Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Secrétariat particulier — Chapitre 3 · Mois 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Secrétariat particulier
Chapitre 3 · Mois 3
Le troisième mois fut celui de la porosité. Malgré mes efforts surhumains pour murer mon esprit dans une routine administrative rigide, les vannes ouvertes la nuit de ma métamorphose n'avaient jamais pu être refermées. Au bureau, la dynamique avait subtilement changé. Julien ne me traitait plus tout à fait comme une simple exécutante. Il avait remarqué ma dévotion absolue au travail, mes heures sup' à répétition, et il s'en servait. Nous passions de longs moments ensemble à éplucher les dossiers de conformité, sa voix de basse vibrant à mes côtés, son parfum de vétiver et de cuir m'enveloppant jusqu'à l'étourdissement. J'étais devenue indispensable à sa réussite professionnelle, tout en restant la spectatrice impuissante de sa vie de débauche.
Ce soir-là, un jeudi de fin de mois, une pluie battante et typiquement bruxelloise s'écrasait contre les immenses baies vitrées du dernier étage. Il était près de vingt heures. Le reste de l'équipe avait déserté depuis longtemps, laissant les couloirs plongés dans cette pénombre feutrée que j'aimais tant. J'étais à mon poste, achevant de trier des courriers, quand un cabinet d'avocats londonien m'envoya par mail un avenant contractuel crucial qui devait impérativement être signé par Julien avant le lendemain matin.
Je l'imprimai, le papier encore chaud entre mes doigts tremblants de fatigue. Je savais qu'il était encore dans son bureau. Une demi-heure plus tôt, j'avais vu entrer Valérie d'Estaimpuis, une de nos plus importantes clientes privées. C'était une femme d'une quarantaine d'années, d'une élégance aristocratique, toujours vêtue de tailleurs Chanel impeccables, le regard hautain et la parole rare. Je la considérais comme le summum de la distinction bourgeoise.
Je m'avançai dans le couloir capitonné, mes pas étouffés par la moquette épaisse. Plus je me rapprochais de la double porte en acajou de la direction, plus le silence de l'étage me paraissait suspect. Arrivée devant l'antichambre, je remarquai que la lourde porte privée de Julien n'était pas complètement fermée. Elle était restée entrouverte de trois ou quatre centimètres, laissant filtrer un mince filet de lumière chaude sur le sol sombre.
Je m'apprêtais à frapper quand un bruit m'arrêta net, le poing suspendu en l'air.
Un bruit de succion, humide, rythmé, indiscutable. Suivi d'un gémissement étouffé, non pas de douleur, mais de soumission physique. Mon cœur rata un battement, puis se mit à cogner contre mes côtes avec une violence telle que j'eus peur qu'il ne me trahisse. Ma première réaction, dictée par ce qui me restait de décence et d'éducation, aurait dû être de reculer, de faire demi-tour et de fuir vers l'ascenseur. Mais une force invisible, un fil électrique tendu depuis mon bas-ventre jusqu'à mes yeux, me cloua sur place. Une curiosité maladive, nourrie par deux mois d'obsessions souterraines, prit le contrôle de mes muscles.
Un bruit de succion, humide, rythmé, indiscutable. Suivi d'un gémissement étouffé, non pas de douleur, mais de soumission physique. Mon cœur rata un battement, puis se mit à cogner contre mes côtes avec une violence telle que j'eus peur qu'il ne me trahisse. Ma première réaction, dictée par ce qui me restait de décence et d'éducation, aurait dû être de reculer, de faire demi-tour et de fuir vers l'ascenseur. Mais une force invisible, un fil électrique tendu depuis mon bas-ventre jusqu'à mes yeux, me cloua sur place. Une curiosité maladive, nourrie par deux mois d'obsessions souterraines, prit le contrôle de mes muscles.
Je retins ma respiration, j'enlevai mes lunettes pour ne pas qu'elles cognent contre le bois, et je collai mon visage contre la fente de la porte.
Ce que je vis me coupa les poumons.
Julien était assis au centre de la pièce, installé de tout son long dans son grand fauteuil de cuir noir. Sa veste était jetée sur le canapé, sa cravate défaite, les premiers boutons de sa chemise ouverts sur son torse sombre. Ses jambes étaient écartées. Et entre ses cuisses, à genoux sur le tapis de laine beige, se trouvait Valérie d'Estaimpuis.
Ce que je vis me coupa les poumons.
Julien était assis au centre de la pièce, installé de tout son long dans son grand fauteuil de cuir noir. Sa veste était jetée sur le canapé, sa cravate défaite, les premiers boutons de sa chemise ouverts sur son torse sombre. Ses jambes étaient écartées. Et entre ses cuisses, à genoux sur le tapis de laine beige, se trouvait Valérie d'Estaimpuis.
L'armure de la grande dame d'affaires avait volé en éclats. Sa jupe droite était relevée jusqu'aux hanches, révélant des bas de soie noirs fixés à des jarretelles. Ses cheveux, d'ordinaire figés dans un brushing parfait, s'éparpillaient sur ses épaules. Elle tenait le sexe énorme et dressé de Julien à pleines mains, sa bouche d'ordinaire si pincée enveloppant la verge dans un mouvement de va-et-vient frénétique.
Mais ce qui me glaça le sang, bien plus que le spectacle de l'acte lui-même, ce fut le langage qui s'échappa de la bouche de mon patron. Loin de la courtoisie feutrée des affaires, Julien parlait avec une crudité sauvage, une voix sourde et rocailleuse que je ne lui connaissais pas.
— Oui, suce-la bien, Valérie, souffla-t-il en agrippant fermement les cheveux de la quadragénaire pour guider son mouvement. Prends-la toute. Je veux t'entendre t'étouffer dessus. Elle est pour qui, cette grosse bite ? Dis-le-moi.
La femme suspendit son geste une seconde, levant des yeux brillants de soumission vers lui, le sexe humide brillant sous la lumière de la lampe de bureau.
— Pour moi, Julien... murmura-t-elle d'une voix rendue rauque par l'effort. Elle est pour ta salope.
— C'est ça, une bonne salope de bourgeoise, reprit Julien avec un sourire cruel, ses doigts s'enfonçant plus profondément dans la chevelure de la femme pour lui imposer un rythme plus brutal. Regarde-toi, à genoux sur mon tapis, à m'ouvrir la bouche comme une traînée alors que tes avocats t'attendent. Tu aimes ça, hein ? Tu aimes te faire traiter comme une chienne dans mon bureau ?
— Oui... oui, j'adore ça, enfonce-la, s'il te plaît... grogna-t-elle avant d'envelopper à nouveau le sexe de Julien, ses joues se creusant sous l'effort, des bruits de gorge humides et obscènes résonnant dans l'espace clos.
— C'est ça, une bonne salope de bourgeoise, reprit Julien avec un sourire cruel, ses doigts s'enfonçant plus profondément dans la chevelure de la femme pour lui imposer un rythme plus brutal. Regarde-toi, à genoux sur mon tapis, à m'ouvrir la bouche comme une traînée alors que tes avocats t'attendent. Tu aimes ça, hein ? Tu aimes te faire traiter comme une chienne dans mon bureau ?
— Oui... oui, j'adore ça, enfonce-la, s'il te plaît... grogna-t-elle avant d'envelopper à nouveau le sexe de Julien, ses joues se creusant sous l'effort, des bruits de gorge humides et obscènes résonnant dans l'espace clos.
Derrière la porte, mes genoux se mirent à trembler. Une vague de chaleur d'une violence inouïe me submergea, se concentrant précisément entre mes cuisses, là où ma peau lisse frottait contre ma culotte de soie. J'étais horrifiée par la grossièreté de leurs mots, par cette domination sans filtre qui heurtait de plein fouet mes convictions. Et pourtant, mon corps réagissait avec une trahison totale : j'étais trempée. L'excitation me coupait le souffle. Entendre cet homme si puissant employer un langage aussi cru, voir cette femme si hautaine s'abaisser à verbaliser sa propre dégradation avec une telle ferveur, cela agissait sur moi comme un stupéfiant.
J'ai toujours détesté la fellation. Avec Thomas, c'était une corvée que j'accordais de mauvaise grâce, une fois par mois tout au plus, pour lui faire plaisir. Je trouvais la position inconfortable, l'acte humiliant, et je m'étais toujours refusée catégoriquement à avaler son sperme, trouvant cette soumission physique terminale profondément dégradante. Je me souvenais encore des rares fois où j'avais dû recracher dans un mouchoir avec un dégoût non dissimulé.
Pourtant, le spectacle qui se déroulait sous mes yeux balayait toutes mes certitudes. Valérie d'Estaimpuis ne subissait rien ; elle gérait sa soumission avec une autorité érotique impériale. Elle accélérait le mouvement, sa main branlant la base du sexe tandis que sa bouche descendait le plus loin possible, aspirant Julien avec une voracité qui me fit frémir.
— Ah, putain, Valérie... grogna Julien, sa tête se renversant en arrière sur le dossier en cuir, ses yeux se fermant sous l'intensité du plaisir. Tu sais y faire... Suce-moi encore. Je vais venir. Je vais te repeindre la gorge, ma belle.
— Viens en moi, Julien... donne-moi tout ton foutre, murmura-t-elle entre deux succions, les yeux fixés sur le ventre tendu de mon chef. Je veux tout boire. Ne t'arrête pas.
— Viens en moi, Julien... donne-moi tout ton foutre, murmura-t-elle entre deux succions, les yeux fixés sur le ventre tendu de mon chef. Je veux tout boire. Ne t'arrête pas.
Le rythme devint frénétique. Les bruits de salive et de chair s'intensifièrent, rythmés par les jurons étouffés de Julien. Ses mains se crispèrent sur les épaules de la femme, ses muscles se tendant à l'extrême sous sa chemise blanche.
— Tiens-toi prête... j'arrive... putain... lâcha-t-il dans un dernier râle d'animal blessé.
Il se cambra violemment dans son fauteuil. Je vis son sexe tressaillir alors qu'une première gerbe de sperme blanc et épais jaillissait directement au fond de la gorge de Valérie. La femme ne recula pas d'un millimètre. Elle prit le jet de plein fouet, les yeux grands ouverts, absorbant la charge avec une avidité terrifiante. Une deuxième, puis une troisième pulsation suivirent, inondant ses lèvres et sa langue. Elle avala le tout dans un mouvement de déglutition distinct que je pus voir de ma cachette, sa gorge se contractant pour ingurgiter le liquide chaud.
Lorsqu'il eut fini de vibrer, Julien laissa retomber ses mains. Valérie d'Estaimpuis nettoya les dernières gouttes d'un coup de langue appliqué sur le gland, puis elle se redressa lentement sur ses genoux. Elle leva le visage vers lui. C'est à cet instant qu'elle arbora ce sourire. Un sourire coquin, provocateur, un sourire de triomphe absolu qui défiait le regard de mon patron. Elle venait d'avaler sa semence comme on boit un nectar précieux, affirmant sa totale maîtrise du jeu érotique.
Julien la regarda, son visage perdant sa dureté pour afficher une expression de gratitude et de désir brut. Il se pencha en avant, passa ses grandes mains sombres dans les cheveux emmêlés de la femme et déposa un baiser brûlant sur ses lèvres encore humides de son propre sperme.
— Tu es incroyable, Valérie, murmura-t-il d'une voix adoucie par la satiété. Une vraie reine.
Je ne pus en supporter davantage. Le sol sembla se dérober sous mes pas. Je reculai d'un coup sec, mes mains tremblant tellement que le dossier de feuilles de conformité glissa presque de mes doigts. Je fis demi-tour et m'enfuis en courant sur la moquette du couloir, ne m'arrêtant que lorsque je fus enfermée dans les toilettes du personnel au bout de l'étage.
Je m'adossai à la porte close, mon cœur battant à un rythme de folie, mes poumons brûlant comme si j'avais couru un marathon. Je me laissai glisser jusqu'au sol, ma jupe de tailleur se froissant contre le carrelage froid. Ma main descendit d'elle-même entre mes cuisses. Ma culotte de soie était trempée, saturée par le suc de mon excitation. Je glissai deux doigts sur ma peau intégralement lisse, gémissant doucement dans le silence des toilettes désertes.
Le poison du voyeurisme venait de s'infiltrer jusqu'à la moelle de mes os. J'étais terrifiée par ce que je venais de ressentir, par cette honte excitante qui me consumait. Toutes mes barrières morales, mes principes féministes, mon dégoût historique pour la fellation... tout venait de s'effondrer en l'espace de dix minutes devant le sourire coquin de cette femme qui avait tout avalé. Je savais, avec une certitude effrayante, que ma vie de couple était condamnée. Le venin de l'esprit avait fait son œuvre : je ne voulais plus être la secrétaire rigide qui jugeait son patron. Je voulais être celle à genoux sur son tapis, recevant sa sève au fond de la gorge sous le feu de ses paroles crues.
Le trajet de retour fut une longue descente aux enfers anesthésiée. Lorsque je sortis enfin de l'immeuble de la direction, la pluie bruxelloise s'abattait sur la ville avec une violence thérapeutique. Je n'ouvris pas mon parapluie. J'avais besoin de cette eau glacée sur mon visage, besoin que les gouttes cinglent ma peau pour tenter d'éteindre l'incendie qui faisait rage en moi. Mais rien n'y faisait. Sous mon trench-coat trempé, entre mes cuisses, la réalité de mon excitation physique restait collée à ma peau. Le tissu de ma culotte de soie noire, lourd de mes propres fluides, me rappelait à chaque enjambée le spectacle auquel je venais d'assister.
Dans la rame de métro qui me ramenait vers Ixelles, je me cramponnai à la barre centrale en métal froid, le regard fixe, refusant de croiser les yeux des autres voyageurs. Tout autour de moi, les gens lisaient, consultaient leur téléphone ou fixaient le vide, emmurés dans leur fatigue ordinaire. Je me sentais monstrueuse, radicalement coupée de l'humanité normale. Le contraste était trop violent. Dans ma tête, la voix sourde et rocailleuse de Julien résonnait en boucle, parasitée par les bruits de succion humides que j'avais surpris. « Oui, suce-la bien... Je veux t'entendre t'étouffer dessus. » Ces mots crus, presque obscènes, tournaient comme un vautour dans mon esprit de jeune femme bien sous tous rapports. J'essayais de m'en indigner, de retrouver la Clémence d'il y a trois mois, celle qui aurait crié au harcèlement ou à la dégradation patriarcale.
Mais la Clémence de ce soir n'était plus qu'une voyeuse tremblante, hantée par le souvenir de cette sève blanche coulant dans la gorge d'une autre.
Quand j'introduisis la clé dans la serrure de notre appartement, une bouffée de panique me prit à la gorge. L'odeur familière du foyer — un mélange de bois ciré et de verveine — me parut soudainement étrangère, presque hostile. Thomas était là. Il m'attendait, assis à la table de la salle à manger, ses dossiers d'ingénieur étalés autour de lui. En m'entendant entrer, il se leva d'un bond, son visage s'éclairant de cette tendresse innocente qui, ce soir-là, me fit l'effet d'une condamnation à mort.
Quand j'introduisis la clé dans la serrure de notre appartement, une bouffée de panique me prit à la gorge. L'odeur familière du foyer — un mélange de bois ciré et de verveine — me parut soudainement étrangère, presque hostile. Thomas était là. Il m'attendait, assis à la table de la salle à manger, ses dossiers d'ingénieur étalés autour de lui. En m'entendant entrer, il se leva d'un bond, son visage s'éclairant de cette tendresse innocente qui, ce soir-là, me fit l'effet d'une condamnation à mort.
— Te voilà enfin ! J'allais commencer à m'inquiéter, dit-il en s'approchant, les bras ouverts. Regarde-toi, tu es trempée...
Lorsqu'il posa ses mains sur mes bras pour m'enlever mon manteau, je ne pus réprimer un mouvement de recul. Un réflexe animal. Ses paumes, d'ordinaire si réconfortantes, me parurent tièdes, fades, dépourvues de cette électricité noire qui saturait encore mes veines. Il fronça les sourcils, surpris par ma réaction.
— Qu'est-ce qu'il y a, Clémence ? Tu trembles... Ça va ?
Je ne pouvais pas le regarder en face. Si mes yeux plongeaient dans les siens, il y verrait le bureau d'acajou, les jarretelles de Valérie et le sexe dressé de mon chef. Je posai une main sur mon front, feignant une faiblesse que mon corps, paradoxalement, ne ressentait pas.
— Je couve quelque chose, Thomas... Une migraine affreuse. La pluie, la fatigue du rendu de fin de mois... Je n'en peux plus. Je vais juste me coucher.
— Oh, ma pauvre grande... Attends, je vais te préparer une tisane, et je t'apporte un analgésique.
— Oh, ma pauvre grande... Attends, je vais te préparer une tisane, et je t'apporte un analgésique.
Sa gentillesse me donnait la nausée. Plus il se montrait prévenant, plus je prenais la mesure de ma propre sournoiserie. Je m'enfermai dans la salle de bain, me déshabillai à la hâte et jetai ma culotte de soie noire au fond du panier à linge sale, comme on dissimule une pièce à conviction. Je me glissai sous la douche, frottant ma peau lisse avec une vigueur presque douloureuse, cherchant à effacer l'odeur du bureau, l'odeur du vétiver, le souvenir du sperme. Mais le venin était cérébral ; l'eau chaude ne pouvait rien contre les images gravées sur mes rétines.
Je me couchai dans le noir, tournant le dos au lit, feignant le sommeil lorsque Thomas me rejoignit quelques minutes plus tard. Il posa délicatement une main sur ma hanche nue, un geste de réassurance pure, dénué d'arrière-pensée. Je restai immobile, feignant une respiration régulière, tandis que mes yeux restaient grands ouverts dans l'obscurité. L'innocence de mon compagnon me répugnait presque. Sa passivité, sa douceur, sa façon de respecter ma prétendue maladie... tout cela me paraissait d'une fadeur insupportable en comparaison de la brutalité verbale et physique de Julien Vance. Je m'endormis tard, épuisée par la culpabilité, bercée par le cauchemar éveillé de ce sourire coquin qui me défiait depuis le tapis de la direction.
Le vendredi matin, j'eus toutes les peines du monde à franchir le seuil de l'étage. Lorsque je dus apporter à Julien l'avenant contractuel — celui-là même qui m'avait servi d'alibi la veille —, mes mains tremblaient si fort que les feuilles crissaient entre mes doigts. Je poussai la porte de son bureau privé. La pièce était impeccable, baignée par la lumière grise du matin. Le tapis de laine beige avait été aspiré ; il ne restait aucune trace de la scène de la veille. Julien était assis derrière son ordinateur, vêtu d'un nouveau costume gris, l'air parfaitement reposé, l'esprit entièrement tourné vers les affaires du jour.
— Ah, Clémence. Merci pour l'avenant. Vous l'avez récupéré tard hier soir, non ? me dit-il sans lever les yeux de son écran, sa voix de baryton provoquant une contraction immédiate dans mon bas-ventre.
— Oui, Monsieur Vance. Juste avant de partir, réussis-je à articuler, ma voix étranglée.
— Oui, Monsieur Vance. Juste avant de partir, réussis-je à articuler, ma voix étranglée.
Il leva enfin les yeux vers moi, son regard bleu, d'une clarté indécente, se plantant dans le mien. Il soutint mon regard une seconde de trop, et je fus prise d'une panique folle. Savait-il ? Avait-il remarqué la porte entrebâillée ? Devinait-il que sous mon tailleur bleu marine, ma peau était lisse et que mon esprit était entièrement colonisé par son souvenir ? Il me dédia un de ses légers sourires ironiques, ce sourire qui me rendait folle, avant de reprendre son travail.
— Parfait. Vous faites de l'excellent travail, Clémence. Que ferais-je sans vous ?
Cette phrase, d'apparence si anodine, prit dans mon esprit une résonance érotique terrifiante. À partir de ce jour, l'espace du bureau fut entièrement rescénarisé par mes fantasmes. Je ne pouvais plus travailler normalement. Chaque fois que j'entrais dans sa pièce, mes yeux se posaient irrésistiblement sur le fauteuil de cuir noir, imaginant Julien la tête renversée, les muscles tendus. Mes yeux glissaient vers le tapis, à l'endroit exact où Valérie d'Estaimpuis s'était agenouillée. Je visualisais la scène en permanence, changeant les visages dans ma tête. Ce n'était plus la cliente que je voyais à genoux ; c'était moi.
Je passais mes journées assise à mon poste d'accueil, les jambes serrées l'une contre l'autre, luttant contre les vagues de chaleur qui me submergeaient dès que j'entendais le bruit de ses pas ou le son de sa voix. Je me surprenais à fixer sa bouche lorsqu'il me dictait des notes. Je regardais ses lèvres, leur mouvement, imaginant la texture et la chaleur de sa verge qu'une autre avait avalée avec tant d'assurance. Les mots qu'il avait prononcés devenaient des mantras secrets qui me faisaient mouiller mes sous-vêtements en pleine journée, au milieu d'un appel téléphonique ou de la saisie d'un tableau Excel. « Suce-la bien... Une vraie chienne. »
Mes certitudes morales et féministes, que j'avais crues si solides, s'effondraient les unes après les autres, emportées par le flot du voyeurisme. Je réalisais avec une lucidité effrayante que mon dégoût historique pour la fellation n'était pas une question de dignité, mais une barrière de pruderie, une incapacité à accéder à la liberté sexuelle absolue. Ce que je jugeais dégradant la veille me paraissait désormais être le sommet de l'audace érotique, un abandon de soi si total qu'il en devenait souverain. Valérie d'Estaimpuis n'était pas une victime ; elle avait conquis Julien par sa soumission joyeuse, elle l'avait dominé en avalant sa sève avec ce sourire coquin.
Une envie féroce, inavouable et dévorante s'était installée en moi : je voulais prendre sa place. Je voulais abandonner mon armure de secrétaire rigide, je voulais briser la forteresse de verre. Je ne voulais plus être celle qui gère les maîtresses ; je voulais être la seule, celle qui se met à nu, celle qui s'abaisse à ses pieds pour mieux le posséder. Le poison avait achevé sa course. Mon esprit n'appartenait plus à ma vie d'avant, et mon corps, vibrant d'une frustration permanente à chaque pas dans mon tailleur strict, n'attendait plus que le moment de capituler face au maître des lieux.
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Commentaires ()
Je vous devine assez habile pour nous titiller l'impatience. Vos mots futurs sont espérés.
Par contre j'ai adoré les quelques dernières lignes qui manifestent d'une transformation totale de cette femme qui "s'accorde" une nouvelle facette, une nouvelle vie peut être aussi.
Hâte à la suite encore une fois
Bravo, j'attends avec impatience l'épisode suivant.
Comment va t elle s'y prendre pour le séduire et arrive à ses fins ?