitrines. Ce qui se passe ici... les motifs... la divergence des sceaux... c'est une anomalie biologique que mes équations n'avaient pas prévue. Je vais essayer de comprendre, de modéliser cette réaction. Je vous tiendrai au courant... assez rapidement. Ne... ne touchez à rien.
Il s'enfuit presque, le bruit de ses pas précipités résonnant sur le palier comme un aveu d'impuissance. Le claquement de la porte marque la fin d'un monde et le début d'un autre.
Le silence qui suit est électrique. Quentin et moi restons debout, au centre du loft baigné par cette lumière d'outre-monde. Nous nous regardons longuement, nos souffles se synchronisant naturellement, suivant le rythme unique de nos deux cœurs qui n'en font plus qu'un. Sans un mot, comme poussés par une force gravitationnelle irrésistible, nos mains se lèvent. Nos doigts se frôlent d'abord, créant de minuscules arcs bleutés au point de contact, puis s'entrelacent.
Nous nous rapprochons lentement. Chaque centimètre gagné semble peser des tonnes et pourtant être d'une légèreté absolue. Quand nos torses se touchent enfin, le contact de nos deux symboles lumineux provoque une onde de choc qui décuple instantanément la tension sexuelle. C'est une décharge pure, une foudre qui nous fige sur place avant de nous embraser. Je romps le silence d'une voix rauque, chargée d'une confession qui me brûle les lèvres depuis trop longtemps.
— J'en crève d'envie... depuis le premier jour où tu as passé le pas de cette porte, Quentin. C'était là, tapi sous ma peau, bien avant que cette silice ne nous fusionne.
Quentin ancre son regard dans le mien, une lueur de défi et de soulagement mêlés dans ses pupilles azurées.
— Moi aussi, souffle-t-il. C'était comme une démangeaison constante, un appel que je ne pouvais pas nommer.
La tension devient insoutenable. La lueur de nos motifs se met à palpiter plus vite, illuminant nos visages. Sans attendre une seconde de plus, Quentin me saisit par la nuque et m'attire contre lui. Nos lèvres s'entrechoquent dans un baiser fougueux, presque brutal, un choc de chair et d'électricité. Nous basculons ensemble sur le canapé en cuir, envoyant valser les quelques vêtements que nous avons enfilés à la hâte.
Nos langues s'entremêlent avec une faim primitive, explorant, goûtant, revendiquant. Mes mains parcourent le corps de Quentin, s'émerveillant de la fermeté de ses muscles et de la douceur de sa peau sur laquelle la lumière bleue trace des réseaux de veines lumineuses.
— Je n'ai jamais fait ça avec un mec, je murmure entre deux baisers dévastateurs.
— Moi non plus, répond Quentin dans un souffle erratique. Jamais. Mais j'ai l'impression que je te connais par cœur, que chaque cellule de ton corps est une extension de la mienne.
Nous basculons dans une danse de corps avides. Cherchant à explorer chaque recoin de cette nouvelle intimité, nous nous plaçons naturellement en position de 69, nos sexes se faisant face, tendus et palpitants. Quentin prend mon membre en bouche, tandis que je fais de même, découvrant la saveur salée et le frisson que procure ce contact direct. C'est une exploration sensorielle décuplée : je sens son plaisir dans ma propre gorge, et il ressent les caresses de ma langue comme si elles parcouraient son propre corps.
Au bout d'un moment, mes mains descendent plus bas, mes doigts venant effleurer avec une douceur infinie la rosette de Quentin. Un gémissement profond monte de ses entrailles, un son de pur abandon. Je lâche alors son sexe, me redressant légèrement pour venir plonger mon visage entre ses cuisses. Ma langue s'active avec une ferveur dévorante, explorant ce petit trou qui palpite sous mes lèvres.
Quentin se cambre, ses mains s'enfoncent dans le cuir du canapé, les yeux révulsés. La sensation est indescriptible ; c'est comme si je léchais directement son âme.
— Putain... Samy... vas-y, prends-moi... prends-moi là, tout de suite ! cria-t-il, incapable de contenir l'incendie qui nous ravage.
Je me redresse, les yeux brillants d'une détermination sauvage. Je le fais basculer sur le ventre et je me place derrière lui. Je presse ma queue bien dure contre son cul, sentant la résistance de l'anneau de chair. J'y vais millimètre par millimètre, avec une patience qui tient de la torture délicieuse. Quentin pousse un long cri étouffé quand il sent la tête de mon membre forcer le passage.
— Détends-toi, je murmure à son oreille, ma voix vibrant directement dans son crâne. Je suis là. On ne fait qu'un.
L'anneau finit par céder, s'ouvrant pour accueillir l'intrusion. Je m'immobilise un instant, lui laissant le temps de s'habituer à cette plénitude nouvelle, à cette sensation de déchirure et de complétude mêlées. Puis, je reprends ma progression, centimètre par centimètre, m'enfonçant jusqu'à la garde. Une fois bien au fond, le rythme s'accélère. Je commence à pomper, mes hanches frappant les siennes avec une force croissante. Le bruit de notre chair qui s'entrechoque se mêle à ses halètements saccadés.
Je le saisis alors par les hanches et le retourne d'un coup sec pour le plaquer sur le dos, les jambes en l'air. Sans perdre de temps, je le pénètre d'un coup sec, profond, défonçant ses dernières barrières avec une fougue qui le fait hurler de plaisir pur. Nous changeons de position, cherchant toujours plus de friction, plus de proximité. Je le tire sur moi pour qu'il me chevauche. Quentin s'agrippe à mes épaules, montant et descendant sur moi avec une rage désespérée, nos propres marques de poitrine s'illuminant au point de devenir aveuglantes à chaque frottement.
Le plaisir atteint des sommets insoupçonnés. Je saisis sa queue et je le branle avec une vigueur sauvage en parfaite synchronie avec mes propres coups de reins. Quentin bascule la tête en arrière, son corps tout entier tendu comme un arc.
— Je viens ! Samy !
Quentin jouit violemment, son sperme jaillissant contre nos torses entrelacés. Dans le même spasme, son petit trou se resserre avec une force incroyable sur mon sexe. C'est le déclencheur final. Je pousse un rugissement de triomphe et je jouis à mon tour, déchargeant des vagues de semence brûlante au plus profond de lui.
Alors que nous retombons l'un contre l'autre, je me penche pour l'embrasser langoureusement, un baiser de paix après la tempête. C'est à cet instant précis que le miracle se produit. Au contact de nos salives, au contact de nos fluides mêlés, nous ressentons tous les deux une sensation inouïe. La silice, ce verre liquide qui habite nos veines, se met à circuler avec une fluidité nouvelle, comme un fleuve de lumière parcourant chaque organe, chaque nerf.
Nous gémissons à l'unisson, une vibration qui ne vient pas seulement de nos cordes vocales. L'immeuble ne tremble pas physiquement, mais notre perception s'élargit brusquement de manière exponentielle. Nous ne voyons plus le loft. Nous ressentons la terre profonde, des kilomètres sous les fondations, la roche mère, les nappes phréatiques, le cœur battant du monde.
Et au milieu de cette immensité géologique, des voix s'élèvent. Ce ne sont pas des paroles, mais des fréquences, des chants cristallins provenant d'âmes anciennes, de locataires disparus, ou peut-être de la conscience même de la silice. Ces voix nous appellent, murmurant des secrets sur l'origine du bâtiment et sur notre propre nature. Nous ne comprenons pas encore le sens de ces appels, mais nous sentons que notre union charnelle vient d'ouvrir une porte qui ne pourra plus jamais être refermée.
Allongés dans les décombres de notre désir, marqués par nos symboles de lumière, nous écoutons le chant de la terre, terrifiés et émerveillés par l'immensité de ce que nous sommes devenus.
L'épuisement qui s'abat sur nous après la tempête n'est pas une simple fatigue humaine. C'est une extinction. Nos corps, vidés de toute substance, ne sont plus que des enveloppes de verre dépoli jetées sur le cuir noir du canapé. Je sens le souffle court et erratique de Quentin contre ma tempe, mais je suis incapable de lever la main pour essuyer la sueur qui cristallise en minuscules gemmes sur son front. Nos fluides mêlés sèchent sur nos torses, laissant des traces blanchâtres, des micro-cristaux qui brillent faiblement sous la lueur mourante de nos marques. Mes paupières pèsent des tonnes. La réalité du loft — l'odeur d'ozone, le désordre de nos vêtements au sol, l'écho de la porte claquée par Van Der Berg — s'efface au profit d'un bourdonnement sourd, une basse fréquence qui monte des profondeurs du sol.
Je ne m'endors pas. Je sombre.
L'effondrement est vertical, vertigineux. J'ai l'impression que le canapé se liquéfie, que le plancher du loft devient poreux comme du sable mouvant et que je traverse les étages de l'immeuble. Je ne tombe pas seul. Dans ce néant qui s'ouvre, je sens l'essence de Quentin liée à la mienne par un fil invisible, une amarre de lumière bleue qui nous empêche de nous éparpiller dans le vide. Nous traversons les strates du temps et de la matière. Je vois défiler les fondations de béton, puis les sédiments urbains, les couches de calcaire compact, les nappes phréatiques qui scintillent comme des veines d'argent liquide dans l'obscurité totale.
Nous finissons par atteindre la roche mère, là où le silence n'est plus une absence de bruit, mais une pression physique écrasante. Nous sommes au cœur de la terre, bien avant que l'homme n'ait l'idée de bâtir des cages de verre. Ici, la chaleur est une vibration, une présence vivante. Je ne vois pas de visages, je ne vois pas de fantômes. Je ressens la Terre dans sa nudité minérale : le glissement millimétrique des plaques tectoniques, le poids colossal des montagnes, la respiration lente et incandescente du magma.
C'est alors qu'une voix sans âge, une voix qui ressemble au craquement d'un glacier ou au grondement d'un séisme lointain, s'élève directement dans mon esprit. Elle ne parle pas avec des mots, mais avec des résonances qui font vibrer mes os.
— Vous cherchez le pourquoi, vibre la Terre.
Soudain, mon propre passé se déploie devant moi, mais dépouillé de toute émotion humaine. Je vois ma solitude, mes années d'errance, ce sentiment d'être une pièce détachée qui ne s'emboîte nulle part. Je vois les deuils de Quentin, ses zones d'ombre, ses silences qui sont des gouffres. La voix nous explique que Van Der Berg, malgré sa froideur scientifique, avait touché une vérité qui le dépasse.
— La silice ne s'ancre pas dans la perfection. Elle s'infiltre dans les failles.
Je comprends enfin. Nos souffrances, nos passés "cassés", ont créé en nous des micro-fissures, des zones de vide structurel. Pour la Terre, nous sommes des récepteurs parfaits. Van Der Berg n'a rien inventé ; il a simplement utilisé des fréquences qui ont trouvé en nous un écho. Nous sommes les seuls capables de supporter le fluide car nos blessures lui ont laissé la place de s'installer. Un être humain "plein", sans faille, aurait été pulvérisé par l'énergie. Nous, nous l'avons absorbée pour combler nos manques, pour cimenter nos âmes avec le verre de la terre.
Le symbole du Serch Bythol apparaît alors devant mes yeux, flottant dans le magma onirique. Il n'est plus un tatouage bleu. Il est une structure moléculaire complexe, une armure géométrique nécessaire à notre survie. Et là, dans le grondement des profondeurs, la voix confirme les mots de l'architecte : ce symbole signifie bien l'Amour Éternel. Mais ce n'est pas une romance de poète, c'est une loi de la nature.
— Vos âmes n'étaient là que pour se rencontrer, murmure la Terre à travers le quartz. « Vos failles étaient des moules qui n'attendaient que l'autre pour être comblés. »
La voix m'explique la géométrie de notre lien. Mes deux formes en amande — les Vesica Piscis — représentent la dualité de ma propre existence. Mais sans le cercle de Quentin, ces amandes resteraient des formes instables, prêtes à se briser sous la tension. Le cercle de Quentin est le pivot, l'éternité qui englobe tout. Son point central, le bindu, est l'ancre qui retient nos esprits. Van Der Berg avait raison : c'est un pacte de fidélité absolue gravé dans le cristal de nos cellules. Unis par ce fluide, nos ames sont désormais soudées ; elles ne se quitteront plus jamais, car l'une est le prolongement géométrique de l'autre.
— Sans l'entrelacement, vous seriez consumés, gronde la roche.
Le symbole est la réponse biologique de notre amour à la violence du fluide. Quand nos marques se sont touchées lors de notre étreinte, elles ont formé une valve de sécurité, une fusion irréversible. La Terre sous l'immeuble est en souffrance ; elle est compressée, étouffée par le béton et le verre. Elle cherchait une sortie, une bouche pour respirer. En fusionnant, nous sommes devenus cet organe de respiration, ce point de bascule entre le monde de l'esprit et celui de la matière.
Je ressens alors une immense douleur, celle du sol qui a soif de connexion. Je sens que si Quentin et moi nous éloignons l'un de l'autre, la structure moléculaire s'effondrera, et la terre avec elle. Nous ne sommes plus deux individus ; nous sommes les deux moitiés d'un stabilisateur minéral. Nous avons été choisis car notre compatibilité n'est pas seulement émotionnelle, elle est vibratoire. Nos sangs battent à la même fréquence que le quartz. Nous sommes condamnés et sauvés par cet amour qui est devenu notre seule réalité physique.
Le rêve commence à se dissoudre. Je sens le poids de la roche nous repousser vers la surface. La remontée est lente, douloureuse. J'ai l'impression que mes muscles se réincarnent dans une matière trop étroite, que ma peau redevient une prison.
Je rouvre les yeux dans le loft. Quentin est toujours contre moi, sa peau glacée contre la mienne. Nous sommes d'une faiblesse effrayante, incapables même de parler, le souffle encore chargé de la chaleur du magma. Mais dans le silence de la pièce, je sais qu'il a vu la même chose. Je sens dans son esprit l'écho des sédiments et la certitude de notre lien. Van Der Berg pensait manipuler de la silice ; il a en réalité scellé deux âmes qui s'attendaient depuis l'aube des temps.
Nous ne sommes plus des hommes qui habitent un appartement. Nous sommes les piliers d'une réalité qui nous dépasse, enchaînés l'un à l'autre par une géométrie sacrée qui a pris racine dans nos failles. Je serre faiblement la main de Quentin. Unie à la sienne, elle semble peser le poids de la montagne.
Le loft est silencieux, mais sous nous, à des kilomètres de profondeur, je continue d'entendre le chant des pierres qui nous remercient d'avoir accepté de devenir leur voix. Je ferme les yeux, épuisé, réalisant que notre amour est désormais le seul rempart contre l'effondrement du monde. Nous sommes le Serch Bythol. Nous sommes l'Éternité de Verre.
Fin du chapitre 5.
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