C’est pour vous...
Quand elle ouvrit les yeux, la lumière du matin filtrait déjà à travers les rideaux du salon. Elle resta un moment allongée sur le canapé, le corps encore lourd, avant de chercher son téléphone. L’écran s’alluma. Un message de Serge.
Elle s’attendait presque à des excuses. Le message était sec :
— Tu viens travailler aujourd’hui ?
Sophie souffla bruyamment.
— Quel connard, dit-elle tout haut.
Dans la cuisine ouverte, Sonia se tourna vers elle, un léger sourire aux lèvres.
— Ah, tu es réveillée. Bien dormi ?
Elle s’approcha du canapé, une tasse de thé chaud entre les mains, et la tendit à Sophie.
— Tiens.
Sophie se redressa et prit la tasse à deux mains. Sonia s’assit légèrement sur le bord du canapé.
— Je nous ai concocté une petite journée, reprit-elle. Hammam, massage… Ça va nous changer les idées. Juste prendre soin de nous.
Sophie releva les yeux vers elle. Pour la première fois depuis la veille, quelque chose d’un peu plus léger traversa sa poitrine.
Elles arrivèrent au hammam en fin de matinée.
C’était un petit établissement discret, un peu à l’écart du centre. Sonia poussa la porte avec l’aisance de quelqu’un qui connaissait bien les lieux. Derrière le comptoir, un couple d’une cinquantaine d’années les accueillit immédiatement.
— Sonia ! s’exclama la femme en venant l’embrasser. Ça fait plaisir de te revoir.
Elle s’appelait Leila. Son mari, Karim, apparut juste derrière elle avec un sourire.
— Bonjour, dit-il simplement en saluant Sophie.
Sonia fit les présentations.
— C’est Sophie, mon amie. On a besoin de déconnecter un peu aujourd’hui.
Leila les regarda toutes les deux avec bienveillance.
— Vous êtes au bon endroit. Allez vous changer, je vous prépare tout.
Sophie suivit Sonia vers les vestiaires, déjà un peu apaisée par l’atmosphère chaude et l’odeur de savon noir qui flottait dans l’air.
Dans les vestiaires, l’air était déjà plus chaud et humide.
Sonia se déshabilla sans gêne, avec la simplicité de quelqu’un qui avait l’habitude des lieux. Elle plia ses vêtements soigneusement et les rangea dans un casier. Sophie, elle, hésita une seconde de plus. Les mots de Serge lui revinrent malgré elle pendant qu’elle retirait son pull, puis son jean. Elle se retrouva en sous-vêtements, puis finalement nue, le cœur un peu serré. Elle évita de se regarder trop longtemps dans le miroir.
Sonia lui tendit un simple paréo.
— Viens. Tu vas voir, ça fait un bien fou.
Elles poussèrent la porte du hammam.
La chaleur les frappa immédiatement, dense, enveloppante. La vapeur épaisse rendait les contours flous. Le sol en marbre était chaud sous leurs pieds. Quelques femmes étaient déjà allongées dans le brouillard, silhouettes imprécises. L’odeur de savon noir et d’eucalyptus flottait partout.
Sonia guida Sophie jusqu’à une banquette de pierre libre. Elles s’allongèrent côte à côte, le dos contre le marbre tiède. Sophie ferma les yeux. La chaleur pénétrait lentement ses muscles, détendait sa nuque, ses épaules, son bas du dos. Pour la première fois depuis deux jours, elle sentit quelque chose se relâcher en elle.
À côté d’elle, Sonia respirait calmement. De temps en temps, leurs bras se frôlaient. Un contact léger, presque anodin, mais que Sophie percevait avec une acuité particulière.
Elles restèrent ainsi un long moment, sans parler, enveloppées par la vapeur et le silence feutré du hammam.
Après le hammam, Leila les guida vers la salle de massage.
Deux tables étaient déjà préparées, côte à côte, recouvertes de draps blancs. L’odeur d’huile chaude et d’orange amère remplissait la pièce. Sonia s’allongea sans hésiter sur le ventre. Sophie l’imita, un peu plus raide au début, le visage tourné vers le côté.
Deux masseuses entrèrent et commencèrent à travailler en silence. Les mains glissaient sur leurs dos, leurs épaules, l’arrière de leurs cuisses, appuyant, dénouant. Sophie sentit peu à peu la tension de la veille et de la nuit s’échapper sous les pressions fermes. À côté d’elle, Sonia poussait de temps en temps un soupir de bien-être.
Le temps s’étira.
Puis, discrètement, les deux masseuses terminèrent, les saluèrent d’un signe de tête et quittèrent la pièce. La porte se referma doucement.
Elles restèrent seules.
Allongées l’une à côté de l’autre, nues sous le drap léger qui ne couvrait plus que le bas de leur dos, dans le calme tiède de la salle. On n’entendait plus que leur respiration et le faible cliquetis d’un radiateur. Sophie n’osait pas encore bouger. Elle sentait la présence de Sonia tout près, à peine à un bras de distance.
Le silence dura un moment.
Puis Sonia parla, d’une voix posée, presque amusée, le visage toujours tourné vers le côté.
— Tu sais… quand j’étais plus jeune, j’ai travaillé ici. Pendant presque deux ans.
Sophie ouvrit les yeux et tourna légèrement la tête vers elle.
— Ici ? Au hammam ?
— Oui. Je faisais les massages. Leila et Karim m’avaient formée. Les clients disaient que j’avais des mains en or. Ils redemandaient souvent. Certains venaient même spécialement les jours où je travaillais.
Elle eut un petit sourire, le regard perdu un instant dans le souvenir.
— C’était une autre époque. J’étais seule déjà… et j’aimais bien ça. Toucher les corps, sentir les gens se détendre sous mes doigts. Il y avait quelque chose d’intime. Pas forcément sexuel… mais intime.
Sophie l’écoutait sans rien dire. Les mots de Sonia résonnaient différemment dans le calme de la pièce, alors qu’elles étaient encore nues, allongées l’une à côté de l’autre, à peine séparées par quelques centimètres.
Sonia tourna enfin la tête vers elle.
— Tu veux que je te montre ?
Elle n’attendit pas la réponse.
Ses mains se posèrent d’abord sur ses épaules, chaudes, fermes, déjà expertement placées. Elle appuya ses pouces de chaque côté de la nuque et commença à masser lentement.
— Détends-toi, dit-elle d’une voix douce.
Ses doigts glissèrent le long des trapèzes, dénouant les nœuds avec une précision étonnante. Sophie ferma les yeux malgré elle. La chaleur des mains de Sonia contrastait avec l’huile encore présente sur sa peau. Chaque pression envoyait une vague de bien-être le long de son dos, plus profonde que celle des masseuses un peu plus tôt.
Sonia travaillait en silence à présent, concentrée, les paumes larges descendant progressivement vers les omoplates.
Elle fit descendre ses paumes le long de la colonne vertébrale de Sophie, appuyant fermement de chaque côté, jusqu’au creux des reins. Puis elle remonta en écartant les doigts, étalant l’huile chaude sur toute la largeur du dos. Sophie poussa un soupir involontaire. Ses muscles, encore noués par les émotions des derniers jours, cédaient peu à peu sous cette pression précise et insistante.
Sonia se déplaça légèrement. Un de ses genoux frôla la cuisse de Sophie. Elle posa maintenant ses deux mains sur les épaules et les fit glisser lentement vers les bras, descendant jusqu’aux coudes, puis remontant en pétrissant la chair. Chaque mouvement était lent, contrôlé.
Sonia se pencha un peu plus. Ses cheveux frisés, encore légèrement humides, effleurèrent l’épaule de Sophie pendant qu’elle continuait à masser, toujours en silence, avec une concentration presque tendre.
Le drap qu'elle avait enroulé autour d’elle glissa sans qu’elle y prenne garde.
Il tomba le long de ses hanches et s’amoncela à ses pieds. Elle se retrouva entièrement nue, debout juste à côté de la table de massage. Sa toison brune, dense et frisée, se trouvait maintenant à hauteur du visage de Sophie.
Sophie entrouvrit les yeux.
Elle fixa un instant ce sexe tout proche, la peau mate du bas-ventre de son amie, le dessin sombre des poils. L’odeur tiède de l’huile et de la peau de Sonia emplit ses narines. Un long frisson lui parcourut le dos. Malgré tout ce qui s’était passé, malgré la confusion, elle ne put s’empêcher d’agir.
Lentement, presque malgré elle, elle glissa sa main entre les cuisses de Sonia. Ses doigts rencontrèrent d’abord la chaleur de la peau intérieure, puis la toison, puis plus haut encore, les lèvres déjà chaudes et légèrement humides de son amie.
Sonia retint son souffle. Elle ne bougea pas.
À suivre.....
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