Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le jour où je me suis retrouvé ! — Chapitre 1 · Le feu sous la cendre
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le jour où je me suis retrouvé !
Chapitre 1 · Le feu sous la cendre
À cette heure très matinale, j'étais déjà debout. Ma routine prenant le pas inlassablement sur ma vie, comme une boussole qui me montrait la voie à suivre dans un océan de brouillard.
J'aimais regarder le soleil se lever, sa lumière envahir lentement le ciel, se refléter sur l'eau progressivement et triompher des ténèbres de la nuit. Chaque jour m'offrant le spectacle sans cesse renouveler du jour naissant. J'avais appris, depuis très jeune, à profiter des instants de paix qui peuvent consteller une journée au milieu des tempêtes du quotidien.
Je me retournais et me dirigeais vers ma cuisine.
La lettre, arrivée la veille, mon adresse rédigée en filigranes or et argent, traînait toujours sur la console en marbre.
En m'éveillant, je ne lui avais pas lancé un seul regard.
Je m'étais préparé mon premier café, le regardant couler lentement dans le thermos transparent à la lumière dorée des leds derniers cris de la cuisine, je me remémorais cet instant de la veille qui m'avait tenu éveillé une bonne partie de la nuit : un simple recommandé avec accusé de réception.
Ils ne laissaient jamais rien au hasard.
J'avais peur de ce que l'enveloppe couleur crème contenait. Non pas qu'elle indique une déchéance prochaine ou qu'elle soit l'avertissement d'un dernier délai de paiement d'une facture encore non-honorée. Non, c'était tellement plus simple mais terriblement plus angoissant.
Elle était siglée aux Armes de l'école privée que j'avais fréquentée durant mon adolescence. Ce blason clinquant que je reconnaitrais entre mille pour l'avoir regardé chaque matin durant plusieurs années au son de The Star-Spangled Banner, une main posée négligemment sur le cœur, imitant en cela mes “camarades” de classe.
Cela avait été suffisant pour troubler mon sommeil.
Et les souvenirs douloureux avaient surgis de ma mémoire tel un tsunami que le temps, pensais-je, avait effacé. Je me trompais lourdement.
Ces années durant lesquelles je m'étais efforcé de “disparaître” aux yeux des autres, ces années douloureuses de moqueries gratuites sur mon physique ingrat d'adolescent boutonneux et un peu enrobé, les couloirs traversés comme une ombre longeant les casiers des autres étudiants ou me dissimulant dans les toilettes en cas d'alerte, ces moments de gêne si nombreux que j'avais enduré avec force et résilience remontèrent instantanément à la surface de mon esprit.
Je souris un instant.
Juste un instant.
Je souris à la face du Destin. Comme tout cela était si loin.
En respirant un peu plus fort, je m'assis et, d'un geste calme et maîtrisé, j'ouvris l'enveloppe, geste scellant les décisions qui allaient suivre peu à peu.
Le papier, plus cher probablement que le repas quotidien d'une famille moyenne, étincelait à la lumière du jour levant. La calligraphie, soignée et élégante, créée dans le but unique d'impressionner le lecteur, décrivait la soirée de retrouvailles prochaine de la meilleure génération de l'histoire récente de l'UNIS, l'United Nation International School de New-York. La plus prestigieuse école secondaire des Etats-Unis, celle qui promettait un avenir radieux au sein de l'Ivy League (ndlr : le plus prestigieux groupement de huit universités américaines) et l'accès aux plus hautes sphères sociales du pays le plus riche du Monde.
Je ris, de ce sourire innocent et absolument détaché, face à l'impertinence de cette invitation.
La “meilleure génération”.
C'était tellement idiot et prévisible que je ne pus retenir un soupir. Chaque promotion était désignée, par le recteur, comme la plus “fantastique” (“notewhorthy” selon le terme employé chaque année par cet homme imbus de lui-même et de son importance supposée) de l'histoire de l'établissement. Un rituel aussi immuable que de décrire les Etats-Unis d'Amérique comme le “plus grand pays du Monde”.
Je me remémorais mes “camarades” de cette génération. Leur insolence, leur impertinence, leurs certitudes multiples concernant un avenir déjà tracé face au jeune homme étranger qui avait eu la chance exceptionnelle d'obtenir une bourse d'étude complète dans cet établissement le plus réputé des Etats-Unis. J'allais y suivre trois années de cursus avant d'intégrer l'une des plus réputées universités de l'Ivy League, suite logique comme ces ambitieux certains de leur place dans ce Monde.
Mais je pense devoir vous expliquer comment j'en suis arrivé à ce stade de ma vie.
Je m'appelle Marcus Eric Jean Philippe Stein. On m'appelle simplement Marcus dans mon cercle d'ami et Monsieur Stein dans le reste du Monde.
Je suis né en Belgique, dans une famille de la classe moyenne. Mes parents sont tous les deux enseignants, croyant fermement en l'éducation, à la curiosité intellectuelle et au mérite par le travail. “Chacun obtient le droit de réussir”, disaient-ils tel un credo. Ils m'avaient inculqué ces valeurs. Et j'avais fait plus que répondre à leurs attentes, certes modestes mais fondées sur l'honnêteté et le labeur.
Brillant étudiant, intellectuellement supérieur sans fausse modestie, j'avais eu accès, presque par hasard, à cette opportunité par la grâce d'une rencontre fortuite avec l'ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles durant ma quatorzième année. J'avais représenté mon établissement scolaire lors d'une visite protocolaire pour donner suite à un concours sur les relations transatlantiques que j'avais emporté, désigné “volontaire” pour y participer par le directeur de mon école lui-même, comme on refile une corvée au premier qui passe dans le couloir. Et en tant que gagnant, j'avais eu l'honneur de lire le discours de remerciement. L'ambassadeur, un homme âgé, avait été impressionné par mon travail, mon discours et mon sérieux, bien que je sois un jeune homme un peu effacé. Il m'avait pris à part un instant, me parlant comme à un adulte et me proposant de me parrainer si, éventuellement, des études à l'étranger m'intéressait.
Impressionné, j'en avais discuté en riant, comme une belle blague, avec mes parents. Deux semaines plus tard, après une rencontre formelle dans le bureau de l'ambassadeur, ma candidature avait été envoyée, forte du soutien et de la recommandation chaleureuse de cet homme de pouvoir et d'influence.
Ainsi, à quinze ans, je m'étais envolé, seul, pour New-York, résidant chez la sœur de mon bienfaiteur. Je partais pour trois ans. J'allais y rester toute ma vie.
Aujourd'hui, âgé de vingt-huit ans, je lisais avec un brin d'étonnement cette invitation pour fêter les dix années depuis ma sortie de l'UNIS. Les Américains étaient friands de ces retrouvailles dans lesquelles on flatte sa réussite, sa famille, ses contacts et ses ambitions à venir.
La soirée, programmée dans deux mois, semblait répondre à tous les codes d'une soirée ”retrouvailles”.
Je soupirais.
Puis, déposant l'enveloppe et le papier sur le comptoir de la cuisine, je me tournais vers la grande baie vitrée et admirais la fin du lever de soleil sur la mer. Elle prenait petit à petit des couleurs bleutées, abandonnant progressivement la noirceur de la nuit.
Je me levais, ouvris la grande fenêtre et l'air déjà tiède de la Californie en cette fin de mois d'Avril s'engouffra dans la pièce, le bruit du ressac du Pacifique m'atteignant comme une mélodie dont je ne me lassais pas.
— Encore un peu de café, Monsieur ?
Je me retournais vers Maria, ma gouvernante qui était apparue silencieusement, en répondant
— Volontiers, Maria. Merci.
Le cinquantenaire sourit et s'exécuta. Puis, elle retourna effacer une trace imaginaire sur le marbre de la grande cuisine.
— Pensez-vous que je doive y aller ? Demandé-je à Maria en montrant l'invitation.
— Monsieur ! Vous savez ce que j'en pense ! Dit-elle avec la détermination qui était toujours la sienne.
— Oui ! J'imagine ! Répondis-je, pensif.
Je considérais Maria plus comme une tante ou un membre intime de ma famille que comme une gouvernante. Depuis que je l'avais engagée, il ne passait pas un jour sans que je remercie le ciel de l'avoir mise sur sa route. Elle venait, en quelques mots, de me mettre en garde contre une situation qu'elle ne pouvait apprécier ni cautionner.
Cette femme avait lutté pour la scolarité de ses deux garçons. Enchaînant les petits boulots, cumulant les emplois pour leur permettre de s'épanouir sans les tracas du quotidien. Elle était courageuse et déterminée à leur donner la possibilité de choisir un destin, chance qu'elle n'avait pas eue. Inutile de vous dire que je veillais et que ses enfants ne manquaient de rien. Je ne l'aurai pas permis. Je finançais, discrètement, leur scolarité dans une école réputée en faisant passer cela par l'obtention d'une bourse. Maria était très fière et je sais qu'elle ne souhaitait pas supporter une forme de pitié déguisée en charité.
Elle était cependant bienveillante, douce, efficace et surtout une oreille attentive pour moi qui vivait seul, loin de mes parents. Ma propre mère adorait Maria et les deux femmes étaient en contact depuis que Madame Dubois, épouse Stein, l'avait rencontrée. Je soupçonnais ma mère de l'aimer plus que moi. Quoi qu'il en soit, je savais que je n'avais pas intérêt à me séparer d'elle si je ne voulais subir les foudres de ma mère à côté desquelles celle de Zeus en personne ressemblait à une paisible brise. Je souris à cette pensée tout simplement parce que j'adorais cette femme qui veillait sur moi comme une vraie mère. Malheur à celui qui lui aurait manqué du respect le plus élémentaire envers elle dans ma propre maison.
Mes pensées revinrent à l'invitation.
En quittant le MIT, le Massachussetts Institut of Technology, la plus prestigieuse université au monde pour les sciences et la technologie, j'avais lancé une entreprise de pointe sur une technologie nouvelle à l'époque qui démarrait lentement à cette période, dans les méandres des GAFAM, loin des applications multiples d'aujourd'hui : l'IA.
Mes années d'études avaient été constellées de cafés froids au beau milieu de la nuit, de lignes de code interminables, de plats de pâtes réchauffés et de trois ou quatre heures de sommeil par jour tout en combinant cela avec un boulot me permettant de vivre à Boston sans l'aide financière limitée de mes parents. Même s'ils avaient insisté pour payer une partie de mon loyer. Je m'étais donné les moyens d'arriver à mes fins.
Et j'y étais arrivé !
Ma thèse de fin d'étude avait été remarquée au-delà des murs du MIT et les financements n'avaient pas manquer. Mon professeur, attentif, m'avait aidé dans les démarches et soutenus dans les moments de doute.
J'avais créé une entreprise aux Etats-Unis en partant de rien.
Aujourd'hui, j'étais à la tête d'une entreprise employant deux cents personnes et dont le chiffre d'affaires se résumait à un nombre de dix chiffres sur un bilan comptable.
J'étais riche.
Le symbole parfait de la réussite à l'américaine. J'avais fait grandir mon entreprise en employant les vertus de mes parents : travail, mérite, honnêteté. Ces valeurs étaient celles que mes employés signaient en bas de leur contrat de travail. Elles étaient les moteurs de mon entreprise et de ceux qui avait fait de ma start-up une success story.
Cependant, mon nom restait absent des bilans.
Personne ne savait que Marcus Stein était le PDG tout puissant de cette entreprise car je refusais de paraître en public. J'étais “le fantôme de la Silicon Valley”. La totalité de mes avoirs étaient détenus par une fiducie anonyme et je comptais bien que cela reste le cas encore longtemps. Mes années de collège m'ayant appris les bienfaits de l'anonymat.
Tout cela se résumait en un seul mot : sécurité.
Quand on ne vous voit pas, vous ne risquez rien. Mes années au collège m'avait appris les codes de la survie en milieu hostile.
Depuis mon adolescence, j'étais, en fait, hanté par la peur de la reconnaissance. Car si ces années à New-York avaient été le déclencheur de mes possibilités, je ne le devais qu'à mon travail et ma volonté de fer. Pas à mon nom, pas à mes “camarades” de promotion, pas à des parents fortunés, pas à une liste de recommandations longue comme le bras capables d'ouvrir d'un geste toutes les portes.
Ces années avaient été celles de l'humiliation constante, du mépris. J'étais, en arrivant aux Etats-Unis, un jeune adolescent européen baragouinant l'anglais, un peu enrobé et couvert de boutons. Certainement pas le “prime” de l'école, plutôt la victime désignée, la cible toute trouvée de ceux qui pensent que le “paraître” est la finalité d'une existence. J'avais été le souffre-douleur de mon établissement. Ce que mes bourreaux ne savaient pas, et ne pouvaient savoir, c'était ma volonté de réussir et mon indifférence envers ceux-là même qui ne voyaient en moi qu'une suite de blagues faciles qui auraient pu me noyer.
Alors le travail avait été ma bouée. J'avais travaillé encore et encore, dépassant les attentes, réussissant tout sans me plaindre. Les résultats m'avaient permis d'intégrer, toujours avec une bourse, une université de l'Ivy League : Harvard. Puis, diplôme en poche, je m'étais perfectionné deux ans au MIT qui m'avait ouvert grand ses portes.
Aujourd'hui, je n'étais qu'au début de mon succès qui ne ferait plus que grandir en même temps que mes revenus.
Cependant, cette invitation me retournait plus que je ne voulais le faire croire. Je restais chez moi ce jour-là et réfléchis aux conséquences, si j'acceptais de m'y rendre.
Je pouvais regarder n'importe qui dans les yeux. J'étais un homme dans la trentaine, sans boutons sur le visage, plutôt bel homme, raffiné, éduqué, influent et très riche.
Mais était-ce ce que je désirais ?
La question tourna dans ma tête toute la journée.
J'hésitais toujours durant les jours suivants. Mon travail s'en ressentait et j'étais plus souvent distrait, ce que mes plus proches collaborateurs n'avaient pas manqué de me signaler avec la plus grande diplomatie.
— Marcus ? Tu dors ou quoi ?
Cette phrase devenait courante, à la grande hilarité de ceux qui partageaient le secret de mon identité.
— T'es amoureux ou quoi ?
La seconde grande réplique qui me faisait rougir et me ramenait à de meilleurs sentiments vis-à-vis du travail à accomplir.
Mais cette invitation restait dans un coin de ma tête, tournait et retournait sans cesse.
Qu'avais-je à prouver à cette bande de rapaces ? Certains étaient les enfants de sénateurs, d'autres d'industriels influents et puissants, les derniers appartenaient à de vieilles familles américaines établies depuis quelques générations sur la côte Est du pays, à Boston, New-York ou Philadelphie.
Je relus l'invitation pour la cinquantième fois et remarquais un détail auquel je n'avais pas prêté attention.
Le lieu de la réception était prévu au Vanderbilt Balroom, sur South Beach à New-York. La plus exclusive des salles de la ville. Celles que les familles les plus riches de la ville réservaient sur plusieurs générations pour des événements de prestige.
J'éclatais de rire.
Le Destin est, parfois, amusant.
Comme si j'avais eu besoin de ce coup de pouce, je pris mon téléphone et confirmais ma présence à ce rassemblement. La présidente du conseil d'administration de l'établissement, Anne Witford, veille aristocratie de la côte Est, fut “ravie de cet appel et de ma présence nécessaire à ces retrouvailles qui s'annonçaient si chaleureuses”.
J'eus envie de rire aux éclats face à tant de fausse sollicitude. Cette femme m'avait détesté dès mon arrivée, certaine d'accueillir en son établissement un étudiant digne de l'attention que l'on porte à un moustique un peu gênant. Elle ne m'avait accepté que par obligation envers la politique d'inclusion qu'elle tentait de mettre en place, juste pour donner l'image d'une école “ouverte” sur le monde. Le son de sa voix, dès qu'elle comprit qui lui parlait, avait changé pour devenir mielleux, emballé d'une soie si douce, que ma colonne vertébrale s'était tendue. Je sentis le piège.
Néanmoins, l'étau qui me serrait la poitrine depuis plusieurs jours se desserra, j'avais l'impression de respirer à nouveau.
Nous étions vendredi et, je décidais qu'il était temps de faire preuve d'un peu de savoir-vivre social envers ceux qui étaient important pour moi.
J'appelais ma petite amie du moment et nous décidâmes de nous voir le soir. Je réservais son restaurant favori, ce qui ne posa aucun problème lorsque la carte qui va payer est une Platinium. Il suffit d'en donner le numéro pour la réservation et toutes les portes s'ouvrent même si le restaurant affiche complet depuis des semaines.
Je passais prendre Isabella dans mon Audi R8 décapotable.
Elle était ravissante, comme toujours. Portant une robe fourreau rouge vif, dessinant sa plastique parfaite. Elle savait se mettre en valeur avec goût et raffinement, sans la moindre trace de vulgarité. Ce qui aurait été un red flag de ma part.
Elle était, ce que Maria appelait avec dédain, le “parfum du mois”.
Je souriais en l'entendant parler parce que, si j'avais collectionné les aventures depuis mes années universitaires et ensuite grâce à ce que l'argent permet, Isabella était différente. Elle n'attendait rien de moi. Elle était tellement indépendante.
Elle était ingénieure. Spécialisée dans l'atome.
Une tête.
Rien à voir avec les “influenceuses” en mal de notoriété ou les femmes à héritage, comme je les appelais, dont j'avais eu “l'honneur” de la présence dans ma vie durant ces années où je ne cherchais qu'à me prouver que j'existais. Comme je le disais à cette époque, ce n'était que pour permettre à mon corps d'exulter. Rien de plus. Je n'avais, aujourd'hui, qu'à littéralement claquer des doigts pour avoir une bimbo sans cervelle à mon bras. Rien que pour exulter et donner à mon corps ce qu'il réclamait. Point.
Aujourd'hui, c'était différent.
Isabella, à trente ans, était responsable de l'approvisionnement en électricité de la Californie. Rien que cela. Son téléphone pouvait sonner à n'importe quel moment et elle me laissait en plan, avec un sourire et un baiser sur la joue.
Cette femme n'avait pas besoin de moi, de mes finances, pour exister.
Elle était solaire.
J'étais comme un enfant face à elle. Elle était merveilleusement belle, ses cheveux noirs tombant sur ses épaules, son sourire m'avait fait fondre et ses yeux m'avaient captivé. J'étais tombé sous le charme de sa personnalité hors du commun.
Nous nous étions rencontrés lors d'un gala de charité.
Dès son entrée, juchée sur ses talons, je l'avais remarquée. J'étais, comme toujours, dans un coin de la pièce, observant ceux qui jugeaient ma présence comme ironique, se demandant souvent qui j'étais ? La sécurité et le secret...toujours.
Rapidement, une petite cour s'était formée autour d'elle.
J'avais appris à lire les comportements physiques, le langage corporel à force de tenter de deviner d'où viendrait la prochaine attaque. Le sien indiquait clairement qu'elle était irritée, pour ne pas dire énervée, par ceux qui pensaient pouvoir s'offrir le joyau de la soirée en se dandinant autour d'elle et en récitant des banalités sur eux, leur boulot, leur avenir proche des cieux. Son dédain était si visible que je me souviens en avoir souri. Seuls ses “mouches à miel”, comme je les appelais, ne se rendaient pas compte de la vacuité de leurs actions et de la perte de temps qu'ils vivaient en toute ignorance.
En m'approchant, j'avais attrapé deux coupes de champagne passant sous mon nez et je m'étais interposé entre elle et ses prétendants en m'exclamant
— Te voilà, ma chérie ! Un peu de champagne ? Demandé-je en lui tendant la coupe fraîche.
Elle me regarda un instant et vit quelque chose dans mon regard disant “entrer dans mon jeu, on va s'amuser un peu, qu'en dites-vous ?”
— Oh merci mon cœur ! Répondit-elle en m'embrassant sur la joue rapidement.
L'essaim qui l'entourait éclata comme une bulle de savon.
Je lui souris et lui dit doucement
— Je suis désolé de cette impertinence et de cette interruption, mais je n'ai jamais pu résister aux demoiselles en détresse.
— Seriez-vous un chevalier servant ? Me demanda-t-elle en portant la coupe à ses lèvres sublimes.
— Tout dépend de la nécessité de mes talents limités ! Lui dis-je en riant.
— Vous êtes, alors, tout excusé pour votre impertinence, rit-elle.
— J'espère alors que vous pourrez passer, à présent, une agréable soirée, loin des abeilles qui tentent de butiner une fleur trop tentante. Heureux de vous avoir rencontré, même brièvement.
J'avais rompu à cet instant, la laissant ébahie de mon audace de l'abandonner en plein milieu d'une rencontre. Elle ne devait pas y être habituée. Je ne me retournais pas mais je sentais son sourire dans mon dos. Je la savais amusée et curieuse. Mais je ne comptais pas lui donner satisfaction.
Je n'étais, ce jour, plus le petit adolescent timide mais le magnat de l'informatique anonyme, néanmoins bien certain de son pouvoir. J'avais appris. Mais je ne m'en vantais pas, loin de là. La discrétion et la sécurité avant tout.
Le reste de ma soirée se passa entre discussions politiques, économiques et artistiques entourés de personnes intelligentes et raffinées. Je me présentais comme ce que j'étais : docteur en informatique. Cela me permettait souvent d'intégrer les cercles tout en pouvant rester à distance, écoutant les conversations les plus intéressantes concernant mon travail et ma société. J'avais le titre requis sans en avoir la fonction. Une couverture parfaite.
Cependant, je sentais sur moi le regard de cette jeune femme dont j'ignorais encore le prénom. Nous jouions au chat à la souris, bien conscient de ce que nous faisions.
Deux heures plus tard, mon cercle s'élargit et elle y pénétra comme si elle était chez elle. Elle participa à une conversation sur les composants informatiques tout en me dévorant d'un regard interrogatif.
Durant une discussion, elle répondit avec vigueur à l'un de mes arguments en demandant
— Je ne peux vous suivre sur ce point....Monsieur ?
Je souris à cette tentative de connaître mon identité et je répondis, avec calme
— Vous avez probablement raison mais tout dépend du point de vue que l'on défend...Mademoiselle ?
Un partout, balle au centre.
Elle me sourit et, avec élégance, je lui pris le bras pour l'emmener vers le bar.
Nous discutâmes, après nous être présentés, durant le reste de la soirée comme si rien d'autre n'existait. Elle me fascinait. Elle était rare, unique. Je le sentis.
Au moment de partir, je voulus m'excuser mais elle me scotcha en déclarant
— Vous ne comptez pas me proposer un dernier verre chez vous ? Ne serions-nous déjà plus ce couple que tous regardent avec envie et questionnement ?
Je m'interrompis un instant puis, avec galanterie, je lui proposais, à nouveau, mon bras.
Nous quittâmes la réception en riant et nous primes la direction de mon domicile.
La nuit fut longue.
Elle se révéla panthère, soumise, docile, volcanique.
Son corps, dénudé, était un régal pour les yeux et les sens. Ses seins gonflés, ses tétons turgescents, sa chatte d'une douceur incomparable, ses jambes fines et musclées, son cul parfait. Elle n'était que désirs et plaisirs multiples, aussi adroite de son corps que de son esprit infini. C'est dire.
Elle joua de son corps contre le mien, faisant renaître systématiquement mon désir. Elle adorait que je lèche ses seins, que ma bouche prenne possession de son sexe, que ma langue s'immisce en elle. Elle adorait, de son côté, me sucer jusqu'à la dernière goutte, caresser ma queue au moyen de ses lèvres trempées, exciter mes sens et, finalement, m'offrir l'entièreté de son corps encore et encore.
Je suis celui qui rendit grâce le premier. Elle sourit en me conseillant plus de sports. Nous prîmes notre première douche ensemble avant de sombrer dans un sommeil réparateur.
Une histoire débutait. Nous n'avions fait l'amour que trois fois. Non par manque de désir l'un de l'autre, mais parce que nos soirées, rares à cause de nos emplois du temps surchargés, étaient surtout dédiées à nos simples présences, à nous connaître, à décharger nos âmes et nos corps du poids des responsabilités. L'un avec l'autre, autour d'un verre et d'un repas simple. Parce que nous adorions, simplement, passer du temps l'un avec l'autre.
Alors ce soir, ayant pris ma décision, j'avais besoin d'elle après avoir accepté l'invitation de mon ancien établissement scolaire.
J'espérais qu'elle accepterait de m'accompagner.
Je n'imaginais pas tout ce que nous allions vivre ensemble en prenant cette décision.
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Commentaires ()
Merci et bravo à vous pour votre talent d'écriture que je jalouse un peu :P
Chaque chapitre va être attendu avec impatience, je me régale d’avance.
bon retour Alexis PC avec un texte dejà inspirant. ce premier chapitre, nous met dejà en haleine...
hate de lire la suite et comment Marcus va aborder ces retrouvailles avec ses anciens "camarades" (ou pas) d'université et quel rôle va jouer Isabella dans sa "revanche" sur cette période.
mais seul l'auteur
Comme d'habitude, j'adore.
Et comme d'habitude j'ai hâte de lire la suite...
Félicitations pour ce premier chapitre. J’espère que la suite sera publiée prochainement. Attendre après un bon livre n’est pas mon fort!
Merci, vous avez aiguisé ma curiosité.