Isabelle, son fils Tom ... et Valérie — Chapitre 10 · Sous le couvert de la pénombre
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Dès la première phrase, le paquebot qui sombre à l'écran fait écho au trouble de Tom, et c'est très bien trouvé. Le jeu se déroule presque sans un mot, sous une couverture écossaise, et chaque geste pèse plus lourd qu'une déclaration. On apprécie la façon dont la tension monte par petites touches, portée par une écriture qui sait exactement où poser le silence.
Isabelle, son fils Tom ... et Valérie
Chapitre 10 · Sous le couvert de la pénombre
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Je suis assis à l’autre bout, le corps figé, les muscles tendus à l’extrême. Je n’ose plus respirer. À côté de moi, Valérie est installée avec une décontraction insolente. Mais ce calme n’est qu’une façade.
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Très lentement, profitant du grondement des vagues et de la musique dramatique du film, je sens un mouvement sous l’épaisse trame de laine. Un frottement léger, presque imperceptible. Le talon de Valérie glisse hors de son escarpin verni. Son pied, gainé dans un collant fin qui amplifie la moindre sensation, vient frôler ma cheville.
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Un choc électrique me traverse de bas en haut. Je retiens un hoquet, les poings serrés sur mes genoux.
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Le pied de Valérie entame une lente remontée le long de mon mollet. Un va-et-vient subtil, souverain, calculé pour me faire perdre la raison. La pression de sa voûte plantaire contre mon pantalon est un supplice d’une intensité rare. Je tourne imperceptiblement la tête vers elle. Dans la pénombre, ses yeux bruns brillent d’un éclat diabolique. Elle ne regarde pas l’écran ; elle me regarde moi, savourant mon impuissance et mon trouble avec un sourire en coin à peine esquissé sur ses lèvres pulpeuses.
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— Tout va bien, Tom ? Tu m’as l’air bien concentré... murmure-t-elle à voix très basse, juste pour moi, étouffant sa voix sous les dialogues du film.
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— O-oui... très bien, bafouillais-je intérieurement, la gorge totalement asséchée, incapable de sortir le moindre son audible.
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Et comme si ce jeu de jambes ne suffisait pas à m’achever, sa main droite — celle qui était posée négligemment sur sa cuisse — glisse par-dessus le tissu de sa jupe, franchit l’espace invisible qui sépare nos corps, et vient se poser à plat sur ma cuisse.
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Sous l’épaisse trame de laine, le temps semble suspendu. Je n’ose plus faire le moindre mouvement, terrifié à l’idée que le moindre sursaut ne trahisse l’onde de choc qui me paralyse. L’espace clos de la couverture est littéralement saturé par son parfum, cette fragrance chaude et boisée qui s’insinue en moi à chaque inspiration, rendant l’air presque irrespirable. Je perçois le moindre détail avec une acuité maladive : la lumière bleutée de l’écran qui vient caresser la courbe de son cou, le grain de sa peau par-dessus son collant fin, et le rythme régulier de sa respiration, si calme, si souveraine, qui contraste cruellement avec le chaos absolu qui règne dans mon esprit.
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À quelques centimètres de là, ma mère continue de fixer l’écran, absorbée par les dialogues du film. Le moindre battement de mon cœur résonne dans mes tempes avec la force d’un tambour, au point que je suis persuadé qu’Isabelle va l’entendre et se retourner d’une seconde à l’autre. Valérie, elle, semble savourer ce supplice avec une patience infinie. Ses doigts posés sur mon jean exercent une pression infime, un rappel constant de son emprise, comme si elle tenait les rênes de mon corps tout entier. Le souffle me manque complètement. Sa paume est chaude, ferme. Ses doigts s’étalent sur mon jean, tout près, bien trop près de mon entrejambe. Une pression légère, autoritaire, qui semble mesurer l’état de panique et de désir dans lequel elle me plonge. Je suis à deux doigts de basculer, suspendu à la merci du moindre de ses mouvements. Si ma mère tournait la tête ne serait-ce qu’une seconde, elle verrait mon visage blafard, mes yeux hagards, et devinerait tout.
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Mais Isabelle, captivée par la fin tragique du film, ne se doute de rien. Elle s’étire mollement dans son fauteuil.
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— Oh, la pauvre Rose... qu’est-ce que c’est triste, soupire ma mère en essuyant machinalement une larme imaginaire, avant d’attraper une poignée de pop-corn sur la table basse.
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À l’instant précis où Isabelle tourne la tête vers nous, la main de Valérie se retire avec une rapidité fulgurante, et son pied regagne son escarpin avec la même grâce glacée. Elle se cale contre le dossier, l’air de la plus parfaite innocence, commentant d’une voix parfaitement naturelle :
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— C’est vrai qu’elle aurait pu lui faire une petite place sur sa porte en bois, quand même...
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— Oh mais tellement ! s’exclame ma mère, totalement dupe.
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Je reste là, pantelant, le cœur cognant si fort contre mes côtes que j’ai l’impression qu’elles vont céder. Sous la couverture, l’espace entre nous brûle encore du souvenir de sa main. Le générique de fin commence à défiler et ma mère se lève en bâillant.
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— Je vous mets une petite tisane ? lance ma mère en s’éloignant déjà vers la cuisine, le dos tourné.
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Le bruit de ses pas sur le carrelage du couloir, masquant à peine le bourdonnement frénétique dans mes oreilles. Je reste figé, incapable de bouger d’un pouce, les jambes encore tremblantes sous la couverture.
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Profitant de ces quelques secondes de répit, Valérie ne se lève pas. Au contraire, elle incline légèrement son buste vers moi dans la pénombre, rompant la distance qui nous sépare. Son visage se rapproche du mien, si près que je sens de nouveau l’humidité chaude de son souffle sur ma joue, mêlé à son parfum envoûtant. Ses yeux sombres me fixent avec une intensité carnassière, brillant de malice et de triomphe.
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— Ce n’est qu’un début, Tom... murmure-t-elle à peine plus fort qu’un souffle, juste avant qu’Isabelle ne commence à s’activer de nouveau près de l’évier.
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Un frisson glacial et brûlant à la fois me paralyse. Elle se redresse instantanément avec une grâce féline, lissant le pli de sa jupe et retrouvant son masque de parfaite invitée au moment précis où ma mère réapparaît dans l’embrasure du salon, les mains occupées par les tasses fumantes. Je reste planté là, le corps en feu, comprenant que je suis totalement pris au piège de son jeu.
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