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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Le renouveau — Chapitre 1 · La liste

20 minutes
1.8k
Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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MiBuDArK
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Le refrain « mais pas trop » revient comme une petite musique qui en dit long sur Jean, et on le garde en tête bien après la lecture. Les détails du corps — la bedaine, les genoux qui craquent, les mains épaisses — rendent le personnage très présent dès les premières pages. Le rythme court des phrases, quand le silence du salon se fait pesant, donne envie de continuer. Un chapitre à conseiller à un ami qui aime les personnages qui se dévoilent lentement.

Le renouveau

Chapitre 1 · La liste

Jean est assis dans son salon, le téléphone posé sur l'accoudoir du fauteuil en cuir fatigué. L'écran diffuse une vidéo qu'il a déjà vue trois fois cette semaine. Une femme à genoux, les mains liées dans le dos, la bouche ouverte, les yeux rougis. L'homme devant elle la guide par les cheveux, la dirige, la maintient. Pas de brutalité gratuite — une autorité calme, pesante, sans négociation. Jean observe la façon dont le corps de la femme se tend, puis se relâche, puis se tend à nouveau. Il connaît ce mouvement. Il l'a vu des centaines de fois, et à chaque fois, quelque chose dans sa poitrine se serre de la même manière.
Il a soixante-deux ans. Sa bedaine déborde légèrement de l'élastique du caleçon, mais ses épaules ont conservé la largeur de ses années de rugby, de boxe, de natation. Le gras s'est installé par couches successives, comme des sédiments, mais l'ossature reste solide en dessous. Ses mains, larges, aux doigts épais, reposent sur ses cuisses. Il porte une alliance qu'il a retirée il y a quatre mois — la trace de l'alliance est encore visible sur l'annulaire gauche.
La vidéo se termine. L'écran devient noir, puis une autre démarre automatiquement. Algorithmes de recommandation. Jean la regarde pendant trente secondes, puis ferme l'application. Il pose le téléphone, face contre le cuir, et reste immobile.
Le silence du salon est dense. Le réfrigérateur ronronne dans la cuisine ouverte, à trois mètres derrière lui. Une horloge accrochée au mur marque vingt-deux heures quarante-sept. Le canapé en tissu gris porte encore l'empreinte de l'autre côté — le côté de Claire, son ancienne compagne. Jean ne s'assoit plus à cet endroit. Il occupe le fauteuil, toujours, comme une position de commandement qui ne demande personne à commander.
Il se lève. Ses genoux craquent — un son sec, familier, qui lui rappelle qu'il a cinquante-huit ans de plus qu'au premier match de sa vie. Il marche jusqu'à la cuisine, ouvre le réfrigérateur, en sort une bouteille d'eau plate à moitié vide. Il boit au goulot, debout, les pieds nus sur le carrelage froid. L'eau coule le long de sa barbe de trois jours, goutte sur le carrelage. Il s'essuie avec le dos de la main.
Le miroir du couloir, en retournant au salon, le reflète en pleine lumière. Il s'arrête. Il se regarde — pas avec vanité, pas avec dégoût non plus. Plutôt avec l'œil d'un homme qui évalue un outil dont il n'est pas certain de l'usage. Le visage a tenu. Mâchoire encore carrée sous le gras des joues. Yeux gris, cernés, mais droits dans leur regard. Cheveux courts, poivre et sel, clairsemés au sommet du crâne. Le torse, sous le t-shirt blanc, descend en pente douce vers le ventre. Il lève le t-shirt, examine son abdomen. La bedaine, il la connaît. Il la porte comme on porte un dossier dont on n'a pas fini de s'occuper. Ce n'est pas ça qui le préoccupe.
Ce qui le préoccupe, c'est plus bas. Son sexe, au repos dans le caleçon, épais même flasque. Il sait — il l'a vérifié des dizaines de fois, mesuré, comparé — qu'il n'a rien à envier aux hommes des vidéos. Largeur, longueur, consistance. Mais ce n'est pas la taille qui le hante. C'est le fonctionnement. C'est le mécanisme qui s'enraye, qui refuse, qui reste immuablement dur pendant des heures sans jamais délivrer ce que son corps réclame.
Il laisse retomber le t-shirt. Il retourne au salon, s'assoit, prend le téléphone. Il ouvre une application de lecture, pas une vidéo. Des histoires. Des textes. Des récits où des hommes font ce qu'il veut faire, où des femmes réclament ce qu'il veut donner. Il lit, le pouce défilant lentement, et sa main droite descend naturellement vers son caleçon. Il se branle — le mot est celui qu'il emploie dans sa tête, sans fioritures, sans pudeur. Il se branle beaucoup. Tous les soirs, parfois le matin, parfois l'après-midi quand le vide du dimanche presse trop fort contre ses tempes. Sa main serre son sexe, le poignet bouge avec une régularité mécanique, et lui, il lit.
Le récit parle d'une femme attachée, fouettée, pénétrée sans préliminaires. Il bande. Son sexe durcit dans sa paume, gonfle, prend toute la place. La peau se tend, le gland rougit, les veines saillent le long de la hampe. Il accélère. Sa respiration se fait plus courte, son ventre se contracte, et il éjacule — sur sa main, sur son ventre, des jets épais et blancs qui roulent sur la bedaine et s'attardent dans les plis de peau. Il reste immobile pendant quelques secondes, le souffle coupé, les yeux fixés sur l'écran. Puis il se nettoie avec un mouchoir, jette le mouchoir dans la poubelle du bureau, et ferme l'application.
C'est comme ça, tous les soirs. La main fonctionne. La bouche d'une femme fonctionne — il s'en souvient, Claire qui le suçait le dimanche matin, et ça partait, ça coulait, ça se vidait. Mais la pénétration... La pénétration, c'est une autre affaire.
Il se souvient de la dernière fois. Quatre mois et onze jours, pour être exact. Claire, allongée sur le dos, les jambes ouvertes, les yeux fermés. Il la pénétrait, lentement d'abord, puis plus vite, puis fort. Il la regardait, il la sentait, il était dedans, profondément, et son sexe ne ramollissait pas. Deux heures. Trois heures parfois. Claire avait fini par lui demander s'il allait jouir, et il avait répondu oui, bientôt, et il mentait, et il le savait, et elle le savait aussi. Elle faisait des efforts — elle contractait, elle bougeait, elle geignait. Rien. Son sexe restait dur, insistant, impossible à satisfaire. Comme un moteur qui tourne sans trouver la bonne vitesse.
Il se souvient d'avoir simulé, une fois. Un mouvement saccadé, un gémissement exagéré, puis il s'était retiré et avait éjaculé sur le drap en se masturbant rapidement, hors d'elle, pour qu'elle ne voie pas qu'il n'avait rien lâché pendant l'acte. Elle n'avait rien dit. Lui non plus.
Ce soir, après s'être nettoyé, il reste dans le fauteuil, les yeux ouverts dans le noir. Le plafond est blanc, taché d'une auréole d'humidité au-dessus de la fenêtre. Il pense à tout ce qu'il n'a jamais fait. La liste, dans sa tête, n'est pas organisée — c'est un magma de scènes, de gestes, de mots qu'il n'a jamais prononcés à voix haute.
Il pense à la domination. Pas celle des vidéos, pas le cuir et les fouets de pacotille. La vraie. Celle où l'autre te donne tout, parce que tu lui prends tout, et qu'elle te le rend. Celle où tu diriges le rythme, la profondeur, le moment. Où tu dis « maintenant », et c'est maintenant. Où tu dis « pas encore », et c'est pas encore. Où tu tiens quelqu'un par la gorge — pas pour étouffer, pour tenir. Pour que l'autre sente ta main, sente que tu es là, que tu décides, que tu existes à travers elle.
Il n'a jamais tenu personne par la gorge. Il a posé ses mains sur les hanches de Claire, sur ses seins, dans ses cheveux. Mais pas la gorge. Jamais. Parce que ça aurait demandé une explication. Parce que ça aurait sorti le sexe du cadre « classique » dans lequel Claire voulait le maintenir. Parce qu'il n'a jamais voulu être celui qui demande quelque chose que l'autre ne veut pas donner.
Il pense à la sodomie. Il l'a faite une fois, avec une ex, il y a vingt ans. Elle avait accepté, à moitié. Pas de préparation, pas de patience. Il est entré, elle a crié, il s'est retiré. Fin. Il n'y est jamais revenu. Mais dans sa tête, dans les histoires qu'il lit, dans les vidéos qu'il regarde — il y revient tout le temps. Pas pour faire mal. Pour ouvrir. Pour prendre quelque chose qui ne se donne pas naturellement, qui demande de la confiance, de la lenteur, de l'abandon. Il imagine les muscles qui cèdent, le sphincter qui se détend sous ses doigts, sous sa langue, sous son sexe. Il imagine le bruit — ce bruit mouillé, intime, obscène, d'un corps qui se laisse pénétrer là où il ne le devrait pas. Il imagine les gémissements, différents de ceux de la pénétration vaginale. Plus graves, plus rauques, plus contrôlés aussi — comme si l'autre se retenait de crier, et que cette retenue le faisait bander encore plus.
Il pense au sperme. Au sien, à celui des autres. Il imagine une femme qui le réclame, qui le veut sur elle, en elle, sur le visage, sur les seins, dans la bouche. Qui le lèche, qui l'avale, qui le garde sur elle comme une marque. Claire ne voulait pas. Aucune de ses partenaires n'a vraiment voulu. Le sperme, pour elles, c'était un déchet à essuyer rapidement avec un mouchoir, pas une offrande à réclamer.
Il pense à l'exhibition. Au fait de le faire devant quelqu'un, ou d'être regardé. À deux couples, peut-être, ou à un public. À une femme qui se touche en le regardant prendre une autre. À l'inverse — lui qui regarde, lui qui dirige, lui qui dit « fais-le, maintenant, devant moi ».
Il pense à la douleur. Pas la sienne — celle qu'il donnerait. Des claques, des pincements, des tirages de cheveux. Pas pour blesser. Pour marquer. Pour que la peau rougisse, que les yeux s'emplissent, que la respiration se coupe. Pour que l'autre sente qu'il est là, qu'il existe, qu'il agit. Il a donné une fessée à Claire, une fois. Elle a sursauté, s'est retournée, l'a regardé avec des yeux ronds. « Qu'est-ce que tu fais ? » Et lui, il a dit « rien, pardon », et il n'a jamais recommencé.
Le téléphone vibre sur l'accoudoir. Une notification — une application de rencontre qu'il a installée il y a deux semaines et qu'il n'a jamais ouverte. Il la regarde, hésite, puis la déverrouille. Son profil est minimaliste. « Jean, soixante-deux ans. Cherche compagnie, discussion, peut-être plus. » Pas de photo de visage — une silhouette, prise de dos, sur un sentier de randonnée. Il a mis « soixante-deux ans » en toutes lettres, sans mentir, sans arrondir. Il a vu les profils des autres hommes de son âge — « cinquante-cinq ans », « cinquante-huit ans », « jeune dans la tête ». Lui, il a mis soixante-deux. Parce que mentir sur son âge, c'est mentir sur ce qu'il veut, et il en a marre de mentir.
Il regarde les profils qui défilent. Des femmes de son âge, pour la plupart. Des profils qui parlent de « balades », de « cuisine », de « voyages », de « tendresse ». Il lit, il ferme, il rouvre. Aucune ne parle de ce qu'il veut. Aucune ne dit « je veux être prise en levrette par un homme qui me tient par les cheveux ». Aucune ne dit « je veux qu'on me demande de faire des choses dont j'aurai honte le lendemain ». Évidemment. Personne n'écrit ça dans un profil. Mais lui, il voudrait que quelqu'un le veuille. Il voudrait trouver quelqu'un qui le veuille.
Il pense aux jeunes femmes. Pas aux adolescentes — aux femmes de trente, trente-cinq ans. À celles qui ont déjà une vie, une expérience, et qui cherchent quelque chose de différent. Il en voit dans la rue, au café, au supermarché. Il observe leurs mouvements, leurs postures, leurs regards. Il remarque celles qui portent des vêtements qui moulent, qui marquent, qui révèlent. Il remarque celles qui se penchent un peu trop, qui croisent les jambes un peu trop haut, qui sourient un peu trop longtemps. Il se demande — et c'est là que le doute s'installe, pesant, humide, comme un brouillard sur ses tempes — il se demande si l'une d'elles pourrait le vouloir, lui. Un homme de soixante-deux ans, avec sa bedaine, ses cheveux clairsemés, ses mains épaisses. Il se demande si, parmi ces femmes, il y en a une qui ne cherche pas un jeune homme lisse et musclé, mais un homme — un vrai, un massif, un patient, un dominant. Un homme qui sait ce qu'il veut parce qu'il a eu soixante-deux ans pour le comprendre.
Il n'en est pas sûr. Il n'en est pas sûr du tout.
Il ferme l'application. Il pose le téléphone. Il se lève, marche jusqu'à la fenêtre, écarte le rideau. La rue est calme, résidentielle, bordée de maisons jumelées. Un chat traverse le trottoir en contrebas. Un lampadaire projette une lumière jaune sur le goudron mouillé de la pluie de l'après-midi. Il n'y a personne.
Jean reste là, debout, le front contre la vitre froide. Sa respiration dessine un cercle de buée qui s'agrandit, se rétrécit, s'agrandit. Il pense à Claire. Pas avec nostalgie — avec une sorte de perplexité résiduelle. Deux ans ensemble. Le sexe, régulier, soigneux, prévisible. Elle aimait qu'il la prenne en levrette, mais pas trop fort. Elle aimait qu'il la suce, mais pas trop longtemps. Elle aimait qu'il lui tienne les mains au-dessus de la tête, mais sans appuyer, sans marquer, sans revendiquer. Tout était « mais pas trop ». Tout était « ça suffit ». Tout était « c'est bien, arrête ».
Il n'a jamais rien demandé de plus. Pas une fois. Pas avec Claire, pas avec les autres. Il a pris ce qu'on lui donnait, et il a fermé le reste dans un coffre mental dont il n'a pas la clé. Ce coffre, maintenant, presse contre les parois de sa tête. Il gonfle. Il prend trop de place. Il l'empêche de dormir, de manger correctement, de regarder une femme dans la rue sans imaginer ce qu'il ferait — ce qu'il pourrait faire, ce qu'il veut faire.
Il s'écarte de la fenêtre. Il retourne au fauteuil, s'assoit, prend un carnet et un stylo sur la table basse. Le carnet est neuf — acheté hier, chez le papetier du coin, avec l'intention vague d'y poser quelque chose. Il ouvre la première page, pose le stylo, et reste immobile pendant de longues minutes.
Puis il écrit. Pas un journal intime — Jean n'est pas le genre. Plutôt une liste. Une liste de ce qu'il veut. Ce qu'il a voulu toute sa vie et qu'il n'a jamais osé réclamer.
La main écrit lentement, en lettres majuscules, appuyées. « DOMINER. » C'est le premier mot. Le plus large, le plus lourd. En dessous, en plus petit : « Tenir par la gorge. Diriger. Décider du rythme, du moment, de la profondeur. Dire non. Dire maintenant. Dire pas encore. » Il souligne « pas encore » deux fois.
Il tourne la page. « SODOMIE. » En dessous : « Préparer. Lentement. Doigts, langue, puis sexe. Sentir le sphincter céder. Sentir le corps s'ouvrir. Prendre. Pas brusquer — prendre. » Il s'arrête, relit, ajoute : « Entendre le bruit. Le bruit mouillé de la pénétration. » Sa main tremble légèrement. Il ne le remarque pas.
Page suivante. « SPERME. » En dessous : « Marquer. Sur le visage, sur les seins, sur le ventre, dans la bouche. Être réclamé. Être gardé. Être léché. » Il ajoute, en marge : « Pas un déchet. Une marque. »
Il tourne encore. Il raye le mot, écrit « FOUILLETTAGE ». Raye encore. Écrit : « CLAQUES. » En dessous : « Fessée. Cuisses. Seins. Pas pour blesser — pour marquer. Pour rougir. Pour que la peau se souvienne. »
Il continue. « EXHIBITION. » « REGARDER. ÊTRE REGARDÉ. DIRIGER. » Donner des ordres : « Touche-toi. Ouvre. Montre. » « LENTEMENT. » Il écrit ce dernier mot en lettres très serrées, très pressées, comme s'il voulait le compresser dans le papier.
Il ferme le carnet. Il le pose sur la table basse, à côté du téléphone. Il reste immobile, les mains sur les genoux, les yeux fixés sur le carnet fermé. Sa respiration est régulière, mais ses mâchoires sont serrées — les muscles temporaux gonflent et dégonflent sous la peau, comme un moteur qui tourne au ralenti.
Il pense à son corps. À son sexe, qu'il connaît mieux que personne. À cette capacité de bander pendant des heures sans faiblir, sans délivrer, sans lâcher. Les médecins lui ont dit que c'était « pas anormal ». Que l'éjaculation retardée ou absente lors de la pénétration était « un mécanisme complexe, souvent psychogène ». Il a lu des articles, des forums, des témoignages. D'autres hommes vivent ça. Mais eux, ils s'en plaignent. Eux, ils voudraient « guérir ». Lui, il ne veut pas guérir. Il veut comprendre pourquoi son corps refuse de lâcher dans la pénétration classique, et s'il lâcherait — s'il lâcherait enfin — dans la pénétration qui n'est pas classique. Dans la domination. Dans la prise. Dans le moment où l'autre se rend, vraiment, complètement, et où lui, il prend, vraiment, complètement.
Il se demande si c'est ça, la clé. Si son sexe reste dur parce qu'il n'a jamais vraiment pris. Si son corps attend — depuis trente ans, depuis la première femme, depuis le premier rapport — il attend que Jean lui donne ce qu'il veut vraiment. Pas la pénétration polie, mesurée, « classique ». La pénétration qui arrache, qui ouvre, qui marque. Celle où il n'y a plus de « mais pas trop », plus de « ça suffit », plus de « c'est bien, arrête ». Celle où il n'y a que lui, et elle, et ce qu'il décide.
Il se lève. Il range le carnet dans le tiroir du bureau, sous un classeur de factures. Il éteint la lumière du salon. Il marche dans le couloir, passe devant la chambre — le lit défait, l'oreiller droit encore creusé par la tête de Claire, qu'il n'a pas retourné. Il entre dans la salle de bain, se brosse les dents, se regarde dans le miroir au-dessus du lavabo. L'eau coule, le robinet goutte, il recrache la mousse, se rince la bouche.
Il retourne dans la chambre, s'allonge sur le côté gauche — le sien. Le côté droit est vide, l'oreiller porte encore l'odeur de Claire, un mélange de shampoing à la fleur de tiaré et de transpiration endormie. Jean ferme les yeux. Son sexe est mou, maintenant, reposé après la masturbation d'il y a une heure. Il le sent contre sa cuisse, épais même au repos, lourd.
Il pense à demain. Au dimanche qui vient, vide, long, comme tous les dimanches depuis quatre mois. Au lundi qui suivra. Au travail — il est consultant indépendant en gestion de patrimoine, un métier qu'il exerce depuis trente ans, qui lui rapporte assez, qui ne l'intéresse plus. Aux clients qu'il verra, aux chiffres qu'il analysera, aux conseils qu'il donnera. À tout ce qui compose sa vie d'homme de soixante-deux ans, régulière, confortable, vide.
Et dessous — toujours dessous, comme un courant souterrain qui ne tarit pas — le désir. Pas le désir vague, flou, « d'une compagne » ou « d'une relation ». Le désir précis, détaillé, obsédant, d'une femme à ses pieds. D'une femme qui ouvre la bouche quand il le dit. D'une femme qui se penche quand il le dit. D'une femme qui prend ce qu'il donne, qui réclame ce qu'il refuse, qui attend quand il dit « pas encore », qui jouit quand il dit « maintenant ».
Il pense à l'âge. Au sien, d'abord. Soixante-deux ans. Le chiffre est lourd, posé sur sa poitrine comme un couvercle de plomb. Il pense au regard des femmes jeunes — trente, trente-cinq ans. Il imagine ce qu'elles voient quand elles le regardent : un homme âgé, bedaine, cheveux gris. Il ne se trouve pas laid — il se trouve ordinaire. Et c'est pire que laid, parce que laid, au moins, c'est visible. Ordinaire, c'est invisible.
Mais il pense aussi — et c'est là, dans ce coin de sa tête, que quelque chose palpite — il pense aux femmes qui cherchent autre chose. Celles qui ont eu les jeunes hommes lisses et musclés, et qui s'en sont lassées. Celles qui ont eu les amants soigneux et respectueux, et qui s'en sont ennuyées. Celles qui veulent un homme qui ne demande pas la permission, qui ne s'excuse pas, qui ne calcule pas. Un homme qui prend. Et qui, en prenant, donne exactement ce que l'autre ne savait pas qu'elle voulait.
Il se demande si une femme comme ça existe. Il se demande si elle le trouverait, lui. Il se demande s'il oserait.
Son sexe frémit dans le caleçon. Pas une érection — un mouvement, un tressaillement, comme un muscle qui se souvient de quelque chose. Jean pose la main dessus, machinalement, la paume à plat, sans mouvement. Juste pour sentir. Juste pour vérifier qu'il est encore là, encore vivant, encore capable.
Il l'est. Soixante-deux ans, bedaine, cheveux gris, et un sexe qui ne ramollit pas. Un sexe qui bande pour des heures, qui refuse de lâcher, qui attend. Qui attend quoi, exactement ? Jean n'en est pas sûr. Mais cette nuit, dans le noir, les yeux ouverts, le silence du quartier pesant sur le plafond comme une chape de béton, il se dit que la réponse est dans le carnet, dans le tiroir du bureau, sous le classeur de factures.
La réponse est dans les mots qu'il a écrits. Dans les majuscules appuyées, dans les soulignements, dans les marges remplies. Dans « DOMINER », dans « SODOMIE », dans « SPERME », dans « CLAQUES », dans « LENTEMENT ».
Il se dit qu'il va la trouver. Qu'il va trouver une femme. Pas une femme de son âge qui veut des balades et de la tendresse. Une femme qui veut ce qu'il veut. Qui veut être prise, ouverte, marquée, tenue. Une femme qui veut dire « oui » à des choses dont elle n'ose pas parler, et qui veut que lui, il les lui fasse.
Il se le dit, et il ne le croit qu'à moitié. Mais c'est plus que la veille. C'est plus que jamais.
Il ferme les yeux. Le sommeil vient lentement, par saccades, entre les pensées qui défilent. La dernière, avant le noir, est une image : une femme à genoux, les mains dans le dos, la bouche ouverte, les yeux levés vers lui. Pas une image de vidéo — une image à lui. La femme n'a pas de visage, pas encore. Mais sa bouche est ouverte, et ses yeux sont levés, et elle attend.
Jean dort. Son sexe repose contre sa cuisse, épais, lourd, patient.
Demain, c'est dimanche. Lundi, il ouvrira l'application de rencontre. Il écrira un profil différent. Pas « compagnie, discussion, peut-être plus ». Autre chose. Quelque chose de vrai. Quelque chose qui fera peur — qui fera peur à certaines, qui attirera les autres.
Il ne sait pas encore ce qu'il écrira. Mais il sait qu'il ne mettra plus « mais pas trop » nulle part. Plus jamais « mais pas trop ».
Le réfrigérateur ronronne dans la cuisine. L'horloge marque minuit douze. Le chat traverse de nouveau le trottoir, en sens inverse. La pluie reprend, fine, régulière, contre la fenêtre de la chambre.
Jean dort, et dans son sommeil, sa main se ferme sur rien. Ses doigts se replient, serrent le vide, comme s'ils tenaient quelque chose — quelqu'un — qui n'est pas encore là.
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Chapitre 2 · Les attentes
Lundi matin, Jean, soixante-deux ans, publie sur une application de rencontre ce qu'il n'a jamais osé dire à personne. Sans photo, sans détour, il réclame une femme qui accepte de se soumettre. Reste à savoir qui osera répondre, et jusqu'où Jean sera prêt à aller quand les mots deviendront réels.
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Sandre
23 octobre 2026 à 18:02
Bravo !!!

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