Agonisante sur les draps trempés, Priscilla retire dans un dernier râle le rabbit qui vient de donner un coup ultime à tous les orgasmes qu'elle s'est offerts devant l'écran. Elle est à bout, à bout de souffle, à bout de force. La honte commence à l'envahir de s'être dévoilée autant à cet homme qui a refusé de se montrer.
Elle glisse du lit au sol pour tenter d'arrêter la diffusion de cette exhibition qui est allée bien trop loin. Ses jambes refusent de lui répondre. Elle rampe jusqu'au trépied qu'elle fait tomber pour atteindre son téléphone. Son doigt peut enfin appuyer sur l'icône de déconnexion.
Elle s'écroule sur le tapis couvrant le vieux parquet, rassurée que tout ceci soit enfin terminé. Ses sens s'éveillent à son environnement, à cette odeur de sexe lourd qui provient d'elle et qui embaume la pièce. Elle rampe à nouveau jusqu'à la fenêtre pour l'ouvrir, pour faire évacuer son méfait par l'air plus frais qui vient de l'extérieur. Elle arrive à nouveau à respirer.
Ses muscles encore trop faibles pour qu'elle puisse tenir debout, c'est à quatre pattes qu'elle se déplace difficilement pour atteindre la salle de bain. Avant même de retirer la guêpière, ses bas déchirés, elle passe un coup d'eau fraîche sur son visage. Elle en boit un peu. Cette honte qui l'a gagnée s'intensifie au point de ne pas encore oser se regarder dans le miroir. En seule satisfaction, ce dernier orgasme long et puissant qui l'a achevée fut exceptionnel. Mais une satisfaction éphémère.
Nue devant son reflet, elle retire de sa peau tout de la salope qu'elle a été pour reprendre le visage d'une femme respectable. Les cotons de démaquillage s'accumulent dans la petite poubelle, effaçant son rouge à lèvres, effaçant le noir de ses yeux qui a coulé sur ses joues.
Nue devant son reflet, la bouche pincée, elle ne peut s'empêcher de remarquer ses yeux étincelants, ses tétons érigés qu'elle a maltraités des minutes durant. Elle en frôle un du bout d'un doigt. Elle retient un gémissement de douleur. Plusieurs heures seront nécessaires pour qu'ils soient un peu moins sensibles, deux ou trois jours pour qu'ils reprennent une forme normale. Elle sait que ce sera visible par d'autres et a déjà peur de sa propre réaction.
Nue devant son reflet, les yeux mi-clos, elle s'observe une dernière fois pour tenter de trouver cette femme respectable. Elle contient ses larmes qui cherchent à s'échapper. Elle éteint la lumière pour ne plus se voir ; elle ne l'a pas trouvée.
Les jambes encore flageolantes, elle s'aide du mur pour retourner dans la chambre. Son mari est là, debout. Il a relevé le trépied, retiré le téléphone qu'il a posé sur la table de chevet.
— Il est quelle heure ?
— Minuit et demi ou une heure, je ne sais pas.
— Tu ne dors pas ?
— Non, je n'y arrive pas. J'attendais que tu ouvres la porte pour récupérer mon pyjama.
Il ne se retourne pas vers elle. Il observe la tâche humide sur le drap du lit provenant des fluides de sa femme ; il observe les quelques jouets intimes utilisés, encore gluants de cyprine. Et cette honte en elle qui grimpe d'une marche supplémentaire. Comme une excuse, d'une voix éteinte, à la limite de l'agonie :
— J'ai dû beaucoup négocier.
Sans la regarder, sans la toucher, Stanislas fuit la chambre à coucher. Les larmes de Priscilla coulent en silence sur ses joues qui se creusent. Elle a négocié, oui, presque supplié, mais pas pour son mari. L'homme a refusé de se montrer, la frustrant énormément alors qu'elle tenait à voir l'état dans lequel elle le mettait.
Est-ce que Stanislas l'a entendue sortir des mots crus afin d'avoir enfin la chance de voir cette bite, ce sexe, ce vit dressé devant elle ? Elle espère que non. Et l'autre derrière son écran ne devait perdre aucune miette de cette salope qui s'offrait davantage pour lui, se donnait toujours plus en espérant recevoir sa récompense, comme une bonne petite chienne obéissante. Et les larmes de Priscilla continuent à couler en silence sur ses joues creusées.
Elle l'a imaginé de toutes les formes, de toutes les longueurs alors qu'un gode glissait entre ses chairs, qu'un autre baisait son cul, rêvant que ce soit lui qui la prenne. En seul cadeau, ce n'est pas la verge de l'homme qu'elle a eue, mais que son mari garde sa place. Le doute la submerge d'un coup. Elle a tout arrêté avant de savoir s'il était satisfait.
Elle s'allonge sur le lit, éteint la lampe de chevet. Elle prend son téléphone et envoie un message au numéro sur lequel elle avait dit qu'elle était prête : « Dormez-vous ? »
Elle attend avec impatience une réponse. Au bout d'un temps infini pour elle, alors que deux minutes au plus se sont écoulées, enfin un signe de vie.
— Je pensais trop à vous pour trouver le sommeil. Je vous regardais encore.
— Vous avez enregistré ?
— J'aurais été bête de ne pas le faire.
Les larmes de Priscilla cessent de couler en relisant ces lettres sur son écran. Il la désire encore alors qu'il la voyait s'exhiber pour lui il y a encore quelques instants. Peut-être que sa main monte et descend actuellement le long de son sexe bandé pour elle.
Le souffle de Priscilla s'accélère, tout comme son cœur. Ses doigts glissent entre ses cuisses encore sensibles en imaginant cet homme continuer à se masturber grâce à elle, en imaginant qu'il rêve d'elle avec force. Sa vulve, toujours humide, palpite au passage de ses phalanges le long de sa fente.
— Est-ce que cela vous choque ?
— Non. Je ne suis pas étonnée.
Elle écrit d'une main, lentement pour essayer de ne pas faire de faute. Il a une vidéo d'elle comme de nombreux hommes avant lui. Mais il a aussi le visage de la trentenaire en train de jouir à plusieurs reprises, sa voix déformée par le plaisir accompagnant.
Trois doigts glissent dans son vagin qui s'ouvre et les accueille avec plaisir.
— Est-ce qu'elle est longue ?
— Vous demandez pour ma verge ou pour la vidéo ? Je plaisante. Elle dure un peu plus d'une heure. Vous n'avez pas vu le temps passer ?
— Non.
— Désirez-vous que je vous l'envoie ?
— Je veux bien.
— Vous mettez du temps à répondre. Êtes-vous occupée ?
Oh oui, elle l'est à se caresser, à se pénétrer avec ses phalanges. Elle se retient de lui proposer de la regarder à nouveau, au naturel, sans jouets. Elle se retient avec force car l'envie de se montrer encore à lui est presque incontrôlable. À lui, ou à n'importe qui d'autre. Juste cette envie de s'exhiber, d'être admirée, de faire bander, de faire rêver, comme dans le passé.
Elle préfère laisser de côté son téléphone, risquant d'apporter une réponse qu'elle regrettera ensuite. Il faut que la salope reste dans la poubelle de la salle de bain, si jamais elle y a été mise. Elle intensifie ses caresses sur sa peau brûlante jusqu'à s'offrir un dernier orgasme qui calmera ce besoin d'offrir encore son corps à l'objectif.
Elle reprend son souffle, essuie ses doigts trempés contre sa poitrine avant de récupérer son écran posé à côté de sa tête.
— Désolée. Je m'étais assoupie.
— Avec ce que vous avez donné, je suis surpris que vous soyez encore éveillée. J'en ai profité pour commencer à télécharger la vidéo. Cela prendra un peu de temps. Elle est grosse. Demain, vous aurez le lien.
— Je patienterai. Je ne sais pas qui vous êtes. Étiez-vous à la soirée de fin d'année de l'entreprise ?
— Nous avons même dansé ensemble.
Cette information ne l'aide pas beaucoup, étant passée dans les bras de plusieurs collègues de Stanislas qui l'invitaient à tour de rôle. Ils continuent à échanger ; il lui précise qu'il a eu le droit à la dernière danse. Elle fait semblant de ne pas se rappeler de lui, prenant en excuse les flûtes de champagne qu'elle avait vidées.
Mais oui, elle se souvient de lui dans un costume trois pièces élégant, de ses mains qui descendaient de plus en plus bas sur ses reins. Elle se souvient de la bosse qui grossissait contre sa hanche ou son ventre suivant leur position, qui devenait de plus en plus dure, qui lui donnait de plus en plus envie. Elle se souvient des compliments qu'il lui soufflait au creux de l'oreille, de sa proposition sulfureuse de relever le bas de sa robe pour observer sa chatte nue avant de glisser sa tête entre ses cuisses.
Les doigts de l'homme sur son corps avaient détecté ce qui n'était pas présent sous son vêtement. Elle prit peur lorsqu'il lui demanda de le suivre pour discuter dans un coin calme, juste en tête-à-tête tous les deux, sans le moindre regard autour. Elle prit peur d'elle principalement, car elle avait envie d'accepter. Elle se détacha de lui sans un mot pour aller rejoindre son mari, trouvant une excuse bidon pour qu'ils quittent la soirée. Avant d'atteindre le parking, elle lui avoua son envie pressante de sexe et qu'elle ne pouvait plus attendre. Avant même d'arriver à la voiture, les paumes de Priscilla plaquées contre une cloison, il la prenait par derrière, le bas de la robe remonté aux hanches, ses seins aux bouts tendus sortis du décolleté.
Elle a espéré que ce dragueur aux paroles indécentes les suive, les surprenne pour qu'il comprenne qu'elle n'appartient qu'à son mari, à qui elle a imploré de la sodomiser, de la faire jouir par le cul. Quelques va-et-vient dans son petit trou, et ses cris de plaisir résonnaient entre les murs. Elle se sentit ensuite apaisée, profitant de la douceur du sperme couler de son orifice, souillant l'intérieur de ses cuisses, marchant sa tête contre l'épaule de l'homme de sa vie tout en lui tenant la main, laissant sa poitrine savourer l'air plus frais.
Ce souvenir ne fait rien pour la calmer. Son envie de jouir est à nouveau bien présente.
— Je vais vous laisser. Merci encore pour cette belle aventure. J'espère vous revoir bientôt.
— Pour Stan, vous le gardez, n'est-ce pas ?
Elle avait oublié la raison pour laquelle elle l'avait contacté. Cela lui est revenu à l'instant. Mais la réponse qu'elle reçoit n'est pas ce qu'elle attendait. Alors, ils échangent encore un peu. Elle veut comprendre. Il lui explique rapidement. Les derniers mots qu'elle écrit sont :
— Vous êtes un salaud !
— Bonne nuit. Je vous donnerai le lien demain.
Priscilla se lève en colère. Elle a soif. En allant dans la cuisine, elle voit dans la pénombre son mari allongé sur le canapé, les écouteurs sur les oreilles, concentré par une série sur son téléphone. Il ne l'a pas encore vue, ni entendue. Elle allume l'éclairage du plan de travail et récupère le verre qu'elle avait posé dans l'évier pour le remplir. Elle se rend compte que les morceaux de celui tombé sur le carrelage ont été retirés.
Elle se retourne tout en buvant une gorgée. Stanislas a posé ses écouteurs sur la table basse. Il se redresse mais reste à lui tourner le dos. Elle lui dit d'un ton direct :
— Tu gardes ton boulot !
— Je sais. J'ai eu un message pendant que tu étais encore en train de faire la… pour me dire de reprendre mon travail tout à l'heure.
Un long moment de silence entre les deux s'installe. Priscilla repense à ces mots, à ce faux chantage. Son mari n'a jamais été en danger. Il s'agissait uniquement pour ce supérieur d'avoir l'occasion de la voir et l'avoir pour lui, fantasmant sur elle depuis cette soirée. Si elle avait refusé, il n'y aurait jamais eu de conséquence. Elle s'est fait baiser en beauté. Pourtant, cela ne la dérange quasiment pas.
Elle se dit que cet homme est allé très loin juste pour elle. Elle en salive presque de plaire autant. Elle se demande combien de fois il s'est masturbé en pensant à elle durant ces mois, combien de fois il le fera encore avec l'image d'elle sous les yeux.
— Tu sais, tu n'es pas obligé de rester sur le canapé. Tu ne veux pas me rejoindre dans le lit pour qu'on se réconcilie ?
— Non, je préfère rester là. Et les draps sont sales à cause de lui.
— Tu vas m'en vouloir longtemps ?
— Je ne sais pas encore. Mais oui, je t'en veux d'avoir accepté si rapidement ! Je m'en veux aussi de t'en avoir parlé. Bon, je vais essayer de dormir un peu.
Commentaires ()
J'espère que la suite de l'histoire vous plaira autant. Mais si vous avez déjà apprécié jusque-là, j'ai bon espoir. 😌