Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une rencontre inattendue — Chapitre 4
Auteur
Une rencontre inattendue
Chapitre 4
Roxane avait attendu la fin de la matinée pour répondre. Le message de Prakcelle était arrivé alors qu'elle terminait de rassembler ses affaires. Elle avait d'abord pensé qu'il s'agissait de Miquèu. Depuis la veille, elle avait regardé son téléphone à plusieurs reprises, curieuse de savoir s'il prendrait de ses nouvelles. Mais lorsqu'elle avait reconnu le prénom de son épouse au début du message, elle avait souri.
La jeune femme la remerciait pour la soirée, lui demandait comment elle allait et ajoutait qu'elle aurait aimé avoir davantage de temps pour faire sa connaissance. Roxane avait trouvé cela touchant. Elles avaient pourtant partagé une expérience qui aurait dû rendre toute autre forme de présentation assez superflue. Et voilà que Prakcelle lui proposait, avec une certaine maladresse, de commencer par le commencement !
Elle répondit chaleureusement, lui assurant qu'elle avait elle aussi apprécié leur rencontre et qu'elle espérait avoir l'occasion de la revoir. Elle ajouta quelques mots à l'intention de Miquèu, puis rangea son téléphone.
Il était temps de partir.
Ce séjour avait été suffisamment riche en surprises. Lorsqu'elle avait appris que Miquèu se trouvait dans la même ville qu'elle, Roxane avait éprouvé cette excitation particulière qui accompagne parfois les occasions que l'on n'attendait plus. Plusieurs mois de conversations, de confidences et d'imagination avaient soudain trouvé leur prolongement dans une rencontre bien réelle. Elle n'avait disposé que d'une heure pour se décider, prévenir son Maître et rejoindre celui qui, jusque-là, n'avait été qu'une voix, des photographies et des mots sur un écran.
Elle avait accepté sans hésiter. Enfin, presque.
Elle sourit en repensant à son appréhension devant la porte entrouverte. Elle se souvenait de la lettre posée sur le sol, du silence de la maison et de cette impression étrange qu'on l'attendait sans vouloir se montrer. Miquèu avait manifestement pris plaisir à organiser les choses. Chaque détail avait sa place et contribuait à installer une atmosphère qu'elle connaissait bien, mais qu'elle n'avait encore jamais expérimentée de cette manière.
Elle avait surtout été frappée par son assurance. Dans leurs échanges virtuels, Miquèu se montrait parfois directif, mais toujours attentif à la précision des mots. Il aimait qu'elle exprime clairement ses envies et ne se satisfaisait guère des réponses approximatives. Elle avait découvert que cette exigence ne disparaissait pas lorsqu'il se trouvait face à elle. Bien au contraire. Il lui avait suffi de quelques minutes pour donner à leur rencontre une dimension qu'elle n'aurait pas imaginée.
Et puis il y avait eu Prakcelle. Roxane secoua légèrement la tête en refermant sa valise. Décidément, elle avait encore du mal à croire qu'elle avait partagé cette soirée avec un couple dont elle ignorait presque tout quelques heures auparavant. Elle avait d'abord été surprise par la présence de cette femme, puis par la tendresse avec laquelle Miquèu s'était adressé à elle. Le contraste était saisissant. Celui qui s'était montré si autoritaire quelques instants plus tôt avait soudain retrouvé une douceur presque désarmante. Roxane avait trouvé cela particulièrement troublant.
Elle aurait aimé rester un peu plus longtemps, discuter avec eux, les découvrir dans des circonstances plus ordinaires. Mais le hasard qui avait permis leur rencontre imposait également ses limites. Dans quelques heures, chacun aurait repris sa route, et plusieurs centaines de kilomètres les sépareraient de nouveau. Elle jeta un dernier regard à la pièce, vérifia qu'elle n'avait rien oublié et prit ses affaires.
Son Maître lui avait demandé de le prévenir lorsqu'elle serait rentrée. Il souhaitait qu'elle lui raconte sa soirée tranquillement, sans avoir à surveiller l'heure ou à interrompre leur conversation. Elle se réjouissait de retrouver cette complicité familière. Il allait avoir des choses à entendre !
La route lui parut plus longue qu'à l'aller. Elle avait beau écouter de la musique, son esprit revenait régulièrement aux événements de la veille. Elle se surprenait parfois à sourire sans raison apparente, puis se concentrait de nouveau sur la circulation. Elle avait reçu deux messages pendant une pause. Le premier venait de Prakcelle, qui lui souhaitait bonne route et ajoutait qu'elle espérait ne pas avoir été trop envahissante avec son message du matin. Roxane avait souri en lisant cette dernière précision. Elle commençait à comprendre que la jeune femme pouvait se montrer étonnamment hésitante lorsqu'elle avait peur de déranger. Le second était de Miquèu. Il lui demandait simplement si elle avait bien pris la route et la remerciait pour sa confiance. Il ajoutait qu'il garderait un excellent souvenir de leur rencontre. Roxane avait relu plusieurs fois cette dernière phrase. Elle ne savait pas très bien pourquoi, mais elle avait éprouvé une légère déception. Elle s'attendait peut-être à quelque chose de plus personnel, ou de plus directif. À une allusion qui lui aurait rappelé celui qu'elle avait découvert la veille plutôt que cet homme prévenant qui lui souhaitait un bon voyage. Elle se trouva ridicule. Après tout, il n'allait pas lui donner des ordres au milieu d'une aire d'autoroute !
Elle lui répondit qu'elle avait beaucoup apprécié leur rencontre et qu'elle espérait qu'ils auraient un jour l'occasion de renouveler l'expérience. Il lui adressa un sourire en guise de réponse, suivi de quelques mots qui lui firent plaisir. Elle reprit la route de meilleure humeur. Ce n'est qu'en approchant de chez elle qu'elle remarqua le message de son Maître.
« Préviens-moi quand tu seras installée. Nous avons quelques petites choses à nous raconter, il me semble. »
Elle sourit. Il ne perdait jamais une occasion de lui rappeler qu'il savait se montrer patient lorsqu'il le souhaitait. Elle connaissait assez bien cette manière qu'il avait de présenter les choses pour comprendre qu'il ne se contenterait probablement pas d'un récit expédié en quelques phrases. Et cela lui convenait parfaitement.
Roxane venait à peine de poser sa valise que son téléphone sonna. Elle reconnut immédiatement la tonalité qu'elle avait attribuée à son Maître et décrocha avec empressement.
— Bonsoir, Maître.
— Bonsoir, Roxane. Tu es bien rentrée ?
— Bonsoir, Roxane. Tu es bien rentrée ?
Elle lui confirma que le voyage s'était déroulé sans difficulté. Il lui demanda si elle avait pris le temps de se reposer et de manger quelque chose. Elle répondit qu'elle venait tout juste d'arriver et qu'elle comptait prendre une douche avant de dîner. Il lui proposa de la rappeler un peu plus tard.
— Mais je peux parler maintenant, Maître.
— Je n'en doute pas. Mais je préfère que tu sois confortablement installée. Nous avons le temps.
— Je n'en doute pas. Mais je préfère que tu sois confortablement installée. Nous avons le temps.
Roxane sourit. Elle aimait cette attention qu'il lui portait, même si elle avait parfois l'impression qu'il prenait un malin plaisir à la faire patienter. Ils convinrent de se rappeler une heure plus tard. Lorsqu'elle raccrocha, elle resta quelques instants à regarder son téléphone. Elle savait bien qu'il n'avait pas reporté leur conversation pour la contrarier. Mais elle connaissait aussi son goût pour l'attente. Il n'avait jamais été de ceux qui multipliaient les consignes pour le simple plaisir de donner des ordres. Il préférait que les choses aient un sens et savait, lorsqu'il le jugeait nécessaire, laisser suffisamment de place au silence pour que Roxane finisse par se poser elle-même les questions qu'il n'avait pas encore formulées. Cette façon de procéder l'avait parfois agacée. Elle avait surtout appris à l'apprécier. Ils se connaissaient depuis assez longtemps pour avoir traversé quelques désaccords. Roxane n'avait pas toujours accepté ses remarques de bonne grâce et lui-même avait parfois dû reconnaître qu'il s'était trompé. Leur relation ne reposait pas uniquement sur l'autorité qu'elle choisissait de lui reconnaître. Elle s'était construite progressivement, au fil de conversations parfois très personnelles, de moments de complicité et d'une confiance dont elle mesurait aujourd'hui toute l'importance. Elle savait qu'elle pouvait lui parler librement. Ce qui ne l'empêchait pas, certaines fois, de redouter ses questions.
Elle prit sa douche, prépara quelque chose à manger et s'installa dans le salon. Lorsqu'il la rappela, elle avait déjà parcouru plusieurs fois leurs derniers échanges.
— Alors, demanda-t-il après les salutations d'usage, cette fameuse rencontre ?
Roxane ne put retenir un éclat de rire.
— Vous voulez vraiment que je vous raconte tout ?
— C'est bien ce qui était prévu, non ?
— C'est bien ce qui était prévu, non ?
Elle acquiesça, bien qu'il ne puisse pas la voir. Elle commença par lui raconter son arrivée, la porte entrouverte, la lettre, les objets disposés dans le salon. Il l'écoutait sans l'interrompre, se contentant parfois de lui demander une précision. Roxane retrouva rapidement l'enthousiasme qu'elle avait éprouvé la veille. Elle aimait raconter et possédait une mémoire assez précise des situations qui l'avaient particulièrement marquée. Elle revint sur l'attente, sur cette impression d'être observée sans parvenir à localiser Miquèu, sur les premières paroles qu'il avait prononcées. Elle se souvenait même de certains détails apparemment insignifiants : le bruit de ses pas, la manière dont il laissait s'installer les silences, cette voix qu'elle connaissait déjà mais qui lui avait semblé différente lorsqu'elle l'avait entendue pour la première fois dans la même pièce. À mesure qu'elle parlait, elle prenait conscience de l'importance que ces détails avaient eue pour elle. Elle avait beaucoup imaginé cette rencontre. Elle avait envisagé plusieurs situations possibles, certaines très précises, d'autres beaucoup plus vagues. Mais elle n'avait pas anticipé l'effet que produirait sur elle le simple fait de se trouver face à cet homme. Son Maître lui demanda ce qui l'avait le plus surprise. Elle hésita.
— Son calme, je crois.
— Son calme ?
— Oui. Il avait l'air tellement sûr de lui. Même lorsqu'il ne faisait rien, j'avais l'impression qu'il savait exactement ce qui allait se passer.
— Son calme ?
— Oui. Il avait l'air tellement sûr de lui. Même lorsqu'il ne faisait rien, j'avais l'impression qu'il savait exactement ce qui allait se passer.
Son Maître resta silencieux quelques instants.
— Et ça t'a plu ?
— Beaucoup.
— Beaucoup.
Elle avait répondu spontanément, avec une franchise qui lui valut un petit rire à l'autre bout du fil. Roxane poursuivit son récit. Elle ne cherchait pas à enjoliver les événements. Elle expliquait ce qu'elle avait apprécié, reconnaissait ce qui l'avait déstabilisée et s'efforçait de décrire certaines sensations qu'elle trouvait difficiles à traduire avec des mots. À plusieurs reprises, son Maître lui demanda de revenir sur une formulation. Non pas parce qu'il doutait de sa sincérité, mais parce qu'il voulait comprendre ce qu'elle avait véritablement ressenti. Cette attention lui plaisait. Elle avait déjà partagé avec lui le récit de certaines rencontres, mais jamais elle ne s'était montrée aussi prolixe. Ce n'est qu'au bout d'un long moment qu'il lui fit remarquer qu'elle lui avait beaucoup parlé de Miquèu sans presque évoquer son épouse. Roxane éclata de rire.
— Ah oui ! Prakcelle !
— Tu l'avais oubliée ?
— Mais non, Maître ! Pas du tout !
— Tu l'avais oubliée ?
— Mais non, Maître ! Pas du tout !
Elle se rendit compte qu'il était difficile de parler de cette femme sans revenir sur la surprise qu'elle avait éprouvée en découvrant sa présence. Elle raconta donc comment Miquèu l'avait appelée, la douceur soudaine de sa voix et la manière dont Prakcelle était venue le rejoindre. Elle évoqua son sourire, son assurance apparente, puis cette tendresse presque familière qu'elle avait immédiatement manifestée. Son Maître l'écoutait toujours. Roxane s'attarda sur la relation du couple. Elle trouvait étonnant que deux personnes aux caractères manifestement différents puissent partager une telle complicité. Elle avait été frappée par la manière dont ils se parlaient, par cette familiarité qui semblait ne rien retirer à la force de leur attirance réciproque. Elle aurait aimé les connaître davantage. Elle le dit. Puis elle ajouta que Prakcelle lui avait écrit dans la matinée et qu'elle semblait souhaiter garder contact.
— Et tu en as envie ? demanda son Maître.
Roxane réfléchit quelques secondes.
— Oui, pourquoi pas ? Elle est vraiment adorable.
Il n'insista pas. Elle en fut presque déçue. Elle avait pourtant remarqué une légère différence dans le ton de sa voix. Rien de très net, mais suffisamment pour éveiller sa curiosité. Elle se demanda ce qu'il pouvait bien penser de toute cette histoire.
Leur conversation se prolongea. Roxane était désormais confortablement installée dans son canapé. Elle avait abandonné l'idée de dîner immédiatement et gardait près d'elle un verre d'eau qu'elle oubliait régulièrement de boire. Son Maître revint sur certains éléments de son récit. Il voulait savoir ce qu'elle avait pensé de l'organisation de la rencontre, de la manière dont Miquèu avait introduit ses consignes et de la place qu'il avait laissée à l'imprévu. Roxane répondit avec application. Elle connaissait suffisamment son interlocuteur pour savoir qu'il ne cherchait pas simplement à comparer leurs manières de faire. Pourtant, plus il l'interrogeait, plus elle avait l'impression qu'il s'intéressait personnellement à Miquèu. Cette idée l'amusa. Après tout, pourquoi pas ? Ils partageaient certains goûts, sans nécessairement avoir la même manière de les exprimer. Elle pouvait parfaitement comprendre que son Maître éprouve une certaine curiosité pour cet homme dont elle lui parlait depuis plusieurs mois et qu'elle venait enfin de rencontrer.
Mais quelque chose dans ses questions lui paraissait inhabituel. Il ne cherchait pas seulement à savoir si elle avait apprécié sa soirée. Il semblait vouloir comprendre ce qui, chez Miquèu, avait provoqué un tel enthousiasme. Elle le lui fit remarquer. Il éclata de rire.
— Tu préfères que je ne pose pas de questions ?
— Mais non, Maître !
— Alors continue.
— Mais non, Maître !
— Alors continue.
Elle sourit. Il avait cette manière particulière de reprendre la conduite d'une conversation sans jamais donner l'impression de la brusquer. Elle aimait le voir retrouver cette assurance tranquille qui l'avait séduite dès leurs premiers échanges. Elle reprit donc son récit. Mais quelque chose avait changé. Elle commençait à se demander si son enthousiasme ne risquait pas de le contrarier. Cette pensée la surprit. Il avait lui-même accepté qu'elle rencontre Miquèu et l'avait encouragée à profiter pleinement de cette occasion. Il lui avait même demandé de lui raconter ce qu'elle vivrait. Pourquoi aurait-il été jaloux maintenant ? Et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de se poser la question. Elle connaissait son goût pour certaines formes de partage, mais elle savait aussi que cela ne signifiait pas qu'il fût indifférent à tout. Il lui était arrivé de manifester une certaine possessivité, parfois sur le ton de la plaisanterie, parfois avec davantage de sérieux. Roxane ne s'en était jamais véritablement inquiétée. Elle appréciait cette part de leur relation tant qu'elle restait dans les limites qu'ils avaient définies ensemble. Mais cette fois, elle ne parvenait pas à deviner ce qu'il pensait. Elle se risqua à lui poser la question.
— Ça ne vous dérange pas que j'aie autant aimé cette rencontre ?
Il ne répondit pas immédiatement. Ce silence suffit à faire naître en elle une légère appréhension.
— Pourquoi cela me dérangerait-il ?
Elle hésita.
— Je ne sais pas. Peut-être parce que je vous parle beaucoup de lui.
Il lui demanda si elle aurait préféré devoir minimiser son plaisir pour le rassurer. Roxane protesta aussitôt. Bien sûr que non ! Ce n'était pas ce qu'elle voulait dire.
— Alors ne change rien à ton récit, lui répondit-il. Je préfère savoir ce que tu as réellement ressenti.
Elle fut rassurée par sa réponse. Mais quelque chose dans sa voix lui laissa penser qu'il n'avait peut-être pas entièrement répondu à sa question. Lorsqu'ils raccrochèrent, il était beaucoup plus tard qu'elle ne l'avait imaginé. Roxane regarda l'heure avec étonnement. Elle venait de passer une bonne partie de la soirée au téléphone et avait à peine remarqué le temps qui s'écoulait. Elle se sentait étrangement légère. Raconter cette rencontre lui avait permis de retrouver certaines émotions, mais également de mettre des mots sur des impressions qu'elle n'avait pas encore véritablement formulées. Elle se leva pour débarrasser la table basse, puis revint chercher son téléphone.
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