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Couverture de Sous la dentelle du silence, par Louist
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Sous la dentelle du silence — Chapitre 6 · L'éveil féroce

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Louist
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Sous la dentelle du silence

Chapitre 6 · L'éveil féroce

Avant de commencer cette histoire, j'ai une petite demande : si elle vous plaît, n'hésitez pas à me le faire savoir en laissant un « j'aime » et un commentaire ! Si ce n'est pas le cas, je suis également preneur de vos remarques constructives. D'avance, chères lectrices et chers lecteurs, je vous en remercie.
La nuit n'a été qu'une longue suite de mirages fiévreux, un labyrinthe de sensations incontrôlables où le sommeil m'a happé sans jamais m'accorder le moindre repos. Dans mes rêves, les silhouettes se croisaient, floues et troublantes. Je revoyais le mouvement fluide des étoffes dans la boutique, le rire étouffé de mes vendeuses, leurs regards appuyés au détour d'un rayon... Mais chaque visage finissait systématiquement par s'effacer, chaque corps par se fondre dans l'ombre pour ne laisser place qu'à une seule et unique vision : Célia. C'est son empreinte incandescente qui brûlait ma mémoire. Son parfum d'épices douces saturait à nouveau mon esprit, le grain satiné de sa peau frémissait sous mes doigts, le froissement de la soie prune résonnait sous mes paumes, et le choc électrique de sa bouche contre la mienne rallumait un brasier mal éteint. Dans ce sommeil lourd et agité, je revisitais chaque seconde de notre étreinte sauvage sur le bureau en bois brut. Sa voix murmurait encore à mon oreille, victorieuse et provocante, m'incitant à perdre le contrôle, poussant mon corps à se cambrer dans les draps au rythme d'une passion fictive mais dévastatrice.
Un sursaut brutal m'arrache au sommeil. Je m'assois d'un coup dans mon lit, le souffle court, le front trempé de sueur. La lumière grise et froide de l'aube filtre à travers les lames des persiennes, découpant des ombres rectilignes sur les murs de ma chambre silencieuse. Pendant quelques secondes, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes, je cherche mes repères, incertain d'avoir réellement quitté la pénombre de l'arrière-boutique. Puis la réalité physique rattrape la fiction de mes rêves. Sous la couette, une chaleur moite et coupable m'enveloppe. Je baisse les yeux et constate l'évidence : le tissu en coton est poisseux, collé à ma peau. À cinquante ans, après trois années d'une solitude absolue et d'un deuil glacial, je viens de me réveiller avec les draps souillés... comme un adolescent dépassé par ses propres pulsions. Je reste immobile au milieu de ce grand lit devenu trop vaste, ma main appuyée contre le matelas. Un mélange complexe de stupeur, d'amusement incrédule et d'un profond soulagement me submerge. Le contrôle de fer que je maintenais depuis si longtemps a définitivement volé en éclats, laissant place à une vitalité brute, presque sauvage, que je croyais éteinte à jamais sous le poids des souvenirs. Je pousse un long soupir, passe une main lourde sur mon visage encore engourdi, et contemple les dégâts de cette nuit mouvementée. Le chemin du retour à la vie vient de commencer, et il s'annonce bien plus tumultueux que tout ce que j'avais imaginé. Je jette un coup d'œil au réveil : il est temps de faire face à cette journée qui s'annonce singulière.
Après ce réveil pour le moins perturbant, je me force à couper court aux remous de mon esprit. Rien de tel que l'eau fraîche pour remettre les idées en place et chasser l'ivresse. Je m'impose une séance de natation intensive dans la piscine : vingt longueurs alignées d'un trait, le torse fendant l'eau claire pour dissiper la moiteur de la nuit et la tension accumulée dans mes muscles. L'effort physique fait son effet, balayant la brume de mes rêves. De retour dans la cuisine, enfilant une tenue soignée, je m'accorde un petit-déjeuner copieux — café noir serré, viennoiseries croustillantes et jus d'oranges pressées — pour reprendre des forces et tenter de rassembler mes idées de patron d'ordinaire si méthodique.
Un peu plus tard, bien installé au volant de ma voiture sur le trajet qui me mène à la boutique, je repense aux événements de la veille. Un détail me revient soudain en mémoire : l'échantillon de lingerie laissé par Célia. Machinalement, tout en gardant les yeux fixés sur la route, je glisse ma main droite dans la poche intérieure de ma veste pour m'assurer que la culotte en soie prune s'y trouve bien. Rien. Mes doigts ne rencontrent que la doublure lisse et froide du tissu. Une décharge d'adrénaline me traverse le corps. Je tâte précipitamment l'autre poche, puis celles de mon pantalon. Rien du tout. La stupeur me cloue sur place, le cœur bondissant sauvagement dans ma poitrine. La vérité m'oppresse instantanément : la culotte de Célia n'est pas dans mes affaires. Je l'ai oubliée. Elle est restée bien en évidence sur le grand bureau en bois brut de l'arrière-boutique, abandonnée au milieu des dossiers éparpillés dans la précipitation du moment. Et le pire dans tout ça ? Sarah, Clémence et Victoire, mes trois vendeuses, arrivent toujours une bonne demi-heure avant moi pour ouvrir le magasin, préparer la caisse et ranger la réserve. Une sueur froide me trempe la nuque alors que je presse l'accélérateur. La scène se déroule déjà dans ma tête avec une clarté effrayante : Sarah, la plus observatrice et la plus entreprenante du groupe, va poser son regard sur le bout de soie prune froissé. Clémence et Victoire vont s'approcher, le sourire au coin des lèvres, devinant immédiatement ce qui s'est passé la veille. Mon Dieu... Que vont-elles dire ? Quelles conclusions vont-elles en tirer en trouvant la lingerie étalée sur le bureau de leur patron, d'ordinaire si irréprochable, austère et distant ? Je serre le volant à en avoir les phalanges blanches, l'esprit en ébullition, redoutant déjà le moment où je vais devoir franchir le seuil de ma propre boutique.
Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, la petite rue commerçante est encore calme lorsque le cliquetis familier des clés résonne contre la serrure de la boutique. Sarah pousse la porte vitrée, suivie de près par Clémence et Victoire. Comme tous les matins, leur rituel est parfaitement rodé : déposer leurs sacs dans la réserve, lancer la machine à café et préparer l'ouverture de la surface de vente. Les rires et les bavardages de la veille reprennent naturellement alors qu'elles s'engagent dans le couloir feutré menant à l'arrière-boutique. C'est Sarah qui passe le seuil de la pièce la première... et s'arrête net, manquant de faire trébucher Clémence juste derrière elle.
— Mais... c'est quoi ce bazar ? souffle cette dernière, interloquée. Une stupeur lourde s'empare soudain du trio. L'atmosphère de la réserve, d'ordinaire tirée au cordeau et impeccablement ordonnée par un patron maniaque, a quelque chose d'inhabituel, de presque troublant. Une odeur étrange flotte dans l'air fermé : un mélange persistant de parfum d'épices douces, de cuir chaud et une note plus intime, musquée, encore tiède de la veille. Les yeux écarquillés, les trois vendeuses avancent d'un pas hésitant. Le spectacle qui s'offre à elles est totalement irréel. Les fiches de commande, les bons de livraison et les échantillons de tissu recouvrent le sol en un tapis désordonné. Le grand fauteuil en cuir de Vincent est repoussé à la hâte contre le mur. Mais c'est sur le plateau du grand bureau en bois brut que leurs regards finissent tous par se figer, captivés par un détail impensable. Trônant au centre de la table, froissé parmi les derniers feuillets éparpillés, repose le petit morceau de soie et de dentelle prune. Le sous-vêtement abandonné brille doucement sous l'éclairage faiblard de la pièce, posé là, évident, provocateur, tel un trophée laissé en souvenir d'une nuit de folie.
— C'est quoi cette culotte ? lâcha Victoire en s'approchant, les yeux écarquillés. Regardez, en plus elle est toute tachée ! En tout cas, c'est joli comme ensemble, ironisa-t-elle avec un sourire en coin.
— Ça sent la baise ici, lança Sarah, la voix teintée d'amertume avant d'exploser soudainement d'agacement. Ça fait un an que je lui fais du rentre-dedans, un an qu'il m'ignore ! Et là, une putain de salope débarque de nulle part et plie l'affaire en une heure dans la réserve !
— Et tu oublies que ça fait six mois qu'avec Victoire on t'aide toutes les deux, surenchérit Clémence en croisant les bras. Il nous regarde à peine, et là... une vulgaire inconnue vient se taper le patron sur son propre bureau ! Regardez-moi ça... Il n'a même pas pris la peine de nettoyer le bordel !
— Remarque, on ne peut pas lui en vouloir, glissa Victoire avec un brin de malice. Trois ans qu'il vit comme un moine. Il fallait bien que la cocotte-minute explose un jour ou l'autre. Mais qu'il s'envoie en l'air comme ça dans l'arrière-boutique... franchement, je ne l'aurais jamais cru capable d'une pareille fougue !
— N'empêche que c'est injuste, ragea Sarah en foudroyant le sous-vêtement du regard, les poings serrés. On se décarcasse tous les jours pour se faire remarquer, et une traînée ramasse le pactole sans effort.
Le silence retomba une seconde dans la réserve, chargé d'une tension nouvelle et électrique. Le patron irréprochable, le veuf intouchable, venait de faire voler son image en éclats sous leurs yeux. Et le bruit caractéristique du moteur de sa voiture dans la ruelle annonçait que Vincent ne tarderait plus à passer la porte.
Je ravalai difficilement ma salive tout en coupant le contact de la voiture devant la devanture. Merde, que vais-je leur dire ? Je me figeai une seconde, les mains encore cramponnées au volant, le cœur battant à un rythme effréné. Puis un sursaut d'orgueil me redressa. Après tout, je suis majeur, je suis célibataire depuis trois longues années, je ne leur dois aucun compte sur ma vie privée... et c'est moi le patron ! Je n'avais pas à me liquéfier comme un gamin pris la main dans le sac. Je réajustai mon col de chemise face au rétroviseur, attrapai mes clés d'une main ferme et poussai la porte d'entrée de la boutique.
Dès que le carillon tinta, un silence de plomb m'accueillit. Un silence lourd, pesant, presque irréel. D'ordinaire, à cette heure-ci, le magasin résonnait du cliquetis des cintres, de la musique d'ambiance et des rires complices des filles. Là, rien. Le désert absolu. Le cœur battant à contretemps, j'avançai à pas mesurés le long de l'allée centrale, feignant une assurance que je n'éprouvais absolument pas. Je me dirigeai directement vers l'arrière-boutique, espérant encore un miracle de dernière minute. Mais en franchissant le seuil de la réserve, la réalité me rattrapa de plein fouet.
Sarah, Clémence et Victoire étaient là, plantées en demi-cercle devant mon bureau. Elles m'attendaient de pied ferme, alignées comme des vautours guettant leur proie. Aucun mot, aucune salutation matinale usuelle. Juste six yeux braqués sur moi, étincelants d'une curiosité mordante, d'une pointe de reproche et d'un amusement mal dissimulé. Et juste derrière elles, trônant au milieu de mes papiers éparpillés sur le bois brut, la culotte en soie prune de Célia semblait me narguer ouvertement.
Je m'arrêtai net, pris au piège dans mon propre bureau.
— Bonjour mesdemoiselles..., réussis-je à articuler d'une voix que je tentai, tant bien que mal, de garder autoritaire et posée. Un problème avec le rangement de la réserve ce matin ?
Sarah croisa lentement les bras sur sa poitrine, un sourire étiré jusqu'aux oreilles et les yeux pétillants de malice.
— Aucun problème de rangement, Vincent, répondit-elle d'un ton faussement mielleux en appuyant sur mon prénom. On admirait juste les nouveaux... échantillons déposés sur votre bureau.
Victoire désigna alors du menton le plateau du bureau, détruisant instantanément mes dernières défenses :
— Il paraît que la soie prune est d'une qualité exceptionnelle... Mais dites-nous, patron, vous comptez la faire tester par toute l'équipe, ou c'était une démonstration réservée exclusivement à la direction ?
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Chapitre 7 · Sous le feu croisé
La culotte de soie prune a tout trahi. Ce matin-là, dans la réserve de sa boutique, Vincent se retrouve cerné par ses trois vendeuses, leurs questions fusant comme des lames. Débordé, humilié, il fuit — laissant derrière lui ses clés et ce qui reste de son autorité. Réfugié sur un banc du grand parc, il ressasse ses fautes et le poids de trois ans de deuil. Dehors, loin de la boutique, quelque chose attend de se briser — ou de se recomposer.
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