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✦ Obsidienne2 La Manif XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

La Manif — Chapitre 5

7 minutes
3.5k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteurs

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La Manif

Chapitre 5

Depuis quelques semaines, je suis plus assidue à mes études, à la grande satisfaction de mes parents. Ma seconde année s’est bien terminée. Au regard de mon travail et de mes résultats, je suis presque fière de moi.
Je pense assez souvent à Sylvie, surtout le soir quand je suis seule. Je sors de moins en moins. Je n’ai pas envie de rencontrer des gens. Surtout que chaque fois que je suis sortie, comme je suis seule, un mec vient me draguer. Je n’ai pas envie d’un mec, et encore moins d’une fille.
Je suis arrêtée au feu rouge ; je regarde machinalement les gens traverser. Là devant moi, à quelques mètres, Sylvie, main dans la main avec une autre fille. J’ai juste envie de passer la première et de les écraser ! Sylvie regarde vers la voiture mais détourne aussitôt les yeux. Comme si elle ne m’avait pas vue ! Elle passe son bras autour de la taille de la fille et continue son chemin. À ce moment, je comprends définitivement que je ne la reverrai plus. Elle a fait son choix.
******************************************************
Je me suis fait une raison et une petite vie bien tranquille. Je passe mes week-ends chez mes parents, mes journées à la fac et mes soirées devant la télé.
Je suis assise devant une tasse de café, la tête dans mes pensées. Je ne remarque pas le brouhaha qu’il y a dans le bar.
— Je peux m’asseoir ?
La voix me fait sursauter ; je regarde la femme qui vient de me parler.
— Excusez-moi, il n’y a plus de place ; je peux m’asseoir à votre table ?
— Hein ? Euh… oui, bien sûr.
Elle pose sa tasse de café, tire la chaise et s’assoit. Je suis déjà replongée dans mes rêveries.
— Vous avez l’air triste. Chagrin d’amour ?
Je la regarde, et je crois bien que je la vois pour la première fois. Je n’avais même pas fait attention quand elle s’est assise. Je n’avais même pas relevé la tête. Sa chevelure rousse, tombant en boucles sur ses épaules, ses magnifiques grands yeux verts, son accent irlandais ; elle me semble grande, plutôt mince. Je remarque ses lèvres fines s’ouvrant sur des dents éclatantes de blancheur, dans un sourire sympa.
— Euh… Non, ça doit être le temps.
— C’est vrai qu’il ne fait pas beau : trois jours de pluie ! Mais j’ai l’habitude : en Irlande, c’est monnaie courante. Je viens d’arriver ici, je ne connais personne. Les gens ont l’air pressé.
— C’est Paris.
— Vous êtes parisienne ?
— Pas vraiment ; j’y fais mes études. Enfin, j’essaie.
— En quoi, si ce n’est pas indiscret ? Moi c’est Aislinn. Et toi ?
— Droit international ; Jennifer. Mon prénom, c’est Jennifer. Et toi, tu fais quoi en France ?
— Je suis aussi à la fac : je veux faire prof de français en Irlande ou prof d’anglais ici.
— C’est bien. Je dois y aller.
— Nous pouvons nous revoir si tu veux ; je ne connais personne ici, ce serait bien.
Je réfléchis un court instant, me demandant si j’ai envie de revoir cette fille. Pourquoi pas ? Après tout, elle a l’air sympa. Je sors mon portable.
— Tu as un numéro ? Je t’appelle.
— Oui, donne-moi aussi le tien.
Nous échangeons nos numéros ; surprise quand je la quitte qu’elle me fasse la bise. J’ai adoré son parfum quand elle s’est approchée et la douceur de ses lèvres sur mes joues.
Le soir même, mon portable sonne : c’est Aislinn. Elle me demande si je suis libre pour la soirée. Elle voudrait visiter Paris. Ça ne m’enchante guère de sortir, je suis devenue casanière. Je trouve une excuse bidon mais elle insiste.
— Je ne suis vraiment pas en forme, ce soir. Si tu veux, viens passer la soirée. J’ai un excellent thé.
Vingt minutes plus tard, je lui ouvre la porte. Elle est toujours aussi ravissante. Elle s’installe au salon, assise sur le divan, le temps que je serve le thé. Je m’installe dans un des fauteuils.
Nous parlons de tout et de rien, de Paris et de l’Irlande, de chez moi et de chez elle, de sa vie et de la mienne. De ses parents, des miens, et nous en venons à nous faire quelques confidences.
Elle me parle de son copain, qu’elle a laissé en Irlande pour venir faire ses études en France. Et je lui parle de Sylvie, de mon amour et de son choix.
Je vois à sa gêne qu’elle accepte mal le fait que j’aie aimé une fille, que j’aime encore d’ailleurs. Pense-t-elle que je pourrais la draguer et me fâcher en essuyant un refus ? Je la vois fébrile et languissante de prendre congé. Je comprends son malaise. Pour ceux qui sont hétéros, l’homosexualité est difficile à comprendre. Suis-je homosexuelle, pour avoir aimé Sylvie ? Peut-être, je ne sais pas. Toujours est-il que depuis, les hommes ne me disent plus rien. Et j’évite les femmes.
Elle se lève, prend son sac à main.
— Je dois y aller, il est tard.
— Comment es-tu venue ?
— En taxi, la station n’est pas loin.
— C’est ce que je t’ai dit à propos de Sylvie qui te fait fuir ? Le fait que je soie lesbienne ?
— Non, pas du tout ; mais demain j’ai cours.
— Quel horrible mensonge… Je ne t’en veux pas, ta réaction est humaine. Quelle horreur qu’une lesbienne pour une hétéro ! Je ne te propose pas de dormir sur le divan : tu aurais sûrement peur que je te viole. Bonne nuit ; je suppose que je ne te reverrai pas. Je suis désolée.
Je referme la porte derrière elle, triste mais satisfaite d’enfin avouer mon homosexualité. Je voulais m’en cacher, la cacher, me mentir ; mais aujourd’hui, j’en suis presque heureuse. Adieu, Aislinn ; j’aurais pu tomber amoureuse encore une fois.
******************************************************
— Je peux m’asseoir ?
Je lève la tête et regarde la petite brunette qui tient la chaise en face de moi. Décidément, ce bar est toujours bondé.
— S’il n’y a pas d’autre place, pourquoi-pas ?
— Merci. Jennifer, c’est ça ?
— On se connaît ?
— Nous sommes souvent dans les mêmes cours. J’ai entendu quelqu’un t’appeler par ton prénom.
— Et toi, c’est ?
— Valérie. Je te vois toujours seule ; tu n’as pas de copain ?
— Tu m’espionnes ?
— Non, pas du tout… Excuse-moi.
— Je n’ai pas de copain ; et toi ?
— Non, je… n’ai pas de copain.
— Un but partout. Tu sais pourquoi je n’ai pas de copain ?
— Non. Tu es très mignonne, pourtant.
— Je te plais ?
— Ce n’est pas ce que je veux dire : tu dois plaire aux mecs.
— Je préfère plaire aux filles ; ça te va comme excuse ?
— Ça ne me dérange pas. Je n’osais pas t’aborder, tu es très distante.
— Les lesbiennes, c’est mal vu. Je sors d’une merde ; alors, si c’est pour me draguer, passe ton chemin. En plus, tu n’es pas mon genre : trop petite fille sage, et je n’aime pas les brunes.
— Excuse-moi, je ne voulais pas t’ennuyer.
Elle se lève en écartant la chaise.
— Je m’excuse : je ne suis pas à prendre avec des pincettes en ce moment. Reste, ça me fait plaisir.
— Sylvie t’a fait beaucoup de mal, pas vrai ?
— Tu connais Sylvie ?
— Je suis sortie avec elle pendant quelque temps. Elle parlait beaucoup de toi.
— En mal, j’espère ?
— Elle n’a pas été sympa avec toi, c’est tout ce que je sais. Elle m’a raconté votre histoire ; elle a tout fait pour renouer avec toi, pour te laisser tomber quand tu as été amoureuse d’elle. Elle est juste jalouse de ce que tu as et qu’elle n’a pas.
— Je l’ai compris un peu tard. Tu fais quoi, ce soir ? Ça te dit de passer la soirée avec moi ?
— Oui, vraiment.
— Voici mon adresse ; pointe-toi vers dix-neuf heures.
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