Sorcière de la nuit
Chapitre 3
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Sorcière de la nuit — Chapitre 3

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Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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Les répliques de Sokolov claquent comme des coups de fouet : on sent la vodka, la colère et l'honneur dans chaque phrase. La narration, collée aux pensées de Nadia, restitue avec justesse le quotidien d'une pilote de guerre qui porte quelque chose de lourd sans le montrer. On tourne les pages pour savoir ce que ce poids va lui coûter.

Sorcière de la nuit

Chapitre 3

Le retour à la base fut long. Questions, examens médicaux, rapports. J'ai dû raconter en détail la perte de mon Po-2 et la mort d'Irina. Ce dernier mot, je l'ai prononcé sans trembler, parce que c'est ce qu'on attendait de moi. La mort d'Irina. Comme si prononcer les mots dans le bon ordre suffisait à les vider de ce qu'ils contiennent. Je n'ai évidemment rien dit de l'Allemand avec qui je venais de passer la nuit.
J'ai pris soin de cacher le papier qu'il m'avait donné, souvenir de cette nuit trop belle pour être réelle.
Après deux jours de mise à l'écart, Tatiana, notre cheffe d'escadrille, et Ievdokia, notre salope de politruk, m'ont enfin autorisée à revoler. J'essaie de reprendre le cours de mon existence. Briefings, débriefings, entretien des appareils. J'ai commencé une lettre à ma mère que je n'arrive pas à terminer. Je dors mal. Chaque fois que je ferme les yeux, je revois les yeux clairs de Jürgen et j'entends sa voix prononcer mon prénom.
Ce matin, je me trouve dans le mess de l'aérodrome voisin pour une mission de liaison. Une tasse de thé refroidi entre les mains, l'esprit ailleurs, lorsque deux pilotes du régiment de chasse voisin entrent. Ils parlent bas, mais leur agitation attire immédiatement l'attention.
— Tu as entendu ? Le Faucon Blanc.
— Quoi, le Faucon Blanc ? Le pilote allemand ?
— Oui, c'est confirmé. Son Messerschmitt s'est écrasé il y a trois nuits, derrière les lignes. Panne mécanique. Fuite d'huile ou d'essence. Pas de combat aérien.
— Et le pilote ?
L'homme hausse les épaules.
— Aucune nouvelle. Nos services ne savent pas s'il a survécu. Pas un mot de nos informateurs côté allemand.
Un silence s'installe.
Puis un autre pilote prend la parole :
— Bonne nouvelle pour nous. Mauvaise pour eux. Ce type était un démon dans les airs. Mais il avait quelque chose que la plupart de leurs as n'ont pas.
— Quoi donc ?
— De l'honneur.
Il s'assoit, pose son casque sur la table.
— Mon ailier l'a affronté au-dessus de la ligne de front, il y a quelques semaines. Le Messerschmitt l'a touché. Moteur qui fume, son appareil qui ne répond presque plus. Le Faucon Blanc aurait pu l'achever d'une seule salve, mais il a rompu le combat. Mon camarade a réussi à poser son avion dans nos lignes.
Un troisième intervient :
— Mon commandant prétend qu'il n'a jamais tiré sur un homme en parachute. Jamais. Même quand il aurait pu le faire sans risque.
— Peut-être une légende, murmure quelqu'un.
Un jeune pilote, plus loin, se redresse :
— Moi aussi je l'ai croisé. Le combat fut bref. Après une manœuvre impossible, il m'a mitraillé. Mon moteur a pris feu, j'ai dû sauter en parachute. Il aurait pu me tuer. Il le savait. Moi aussi. Son appareil s'est approché pendant que j'étais suspendu. J'ai cru que c'était fini. Il a juste incliné légèrement les ailes… et s'est éloigné en me faisant un geste de la main.
Du fond de la salle surgit Kaniouk, la Buse. Major Alexander Konstantinovitch Sokolov en personne, commandant de la 2e escadrille du 586e. Il s'arrête au milieu des tables, tire une bouteille de vodka de sa poche, la lève vers le plafond et hurle :
— À ta santé, Faucon Blanc ! Où que tu sois, vivant ou mort ! Tu aurais été un grand pilote dans n'importe quelle armée de cette putain de guerre !
Le silence qui suit est brisé par le grincement brutal de la porte.
Le commissaire politique apparaît sur le seuil. Le vent froid s'engouffre derrière lui. Grand, sec, visage taillé à la serpe, uniforme impeccablement boutonné. Son regard balaie la salle et se plante sur Sokolov, qui tient toujours sa bouteille levée.
— Major Sokolov !
Sa voix claque comme un coup de fouet.
Les conversations s'éteignent. Un mécanicien reste figé, tasse à mi-chemin de ses lèvres. Les deux pilotes qui apportaient la nouvelle échangent un regard inquiet.
Sokolov, lui, ne bouge pas. Il a déjà un peu trop bu. Ça se voit à la façon dont il se tient, un peu trop droit, un peu trop sûr de lui.
— Commissaire, répond-il avec une politesse exagérée, presque moqueuse. Vous arrivez juste à temps. Je m'apprêtais à porter un toast.
— J'ai parfaitement entendu à quoi vous portez un toast !
Le commissaire avance entre les tables. Ses bottes frappent le plancher à intervalles réguliers.
— À un pilote allemand ! À un officier de la Luftwaffe ! À un ennemi du peuple soviétique !
Il désigne la bouteille d'un doigt accusateur.
— Vous rendez-vous compte ? Vous glorifiez un homme qui a probablement tué des camarades à vous. Vous célébrez les qualités militaires d'un serviteur du régime nazi. C'est une conduite indigne d'un officier de l'Armée rouge !
Sokolov abaisse lentement son bras. Plus la moindre trace d'amusement sur son visage.
— Vous avez oublié quelque chose, commissaire.
— Ah oui ? Et quoi donc ?
— De me souhaiter le bonjour, bordel.
Un rire nerveux, aussitôt étouffé, s'échappe d'une table du fond.
Le commissaire vire au rouge.
— Ne jouez pas avec moi, major ! Cette affaire est sérieuse. Votre comportement est anticommuniste. Faire l'apologie d'un ennemi est une honte. Vous répondrez de vos paroles devant vos supérieurs. Et si je découvre que votre admiration va plus loin que quelques mots dits sous l'effet de la vodka, vous regretterez amèrement cette journée.
Sokolov pose la bouteille sur la table avec une douceur presque menaçante.
— Vous avez fini de gueuler ?
— Je n'ai même pas commencé !
— Alors permettez-moi de vous faire gagner du temps.
Il se tourne vers l'assemblée, la voix un peu épaisse mais parfaitement claire.
— Camarades, notre cher commissaire vient de nous apprendre qu'il est interdit de reconnaître le courage d'un ennemi. On n'a désormais le droit de respecter que les lâches… à condition qu'ils portent le bon uniforme. C'est bien ça ?
Plusieurs hommes ne peuvent retenir un rire. L'un d'eux tousse bruyamment pour le dissimuler.
— Silence ! hurle le commissaire.
La salle se fige.
Sokolov fait un pas vers lui.
— Vous savez ce que j'ai vu, moi, pendant cette guerre ? Des hommes brûler dans leur cockpit. Des gosses de dix-neuf ans qui essayaient de maintenir un avion en l'air avec un moteur en charpie. Des camarades sauter et disparaître sous les balles. Et j'ai vu des pilotes allemands qui auraient pu achever des types sans défense… et qui ne l'ont pas fait. Des virtuoses de la chasse aérienne. Pas des assassins.
Il marque une pause, le regard fixe.
— Ça ne les rend pas moins nos ennemis. Ça ne change rien à ce qu'on combat. Mais ça veut dire qu'ils restent des hommes. Pas des chiens. Des hommes.
— Votre sentimentalité vous perdra, Sokolov !
— Et votre connerie finira par faire tuer ceux que vous prétendez protéger.
Le commissaire blêmit.
— Répétez !
— Vous m'avez parfaitement entendu, espèce de petit bureaucrate en uniforme. Vous savez compter les médailles, remplir des rapports et dénoncer les gens qui vous déplaisent. Mais avez-vous déjà décollé sous le feu ? Avez-vous déjà vu un appareil prendre feu à trois mètres de votre aile ? Avez-vous déjà dû décider, en une fraction de seconde, si vous tiriez sur un homme ou si vous lui laissiez une chance de rentrer chez lui ?
Sokolov se penche légèrement, l'haleine chargée d'alcool.
— Non. Bien sûr que non. Vous préférez rester bien au chaud dans vos bureaux à expliquer aux autres comment ils doivent crever pour la Patrie.
Le commissaire serre les poings.
— Je peux vous faire relever de votre commandement !
— Faites donc, putain d'étron puant. Mais trouvez d'abord quelqu'un capable de prendre ma place. Quelqu'un qui sache mener une escadrille au combat plutôt que de la conduire droit dans la gueule des Messerschmitt comme un troupeau de moutons.
Il désigne la bouteille.
— Et si vous voulez me dénoncer parce que j'ai levé un verre à un homme qui, d'après tous les types qui l'ont croisé, refuse de tirer sur des pilotes en parachute… allez-y. Écrivez votre rapport. Faites-en deux exemplaires si ça vous aide à dormir la nuit. Mais ne venez pas me donner des leçons d'honneur alors que vous n'avez jamais eu à en faire preuve quand votre peau était en jeu.
Pendant un instant, on croit que le commissaire va le frapper.
Son regard passe des galons du major aux hommes qui entourent les tables. Il comprend qu'il n'obtiendra pas d'excuses ici. Pas sans transformer cette salle en spectacle qu'il ne contrôlera plus.
— Cette conversation n'est pas terminée, dit-il d'une voix glaciale.
— Pour ma part, elle l'était avant même que vous entriez.
— Vous serez convoqué.
— J'espère qu'il y aura du thé. Votre gueule de tortionnaire me donne soif.
Le commissaire pivote si brusquement que sa vareuse claque contre ses jambes. Il traverse la salle et disparaît en claquant la porte.
Personne ne parle pendant quelques secondes.
Puis Sokolov reprend sa bouteille, dévisse le bouchon et se sert un fond de verre.
— Bon, dit-il en observant l'assistance. Où en étions-nous ?
Un pilote lève timidement la main.
— Au Faucon Blanc, camarade major.
Le visage de Sokolov s'adoucit un peu.
— Ah oui. À notre Allemand.
Il lève de nouveau son verre.
— Puisses-tu être vivant, camarade. Et si tu l'es, j'espère ne jamais te croiser de près. Ni moi, ni personne ici présent. Camarade Hauptmann Jürgen Hartmann. Hé oui, c'est son nom !
Mon cœur s'arrête presque à l'énoncé de son nom.
Le verre que je tiens tremble. Une goutte de thé refroidi glisse sur mes doigts.
Les mots résonnent en moi avec une violence absurde : Jürgen Hartmann.
Je revois sa main qui effleure ma joue. Ses yeux clairs, si proches des miens que j'ai pu y oublier, quelques heures durant, la couleur de nos uniformes. Et le petit morceau de papier qu'il m'a confié.
Je l'ai caché dans la doublure de ma veste, là où personne ne songerait à le chercher.
Jürgen.
Je n'ai pas prononcé son prénom depuis mon retour. Je m'interdis de le murmurer, même seule, de peur qu'il ne devienne réel, qu'il ne s'échappe et ne finisse dans un rapport, une accusation, une cellule.
À présent, un major soviétique vient de risquer son commandement pour défendre l'honneur d'un pilote allemand dont il ne connaît que le nom et le prénom.
Je baisse les yeux vers ma tasse.
— Camarade major, demande un jeune pilote, vous croyez vraiment qu'il est encore vivant ?
Sokolov reste silencieux un moment.
— Je l'ignore.
Il fait tourner son verre entre ses doigts.
— Mais tant que personne n'a retrouvé son corps, je refuse de l'enterrer. Et tant qu'il respire quelque part, je lui souhaite de survivre.
Il boit une gorgée.
— La guerre nous oblige à nous tirer dessus. Elle ne devrait pas nous obliger à devenir des salauds.
Il lève les yeux, le regard un peu flou mais toujours perçant.
— La première fois que je l'ai croisé, c'était il y a six mois. Combat au-dessus du front. Nous étions en patrouille de quatre Yak-1, deux paires. On a aperçu une formation de Stuka escortés par trois Bf 109. Un des Messerschmitt s'est détaché et est venu vers nous. Le type n'a pas cherché le combat de face. Pendant que je restais en arrière, il a attiré Piotr, mon ailier, dans un virage serré, a plongé sous moi et a surgi au-dessus de Valentin, chef de la seconde paire. Une salve en plein moteur. Fini. On a cru qu'il profitait de la confusion pour disparaître. Et puis… il a surgi du soleil, droit sur moi. Il a haché ma dérive. Aussitôt il a plongé sous Piotr pour ressurgir derrière Nikolaï, l'ailier de Valentin. Une seule salve. Abattu. Puis il a disparu dans les nuages.
Sokolov secoue la tête, presque admiratif.
— Trois avions en quelques minutes. Seul. Depuis, je l'ai croisé deux fois dans cet appareil avec ce putain de Faucon Blanc peint sur le cockpit. Toujours à notre désavantage. On dit qu'il en est à plus de cent vingt victoires certifiées depuis son arrivée ici. Ma consigne dans l'escadrille est claire : quand on entend son indicatif radio — Falke Eins — dans un secteur, on s'en tient loin. Ce n'est pas qu'il vole plus vite que nous. C'est qu'il sait où nous serons avant même que nous le sachions. Et jamais… jamais il ne tire pour tuer un homme.
Il lève son verre une dernière fois.
— Mes respects, Faucon Blanc.
Plus personne ne parle.
Je sens une brûlure monter derrière mes yeux. Je me lève trop vite, ma chaise raclant le sol.
Quelques visages se tournent vers moi.
— Ça va, camarade ? demande le mécanicien à côté de moi.
— Oui. J'ai juste besoin d'air.
Je traverse le mess sans regarder Sokolov. Je crains qu'il ne lise quelque chose sur mon visage, qu'il ne devine que ce toast fait vaciller la fragile muraille que j'ai construite autour de mon secret.
Dehors, le ciel est bas et gris. Une odeur d'essence et de terre humide flotte au-dessus du terrain. Au loin, des mécaniciens s'affairent autour d'un Yak-1. Un moteur tousse dans un hangar.
Je m'arrête derrière le bâtiment, à l'abri des regards.
Puis je glisse deux doigts sous la doublure de ma veste et touche le papier plié.
Il est toujours là.
Je devrais le jeter. Le brûler. Le réduire en cendres avant qu'il ne devienne la preuve de ma trahison.
Au lieu de cela, je le garde contre moi comme une idiote.
Je ferme les yeux.
— Jürgen, soufflé-je.
Le vent emporte son prénom.
Pour la première fois depuis mon retour, je m'autorise à laisser entrer une pensée que j'avais jusqu'ici maintenue à distance, les deux mains contre la porte : il est peut-être vivant, quelque part derrière les lignes ennemies, et il pense peut-être à moi.
Je ne sais pas si c'est vrai. Je ne sais pas si j'ai le droit d'y croire.
Mais je n'arrive pas à m'en empêcher.
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