Sous les toits
Chapitre 1 · Chapitre 1-2
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Couverture de Sous les toits, par EntreDeux
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Sous les toits — Chapitre 1 · Chapitre 1-2

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EntreDeux
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Ce qui accroche dès les premières pages, c'est la précision du regard d'Elsa : elle observe Camille avec une acuité qui en dit long avant même qu'elle s'en rende compte. La façon dont la tension s'installe dans les gestes les plus ordinaires — une valise portée, une porte ouverte — est remarquablement juste, sans jamais forcer l'effet. Et puis la chambre sous les toits, avec sa fenêtre sur les zinc parisiens, pose un décor qui reste longtemps en tête.

Sous les toits

Chapitre 1 · Chapitre 1-2

Chapitre 1 — L’arrivée sous les toits
Elsa avait eu dix-huit ans au printemps et obtenu son baccalauréat quelques semaines plus tard. Depuis des mois, Paris représentait pour elle bien davantage qu’une ville : l’université, l’indépendance, les rencontres, et cette impression encore abstraite qu’une vie entièrement nouvelle commencerait dès qu’elle aurait refermé derrière elle la porte de la maison familiale. La question du logement avait pourtant ramené cet enthousiasme à des considérations beaucoup moins romanesques. Ses parents n’étaient ni pauvres ni assez riches pour regarder avec indifférence les loyers parisiens, et les recherches du début de l’été s’étaient vite transformées en une succession de chambres minuscules, de dossiers impossibles et de propriétaires réclamant des garanties qui semblaient précisément destinées à écarter ceux qui avaient besoin de louer.
La solution était venue presque par hasard. La mère d’Elsa connaissait depuis longtemps la mère de Camille, dont la fille vivait à Paris avec son mari Jean. Ils occupaient un grand appartement dans un immeuble ancien et possédaient, quelques marches plus haut, une ancienne chambre de bonne qu’ils ne louaient jamais réellement. Camille avait été très claire sur ses défauts : la pièce disposait d’un petit cabinet de toilette avec lavabo et toilettes, mais ni d’une douche ni d’une cuisine. Ils la réservaient donc aux enfants d’amis ou aux personnes de confiance, puisque l’occupant devait descendre chez eux pour se laver et préparer ses repas. Le loyer demandé était presque symbolique. Les parents d’Elsa avaient accepté avant même que leur fille eût le temps de s’inquiéter de cette étrange proximité avec ses propriétaires.
Sa mère l’accompagna le jour de l’emménagement. Après plusieurs heures de route, elles arrivèrent avec une voiture chargée jusqu’au toit. Il fallut monter les valises, les cartons de livres, l’ordinateur, la couette et tous ces objets que l’on juge indispensables lorsqu’on quitte pour la première fois la maison familiale. Les derniers étages sans ascenseur finirent par transformer le déménagement en épreuve sportive. Elsa, avec ses dix-huit ans et ses longues jambes, supportait encore assez facilement l’effort. Sa mère, après avoir voulu porter seule une caisse trop lourde, se redressa brusquement devant la porte de la chambre en portant une main au bas de son dos.
La chambre était pourtant assez charmante pour faire oublier ses dimensions. Le plafond suivait la pente du toit, une fenêtre s’ouvrait sur une succession de zinc, de cheminées et de façades parisiennes, et le mobilier avait été choisi avec assez d’intelligence pour que les quelques mètres carrés ne paraissent pas étouffants. Elsa s’y sentit chez elle presque immédiatement. Elle posa ses affaires sur le lit, ouvrit la fenêtre et resta un instant à regarder les toits, tandis que sa mère tentait derrière elle de faire disparaître sa douleur en étirant maladroitement les reins.
C’est à ce moment que Camille monta les rejoindre. Elsa ne l’avait encore jamais rencontrée. Elle savait seulement qu’elle avait trente ans, qu’elle était ostéopathe et étiopathe, et que Jean, son mari, chirurgien esthétique, était beaucoup plus âgé qu’elle. Rien de cela ne l’avait préparée à l’impression très immédiate que Camille produisit sur elle. Elle avait les cheveux bruns coupés court, une peau légèrement dorée et une silhouette sportive dont les muscles demeuraient discrets. Elle portait un pantalon léger et un débardeur simple, avec cette élégance naturelle de certaines femmes qui semblent n’avoir rien choisi et chez lesquelles pourtant tout paraît juste.
Ce fut surtout leur taille qui surprit Elsa. Camille mesurait, elle aussi, un mètre quatre-vingt-un. Elsa avait tellement l’habitude de dépasser les femmes qu’elle rencontrait que cette égalité produisit un curieux effet. Elles pouvaient se regarder droit dans les yeux sans que l’une baisse ou relève le menton. Pourtant leurs silhouettes ne se ressemblaient guère. Elsa était toute en finesse, très pâle, presque rectiligne ; Camille, malgré la même hauteur, paraissait davantage installée dans son corps, avec des épaules plus fermes, un dos droit et des courbes plus marquées. Elsa constata cette différence avec une attention qui lui parut elle-même excessive.
Camille aperçut la main de sa mère posée sur ses reins et comprit immédiatement. Elle disposait dans l’appartement d’une petite pièce équipée d’une table de consultation et proposa de regarder son dos avant leur départ. Après tous les cartons transportés depuis le matin, la mère d’Elsa accepta avec reconnaissance. Elles descendirent toutes les trois et Elsa découvrit un appartement qui lui sembla immense après sa chambre sous les combles : parquet ancien, hauts plafonds, grandes fenêtres et pièces assez vastes pour que chaque meuble ait autour de lui un espace presque insolent.
Dans le petit cabinet, Camille demanda à sa mère de retirer son chemisier afin d’examiner plus facilement la position de ses épaules. Celle-ci resta en soutien-gorge sans manifester la moindre gêne. Elsa avait vu le corps de sa mère des centaines de fois depuis l’enfance et n’avait aucune raison de trouver la situation particulière. Pourtant, la présence de Camille modifia subtilement son regard. Elle remarqua la poitrine généreuse de sa mère, la marque des bretelles sur ses épaules et, par comparaison, cette différence physique qui l’avait longtemps préoccupée.
Elsa était presque l’inverse de sa mère. Son mètre quatre-vingt-un semblait s’être distribué dans les jambes, les bras et le cou. Son torse était étroit, ses hanches fines et sa poitrine très petite. À quinze ans, elle avait attendu qu’elle se développe. À seize, elle l’avait espéré. À dix-sept, elle avait compris qu’elle ne ressemblerait probablement jamais à sa mère. Elle s’en était peu à peu accommodée, parfois même amusée, mais avait gardé l’habitude de porter presque continuellement une brassière sous ses vêtements.
Camille travaillait avec une concentration qui fascinait presque Elsa. Ses doigts suivaient les muscles du dos, vérifiaient l’alignement des épaules, cherchaient un point précis avant d’exercer une pression. Elle trouva rapidement la zone douloureuse et observa ensuite les marques laissées par le soutien-gorge. Selon elle, celui-ci était probablement trop serré et entretenait une partie des tensions du haut du dos. Pour accéder plus facilement à l’omoplate, elle proposa à la mère d’Elsa de l’enlever. Celle-ci le fit sans hésiter, comme elle aurait retiré une chaussure pour montrer une cheville douloureuse.
Pour Elsa, le trouble ne venait pas de la nudité familière de sa mère, mais du naturel absolu avec lequel Camille examinait son corps. Aucun de ses gestes n’avait d’ambiguïté. Ses mains semblaient ne voir que des muscles, des articulations, des tensions à corriger. Après une manipulation brève et quelques pressions précises, le soulagement fut presque immédiat. Camille expliqua alors que la poitrine généreuse de sa mère nécessitait évidemment un maintien pour certaines activités, mais qu’un soutien-gorge trop contraignant porté du matin au soir pouvait accentuer les tensions. Chez elle, lorsqu’elle n’en ressentait pas le besoin, elle pouvait très bien s’en passer. Camille ajouta presque distraitement qu’elle-même n’en portait quasiment jamais.
Elsa leva les yeux avec une rapidité qu’elle regretta aussitôt. Son regard rencontra celui de Camille. Pendant une seconde, elle eut la sensation très nette d’avoir été surprise dans une pensée qu’elle n’avait pourtant pas encore formulée. Elle détourna les yeux, mais l’information était désormais là et modifiait malgré elle sa perception du débardeur de la jeune femme. Rien n’avait changé chez Camille ; c’était le regard d’Elsa qui venait de changer.
Lorsque sa mère eut terminé, Camille s’intéressa à son tour à Elsa. Les cartons avaient laissé une légère tension entre ses omoplates. Elsa retira son tee-shirt et resta en brassière noire devant elle. À cet instant, elle devint beaucoup plus consciente de son propre corps qu’elle ne l’avait été en regardant sa mère. La brassière comprimait à peine une poitrine qui n’avait presque rien à soutenir. Camille le remarqua rapidement et lui expliqua que, dans son cas, elle n’avait pratiquement aucun besoin mécanique d’en porter dans la vie quotidienne. Pour le sport, bien sûr, mais le reste du temps ce n’était qu’une question de confort personnel.
Elsa eut ce petit sourire défensif qu’elle utilisait depuis plusieurs années dès que le sujet de sa poitrine apparaissait. Elle reconnut que le maintien n’était pas la seule raison : au moins, la brassière cachait ses tétons, qui étaient assez longs et marquaient facilement sous les tissus fins. Elle avait commencé à les dissimuler à l’adolescence et, depuis, n’avait plus vraiment interrogé cette habitude. Camille ne se moqua pas. Elle lui répondit avec la même simplicité professionnelle qu’avoir des tétons plus ou moins proéminents faisait partie des variations normales d’un corps et qu’elle pouvait les cacher si elle le souhaitait, mais qu’elle n’était pas obligée de le faire parce qu’elle les jugeait anormaux.
Camille ajouta qu’un vêtement très ajusté porté toute la journée pouvait aussi irriter la peau, surtout avec la chaleur et la transpiration. Elsa admit alors qu’elle avait régulièrement des rougeurs, des démangeaisons et quelques petits boutons sur le haut du dos, précisément sous la zone couverte par la brassière. Camille se plaça derrière elle pour regarder rapidement. Rien ne paraissait inquiétant, mais Camille lui rappela que le choix de porter ou non cette brassière lui appartenait entièrement ; aucune recommandation ne devait remplacer son confort ni son envie. Laisser davantage respirer la peau pouvait simplement être une possibilité à essayer. Si les irritations persistaient, Jean pourrait regarder son dos et, si nécessaire, lui prescrire une crème adaptée.
Cette façon de parler du corps déstabilisait Elsa. Camille ne cherchait pas à lui dire qu’elle était belle, ne transformait pas ses complexes en compliments et ne lui demandait pas davantage de les aimer. Elle les ramenait à des particularités ordinaires dont il suffisait de prendre soin. Sa petite poitrine, ses tétons visibles, les boutons sur son dos : tout ce qu’Elsa avait classé pendant des années parmi les choses à dissimuler perdait soudain de son importance.
L’examen conduisit Camille à une autre remarque. La grande taille d’Elsa, associée à une musculature encore peu développée, expliquait probablement sa tendance à rentrer légèrement les épaules. Elle lui conseilla de renforcer son dos. Elle connaissait d’autant mieux le problème qu’elle avait eu exactement le même au même âge. À dix-huit ou dix-neuf ans, elle était déjà aussi grande qu’aujourd’hui mais beaucoup moins musclée et avait pris l’habitude de se voûter légèrement. La natation avait changé cela. Camille s’y était mise pour renforcer son dos et ses épaules ; l’habitude lui était restée au point qu’elle nageait encore deux fois par semaine.
Camille se plaça derrière Elsa et posa ses mains sur ses épaules pour lui faire sentir la position correcte. Dans le petit miroir fixé au mur, leurs deux silhouettes paraissaient presque étrangement comparables : même taille, mais l’une blonde, très mince, encore hésitante dans sa manière de se tenir ; l’autre brune, sportive, sûre de la manière dont elle occupait l’espace. Elsa eut fugitivement l’impression de regarder deux possibilités d’un même corps séparées par douze années. Les mains de Camille descendirent de part et d’autre de sa colonne à la recherche des tensions. Aucun geste n’était une caresse et pourtant Elsa percevait la chaleur de ses doigts avec une précision disproportionnée.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle rencontra le regard de Camille dans le miroir. Ce qui la troublait n’était plus seulement la comparaison. Elsa avait toujours été capable de reconnaître qu’une femme était belle, mais jusqu’alors cette constatation appartenait pour elle à un registre très différent du désir. Face à Camille, la frontière lui parut soudain moins nette. Elle détourna les yeux avant d’avoir à donner un nom à cette sensation.
En fin d’après-midi, Elsa et sa mère quittèrent l’appartement pour dîner toutes les deux en ville. C’était leur dernière soirée avant le départ matinal du lendemain. Dans une petite brasserie du quartier, elles parlèrent de l’université, des transports, des premières courses à faire et de cette chambre qui paraissait finalement bien plus confortable qu’elles ne l’avaient espéré. Au milieu du repas, Elsa remarqua cependant quelque chose d’inhabituel : sa mère avait remis son chemisier, mais pas son soutien-gorge.
La remarque la fit rire. Sa mère reconnut qu’elle avait décidé de tester immédiatement le conseil de Camille. Les premières minutes l’avaient beaucoup surprise. Avec une poitrine aussi généreuse, le mouvement naturel des seins lorsqu’elle marchait lui avait paru presque étrange, simplement parce qu’elle n’en avait plus l’habitude. Pourtant, après quelques heures, elle devait admettre une chose : la tension qu’elle ressentait depuis des mois entre les épaules avait presque disparu. Elle en parlait avec un étonnement sincère, comme si son propre corps venait de lui révéler une évidence qu’elle avait oubliée.
Elsa sourit, mais cette confidence réveilla immédiatement le souvenir de Camille. Elle pensa à son débardeur, à sa manière de dire sans gêne qu’elle ne portait presque jamais de soutien-gorge et à cette façon de considérer le corps comme quelque chose qu’il était possible de laisser simplement fonctionner. Pour sa mère, il s’agissait d’une question de douleur. Pour elle, le problème était ailleurs. Elle n’avait presque rien à soutenir ; elle avait seulement appris très tôt à cacher les pointes de ses seins avant même de se demander pourquoi elles devaient l’être.
De retour sous les toits, Elsa resta un moment devant le petit miroir de son cabinet de toilette. Elle retira son tee-shirt puis sa brassière. Son corps apparut tel qu’elle le connaissait depuis des années : long, très mince, presque dépourvu de poitrine, avec des seins discrets dont les tétons plus longs et plus visibles avaient longtemps constitué l’une de ses principales sources de gêne. Cette fois, pourtant, elle ne chercha pas immédiatement ce qui lui manquait. Elle se demanda comment Camille l’avait vue.
La question lui procura une sensation beaucoup moins innocente que toutes les autres. Elsa tenta de la chasser, puis la laissa revenir. Lorsqu’elle se coucha enfin dans sa chambre sous les toits, elle comprit que Paris venait déjà de devenir plus compliqué que prévu. Elle avait quitté sa famille pour apprendre à vivre seule. Après une seule journée, elle découvrait surtout qu’elle ne connaissait peut-être pas aussi bien qu’elle le croyait la direction de ses propres désirs.
Chapitre 2 — Le premier matin
La mère d’Elsa repartit très tôt le lendemain. Elles prirent un café presque en silence, encore engourdies par une nuit trop courte, puis descendirent ensemble jusqu’à la rue. Elsa resta sur le trottoir tandis que la voiture s’éloignait. Elle éprouva alors ce mélange de liberté et d’inquiétude qu’elle avait imaginé tout l’été sans parvenir à se le représenter réellement. Pour la première fois, personne ne l’attendait quelque part. Elle pouvait organiser ses journées comme elle le souhaitait, rentrer à l’heure qu’elle voulait, manger quand elle aurait faim. Cette indépendance, si séduisante lorsqu’elle était encore chez ses parents, lui parut soudain immense.
En remontant, elle s’arrêta devant la porte de Camille. Elle devait encore apprendre où se trouvaient certaines choses et surtout comprendre comment fonctionnerait réellement cette étrange organisation quotidienne. Après une courte hésitation, elle sonna. Camille ouvrit presque aussitôt, encore vêtue pour la nuit. Elle portait un ensemble de satin composé d’un petit short et d’une veste souple nouée à la taille. Ses cheveux courts étaient légèrement froissés, son visage ne portait presque aucune trace de maquillage et sa peau, encore colorée par le soleil de l’été, paraissait plus chaude dans la lumière du matin. Le satin glissait sur elle au lieu de la contraindre ; lorsqu’elle se déplaçait, Elsa distinguait sous la veste le mouvement naturel de sa poitrine. Elle ne voyait presque rien et c’était peut-être précisément ce qui nourrissait son imagination. Elle se surprit à suivre ce mouvement du regard, puis à relever les yeux trop vite, troublée par la facilité avec laquelle Camille pouvait être sensuelle sans avoir l’air de chercher à l’être.
Camille, parfaitement naturelle, lui proposa de profiter du calme de la matinée pour lui faire visiter correctement l’appartement. Jean était déjà parti. Il travaillait énormément, lui expliqua-t-elle, et il lui arrivait souvent de quitter la maison avant qu’elle ne se lève. Elsa comprit qu’elle croiserait probablement beaucoup moins son propriétaire que sa propriétaire. Cette idée lui procura un soulagement qu’elle ne chercha pas à analyser.
La visite commença par la salle de bains, qu’Elsa avait utilisée rapidement la veille sans réellement l’observer. À la lumière du matin, elle en découvrit les dimensions. Une vaste douche à l’italienne occupait un côté de la pièce, protégée par une grande paroi de verre, tandis qu’une baignoire profonde avait été installée de l’autre. Une longue vasque courait sous un miroir immense. Il y avait suffisamment de place pour circuler autour de chaque élément sans jamais avoir l’impression d’être dans une salle d’eau encombrée.
Camille lui montra une étagère qu’elle avait vidée pour elle ainsi qu’un crochet destiné à sa serviette. Elsa pouvait laisser ici son shampoing, son gel douche et quelques affaires plutôt que de les transporter quotidiennement depuis sa chambre. Comme pour dissiper une dernière gêne, Camille précisa que Jean n’utilisait pratiquement jamais cette salle de bains. La suite parentale possédait sa propre douche et il préférait systématiquement celle-là, notamment lorsqu’il rentrait tard. Cette grande pièce était donc devenue, en pratique, presque exclusivement celle de Camille.
Elsa regarda de nouveau la douche et la baignoire. La situation qui lui avait semblé simplement pratique lorsqu’on la lui avait expliquée au téléphone possédait désormais une intimité inattendue. Elle aurait ses produits à quelques centimètres de ceux de Camille, sa serviette dans la même pièce et descendrait chaque jour dans ce qui était finalement la salle de bains personnelle d’une femme qu’elle connaissait depuis moins de quarante-huit heures. Il n’y avait pourtant rien d’équivoque dans cet arrangement, et c’était précisément cette normalité qui rendait Elsa attentive à des détails qu’elle aurait préféré ne pas remarquer.
Elles poursuivirent par le salon et la salle à manger. Elsa découvrit progressivement un appartement qui racontait davantage le couple que les quelques informations transmises par sa mère. Les dimensions et certains meubles révélaient l’aisance financière de Jean, mais Camille avait visiblement imposé une atmosphère moins solennelle : des livres s’empilaient près du canapé, des chaussures de sport traînaient discrètement près d’une porte et plusieurs photographies avaient été disposées sans ordre apparent sur une console.
Elsa s’approcha presque machinalement des photos. Elle reconnut Camille sur plusieurs clichés. Sur l’un, elle était plus jeune, les cheveux plus longs et encore mouillés, enveloppée dans une serviette près d’une piscine. Sur un autre, elle se tenait auprès de Jean lors d’un voyage. Il paraissait effectivement beaucoup plus âgé qu’elle, élégant et assuré, avec quelque chose dans sa manière de se tenir qui donnait immédiatement l’impression d’un homme habitué à être écouté.
La question échappa à Elsa avant qu’elle n’y réfléchisse vraiment : est-ce qu’ils avaient des enfants ? Elle comprit presque immédiatement qu’elle venait de toucher quelque chose. La transformation de Camille fut minime, mais suffisamment nette pour qu’elle la voie. Son visage ne se ferma pas ; c’était plutôt comme si quelque chose s’en retirait. Elle répondit simplement qu’ils n’en avaient pas. Elsa, prise au dépourvu, commit la seconde maladresse de demander s’ils en voulaient plus tard. Cette fois, le silence fut plus clair. Camille détourna légèrement la tête et répondit d’une voix calme que les choses n’étaient pas toujours aussi simples.
Il n’y eut ni colère ni reproche. C’était précisément cela qui fit comprendre à Elsa qu’elle devait s’arrêter. Elle changea de sujet aussitôt. Quelques secondes plus tard, Camille avait presque retrouvé son ton habituel, mais Elsa resta marquée par ce bref effacement. Jusqu’alors, la jeune femme lui était apparue comme quelqu’un chez qui tout semblait facile : le métier, le mariage, l’appartement, le corps, la manière de parler sans gêne de sujets qui embarrassaient Elsa. Pour la première fois, elle apercevait une zone douloureuse derrière cette assurance.
Cette découverte éveilla en elle moins de curiosité que de tendresse. À dix-huit ans, Elsa croyait encore souvent que la vie adulte consistait à obtenir progressivement les choses dans un ordre logique : les études, un métier, un appartement, un couple, puis peut-être des enfants. Camille semblait avoir atteint presque tout ce qu’Elsa associait spontanément à la réussite et venait pourtant, en quelques secondes, de lui montrer que les vies ne se rangeaient pas si docilement dans cette succession.
Elles retournèrent vers la cuisine. Camille s’appuya contre le plan de travail pendant qu’elle préparait du café. Son ensemble de satin suivait librement ses mouvements et laissait apparaître, selon la façon dont elle se penchait ou se redressait, un peu plus de sa peau hâlée. Elsa dut plusieurs fois rappeler son attention à la conversation. Elle se sentait ridicule d’être aussi consciente de la présence physique de Camille alors que celle-ci, de toute évidence, ne faisait aucun effort pour séduire. Pourtant son regard revenait vers elle avec une obstination nouvelle. Elsa ne savait pas encore s’il s’agissait d’envie, d’admiration ou de quelque chose de moins innocent ; elle savait seulement que, pour la première fois, le corps d’une femme occupait durablement son imagination.
La cuisine elle-même était vaste, lumineuse et admirablement équipée. Un grand îlot occupait le centre de la pièce et les placards contenaient tout ce qu’il aurait fallu pour cuisiner sérieusement. Elsa remarqua toutefois assez vite qu’ils étaient plus riches en vaisselle qu’en ingrédients. Lorsqu’elle le fit observer, Camille éclata de rire et reconnut volontiers qu’elle ne cuisinait presque jamais. Elle savait préparer quelques choses simples, mais Jean et elle mangeaient souvent dehors ou commandaient. Lorsqu’ils recevaient, le résultat spectaculaire servi à table n’avait généralement rien à voir avec ses talents : un traiteur travaillait pour eux.
Cette confession étonna sincèrement Elsa. Chez ses parents, la cuisine avait toujours fait partie de la vie quotidienne. Sa mère cuisinait beaucoup et elle avait commencé très jeune à l’aider, d’abord en regardant, puis en préparant réellement certains plats. Avec les années, l’habitude était devenue un plaisir personnel. Elsa aimait choisir les produits, improviser avec ce qui restait dans le réfrigérateur, goûter une sauce et comprendre ce qui lui manquait. Un repas commençait pour elle bien avant le moment où l’on s’asseyait à table.
Elle proposa donc très naturellement de cuisiner de temps en temps pour Camille et Jean. Elle utiliserait de toute manière la cuisine ; préparer trois portions plutôt qu’une ne lui demanderait pas beaucoup plus de travail. La réaction de Camille fut si spontanément ravie qu’Elsa en rit. Jusqu’alors, elle avait surtout eu la sensation de recevoir : une chambre à prix réduit, une salle de bains, une cuisine et la confiance de gens qui la connaissaient à peine. Pour la première fois, elle entrevoyait quelque chose qu’elle pouvait apporter en retour.
Camille jugea qu’il n’y avait aucune raison d’attendre et proposa qu’elles commencent dès ce jour-là. Elsa choisirait le repas selon ce qu’elles trouveraient au marché. Il était encore tôt. Camille jeta alors un regard amusé à son short de satin, admit qu’elle ne pouvait pas sortir ainsi et annonça qu’elle allait s’habiller. Elle disparut dans la chambre tout en continuant à parler à Elsa depuis le couloir, lui demandant ce qu’elle aurait besoin d’acheter et si elle préférait préparer du poisson ou de la viande.
Cette conversation à distance avait quelque chose de curieusement domestique. Elsa resta d’abord près de l’îlot de cuisine, puis se rapprocha du couloir pour mieux l’entendre. Elle percevait le bruit d’une armoire que l’on ouvrait, de cintres que l’on déplaçait, tandis que Camille continuait à discuter comme si leur familiarité datait de plusieurs mois plutôt que de deux journées. Elsa se surprit à sourire. Elle n’avait pas imaginé que son premier matin seule à Paris prendrait cette forme.
Quelques minutes plus tard, Camille reparut dans une robe d’été légère. La coupe mettait particulièrement bien en valeur sa silhouette : les épaules dégagées, la taille marquée, la longueur de ses jambes et un décolleté simple mais profond qui accompagnait naturellement sa poitrine. Sur une femme plus petite, la robe aurait peut-être paru ordinaire ; sur Camille, avec son mètre quatre-vingt-un, elle semblait avoir été dessinée pour elle. Elsa la regarda un peu plus longtemps qu’elle ne l’aurait voulu. La lumière faisait ressortir la couleur dorée de sa peau et le tissu suivait son corps avec une facilité qui la fit rêver. Elle finit par lui dire que la robe lui allait vraiment très bien, avec une sincérité qui dépassait largement le simple compliment vestimentaire.
Ce fut alors qu’Elsa prit conscience de sa propre tenue. Elle portait encore le tee-shirt choisi pour l’emménagement, la brassière qu’elle n’avait finalement pas osé abandonner malgré les conseils de la veille, et un jean trop large qui flottait autour de ses longues jambes. Face à Camille, elle eut soudain l’impression d’être mal assemblée : trop maigre, trop plate, vêtue pour se cacher davantage que pour se mettre en valeur. Elle avait toujours entendu dire que sa taille et sa finesse étaient des avantages ; ce matin-là, elles lui semblaient surtout accentuer ce qui lui manquait. Camille, au contraire, lui paraissait exactement à sa place dans son corps, grande sans chercher à se faire plus petite, sportive sans dureté, féminine sans effort. Son décolleté attira une nouvelle fois le regard d’Elsa, qui éprouva un mélange inconfortable d’envie et de fascination.
Le compliment sembla faire plaisir à Camille sans la gêner. Elle regarda Elsa à son tour et remarqua que leurs tailles presque identiques pouvaient avoir certains avantages. Elle possédait beaucoup de vêtements et pourrait parfaitement lui en prêter : des robes, certains manteaux, peut-être même quelques pantalons. Elsa eut un sourire, mais la comparaison qu’elle venait de faire entre leurs deux silhouettes était encore trop présente. Elle répondit que la hauteur ne serait probablement pas le problème et indiqua d’un léger mouvement de tête la poitrine plus généreuse de Camille, puis la sienne, presque inexistante. Elles avaient peut-être le même mètre quatre-vingt-un, mais certainement pas les mêmes formes.
Camille baissa brièvement les yeux vers sa robe, puis vers Elsa. Elle ne chercha ni à nier l’évidence ni à la rassurer. Elle répondit simplement que cela dépendait des vêtements et qu’Elsa serait peut-être surprise de la façon dont certaines pièces pourraient tomber sur elle. Cette réponse plut immédiatement à Elsa. Elle imagina malgré elle cette robe sur son propre corps : l’ourlet au même endroit sur ses cuisses, la taille presque identique, mais le décolleté beaucoup plus vide, le tissu tombant droit là où il épousait chez Camille des courbes qu’Elsa ne possédait pas. Elle sentit revenir son ancien malaise, puis quelque chose de différent. Elle ne savait plus très bien si elle rêvait d’avoir le corps de Camille ou si elle rêvait simplement de Camille elle-même. Cette nuance, encore floue, la troubla davantage que tout le reste.
Camille prit son sac et posa ses lunettes de soleil sur sa tête. En sortant de l’appartement, elle demanda à Elsa ce qu’elles allaient cuisiner. Elsa répondit qu’elle déciderait en fonction des étals. Dans l’escalier, elle marcha légèrement derrière Camille. La robe bougeait librement autour de ses longues jambes à chaque marche et Elsa dut une nouvelle fois rappeler son regard à l’ordre. Ce trouble devenait suffisamment fréquent pour qu’elle ne puisse plus l’attribuer entièrement à la fatigue du déménagement.
Dehors, le soleil éclairait déjà les façades. Leur reflet apparut un instant dans la vitrine d’un magasin : deux femmes presque exactement de la même hauteur, l’une blonde et très fine, l’autre brune, plus sportive et plus affirmée. Elsa ralentit une fraction de seconde pour regarder cette image. Elle pensa à la proposition de Camille de lui prêter ses vêtements, puis à cette robe qu’elle pourrait peut-être porter un jour. Ce qui l’amusait le plus n’était plus l’idée du vêtement lui-même, mais l’étrange facilité avec laquelle elle commençait à entrer dans l’univers de Camille.
En descendant la rue vers le marché, Elsa comprit qu’elle venait peut-être de trouver beaucoup plus qu’une chambre sous les toits. Elle avait imaginé son départ à Paris comme un apprentissage de la solitude. Or, après moins de deux jours, quelqu’un occupait déjà une place inattendue dans ses pensées. Et plus elle essayait de considérer cette fascination comme une simple admiration, plus elle sentait que le mot devenait insuffisant.

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MadininaSexy
10 octobre 2026 à 15:07
J'aime beaucoup. C'est bien écrit, très réaliste. J'attends la suite avec impatience.
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Davidorab
10 octobre 2026 à 14:49
Belle mise en bouche, ou plutôt en jambes... pour l'instant.
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