Le lendemain, Élise se leva plus tôt.
Elle s’habilla avec soin : une jupe longue en laine fine couleur taupe, fendue jusqu’à mi-cuisse, et un pull en cachemire crème à col large qui glissait sans cesse d’une épaule. En dessous, un ensemble de dentelle noire très échancré. Le soutien-gorge laissait deviner le rose de ses tétons ; la culotte, si fine et si ouverte sur les côtés, ne cachait presque rien dès qu’elle s’asseyait. Ses cheveux roux retombaient en boucles libres. Ses yeux bleus étaient encore un peu marqués par la nuit précédente.
Théo était déjà dehors, en train de fendre du bois près de la dépendance. Le bruit sec de la cognée résonnait dans l’air froid. Élise s’approcha, une tasse de café à la main.
— Tu dors peu, dit-elle.
Il se redressa, essuya son front du dos de la main. Sa chemise était ouverte au col, un peu collée entre ses omoplates.
— Et vous, vous avez l’air… éveillée.
Leurs regards se tinrent. Élise sentit immédiatement la chaleur redescendre entre ses cuisses, comme si la nuit n’avait rien éteint. Elle lui tendit la tasse. Leurs doigts se frôlèrent encore. Cette fois, ni l’un ni l’autre ne fit semblant que c’était un accident.
— Je vais retourner dans la pièce, dit-elle. Il y a des choses que je veux comprendre.
Théo hocha la tête.
— Faites attention à ce que vous allez trouver. Certaines images ne se regardent pas sans conséquence.
Elle sourit, un peu trop lentement.
— Je sais.
La pièce interdite était devenue son territoire.
Élise passa la matinée et une grande partie de l’après-midi à ouvrir boîte après boîte. Les photographies étaient classées par années, parfois par noms. La plupart des femmes avaient accepté d’être prises. On le voyait dans leurs yeux. Mais il y avait une série plus récente, moins soignée, presque obsessionnelle. Toujours la même femme rousse. De dos. De profil. Allongée. Assise. Parfois simplement le détail d’une nuque, d’une hanche, du creux derrière un genou.
Vers seize heures, Élise trouva une enveloppe non classée. À l’intérieur, trois tirages plus grands. Sur le premier, la femme rousse était nue, agenouillée sur un lit, les mains posées sur ses cuisses, le regard baissé. Sur le deuxième, elle était sur le dos, les genoux relevés, les cuisses ouvertes. On voyait clairement sa chatte. Sur le troisième, elle était à quatre pattes, le visage tourné vers l’objectif, la bouche entrouverte.
Élise resta longtemps penchée au-dessus de la table. Sa propre respiration avait changé. Entre ses cuisses, sous la dentelle noire, elle était devenue chaude et humide. Elle pressa les genoux l’un contre l’autre, ce qui ne fit qu’accentuer la sensation.
Un bruit de pas la fit sursauter.
Théo se tenait sur le seuil, une tasse à la main.
— Je me suis dit que vous auriez peut-être besoin d’un café.
Il s’avança et posa la tasse près d’elle. Son regard glissa malgré lui sur les photos étalées, puis sur Élise. Sur le col du pull qui avait encore glissé, dévoilant la naissance de son sein et la fine bretelle noire. Sur la façon dont elle se tenait, les cuisses un peu trop serrées.
— Vous avez trouvé quelque chose qui vous trouble, dit-il simplement.
Élise ne chercha pas à cacher les tirages.
— Cette femme… elle revient sans arrêt. Tu la connais ?
Théo secoua la tête.
— Non. Ou alors sous un autre nom. Votre grand-oncle changeait parfois les prénoms.
Il resta debout près d’elle. Trop près. Élise sentait la chaleur de son corps, l’odeur du bois et de la sueur légère. Sa propre chatte battait doucement contre la dentelle.
— Pourquoi vous me regardez comme ça ? demanda-t-elle à voix basse.
Théo ne détourna pas les yeux.
— Parce que depuis deux jours je n’arrive plus à regarder autre chose. Et que vous le savez.
Le silence qui suivit fut épais, presque palpable. Élise sentit ses tétons se durcir contre le cachemire. Elle aurait pu reculer. Elle ne le fit pas.
Finalement, Théo s’éclaircit la gorge et fit un pas en arrière.
— Je vais préparer à dîner. Venez quand vous voudrez.
Il sortit. Élise resta seule, les photos encore ouvertes sous ses yeux, la culotte collée à sa peau.
Le dîner fut tendu d’une autre façon. Plus lourde. Plus lente. Ils parlaient, mais chaque phrase semblait porter autre chose. Leurs mains se frôlaient en se passant les plats. Leurs regards s’accrochaient et restaient. Une fois, Élise rit de quelque chose qu’il avait dit, et le son de sa propre voix lui parut plus grave, plus chargé.
Vers vingt-trois heures, Théo se leva.
— Je devrais y aller.
Elle le suivit jusqu’à la porte. Dans l’embrasure, l’air froid les entoura. Ils se tinrent face à face, assez proches pour que leurs souffles se mêlent. Élise sentait le battement de son propre sang entre ses cuisses, chaud, insistant.
— Bonne nuit, murmura-t-elle.
— Bonne nuit, Élise.
Il partit. Elle ferma la porte, s’adossa contre, et resta ainsi plusieurs secondes, les yeux fermés, les lèvres entrouvertes.
Dans sa chambre, elle n’attendit pas.
Elle retira le pull d’un seul geste, puis la jupe. Elle resta en dentelle noire devant le miroir un long moment, observant la façon dont le soutien-gorge soulevait ses seins, dont la culotte échancrée laissait voir presque tout. Puis elle retira aussi la dentelle et s’allongea nue au centre du lit.
Les images de la journée revinrent immédiatement. La femme rousse à quatre pattes. Le regard de Théo sur son col glissé. La chaleur de sa voix quand il avait dit « vous le savez ».
Élise écarta largement les cuisses. Sa chatte était déjà trempée, luisante. Elle glissa deux doigts entre ses lèvres, les enduisit, puis les enfonça lentement en elle. Un long gémissement lui échappa. Elle se pénétra avec un rythme profond, presque sévère, pendant que l’autre main frottait son clitoris en cercles pressés. Ses hanches se soulevaient. Ses fesses se contractaient. L’odeur de son sexe emplit la chambre, plus forte que les nuits précédentes.
Elle se retourna sur le ventre, le bassin relevé, le visage dans l’oreiller, et continua de se doigter dans cette position, plus fort, plus profond. Les photos, le regard de Théo, la façon dont il l’avait déshabillée des yeux… tout se mélangeait. Elle gémissait sans se retenir, le son étouffé par le tissu.
L’orgasme la frappa violemment. Elle cria dans l’oreiller, le corps entier secoué, sa chatte se contractant par vagues autour de ses doigts. Elle ne s’arrêta pas. Elle continua encore, plus lentement, plus salement, jusqu’à ce qu’un second orgasme, plus long, plus bas, la fasse trembler de la nuque jusqu’aux mollets.
Ensuite seulement elle s’effondra sur le côté, nue, les cuisses encore ouvertes, une main moite posée sur sa chatte palpitante, le souffle complètement irrégulier.
Dehors, le vent avait cessé.
Dans la maison, plus rien ne bougeait.
Mais Élise savait, ce soir plus clairement que les autres, que quelque chose avait basculé.
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