Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La frontière de verre — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La frontière de verre
Chapitre 3
Chapitre 3
Je me réveille lentement, la peau encore imprégnée de la fraîcheur des draps noirs. Face à moi, de l'autre côté de la vitre blindée, Quentin dort encore. Je reste un long moment immobile à le regarder, fasciné par le calme de son visage au repos. Il y a une tendresse étrange qui monte en moi, mêlée à un désir que je n'arrive plus à contenir dans les limites de la raison. Je ressens une chaleur diffuse dans ma poitrine, un lien physique invisible qui semble palpiter à travers les cinq centimètres de verre.
Quand il finit par ouvrir les yeux, nos regards s'accrochent instantanément. On se sourit timidement, sans un mot, comme si la nuit avait scellé un pacte secret entre nous. Personne ne mentionne l'épisode de la veille, mais l'air est déjà saturé de cette électricité statique qui nous poursuit. On échange un petit signe de la main avant de sortir du lit.
Je file sous la douche en laissant délibérément la porte ouverte. Je sens son regard glisser sur mon dos, sur mes fesses, une caresse optique si réelle qu'elle me fait frissonner sous l'eau brûlante. Je bande à moitié, sans pouvoir m'en empêcher, et mes mains s'attardent sur mon corps en sachant qu'il ne perd pas une miette du spectacle.
J'arrive le premier à l'agence « Luxe & Volupté ». Je suis d'une nervosité folle, incapable de rester assis. Je sens encore cette vibration résiduelle de la vitre dans mes os, comme si mon corps était devenu un récepteur sensible à sa seule présence.
Quentin pousse la porte dix minutes plus tard. Dès que nos yeux se croisent dans l'open space, c'est l'impact. Un choc violent, une décharge de déjà-vu écrasante qui me coupe le souffle, même si je m'interdis de faire le lien avec mon voisin. On se rapproche pour se saluer.
— Bonjour, Samy.
— Salut, Quentin.
— Salut, Quentin.
On se serre la main. Cette fois, ce n'est pas juste un picotement, c'est une véritable explosion. La décharge électrique est beaucoup plus forte que les fois précédentes, un courant continu qui remonte mon bras et redescend en une fraction de seconde directement dans mon bas-ventre. Une image floue me percute l'esprit : un corps d'homme, puissant, dont la peau nue semble briller contre une surface froide, sans que je puisse distinguer son visage. Je retire ma main brusquement, le cœur battant la chamade, mes doigts encore brûlants du contact. Quentin a le même mouvement de recul, ses pupilles sont si dilatées que le vert de ses yeux disparaît presque.
Le planning ne nous laisse pas de répit. Nous devons visiter deux fournisseurs pour le mariage de luxe que nous organisons en urgence. Dans l'habitacle de ma voiture, l'espace est soudainement devenu trop étroit. L'air est chargé de son parfum de cèdre et d'agrumes qui m'obsède.
Chaque fois que je change de vitesse et que le dos de ma main frôle par mégarde son genou, une étincelle invisible nous traverse. Quand mon épaule touche la sienne dans un virage serré, je sens une secousse dans ma colonne vertébrale. Je garde les mains crispées sur le volant, les articulations blanchies. Je bande à moitié pendant tout le trajet, une érection sourde et lancinante que je tente désespérément d'ignorer.
Pour me calmer, j'essaie de repenser à la dernière fille que j'ai draguée dans un bar avec mes potes, il y a quelques jours. Je revois ses cheveux longs, son rire... mais l'image s'efface aussitôt, balayée par la vision de cette peau tatouée juste à côté de moi. Mes yeux dévient malgré moi vers ses cuisses sous son pantalon, vers ses mains posées sur ses genoux. Quentin, lui, fixe la route, mais je vois ses doigts se crisper sur le rebord de la portière à chaque contact involontaire.
Arrivés chez le fleuriste, l'ambiance n'est pas plus calme. L'odeur entêtante des pivoines et des lys semble exacerber mes sens. Nous nous penchons en même temps au-dessus d'une table basse pour examiner des compositions de roses blanches.
Nos avant-bras se touchent.
C'est une décharge d'une intensité inouïe. Ce n'est plus un simple courant, c'est une foudre qui me parcourt de la tête aux pieds. Je me redresse brusquement, le souffle court. Je sens mes tétons durcir instantanément sous le tissu fin de ma chemise en lin et une vague de chaleur brutale envahit tout mon corps.
C'est une décharge d'une intensité inouïe. Ce n'est plus un simple courant, c'est une foudre qui me parcourt de la tête aux pieds. Je me redresse brusquement, le souffle court. Je sens mes tétons durcir instantanément sous le tissu fin de ma chemise en lin et une vague de chaleur brutale envahit tout mon corps.
Dans mon esprit, la vision revient, plus nette : la courbe d'un dos musclé, l'ombre d'un muscle qui tressaille, un homme à moitié nu dont le visage reste dans l'ombre, mais dont la présence m'opprime et m'excite au-delà du supportable. Je regarde Quentin ; il est livide, ses mains tremblent légèrement alors qu'il essaie de réajuster ses manches. Le courant entre nous est devenu une force physique, un champ magnétique qui nous attire et nous repousse avec la même violence.
— Ça va ? me demande-t-il, sa voix plus grave que d'habitude.
— Oui... juste l'électricité statique, je mens, alors que je sens mon sang battre jusque dans mes tempes.
— Oui... juste l'électricité statique, je mens, alors que je sens mon sang battre jusque dans mes tempes.
Je m'écarte de lui, cherchant désespérément à penser à autre chose, n'importe quoi, mais chaque pore de ma peau semble crier son nom.
La sortie de chez le fleuriste est un calvaire sensoriel. L'air frais de la rue ne suffit pas à dissiper l'incendie qui couve sous ma peau. On marche jusqu'à la voiture sans s'adresser un mot, mais je perçois le corps de Quentin à côté du mien comme une pile électrique à nu, prête à décharger son énergie. Dès que je déverrouille les portières, le bip sonore résonne dans mon crâne comme une détonation.
On s'installe dans l'habitacle étroit. L'espace est étouffant. Je pose mes mains sur le volant, sentant mes phalanges trembler contre le cuir. Je lance le moteur, mais je reste immobile un instant, les yeux fixés sur le pare-brise, essayant de reprendre le contrôle de mes poumons.
— Samy ? murmure Quentin. Sa voix est basse, éraillée par une tension qui me donne le vertige. Je ne le regarde pas, de peur de perdre pied. — On a rendez-vous chez le traiteur dans quinze minutes, je réponds d'un ton sec, presque trop formel, pour masquer le chaos qui m'habite.
Je passe la première. Dans le mouvement, la base de ma main frôle son genou. Clac. Une décharge sèche, bleutée, claque entre le tissu de son pantalon et ma peau. Je serre les dents, le bras entier parcouru par un fourmillement électrique. Pendant tout le trajet, je lutte contre l'obsession. J'essaie de convoquer le souvenir de cette fille croisée au bar samedi dernier, ses longs cheveux blonds, l'éclat de son rire sous les néons... Rien. Son image est floue, délavée, dépourvue de substance.
À la place, une vision persistante me percute : un corps d'homme, puissant, dont je ne vois jamais le visage, mais dont je sens la chaleur irradiante contre une paroi froide. Je ne sais pas qui il est, mais son image m'obsède. Je bande à moitié, une tension lancinante et sourde entre mes cuisses que je tente de noyer dans une concentration extrême sur la route.
Le laboratoire du traiteur est une véritable fournaise. L'odeur de truffe noire, de beurre noisette et d'épices rares est si dense qu'elle en devient presque charnelle. Jean-Luc, le chef, nous accueille avec l'enthousiasme typique des créateurs. Il ne se doute pas une seconde qu'il fait face à deux bombes à retardement.
— Messieurs, pour le cocktail de ce mariage, j'ai conçu ces bouchées de homard sur cuillères en argent massif. C'est la pièce maîtresse. Goûtez-moi ça !
Il nous tend le plateau. Quentin et moi avançons la main en même temps, un réflexe malheureux. Nos index se rejoignent et se pressent simultanément sur le rebord froid du plateau.
L'argent agit comme un conducteur parfait. La décharge est monumentale, bien plus violente qu'à l'agence. Un arc électrique jaillit entre nos doigts dans un claquement sec qui fait sursauter le chef. La secousse remonte mon bras comme un coup de fouet, percute mon cœur d'un choc électrique avant de redescendre brutalement dans mon bas-ventre. Ma vision se brouille. Je revois cet homme nu, de dos cette fois, ses muscles fessiers se contractant sous un effort invisible, sa peau luisante de sueur. Je ne distingue toujours pas ses traits, mais l'intensité du désir me coupe le souffle.
Je lâche la cuillère qui tinte sur le carrelage.
— Bordel ! je m'exclame, le souffle court, la main engourdie.
— Vous avez pris une sacrée châtaigne ! s'étonne le chef. C'est le nouveau revêtement de sol anti-dérapant, ça accumule l'électricité...
— Vous avez pris une sacrée châtaigne ! s'étonne le chef. C'est le nouveau revêtement de sol anti-dérapant, ça accumule l'électricité...
Quentin ne dit rien. Il est livide, ses pupilles dévorant ses iris. Il frotte sa main contre sa cuisse, mais son regard est soudé au mien. Je sens mes tétons durcir sous ma chemise et une vague de chaleur insupportable me submerger.
Nous enchaînons avec la boutique de haute couture pour valider les tenues du staff. L'ambiance y est feutrée, le silence n'est rompu que par le froissement des étoffes. Quentin doit essayer une veste de cérémonie pour vérifier la tombée du tissu.
Il sort de la cabine, la veste de soie noire moulant ses épaules larges. Il semble lutter contre le même malaise que moi.
— Samy, tu peux vérifier le col ? Il me semble qu'il y a un faux pli juste là, dans le dos...
Je m'approche, le cœur battant à s'en rompre les côtes. L'air autour de nous semble saturé d'ozone. Mes mains s'élèvent, hésitantes. Dès que mes phalanges effleurent le col et touchent la peau brûlante de sa nuque, le monde s'effondre.
Ce n'est plus une simple décharge, c'est un flux haute tension continu qui me court-circuite le cerveau. Mes muscles se contractent par réflexe avec une violence inouïe. Au lieu de me reculer, l'électricité me projette littéralement contre lui. Mes bras s'enroulent brutalement autour de sa taille, je l'enserre avec une force de possédé, le collant contre mon torse dans un choc de corps total.
Je plonge ma tête sur son épaule, mon visage s'écrasant dans le creux de son cou. Quentin ne résiste pas. Il bascule sa tête en arrière, son crâne venant se loger sur mon épaule, son visage tourné vers le mien dans un angle désespéré. Nous sommes si proches que je sens la buée de son souffle erratique sur mes lèvres.
Le courant hurle entre nous, une vibration si intense qu'elle semble faire trembler les murs de la boutique. Dans mon esprit, la vision de l'homme nu revient, plus précise : ses reins cambrés, la puissance de son dos, ses mains plaquées contre une vitre. L'excitation est à son comble. Je sens son cœur cogner contre mon avant-bras, un rythme animal.
L'électricité finit par se calmer, se muant en une chaleur liquide et dévastatrice qui coule dans nos veines. Pourtant, nous ne bougeons pas. Je reste accroché à sa taille, sentant son érection pressée contre ma hanche, aussi dure que la mienne. On respire l'air de l'autre, on boit le trouble de l'autre dans un silence de mort. On reste ainsi de longues secondes après que la décharge a disparu, incapables de briser cette étreinte qui nous semble vitale.
Ce n'est que lorsque le bruit d'un rideau de fer qu'on manipule au loin nous ramène à la réalité que nous nous séparons d'un coup. Je suis en nage, le regard hagard, les mains encore parcourues de fourmillements.
— On... on prend ce modèle, je dis à la vendeuse d'une voix étranglée.
Je sors de la boutique sans l'attendre, le corps secoué de tressaillements, terrifié par la puissance de ce lien et par la certitude que quelque chose en moi vient de se briser définitivement.
Le silence dans la voiture, au retour de la boutique de luxe en cette fin d'après-midi, est devenu un poids physique, une masse de plomb qui m'écrase la poitrine. Je sens l'odeur de Quentin — ce mélange de peau chauffée par l'électricité et de parfum boisé — saturer l'habitacle alors que la lumière décline. Mes mains, crispées sur le volant, gardent la mémoire résiduelle de son corps enserré contre le mien. Chaque nerf de mes avant-bras semble encore vibrer. Je n'en peux plus. Cette tension n'est plus gérable, elle me dévore de l'intérieur.
Je pile devant l'agence dans un crissement de pneus. Je ne coupe pas le moteur.
— Je te dépose ici, je lâche, ma voix est rauque, presque méconnaissable. Je... j'ai un truc urgent à régler chez moi. Un problème d'appart. Je ne repasse pas à l'agence pour finir la journée.
Quentin me fixe, ses yeux verts sont sombres, chargés d'un mélange de frustration et d'incompréhension. Il hésite à parler, sa main posée sur la poignée de la portière. Il sait que je mens. Il sent l'urgence animale qui me tord le ventre.
— Samy...
— À demain, Quentin.
— À demain, Quentin.
Je n'attends pas qu'il sorte complètement pour redémarrer en trombe. J'ai besoin de sortir de son champ magnétique. J'ai besoin d'une femme. J'ai besoin de normalité, de chair qui ne fait pas d'étincelles, de quelque chose de banal pour effacer ce délire électrique qui me consume.
À peine garé en bas du loft, je sors mon téléphone. Mes doigts tremblent sur l'écran. Je lance une appli de rencontre, je swipe frénétiquement. Je ne cherche pas l'amour, je cherche un exutoire immédiat. Je tombe sur une brune, Noémie, à deux rues d'ici. "Dispo maintenant pour un verre ou plus." Je lui envoie mon adresse. "Monte direct, la porte sera ouverte."
En moins d'une heure, c'est réglé. Elle arrive.
Je me précipite sous la douche. L'eau froide ne suffit pas à calmer l'érection qui me torture depuis la boutique de costumes. Je sors de la cabine, la peau rouge, ruisselante. Je ne m'habille pas. J'enroule juste une serviette basse sur mes hanches, laissant mon torse et mes poils pubiens apparents. Je veux être dans la provocation, je veux que la réalité crue remplace les visions de cet homme nu qui me hantent.
Je me précipite sous la douche. L'eau froide ne suffit pas à calmer l'érection qui me torture depuis la boutique de costumes. Je sors de la cabine, la peau rouge, ruisselante. Je ne m'habille pas. J'enroule juste une serviette basse sur mes hanches, laissant mon torse et mes poils pubiens apparents. Je veux être dans la provocation, je veux que la réalité crue remplace les visions de cet homme nu qui me hantent.
Le vibreur de l'entrée retentit. C'est elle.
Noémie entre. Elle est jolie, mais je ne vois rien. Je ne ressens aucune connexion, aucune électricité. C'est du plastique. Mais je m'en fous. Je l'attrape par la taille dès qu'elle ferme la porte, je l'embrasse avec une sauvagerie qui la surprend. Je l'entraîne vers le canapé du salon, celui qui fait face à la vitre de Quentin. Je veux que ce soit ici. Je veux profaner cet espace.
Je la jette sur les coussins noirs. Je laisse tomber ma serviette. Je suis dur comme de la pierre, une barre de fer douloureuse. Je ne prends pas le temps des préliminaires. Je remonte sa jupe, j'écarte ses jambes. Je veux oublier la sensation du dos de Quentin, je veux oublier l'ozone. Je commence à la baiser directement sur le canapé avec une rage sourde, les yeux fermés, essayant désespérément de retrouver le visage de la fille du bar, de n'importe qui.
Soudain, Noémie pousse un cri strident, un hurlement de terreur qui me glace le sang.
— Oh mon Dieu ! Quelqu'un nous regarde ! Il y a un homme !
J'ouvre les yeux. Quentin est là, il vient de rentrer de l'agence. Il est debout, figé de l'autre côté de la vitre, son sac encore à l'épaule. Son visage est décomposé. Il nous regarde, pétrifié par la scène.
Noémie se dégage violemment, elle attrape son sac, essaie de remettre ses vêtements en tremblant.
— T'es un malade ! C'est quoi ce délire de voyeur ? C'est dégueulasse ! Elle s'enfuit en courant, claquant la porte derrière elle, me laissant seul en pleine érection.
Je reste nu au milieu du salon, le souffle court, mon sexe pointé vers la vitre comme une insulte. Je suis furieux, énervé contre elle, contre moi, contre ce lien qui me pourrit la vie. Mais je suis tellement sous tension après tout ce qui s'est passé aujourd'hui que je ne m'arrête pas. Je fixe Quentin. Il n'a pas bougé. Il me regarde, ses narines battent, son torse se soulève au rythme de son souffle saccadé.
L'exaspération se transforme en une excitation noire. Je m'approche de la vitre, lentement, sans quitter ses yeux des miens. Je commence à me caresser, ma main enserrant fermement ma queue qui bat au rythme de mon cœur. Je veux qu'il voit. Je veux qu'il sente la frustration qu'il me cause.
Quentin lâche son sac au sol. Il s'approche à son tour. Il est encore en costume de travail, mais il commence à déboutonner sa chemise d'une main tremblante, tandis que l'autre vient se poser à plat sur la vitre, exactement là où se trouve mon visage.
Je place ma main sur le verre, par-dessus la sienne.
Vrrr...
Vrrr...
La vitre se met à vibrer. Une onde basse, puissante, qui part du point de contact et se propage dans tout mon corps. Ce n'est plus une décharge brusque, c'est une caresse électrique continue. Je gémis, le front collé contre la paroi froide. Quentin imite mes mouvements. Il retire sa chemise, puis son pantalon. Il se met nu, lui aussi, sur mon ordre silencieux.
L'érotisme devient une chorégraphie de mimétisme et de voyeurisme consenti. Je plaque mon torse contre la paroi, sentant le froid du verre et la vibration qui fait durcir mes tétons. De l'autre côté, Quentin place son corps exactement contre le verre pour ressentir la pression. On cherche la chaleur de l'autre à travers cette barrière froide.
Je le fixe intensément et je lui fais comprendre de se caresser lui aussi. Il s'exécute. Je commence à me masturber avec une frénésie sauvage, le corps collé à la paroi. La vitre n'est plus une barrière, c'est un conducteur qui chante sous la pression de nos désirs. Je vois chaque détail de sa peau, les veines de son sexe, la puissance de son corps. Les visions de l'homme nu se superposent enfin à la réalité.
Sous l'intensité du désir, la vitre vibre encore plus fort que la veille. Le bourdonnement nous envahit. On gémit de concert, la bouche ouverte contre le verre tremblant. On jouit en même temps, dans une explosion électrique totale, nos semences maculant la vitre chacun de notre côté, là où nos mains étaient jointes.
La vibration s'apaise lentement. On est vidés, épuisés. On se laisse glisser et on finit par s'affaler sur nos canapés respectifs, sans un mot, sans même attraper l'ardoise.
On reste là, totalement nus, à se fixer l'un l'autre à travers le verre. Dans le silence de la fin de journée, on observe chaque détail du corps de l'autre : la ligne des muscles, la sueur qui perle, la cambrure des hanches. Il n'y a plus de pudeur, seulement une observation mutuelle, brute et silencieuse, d'un désir qui vient de franchir un point de non-retour.
La nuit n'est qu'un long prolongement du séisme qui a secoué le salon en fin d'après-midi. Nous finissons par aller nous coucher, mais même allongés dans nos draps respectifs, nous continuons de nous regarder à travers la paroi de verre. C'est une possession visuelle totale, une manière de s'approprier l'autre sans le toucher avant que la fatigue ne nous terrasse.
Je passe la nuit à lutter contre des rêves fiévreux, saturés d'ozone et de chair. Je revois ce corps d'homme, mais son visage se brouille, se superposant à l'image floue qui hante mes visions. Je me réveille à six heures du matin, ayant très mal dormi, les draps trempés de sueur et le cœur battant comme un tambour à cause de ce collègue qui envahit mon esprit.
Je me lève, la tête lourde. Sans savoir pourquoi, comme attiré par un aimant, je m'approche de la vitre du salon. Je pose ma paume à plat contre la paroi froide.
Vrrr...
Elle vibre doucement, d'un ronronnement presque organique. L'occupant de l'autre côté n'est même pas dans la pièce, il dort encore, et pourtant la paroi réagit. Là, je commence sérieusement à me poser des questions sur cette vitre. Ce n'est pas normal. Un verre blindé ne devrait pas posséder une telle résonance sans contact de l'autre côté. Je me douche rapidement, l'eau froide me fouettant le visage, et je pars au travail sans attendre, poussé par une curiosité qui vire à l'obsession.
Arrivé à l'agence « Luxe & Volupté », je m'enferme immédiatement dans mon bureau. J'ignore mes mails et les dossiers du mariage pour lancer des recherches frénétiques sur l'ordinateur. Je veux tout savoir sur l'architecte du bâtiment et sur l'histoire du terrain.
Après des heures à éplucher des archives numériques et des registres cadastraux, je découvre que la vitre n'est pas un simple verre blindé. C'est un prototype expérimental conçu dans un matériau conducteur ancien et rare, un alliage de ferro-silice capable d'amplifier les champs électromagnétiques humains. L'immeuble a été construit sur un ancien terrain de recherches télégraphiques du XIXe siècle, chargé de minéraux conducteurs.
Je trouve enfin le nom de l'architecte : Marcus Van Der Berg. En creusant davantage pour savoir s'il vit encore, je finis par dénicher une information dans un vieux répertoire professionnel. Il est vivant et réside désormais à l'écart de tout, à la sortie de la ville dans une propriété privée. Je griffonne précieusement l'adresse sur un papier, sentant que cet homme détient la clé de ce qui nous arrive.
Un bruit de pas interrompt mes pensées. La porte s'ouvre et Quentin entre pour me dire bonjour.
— Salut, Samy, dit-il d'une voix qui me fait frissonner.
Il s'approche de mon bureau. Dès qu'il pose sa main sur le bois près de la mienne pour s'appuyer, la decharge électrique nous percute. Elle est encore plus forte que toutes les fois précédentes, une explosion de chaleur qui me brûle les veines et me dresse les poils sur les bras. Dans le silence chargé d'ozone de la pièce, l'attraction est telle que j'ai presque envie de bondir pour embrasser Quentin, de sentir ses lèvres contre les miennes pour libérer cette tension insupportable.
Ses yeux sont sombres, perdus dans les miens, et je vois son souffle s'accélérer. Je panique devant la puissance de cette envie. Sans un mot, je me lève brusquement, bousculant ma chaise, et je pars me réfugier dans les toilettes pour réfléchir, le cœur au bord de l'explosion. Je reste là, tremblant, la main sur le papier contenant l'adresse de Van Der Berg, conscient que nous sommes en train de basculer dans quelque chose qui nous dépasse totalement.
Je reste de longues minutes enfermé dans la fraîcheur stérile des toilettes, le front appuyé contre le carrelage froid. Mon cœur cogne si fort contre mes côtes que j'ai l'impression que toute l'agence peut l'entendre. Mes mains tremblent encore de cette décharge monumentale. Je m'asperge le visage d'eau glacée, fixant mon reflet dans le miroir : j'ai le regard sauvage, les pupilles dilatées, comme si j'étais sous l'emprise d'une drogue puissante. Il faut que je reprenne le dessus. Je suis Samy, le lead planner de cette agence, je ne peux pas m'effondrer pour une histoire de magnétisme absurde.
Je sors enfin, redressant ma chemise, et je retourne dans l'open space avec une autorité forcée. Quentin est là, debout près de son bureau, il a l'air tout aussi secoué, ses mains feuilletant nerveusement un dossier sans vraiment le lire. Je ne le regarde pas directement, je reste à distance de sécurité.
— Quentin, on n'a pas une minute à perdre, je lance d'une voix que je tente de raffermir. Le mariage des De Valory, c'est dans cinq jours. Je veux que tu reprennes tout le plan de table et que tu confirmes les livraisons de fleurs pour 8h précises. Appelle aussi le traiteur pour valider le changement sur les bouchées au homard. Occupes-en toi maintenant, j'ai des appels urgents à passer.
Il hoche la tête, silencieux, son regard fuyant le mien. Je vois la tension dans ses épaules, cette vibration invisible qui semble émaner de lui. Je me détourne brusquement et je m'enferme à double tour dans mon bureau.
Je me jette sur mon téléphone de bureau. Mes doigts glissent sur les touches alors que je compose le numéro que j'ai fini par trouver associé à la propriété de Marcus Van Der Berg. Ça sonne. Une fois, deux fois, six fois. J'ai la gorge sèche.
— Allô ? La voix est basse, cassée, comme si elle n'avait pas servi depuis des années.
— Monsieur Van Der Berg ? Je m'appelle Samy, j'habite l'un des lofts de la rue de l'Entrepôt... le bâtiment que vous avez conçu il y a six ans.
— Monsieur Van Der Berg ? Je m'appelle Samy, j'habite l'un des lofts de la rue de l'Entrepôt... le bâtiment que vous avez conçu il y a six ans.
Il y a un long silence à l'autre bout du fil. Un silence lourd, oppressant.
— Vous vivez derrière la vitre, n'est-ce pas ? murmure-t-il enfin.
— Oui. Et il se passe des choses... des décharges, des vibrations... Je ne comprends plus rien, je deviens fou. Il faut que je vous vois.
— Je ne reçois personne, monsieur. Ce projet est une erreur que j'ai enterrée.
— Écoutez-moi ! je crie presque. Je me consume littéralement ! L'électricité devient physique, violente. Si vous ne m'aidez pas, je ne sais pas ce qui va arriver.
— Oui. Et il se passe des choses... des décharges, des vibrations... Je ne comprends plus rien, je deviens fou. Il faut que je vous vois.
— Je ne reçois personne, monsieur. Ce projet est une erreur que j'ai enterrée.
— Écoutez-moi ! je crie presque. Je me consume littéralement ! L'électricité devient physique, violente. Si vous ne m'aidez pas, je ne sais pas ce qui va arriver.
Un nouveau silence, plus long encore. J'entends sa respiration sifflante.
— Venez cet après-midi. À la sortie de la ville, la propriété avec les portails en fer rouillé. Ne tardez pas. La résonance ne fait que croître.
Il raccroche. Je reste pétrifié, le combiné encore à l'oreille. « La résonance ne fait que croître ». Ces mots tournent en boucle dans mon esprit.
J'essaie de travailler, de me noyer dans les budgets et les plannings, mais c'est inutile. L'air dans mon bureau semble s'épaissir minute après minute. Vers 15h, on frappe à ma porte. Je n'ai pas besoin de demander qui c'est. Je sens sa présence à travers le bois, comme un bourdonnement électrique qui me hérisse les poils de la nuque.
— Entre, je souffle.
Quentin pénètre dans la pièce. Il tient une tablette, ses mouvements sont lents, précautionneux.
— Tout est ok pour les De Valory, Samy. Les prestataires sont calés, le plan de table est sur ton drive. Il s'arrête devant mon bureau. Je me lève, comme hypnotisé. On se regarde. Le silence est total, mais l'air crépite. On ne dit rien, mais nos yeux hurlent tout ce qu'on a retenu depuis ce matin.
Il contourne le bureau pour me montrer un détail sur la tablette. On se tient côte à côte. C'est inévitable. Dans un mouvement infime, nos épaules se touchent.
C'est l'étincelle de trop. Tout explose.
Ce n'est plus une décharge, c'est une détonation. Une onde de choc nous traverse, si puissante qu'elle semble faire vaciller les murs de mon bureau. Ma raison vole en éclats. Dans un mouvement d'une violence animale, j'attrape Quentin et je le plaque violemment contre le mur. Le choc sourd du bois contre son dos résonne dans toute la pièce.
On s'embrasse avec une fougue dévastatrice, comme s'il était impossible de faire autrement. Ce n'est pas un baiser, c'est une collision. Nos dents s'entrechoquent, nos langues se cherchent dans une urgence brutale. C'est électrique, littéralement. Chaque contact de nos lèvres génère des micro-étincelles qui nous brûlent la bouche. Je suis hors de moi, possédé par ce magnétisme qui exige une fusion immédiate.
Mes mains descendent sur son torse avec une force que je ne contrôle plus. J'ai besoin de sentir sa peau, de briser les barrières. Mes doigts se crispent sur sa chemise et j'arrache les boutons dans un bruit de mitraille. Ils sautent et roulent sur le parquet alors que ma paume s'écrase enfin contre son torse brûlant. Quentin pousse un gémissement rauque, un son de pur désir et de souffrance mêlés, alors qu'il s'arc-boute contre le mur sous ma pression. Sa peau vibre sous mes doigts, elle est chargée de volts, elle me consume.
Je sens son érection contre la mienne, une pression insupportable, une urgence qui réclame tout. Nos souffles saccadés ne font plus qu'un dans cette pièce saturée d'ozone.
Soudain, comme si un disjoncteur venait de sauter dans mon cerveau, je reprends mes esprits. Je me détache de lui brusquement, le laissant haletant contre le mur, la chemise ouverte, le regard perdu et les lèvres rougies. Je le regarde, horrifié par ma propre violence, par cette perte de contrôle totale.
— Je... je suis désolé.
Je ne le laisse pas répondre. Je ramasse mes clés sur le bureau et je pars en courant, bousculant des collègues dans l'open space qui me regardent passer avec stupéfaction. Je me jette dans ma voiture, les mains tremblantes au point de rater le contact. Je rentre l'adresse de Van Der Berg sur le GPS.
Alors que je sors du parking en trombe, je frappe violemment le volant.
— Mais putain ! Qu'est-ce qui m'arrive ? je hurle seul dans l'habitacle.
Je roule vers la sortie de la ville, le corps encore secoué de tressaillements électriques, avec une seule idée en tête : cet architecte a intérêt à avoir une solution, avant que nous ne finissions par nous détruire l'un l'autre.
Fin du chapitre 3.
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