Fantasme
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie — Chapitre 4 · Les mots suspendus
Auteur
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie
Chapitre 4 · Les mots suspendus
~
La silhouette de Valérie s'est définitivement évanouie au coin de la rue, avalée par le flot des passants et les façades de grès rose, mais l'écran de mon propre téléphone, serré au fond de ma poche comme une braise ardente, continue de brûler contre ma cuisse.
~
Je reste un instant immobile sur le pavé froid de cette ruelle de Metz, le souffle court, les idées en ébullition, complètement incapable de faire le vide dans mon esprit.
~
Mon numéro est désormais dans ses contacts. Un fil invisible, direct et interdit, vient de se tendre entre elle et moi, franchissant d'un seul coup toutes les barrières de la bienséance, de l'écart d'âge et du décor bien rangé du salon familial.
~
Mais la réalité du monde m'attrape soudain par le col, sous la forme d'un rappel cruel : il me faut quitter cette bulle d'irréalité et regagner l'appartement.
~
Le trajet du retour se fait au pas de charge, presque au pas de course, l'esprit atrocement partagé entre l'euphorie grisante de ce qui vient de se passer sur les pavés et l'angoisse grandissante d'affronter le regard perçant de ma mère.
~
Comment vais-je faire pour dissimuler mon trouble ? Comment vais-je réussir à simuler le comportement banal et distrait d'un étudiant rentrant sagement de ses courses universitaires, alors que mes mains tremblent encore et que chaque cellule de mon corps résonne de cette rencontre volée ?
~
Je pousse la porte de l'immeuble, gravis les marches quatre à quatre dans la cage d'escalier en essayant désespérément de régulariser ma respiration, puis j'introduis ma clé dans la serrure avec une maladresse de criminel pris la main dans le sac.
~
Le déclic de la porte qui s'ouvre libère les odeurs familières et rassurantes du foyer : une pointe de cire pour meubles anciens, le parfum discret du café filtre qui a fini de passer, et la chaleur douce et ouatée du radiateur du couloir.
~
— C'est toi, Tom ? lance la voix de ma mère depuis la cuisine, résonnant comme un couperet.
~
Je m'arrête net une fraction de seconde dans l'entrée, les yeux fermés pour chasser l'image obsédante de Valérie, puis j'avance en essayant d'arborer le masque le plus neutre possible.
~
— Oui, c'est moi, maman, réponds-je en posant ma lourde pile de dossiers sur la commode du couloir avec un bruit sourd et mat.
~
Ma mère apparaît aussitôt dans l'embrasure de la cuisine, un torchon à carreaux noué autour de la taille, un sourire maternel et fatigué aux lèvres. Elle me jette un coup d’œil immédiat et inquisiteur, scrutant mon visage que je sais encore brûlant de vent et d'émotion.
~
— Tu en as mis du temps ! Dis donc, tu as les joues complètement rouges. Il fait si glacial que ça dehors ?
~
Le piège se referme instantanément, exactement là où je redoutais qu'il se ferme. Mon cœur rate un battement dans ma poitrine, et je sens le sang affluer de nouveau sous mes tempes avec une intensité insupportable. Je baisse les yeux en faisant mine de m'acharner sur mon écharpe avec un zèle excessif.
~
— Ah... oui, le vent est assez piquant dans les rues du centre, improvisé-je, ma voix manquant de peu de dérailler dans les aigus. Et puis... j'ai dû faire plusieurs papeteries pour trouver exactement le matériel dont j'avais besoin pour le projet. Les rayons étaient complètement dévalisés.
~
— Oh, mon pauvre chéri, tu es tout essoufflé et tu as l'air épuisé, soupire ma mère avec cette tendre naïveté qui me transperce le cœur de remords. Viens donc poser tes affaires dans ta chambre et va te passer un peu d'eau fraîche sur le visage. Le déjeuner sera prêt dans dix minutes, tu as bien le temps de souffler.
~
— D'accord, maman. J'arrive tout de suite.
~
Je m'échappe en hâte vers le couloir, me réfugiant dans ma chambre et refermant la porte derrière moi avec une précaution excessive, presque maladive.
~
Je m'effondre littéralement contre le bois de la porte close, les yeux fermés, soufflant de longs frissons d'air par la bouche. J'ai esquivé le premier obstacle, j'ai franchi la première ligne de défense, mais la tension nerveuse qui m'habite est presque insoutenable.
~
Je suis là, prisonnier dans ma chambre d'étudiant aux murs tapissés de posters d'architecture, de schémas techniques et de formules mathématiques complexes, et pourtant, j'ai l'impression d'être un étranger total dans ma propre vie.
~
De retour près de mon bureau, je finis par m'asseoir lourdement sur le bord de mon lit, les coudes posés sur les genoux, fixant l'écran noir de mon téléphone posé sur la couette. C'est un objet banal, un simple rectangle de verre et de plastique sans âme, et pourtant il vient de devenir le coffre-fort de ma vie secrète.
~
J'ai la tentation folle de taper un message, juste un mot, pour tester la ligne, pour voir si son nom s'affiche dans mes discussions récentes et donner un corps virtuel à ce vertige. Mais la peur de paraître trop pressé, de briser la magie fragile de cet instant ou de commettre un faux pas irréparable me retient aussitôt.
~
Mes doigts restent suspendus à quelques millimètres de la vitre noire, tétanisés par l'immensité de ce qui vient de s'ouvrir devant nous. Chaque seconde qui passe alourdit le silence de la pièce d'une attente devenant presque insupportable.
~
Il n'y a aucun message. Évidemment. Le monde continue de tourner sur son axe, indifférent à ce séisme intime. Mais le simple fait de savoir que son nom, son numéro, sa trace même sont désormais consignés dans cet appareil me donne un vertige physique.
~
Je marche jusqu'à la fenêtre de ma chambre, écartant légèrement le rideau pour jeter un coup d'œil vers la rue en bas. L'après-midi continue de s'écouler, grise et monotone pour le reste du monde, mais pour moi, le temps a repris une épaisseur incandescente, presque radioactive.
~
Le piège invisible de l'âge, du secret et du désir vient de se refermer sur mes pas. Et je sais déjà, avec une certitude absolue qui me tétanise autant qu'elle m'enivre, que je ne pourrai plus jamais regarder ma mère, ni cet appartement, ni les visites de Valérie de la même manière qu'avant.
La silhouette de Valérie s'est définitivement évanouie au coin de la rue, avalée par le flot des passants et les façades de grès rose, mais l'écran de mon propre téléphone, serré au fond de ma poche comme une braise ardente, continue de brûler contre ma cuisse.
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Je reste un instant immobile sur le pavé froid de cette ruelle de Metz, le souffle court, les idées en ébullition, complètement incapable de faire le vide dans mon esprit.
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Mon numéro est désormais dans ses contacts. Un fil invisible, direct et interdit, vient de se tendre entre elle et moi, franchissant d'un seul coup toutes les barrières de la bienséance, de l'écart d'âge et du décor bien rangé du salon familial.
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Mais la réalité du monde m'attrape soudain par le col, sous la forme d'un rappel cruel : il me faut quitter cette bulle d'irréalité et regagner l'appartement.
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Le trajet du retour se fait au pas de charge, presque au pas de course, l'esprit atrocement partagé entre l'euphorie grisante de ce qui vient de se passer sur les pavés et l'angoisse grandissante d'affronter le regard perçant de ma mère.
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Comment vais-je faire pour dissimuler mon trouble ? Comment vais-je réussir à simuler le comportement banal et distrait d'un étudiant rentrant sagement de ses courses universitaires, alors que mes mains tremblent encore et que chaque cellule de mon corps résonne de cette rencontre volée ?
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Je pousse la porte de l'immeuble, gravis les marches quatre à quatre dans la cage d'escalier en essayant désespérément de régulariser ma respiration, puis j'introduis ma clé dans la serrure avec une maladresse de criminel pris la main dans le sac.
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Le déclic de la porte qui s'ouvre libère les odeurs familières et rassurantes du foyer : une pointe de cire pour meubles anciens, le parfum discret du café filtre qui a fini de passer, et la chaleur douce et ouatée du radiateur du couloir.
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— C'est toi, Tom ? lance la voix de ma mère depuis la cuisine, résonnant comme un couperet.
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Je m'arrête net une fraction de seconde dans l'entrée, les yeux fermés pour chasser l'image obsédante de Valérie, puis j'avance en essayant d'arborer le masque le plus neutre possible.
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— Oui, c'est moi, maman, réponds-je en posant ma lourde pile de dossiers sur la commode du couloir avec un bruit sourd et mat.
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Ma mère apparaît aussitôt dans l'embrasure de la cuisine, un torchon à carreaux noué autour de la taille, un sourire maternel et fatigué aux lèvres. Elle me jette un coup d’œil immédiat et inquisiteur, scrutant mon visage que je sais encore brûlant de vent et d'émotion.
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— Tu en as mis du temps ! Dis donc, tu as les joues complètement rouges. Il fait si glacial que ça dehors ?
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Le piège se referme instantanément, exactement là où je redoutais qu'il se ferme. Mon cœur rate un battement dans ma poitrine, et je sens le sang affluer de nouveau sous mes tempes avec une intensité insupportable. Je baisse les yeux en faisant mine de m'acharner sur mon écharpe avec un zèle excessif.
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— Ah... oui, le vent est assez piquant dans les rues du centre, improvisé-je, ma voix manquant de peu de dérailler dans les aigus. Et puis... j'ai dû faire plusieurs papeteries pour trouver exactement le matériel dont j'avais besoin pour le projet. Les rayons étaient complètement dévalisés.
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— Oh, mon pauvre chéri, tu es tout essoufflé et tu as l'air épuisé, soupire ma mère avec cette tendre naïveté qui me transperce le cœur de remords. Viens donc poser tes affaires dans ta chambre et va te passer un peu d'eau fraîche sur le visage. Le déjeuner sera prêt dans dix minutes, tu as bien le temps de souffler.
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— D'accord, maman. J'arrive tout de suite.
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Je m'échappe en hâte vers le couloir, me réfugiant dans ma chambre et refermant la porte derrière moi avec une précaution excessive, presque maladive.
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Je m'effondre littéralement contre le bois de la porte close, les yeux fermés, soufflant de longs frissons d'air par la bouche. J'ai esquivé le premier obstacle, j'ai franchi la première ligne de défense, mais la tension nerveuse qui m'habite est presque insoutenable.
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Je suis là, prisonnier dans ma chambre d'étudiant aux murs tapissés de posters d'architecture, de schémas techniques et de formules mathématiques complexes, et pourtant, j'ai l'impression d'être un étranger total dans ma propre vie.
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De retour près de mon bureau, je finis par m'asseoir lourdement sur le bord de mon lit, les coudes posés sur les genoux, fixant l'écran noir de mon téléphone posé sur la couette. C'est un objet banal, un simple rectangle de verre et de plastique sans âme, et pourtant il vient de devenir le coffre-fort de ma vie secrète.
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J'ai la tentation folle de taper un message, juste un mot, pour tester la ligne, pour voir si son nom s'affiche dans mes discussions récentes et donner un corps virtuel à ce vertige. Mais la peur de paraître trop pressé, de briser la magie fragile de cet instant ou de commettre un faux pas irréparable me retient aussitôt.
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Mes doigts restent suspendus à quelques millimètres de la vitre noire, tétanisés par l'immensité de ce qui vient de s'ouvrir devant nous. Chaque seconde qui passe alourdit le silence de la pièce d'une attente devenant presque insupportable.
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Il n'y a aucun message. Évidemment. Le monde continue de tourner sur son axe, indifférent à ce séisme intime. Mais le simple fait de savoir que son nom, son numéro, sa trace même sont désormais consignés dans cet appareil me donne un vertige physique.
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Je marche jusqu'à la fenêtre de ma chambre, écartant légèrement le rideau pour jeter un coup d'œil vers la rue en bas. L'après-midi continue de s'écouler, grise et monotone pour le reste du monde, mais pour moi, le temps a repris une épaisseur incandescente, presque radioactive.
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Le piège invisible de l'âge, du secret et du désir vient de se refermer sur mes pas. Et je sais déjà, avec une certitude absolue qui me tétanise autant qu'elle m'enivre, que je ne pourrai plus jamais regarder ma mère, ni cet appartement, ni les visites de Valérie de la même manière qu'avant.
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