Paroles paroles paroles
Nous étions rentrées tôt. Bien avant le son de la cloche qui annonçait la fermeture du pub.
Deux longues heures à parler. Elle est belle ma guerrière nordique. Elle est aussi intelligente, vraiment, très intelligente. Très vite, après que j'ai une nouvelle fois merdé, elle m'a une nouvelle fois scotchée. Je vivais réellement une accumulation de nouveautés depuis que j'avais posé les yeux sur cette fille.
Depuis notre arrivée chez moi, je pose des questions. Je suis devenue un moulin à questions. Moi ! Moi, qui me fiche de tout. Moi, qui étais absente le jour de la distribution des doses pour obtenir un minimum de curiosité sociétale. Et elle, elle répond avec patience. Sur sa vie privée, sur son judo où je n'ai pas compris grand-chose et sur son travail. C'est là que j'ai fait la bourde. J'ai insisté pour qu'elle me dise sur quels projets elle travaillait. Alors qu'elle insistait, pour m'expliquer qu'elle ne pouvait pas me parler de sa spécialité. Et puis, tout d'un coup, la voix grave et un peu voilée m'a fait relever les yeux sur mon fantasme de chair et d'os.
— Mon travail est… Classifié, très secret.
— Ah oui ! C'est le secret de la défense.
— Non. C'est classé, très secret.
C'est toujours le même sourire. Celui qu'elle prend pour se faire un peu moqueuse. On pourrait penser qu'elle se fiche de moi mais je suis sûre que ce n'est pas le cas.
— C'est vrai que secret, et très secret… C'est pas pareil. Ça doit être vachement plus secret, très secret. Que simplement… Secret. Je comprends !
Ce qui va rester très, très très, secret, c'est que je suis trempée. Je ne me suis rendu compte de rien. Je mouille ma culotte depuis… Depuis certainement un sacré bout de temps. Je ne suis pas excitée. À aucun moment je n'ai eu la moindre envie sexuelle. Et je mouille comme une source dans la garrigue. Peut-être parce que cette nuit de printemps est chaude et sèche. C'est juste une idée qui me traverse l'esprit à ce moment précis. Je cumule les nouveautés diverses et variées. Je n'ai fait que regarder cette femme et je mouille comme une petite fontaine. Si je la touche un jour… Il va se passer quoi ? Un tsunami ? Un raz de marée ? Je serais transformée en succube ?
Et voilà qu'elle me parle de son travail. Le fameux boulot, très secret. Et évidemment, je comprends aussitôt qu'elle ne devrait pas le faire.
— Je ne raconterai rien à personne. Vous pouvez me faire confiance.
— Je sais.
— Comment ça ? On ne se connaît même pas ! Comment pouvez-vous me faire confiance ? Mais promis, vous pouvez !
— Je peux oui. Parce que tu es une bonne personne. Parce que tu penses réellement être amoureuse de moi et donc tu ne me veux que du bien. Parce que tu ne fais que te montrer polie pour certaines choses… Et parce que tu souffres d'un petit autisme et donc, je parie que tu te fiches totalement de mon boulot. Qu'il soit secret, ou très secret. J'ai bon ?
Elle a dit : « J'ai bon ? ». C'est uniquement pour se moquer de moi. Elle a une excellente mémoire. Je me souviens qu'elle avait eu une petite mimique agacée quand je lui avais sorti mon « J'ai bon ? » pour le moins dépité, lors de notre première conversation.
Je n'ai pas bronché et je n'ai pas rougi. J'ai ma culotte plus qu'humide collée au sexe, je suis totalement à côté de la plaque, mais je reste totalement imperturbable. Je suis en train de bouleverser la cartographie des schémas de l'autisme. Je jette aux orties les différences. Ma petite chatte rousse est toute mouillée et mon esprit part en vadrouille. Ce qui ne signifie pas pour autant que je sois subitement devenue « normale ». Ou alors, ça craint vraiment la normalité !
— Non. Vous n'avez pas bon.
— Ah…
— Je ne souffre pas.
Le sourire s'est évaporé et une grande main vient se poser sur la mienne. Elle a ses doigts sur mon genou.
— Je suis désolée. Je…
— Je m'en fiche.
— Pardon, Awena.
Sa voix basse et voilée me tire de mes réflexions et je reste un instant à chercher à comprendre ce qu'elle me dit. Et je percute d'un coup.
— Non ! Je… Je me fiche de l'autisme. Je ne t'en veux pas. C'est juste que je ne souffre pas. Tu en connais assez sur le sujet, non ? Quelqu'un de proche ? Une personne dans ton entourage ? Tu me rentres dans le lard, parce que tu as compris que je le supporterais. Qui est-ce ?
— Le fils de mon meilleur ami.
— Tu m'as tutoyée.
— J'en ai eu envie.
— Tu me touches… J'aime que tu me touches… Je ne souffre pas de mon petit truc en plus… Tu sais pourquoi j'appelle ça comme ça, hein ?
— Je crois le savoir, oui.
— Je suis amoureuse de toi. Je ne souffre pas de mon truc. T'as pas bon, en fait. Mais je suis une bonne personne.
— Tu es quelqu'un de très spécial Awena.
— Tu n'as encore rien vu. Demain matin, je te préparerai un petit déjeuner comme tu n'en as jamais mangé. Ensuite je t'apprendrai à faire l'amour à une femme. Ensuite… On vivra ensemble.
Elle a renversé un peu de whisky sur la table basse en se servant un autre verre. Ma dernière phrase a déclenché le rire que j'apprécie tant et ça m'a encore collée dans tous mes états.
— Ou, je te fais l'amour tout de suite…
Le verre à la main, Aylin prend le temps de le porter à ses lèvres avant de pousser un soupir.
— Et nous aurons beaucoup d'enfants…
— Non. Nous adopterons. Si tu y tiens… Et je suis trempée, là.
Elle a un drôle de regard. Cette femme est d'une intelligence rare et sa vivacité d'esprit est étonnante. Mais là… Elle a largué ses amarres.
— Ma culotte… Je suis trempée ! Je mouille quoi…
J'ai quitté mon fauteuil dans un silence subit que je trouve amusant.
— Je crève de faim. Une valkyrie ça doit bouffer comme quatre humains. Non ? Je reviens…
— Une quoi…
Je suis dingue de cette fille. Je lui dis que je mouille et elle s'inquiète de savoir ce qu'est une valkyrie. Ou… Non ! Bien sûr que non. Elle sait parfaitement ce qu'est une valkyrie. Évidemment qu'elle le sait. Elle a simplement éludé ma petite tentative de déstabilisation gentiment sournoise. Elle a réagi du tac au tac et en deux mots.
Ça bouffe comme quatre une valkyrie
Je ne peux m'empêcher de l'observer tandis qu'elle mange. Peut-être qu'Aylin est réellement une descendante des valkyries. En une petite heure, elle a dévoré mes réserves de bouffe prévues pour mon week-end.
Je l'observe boire à même la bouteille d'eau et en vider un bon quart d'une traite. Cette femme m'impressionne à un point qui m'effraie un peu. Je bois chaque parole qu'elle prononce. Je bouffe des yeux chaque geste qu'elle fait. Sa simple présence me fait du bien. Je ressens un effet inconnu jusqu'ici. Son sourire et son regard me collent des envies de la prendre dans mes bras. Je suis troublée en permanence. J'ai perdu pied depuis longtemps et songer que cette inconnue pourrait me demander n'importe quoi m'affole un peu.
— Ça va mieux ? J'ai encore une tonne de patates, une vache et un cochon à la cave. Tu as encore faim, Aylin ?
Le regard vert d'eau se fixe à moi et le sourire suit, assorti de la moue moqueuse que je commence à bien connaître.
— Et toi ?
— Je n'ai pas très faim. Je n'ai pas mangé grand-chose… Toi, tu as épuisé mes réserves de bouffe du mois.
— Je parle de ton excitation. Ça va mieux ? As-tu encore faim ? Faim, de moi ?
— Je blaguais.
Mon invitée n'est pas totalement repue et sa longue main s'est emparée de la dernière tranche de pain de campagne.
— Non. Tu ne plaisantais pas et tu m'as avoué cette excitation pour me déstabiliser. Ma question est… Est-ce que cette excitation m'est dédiée ? Est-ce moi qui te fais cet effet ?
La dernière petite saucisse sèche n'a pas le temps de rendre son âme à Odin que ma valkyrie croque dans sa chair avec appétit.
— Tu vois quelqu'un d'autre ici ?
— Tu as parfaitement compris, Awena. Tu veux que nous en parlions, ou non ?
Elle sourit toujours en mordant à belles dents dans son pain mais son regard s'est fait plus sérieux.
— Ça t'intéresse vraiment ?
— Awena…
— Oui. Toi. C'est toi, oui. Pas parce que tu es une femme. Pas parce que tu me plais. Je n'ai même pas envie de toi. Enfin, si, bien sûr, mais je n'y pensais pas. Je n'ai jamais vécu ce genre de truc. Je te regardais en discutant sans la moindre arrière-pensée. Et je me suis rendu compte… En vrai, je n'y comprends pas grand-chose.
— D'accord. Tu éprouverais cette… Je t'exciterais, même si j'étais un lampadaire ou un rideau de douche. C'est une histoire de personnalité alors.
— C'est moche les rideaux de douche. Mais les lampadaires, certains me plaisent bien. Ta personnalité surtout. Ton cul aussi…
Aylin s'est essuyée les mains à même ses jeans en riant et je me rends compte que j'ai oublié de lui apporter une serviette.
— J'ai du sopalin…
— Trop tard. Ou garde-le pour… Tu vois ce que je veux dire.
Je ne sais pas pourquoi elles étaient restées calmes jusque-là. Mes pointes de seins se sont durcies d'un coup. Juste après que mon fantasme se soit levé pour s'étirer.
— Je ne pensais pas que tu me poserais cette question… Dis-moi Aylin. Ça te fait quoi ? Quel effet ça te fait que…
Elle feule doucement dans son mouvement, ses mains levées très haut et son corps légèrement arqué sur l'arrière. Puis, après un moment passé à se contorsionner avec une lenteur hypnotique, Aylin laisse filer un long soupir de satisfaction.
— … Que j'ai autant envie de toi.
— Je ne sais pas trop.
— Lascivement…
— Pardon ?
— Je cherchais le mot… Lascive et sensuelle.
Elle est restée debout à m'observer attentivement. Elle est légèrement en sueur, le front humide et brillant sous les lumières. Quand elle se passe la langue sur les lèvres, le regard braqué sur la bouteille d'eau, je sens une pointe de feu embraser mon ventre.
Et puis je subis une autre brûlure. Je brûle soudainement de curiosité. Je dois savoir ce que cette fille a dans la tête. Merde alors, elle est chez moi, elle me parle de mon excitation et elle s'étire comme une chatte en chaleur. Ou plutôt, elle bouge langoureusement. Je n'ai jamais vu de chatte en chaleur mais des chattes langoureuses, j'en ai connu quelques-unes.
— Si on jouait au jeu de se dire la vérité ?
J'ai jeté ma question en la fixant des yeux le plus sérieusement du monde.
— Pourquoi pas.
Les yeux verts affrontent les miens et elle reste sans ciller le temps d'une éternité.
— Maintenant, là, j'ai envie de toi. Ça te fait quoi de le savoir ?
J'aurais parié n'importe quoi sur l'apparition du fameux sourire. J'aurais tout perdu. Aylin semble avoir opté pour être sérieuse.
— Je crois que ça me plaît.
— Pourquoi ? Tu n'aimes pas les femmes. Physiquement je veux dire…
— Je n'ai jamais dit ça. Je suis capable d'apprécier le charme féminin.
— Moi, je ne te plais pas.
— Ne fais pas l'idiote. Tu es un très joli lampadaire. Et j'ai aimé ta drague délicate. Ta personnalité.
— Et mon cul ?
— Je n'ai jamais regardé tes fesses.
— J'ai envie de toi à en avoir mal au bide…
— Quand tu me regardes. Je le sens… Je sens ton désir… C'est déroutant. Et c'est très troublant. Je te l'avais dit.
— Oui, je me souviens. Tu avais dit que personne ne t'avait jamais regardée ainsi. Et je t'avais précisé qu'il s'agissait d'autre chose. Qu'une autre femme, ne t'avait jamais regardée comme je te regardais. Des tas de mecs avaient dû le faire.
— C'est ça, oui. Aucune femme ne l'a fait. Et ça me perturbe un peu.
Elle bouge et se baisse pour attraper la bouteille. Je sais, je devine qu'elle n'en a pas terminé et qu'elle ira au bout de sa réflexion.
— Et je découvre que j'aime te plaire… Ça me perturbe encore plus.
Un autre mouvement du corps et la bouteille vide retrouve la table basse.
Debout, elle a levé ses mains et ses doigts ont farfouillé dans sa crinière dorée. En quelques gestes, elle s'est confectionné un chignon tout chiffonné.
— Je crève de chaud…
Deux longues mèches rebelles ont réussi à échapper à ses doigts et sont retombées sur sa nuque. Aylin laisse aller ses bras le long de son corps et soupire en affichant une moue quelque peu désabusée.
— Voilà… Tu l'as, ta vérité.
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