Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L’art professoral — Chapitre 1 · Chapitre 1 : la première flèche
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L’art professoral
Chapitre 1 · Chapitre 1 : la première flèche
L'amphithéâtre 307 de la faculté de Lettres de Paris-Sorbonne était un lieu à part. Construit au XIXe siècle, ses murs en pierre blonde portaient les stigmates du temps : des fissures fines comme des veines, des taches d'humidité en forme de cartes anciennes, et cette odeur indescriptible, un mélange de cire, de bois poli par des générations d'étudiants, et de cette poussière dorée qui semblait toujours flotter dans l'air, même quand les fenêtres étaient grandes ouvertes. Les vitraux, aux motifs géométriques bleutés, filtraient la lumière de ce mois d'octobre, projetant sur les bancs en chêne des ombres mouvantes, comme des fantômes d'étudiants d'un autre âge.
Ce jour-là, l'automne avait décidé de se rappeler à eux. Une brise légère s'était glissée par les fenêtres entrouvertes, apportant avec elle l'odeur des feuilles mortes du jardin du Luxembourg voisin. Dehors, on entendait le bruit sourd des pas pressés sur les pavés, les éclats de rire des groupes d'étudiants, le grincement des vélos. Mais dans l'amphi, un silence presque religieux régnait. Presque. Parce qu'il y avait lui.
Léo Marais, dix-huit ans, était assis au premier rang, comme à son habitude. Pas par zèle, non — il avait depuis longtemps abandonné l'idée de prendre des notes systématiques. Mais parce que de là, il pouvait voir. Voir chaque mouvement, chaque micro-expression, chaque détail qui aurait échappé à quiconque aurait eu la malchance de s'asseoir plus loin. Ses doigts, longs et fins, étaient enroulés autour d'un stylo Bic bleu, celui qu'il avait subtilisé à sa sœur cadette lors des dernières vacances de Noël. Le capuchon, rongé par l'usage, portait encore les marques de ses dents. Une mauvaise habitude, lui répétait toujours sa mère. Mais aujourd'hui, il avait autre chose en tête.
Adrien Delorme était entré dans l'amphithéâtre comme on entre en scène : avec une présence qui forçait le silence. Grand — un mètre quatre-vingt-huit, avait-il entendu dire — il dominait l'espace d'une manière presque physique. Ses épaules, larges et carrées, semblaient porter le poids d'un savoir ancien, tandis que sa taille, fine et souple, lui donnait une élégance féline. Ce jour-là, il portait un costume trois-pièces en laine grise, taillé sur mesure chez un tailleur du Marais. Le tissu, légèrement brillant sous la lumière tamisée, épousait chaque courbe de son corps, révélant sans pudibonderie la puissance de ses cuisses, la fermeté de ses fesses, la ligne droite de son dos.
Sa chemise, d'un blanc immaculé, était ouverte au col, laissant entrevoir une peau pâle, presque translucide, parsemée d'une fine toison brune qui partait de sa clavicule pour disparaître sous le tissu. Léo avait souvent imaginé cette toison s'étendre plus bas, s'épaissir autour de son nombril, puis se perdre dans l'ombre de son pantalon. Et si c'était le cas ? Il avait passé des nuits à se demander si Adrien était du genre à s'épiler, à se raser, ou s'il assumait cette virilité un peu sauvage qui émanait de lui.
Ses mains étaient peut-être ce que Léo admirait le plus. Longues, aux doigts effilés, elles semblaient capables de tout : tourner les pages d'un manuscrit ancien avec une délicatesse infinie, ou serrer un cou avec une force implacable. Ses ongles, courts et soignés, brillaient légèrement sous la lumière des néons. Et puis, il y avait ses veines. Ces veines saillantes, bleutées, qui serpentaient sous sa peau fine, comme des rivières sous une surface de marbre. Chaque fois qu'il bougeait les doigts, Léo pouvait les voir pulser, comme si son sang battait au rythme de ses paroles.
Son visage était un chef-d'œuvre de symétrie. Des pommettes hautes, une mâchoire carrée, un front large sous une chevelure brune, légèrement ébouriffée, comme s'il venait de se passer la main dedans. Ses yeux, d'un vert-noisette profond, semblaient changer de couleur selon la lumière. Parfois verts, parfois dorés, comme ceux d'un chat, avait un jour murmuré une étudiante à Léo. Ses lèvres, charnues et bien dessinées, s'entrouvraient souvent pour laisser échapper un sourire énigmatique, ou pour mordre légèrement le capuchon de son stylo, comme il le faisait en ce moment même.
Et puis, il y avait sa voix. Une voix grave, légèrement rauque, qui traînait sur les mots comme une caresse. Une voix qui pouvait, en un instant, passer du ton professoral le plus strict à un murmure presque intime. « L'Histoire, mes chers étudiants, n'est pas seulement une question de dates ou de traités, » avait-il commencé, la craie grattant le tableau noir avec un bruit sec, presque hypnotique. « C'est une question de désirs. De conquérances. De corps qui se tendent vers d'autres corps, malgré les lois, malgré la morale... »
Léo avait senti un frisson lui parcourir l'échine. Est-ce qu'il parle de l'Histoire... ou de nous ?
Adrien avait cette manie : il levait parfois les yeux vers la classe, comme s'il cherchait quelque chose. Ou quelqu'un. Et quand son regard croisait celui de Léo, quelque chose claquait dans l'air. Une étincelle. Une promesse. Comme si, l'espace d'un instant, le temps lui-même retenait son souffle.
Léo avait l'impression que chaque fois qu'Adrien le fixait, ses pupilles se dilataient légèrement, comme s'il cherchait à percer un mystère. Est-ce qu'il voit ce que je ressens ? Est-ce qu'il devine à quel point je le veux ? Il avait souvent surpris Adrien à l'observer du coin de l'œil, quand il croyait que personne ne le regardait. Une fois, il avait même cru le voir sourire, comme s'il avait lu dans ses pensées. Putain, il sait.
Ce jour-là, Léo avait décidé de passer à l'action. Pas de manière évidente, non. Juste... jouer. Il leva la main, lentement, comme s'il avait tout son temps. Les autres étudiants se retournèrent vers lui, certains avec des sourires en coin, d'autres avec des yeux écarquillés. T'as osé, mec, semblait dire le regard de Thomas, son voisin de TD. Léo s'en foutait. Il n'avait d'yeux que pour Adrien.
Léo dit :
— Monsieur Delorme...
— Monsieur Delorme...
Il avait marqué une pause, juste pour le plaisir de voir Adrien lever les yeux vers lui.
— Est-ce que le désir a toujours été un crime, dans l'Histoire ?
Un silence. Un de ces silences lourds, où on entendrait une épingle tomber. Adrien posa la craie sur le rebord du tableau, s'essuya les doigts sur un chiffon — pourquoi il avait un chiffon, d'ailleurs ? — et fixa Léo. Vraiment fixé. Comme s'il voulait lui percer l'âme.
— Une question... intéressante, murmura-t-il, les sourcils légèrement froncés.
Il fit le tour de la table, lentement, comme s'il avait toute la vie devant lui. Chaque pas résonnait dans le silence de l'amphithéâtre, chaque mouvement de son corps était une invitation à le dévorer des yeux. Quand il fut assez près, il se pencha, posant une main sur le bureau de Léo pour s'appuyer. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres.
Léo put sentir son parfum. Un mélange complexe, boisé, avec des notes de vétiver et de poivre noir, et cette pointe de tabac froid qui lui collait à la peau. Un parfum d'homme, avait-il pensé la première fois qu'il l'avait senti. Et puis, il y avait autre chose. Une odeur plus âcre, plus intime. La sueur ? Non, pas de la sueur. Juste... lui. L'odeur d'un homme qui sait qu'il est désiré.
— Les Romains, par exemple, dit Adrien, sa voix un murmure, considéraient que le désir, s'il était mal canalisé, pouvait mener au chaos. Les Bacchanales en sont un parfait exemple...
Son index effleura — accidentellement ? — l'épaule de Léo. Un contact électrique. Une décharge qui parcourut tout le corps du jeune homme, comme si on avait allumé un feu sous sa peau.
Léo frissonna. Sa peau se couvrit de chair de poule, et il dut se mordre la lèvre pour étouffer un gémissement. Il sait. Il sait que je le veux.
Adrien se redressa, reprenant son ton professoral, mais ses yeux restaient ancrés dans ceux de Léo.
— Si tu veux approfondir le sujet... mon bureau, dix-sept heures. Porte ouverte.
Un sourire en coin. Un défi.
Léo sentit son estomac se nouer. Dix-sept heures. Son bureau. Juste nous deux. Il hocha la tête, lentement, comme s'il avait tout son temps. Mais son cœur, lui, battait à tout rompre. Quand il osa enfin relever les yeux, Adrien avait repris son cours, comme si de rien n'était. Mais Léo avait remarqué que ses doigts tremblaient légèrement en tenant la craie. Il n'est pas aussi calme qu'il le prétend, le connard.
Les dernières minutes du cours furent une torture. Léo n'arrivait plus à se concentrer. Chaque mot d'Adrien lui semait des frissons dans le dos, chaque regard volé lui donnait l'impression de brûler. Il revivait en boucle le contact de l'index d'Adrien sur son épaule, cette chaleur qui avait traversé le tissu de sa chemise pour s'imprimer dans sa chair. Est-ce qu'il a fait exprès ? Est-ce qu'il recommencera ?
Il observait Adrien sous toutes les coutures. La façon dont il glissait ses livres dans son sac en cuir, usé par le temps. La façon dont il ajustait sa cravate, un geste qu'il faisait souvent, comme s'il avait besoin de se raccrocher à quelque chose de concret. La façon dont il passait une main dans ses cheveux, un peu ébouriffés, comme s'il venait de se réveiller d'un rêve agité. Ou d'un cauchemar. Ou des deux.
Léo se surprit à imaginer ces cheveux entre ses doigts. Ils seraient doux, ou légèrement rêches ? Il se surprit à imaginer ses lèvres sur celles d'Adrien. Elles seraient chaudes, ou froides ? Il se surprit à imaginer ses mains sur ce corps, ce putain de corps qui le hantait depuis des semaines.
Et si dix-sept heures n'était qu'un début ?
Quand la cloche sonna enfin, Léo resta scotché à sa place, les yeux rivés sur Adrien qui rangeait ses affaires avec une lenteur exaspérante. Il le fait exprès. Il sait que je le mate. Chaque geste était une provocation. Chaque mouvement une invitation.
Enfin, Adrien quitta l'estrade, son sac sous le bras. En passant devant Léo, il s'arrêta. Juste une seconde.
— À tout à l'heure, alors.
Puis il disparut dans le couloir, laissant derrière lui un sillage de parfum et de promesses.
Léo resta là, le souffle court. Il serra les poings, sentant l'excitation lui monter aux tempes. Dix-sept heures. Son bureau. Porte ouverte.
Il avait hâte. Et en même temps, il avait peur. Parce qu'il savait déjà que rien ne serait plus comme avant.
Assis sur ce banc en chêne, Léo sentait chaque partie de son corps réagir à la présence d'Adrien. Son cœur battait la chamade, comme s'il avait couru un marathon. Ses mains tremblaient légèrement, et il les serrait en poings pour essayer de les calmer. Sa peau était couverte d'une fine pellicule de sueur, malgré la fraîcheur de l'amphithéâtre. Son jean était devenu trop serré, et il devait constamment ajuster sa position pour soulager la pression sur son érection naissante.
Il avait dix-huit ans, un corps mince mais musclé, façonné par des années de natation. Ses épaules, larges pour sa taille, se tendaient sous son t-shirt noir, moulant, qui mettait en valeur la pâleur de sa peau. Ses cheveux, bruns et légèrement bouclés, tombaient en désordre sur son front, et il avait cette manie de les repousser d'un geste agacé, comme s'ils le gênaient. Ses yeux, d'un bleu-gris profond, brillaient d'une intensité presque fiévreuse quand il était excité. Et il l'était. Gravement.
Il avait souvent surpris Adrien à le dévisager, comme s'il étudiait chaque centimètre de son corps. Une fois, il avait même cru voir son regard s'attarder sur ses lèvres, pleines et légèrement rosées. Est-ce qu'il imagine aussi ce que ce serait, de m'embrasser ? Une autre fois, il avait senti son regard glisser le long de son torse, comme s'il cherchait à deviner ce qui se cachait sous le tissu. Est-ce qu'il aime ce qu'il voit ?
Léo baissa les yeux vers son propre corps, comme pour se rappeler à lui-même ce qu'Adrien voyait. Un torse mince, mais tonique. Des bras fins, mais musclés. Des hanches étroites, qui s'évasent vers des cuisses puissantes, façonnées par le sport. Et puis, il y avait lui. Son sexe, dur et tendu contre le tissu de son jean, trahissait sa présence de manière indéniable.
Putain, il va me voir.
Mais non. Adrien ne semblait pas s'en soucier. Ou alors, il faisait semblant. Et c'était encore pire.
L'amphithéâtre, ce jour-là, semblait vivre au rythme de leur tension. Les ombres dansaient sur les murs, comme si elles aussi étaient excitées par ce qui se jouait entre Léo et Adrien. La lumière, filtrée par les vitraux, dessinait des motifs changeants sur le sol, comme des messages codés.
Dehors, le vent soufflait en rafales, faisant grincer les fenêtres. On entendait le bruit des feuilles mortes qui tourbillonnaient dans la cour, le rire étouffé des étudiants qui quittaient les autres amphis, le grincement d'une porte quelque part dans le couloir. Mais dans l'amphi 307, le temps semblait suspendu.
Léo respira profondément, essayant de calmer son esprit agité. L'air était chargé d'une odeur de cire et de bois, mais aussi de quelque chose de plus... intime. L'odeur d'Adrien. Son parfum, sa sueur, son souffle.
Il ferma les yeux un instant, essayant de graver dans sa mémoire chaque détail de ce moment. Le son de la craie sur le tableau. L'odeur du parfum d'Adrien. La sensation de son doigt sur son épaule. Le poids de son regard.
Quand il les rouvrit, Adrien avait disparu.
Dix-sept heures. Son bureau. Porte ouverte.
Léo sourit, malgré lui. Ce serait le début de quelque chose. Ou la fin de tout.
Mais une chose était sûre : il ne pouvait plus reculer.
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