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✦ AliciaT Miss for America XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Miss for America — Chapitre 1

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AliciaT
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Miss for America

Chapitre 1

Le ciel présentait une large palette de couleurs, du bleu intense profond, voire menaçant, jusqu'au rose édulcoré, sucré comme une barbe-à-papa. Je profitais de laisser mon regard et mon esprit vagabonder alors que le bus de pendulaires me ramenait de mes cours mornes vers un quelconque pavillon d'une anonyme banlieue. Je passais du noir du tableau au gris du béton, pensais-je.
À cette époque, on me qualifiait souvent de rêveur, un esprit détaché dans un corps frêle que je ne cherchais guère à tonifier. L'imagination, la rêverie et parfois le chant — mais toujours en dilettante — suffisaient à occuper une existence essentiellement passive, même oisive à l'occasion.
Je profitais d'une famille de la classe moyenne, les revenus de mes parents nous mettant tant à l'abri de la richesse que de la pauvreté. Dans ces conditions, je manquais d'ambition pour tout : études, sport, copine, travail... tout m'indifférait. Sauf peut-être la pop culture américaine, développant un certain goût pour les chanteuses disco aux tenues excentriques. J'avais tant bien que mal fréquenté quelques cours de chant pour donner de la technique à ma voix dotée d'un certain talent naturel, mais j'avais l'effort en horreur et abandonnais devant les premières difficultés, au grand désarroi de mes parents qui reportèrent leurs espoirs d'ascension sociale sur mon grand frère Alexandre. Brave, responsable, grand, souriant, il cochait toutes les bonnes cases devant les dames de la bonne société, cercle ô combien restreint dont maman rêvait de rentrer et aurait sacrifié son second fils pour ceci, ce qu'elle fera finalement plus tard, mais pour d'autres raisons.
C'est dans cette ambiance de fin d'après-midi, si ce n'est de fin du monde, que je rentrais chez moi, alors ignorant que cette soirée allait casser bien plus qu'une certaine monotonie pour me donner un destin.
— M'an, je suis rentré, lançais-je avec la force de l'habitude, m'attendant au traditionnel Salut chaton dans la réponse affectueuse mais quelque peu méprisante de ma mère.
— On est dans le salon Sylvain, tu peux venir nous rejoindre.
Il est des signes qui ne trompent pas. Le on et le nous suggéraient que maman n'était pas seule à la maison. Si son activité insipide de cheffe de rayon lui permettait un temps partiel, papa était ingénieur et ne rentrait jamais avant tard le soir, vouant sa vie à la sacro-sainte entreprise bienfaitrice qui nous condamnait à cette vie sans risque et sans gloire. Qui pouvait être avec elle ? Alexandre ? Mon hyperactif de frère devait alterner entre sport, stage de junior-creativ-manager-product-dejesaispasquoi ou conquête d'une jeune oie blanche de bonne famille.
Je m'avançais dans le couloir, mi-curieux de ce changement inattendu tout en redoutant une visite impromptue d'une rombière locale forçant maman à présenter son raté de fils.
— Voilà Sylvain, notre second fils. Je ne crois pas que vous l'ayez déjà rencontré Madame Vane.
Mon entrée dans le salon fut ainsi annoncée à ma mère comme les présentations d'invités à un hôte de marque. Et il faut dire que cette madame Vane avait du caractère. Grande et élancée, elle trônait au milieu du canapé familial fatigué. Elle tenait, d'une main ferme mais avec distinction, un verre en cristal au liquide ambré. Maman avait sorti la grande vaisselle et le cognac, fait rare réservé aux fêtes de Pâques et aux invités de marque. À n'en pas douter, Madame Vane devait en être. Maintenue droite dans un tailleur strict, la dame imposait spontanément retenue et vigilance, ce que ses escarpins de marque soulignaient.
Sa présence était telle que je ne remarquais qu'au dernier moment la présence impromptue de papa et de mon frère.
— Bonjour madame. Bredouillant, confus et confusant je saluais maladroitement celle que j'allais bientôt appeler, avec force de respect et crainte, Madame, quotidiennement. Telle une marionnette mal dirigée, je cherchai une place encore libre pour m'asseoir, ne restant qu'un petit tabouret contraignant mon dos cambré à se redresser et à croiser mes jambes trop fines pour un jeune homme.
— Sylvain, nous n'attendions que toi. Nous avons une grande nouvelle à t'annoncer. Papa était inhabituellement enjoué. Dans son complet beige clair usé — celui des semaines impaires — il bombait son large torse. J'avais toujours pensé que papa aurait dû être charpentier avec sa stature. Il avait préféré devenir ingénieur, sans grand succès, du moins jusqu'à ce jour.
— Accroche-toi ma petite biche, c'est du lourd ! Alexandre était visiblement survolté. Dans son ensemble de sport bon marché qu'il portait au golf club pour faire le beau, mon frère pavoisait. Et je devais reconnaître qu'avec son physique une simple breloque l'habillait. Muscles, sourire, formule de politesse et master of law complétaient sa panoplie qui faisait des ravages auprès des filles. Tout le contraire de moi, pas d'atout ni d'atours, pas de stature et jamais de copine.
Comme toujours, ce surnom ridicule me contraria : ma petite biche. Mon frère ressortait à l'envie une anecdote d'enfance, une stupide maladresse de ma part quand, jeune enfant, je choisis dans la précipitation un animal totem pour un jeu, une biche. Cruelle peut être une fraternité ; quand le grand frère rit et fait rire d'une attitude d'enfant, de prime abord simple, mais dont je soupçonnerais plus tard un premier geste du destin.
Voyage voyage
— Nous allons quitter cette morne banlieue pour San Francisco ! claironnait papa pendant que maman battait des mains, avec mesure toutefois, il fallait se montrer respectable, comme toujours. Cette annonce, dans ce salon, avec cette famille, un sortilège n'aurait pas paru plus incongru. Cependant, la présence toujours imposante de Madame Vane me fit comprendre que dès ce jour aucune surprise ne saurait être trop grande en sa présence et encore moins la déstabiliser.
Papa se lança dans une explication décousue d'une promotion tant attendue, d'une reconnaissance tardive mais conséquente de ses qualités par une entreprise nourricière méritant dès lors notre dévotion totale. Papa venait d'être promu Senior-product-manager (ou à peu près) dans une usine américaine de sa boîte. Cela justifiait les verres en cristal, le cognac et les petits-fours décongelés à la hâte par maman. Mais on ne me proposa pas du nectar familial, quoique ayant l'âge, on considérait souvent que je ne méritais guère que des sodas.
— Chaton, nous allons déménager aux États-Unis pour suivre ton père dans cette formidable promotion. Cela va changer nos vies. Maman me réexpliqua le tout en prenant soin de simplifier comme si je méritais un discours adapté. Je ne m'offusquais pas de cette attitude, j'en avais l'habitude.
— Mais et ton travail et Alexandre et mes études ? Je questionnais, plus pour la forme, conscient que visiblement tout avait été prévu. Un instant je me demandais qui allait organiser ceci. Papa, non son travail le prenait trop. Maman, sortie de ses rayons de prêt-à-porter, organiser la moindre escapade relevait de l'aventure. En croisant son regard, droit, ferme mais rassurant, je compris alors que Madame Vane allait être notre cheffe d'orchestre.
— Je suis chargée de vous transférer aux États-Unis et d'organiser votre installation à San Francisco. Je suis Ellen Vane, mais tu peux m'appeler Madame. Ta mère n'aura plus besoin de travailler, ton frère pourra poursuivre sa carrière et toi tes études. Je vais tout superviser, aie confiance.
La formule était brève, simple et efficace et je n'avais aucun doute là-dessus.
Le droit à l'erreur
Suite à l'annonce, la tension retomba les jours suivants. Le déménagement n'interviendrait que dans une douzaine de mois. Il était question de visa, de maison, d'université et d'autres contraintes administratives auxquelles je ne me souciais guère. Je suivais d'une oreille distraite les informations que papa donnait parfois au dîner. Mon quotidien m'avait à nouveau avalé et les côtes californiennes n'étaient encore qu'une chimère, me questionnant si l'annonce et Madame Vane n'avaient été qu'un rêve.
Quelques jours plus tard, la réalité fut bien là, incarnée par la rigide et intimidante Ellen Vane. Sans prévenir, elle débarqua un samedi matin avec force documents à remplir, paperasse à signer et prospectus d'université. Je fus tiré de mon lit, astreint à suivre les explications complexes d'une administration tatillonne et d'universités se vendant tel des parcs d'attraction de l'éducation.
Je n'eus pas à feindre mon désintérêt caractéristique tant j'avais de la peine à comprendre les formulaires et directives. Mon attention était aussi captivée par Madame Vane. Une longue jupe droite l'enserrait de la taille aux chevilles et je devinais poindre une paire de bottes en cuir véritable. Elle portait un corset finement ouvragé. Une coiffure courte et plaquée rehaussait son visage. Quoique austère, elle semblait le seul point de repère dans notre mare de demande de visas et autres documents administratifs.
Je suivis ses consignes et remplis mes formulaires sans tout comprendre. Je pris conscience que mon niveau d'anglais allait devoir grandement s'améliorer pour survivre aux States.
Trois jours après cette séance, toute la maisonnée fut assaillie par la venue de Madame Vane un soir, alors que la famille vaquait à ses occupations de soirée, c'est-à-dire rien pour moi.
— Ce n'est quand même pas compliqué de mettre une croix correctement ! La porte n'était à peine qu'entre ouverte que Madame Vane aboya cette accusation. Papa sursauta de son fauteuil, au garde à vous tel un soldat. Maman se recroquevilla, signe d'une habitude aux réprimandes à son travail. Alexandre se redressa, jamais insensible aux charmes d'une femme, fût-elle stricte. Et moi ? je sortis de ma chambre, le pas nonchalant. Un demi-intérêt pour un événement.
Arrivant dans le salon et dans le champ de vision de Madame Vane, elle fonça sur moi tel un oiseau de proie, sa main me serrant comme une petite souris prise au piège.
— Alors comme ça on remplit une demande de visa au hasard ? Il n'y a guère que ton nom qui est correct ! Les services d'immigration américains sont intraitables et toute nouvelle demande nous fera perdre un temps considérable. Mais que vais-je faire de toi ?
J'avais dû me tromper quelque part dans un formulaire. Adieux veaux, vaches, cochons, USA et promotion...
— Heu... je... suis désolé, balbutiais-je. Mais quoi... qu'est-ce que j'ai fait ?
— Là sous ton nom et ton prénom, illisible d'ailleurs, tu as coché Miss au lieu de Mr !
Madame Vane était dans une colère noire, mais elle restait droite, le regard pénétrant sans hurler. Son ton et son attitude ne nécessitaient pas d'élever la voix. Je baissais la tête, rougis et marmonna des excuses incompréhensibles.
— Que pouvons-nous faire ? demanda maman, choquée et apeurée à la perspective de perdre une vie promise sans avoir pu en profiter.
— C'est compliqué, répondit Madame Vane. Refaire une demande auprès de l'administration va nous rendre suspects et risquerait de compromettre le déménagement. Je ne vois que deux solutions. La première, laisser votre fils ici en France.
— Oh non, nous sommes une famille. Certes Sylvain nous a causé des soucis, mais je ne puis l'abandonner.
— L'autre solution, asséna froidement Ellen Vane, c'est de respecter la demande de visa et que Sylvain se conforme au document : venir aux USA en tant que fille. D'ailleurs l'administration a déchiffré son prénom en Sylvia.
Silence, blanc, regard ferme mais léger sourire de Madame Vane.
— Tout le monde a le droit à l'erreur, non ? murmurais-je.
Madame Vane répliqua alors calmement, baissant la tête vers moi : Et il faut assumer ses erreurs, Miss.
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Sylvain n'avait pas prévu de devenir Sylvia. Une erreur administrative et le voilà enrôlé dans un programme de féminisation totale orchestré par l'énigmatique Ellen Vane. Épilation, nouvelles tenues, rendez-vous médicaux… La transformation est plus profonde qu'il n'y paraît. Chaque étape le rapproche d'une Sylvia qu'il n'a pas choisie — et dont il ne sait pas encore ce qu'elle fera de lui. Jusqu'où Ellen Vane entend-elle aller ?
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