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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les frasques d'Édith — Chapitre 7 · Nuit bretonne (les dons du ciel)

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Les frasques d'Édith

Chapitre 7 · Nuit bretonne (les dons du ciel)

La factrice vient de passer le bras par la portière de sa voiture jaune. Une enveloppe blanche, d'un format classique est avalée par la boite à lettres de la maison d'Édith. La jeune femme derrière ses vitres a juste entrevu le geste de la préposée postale. De la publicité encore et toujours ! C'est un flot ininterrompu toute l'année désormais. La brune se demande où les entreprises, les commerces vont chercher le papier qui envahit nos vies. Toujours plus, malgré l'autocollant : « Pas de pub ! Merci » qu'elle a pris soin pourtant d'apposer bien en vue sur la façade de sa boite. Plus personne ne sait donc lire de nos jours ?
Elle finit de faire la toilette de ses orchidées et nonchalamment, elle va, d'un pas de sénateur vider le cube où la femme de lettres a déposé son fardeau. Surprise ! Ce n'est pour une fois, pas des flayers ou de la réclame pour les magasins des alentours. Non ! Ce pli est plus inquiétant, frappé du sceau de notre bonne vieille République. Marianne et son drapeau, mauvais présage ? Il semble pourtant à la propriétaire des lieux qu'elle est en règle avec son percepteur, qu'elle n'a commis aucune infraction au Code de la route. Alors ? Pour en avoir le cœur net, elle va devoir ouvrir la messagère.
Le coupe-papier émet un son curieux, déchirant le silence de la terrasse, où la belle, après que la lame de celui-ci taille dans le vif du sujet se soit installée. Un après-midi de rêve, pas un seul nuage dans un ciel d'un bleu estival. Une fin de juillet calme. La lettre s'étale au grand jour et Édith lit avec stupeur son contenu. En fait, il s'agit d'un notaire tout à fait inconnu qui lui adresse une convocation. Celle-ci fait référence à la lecture d'un testament. Il s'ensuit un tas de hiéroglyphes notariaux dont le charabia échappe totalement à l'entendement de la brune.
La date du rendez-vous est fixée pour la semaine à venir, le vendredi. Mais la jeune femme du haut de ses trente-quatre années n'a aucune idée d'une personne pouvant lui laisser quoi que ce soit. Ses parents sont décédés depuis pas mal de temps et la maison qu'elle occupe est son héritage. Donc impossible de définir la provenance d'un éventuel leg. Quant au numéro noté dans la missive administrative, il est aux abonnés absents. Au bout de plusieurs tentatives, Édith renonce à avoir plus d'explications et elle se dit que l'invitation peut aussi être l'occasion d'une sortie en ville.
Elle range donc le courrier et note sur son agenda le rendez-vous. Et puisqu'il fait un temps à paresser, elle reprend ses activités quotidiennes d'un après-midi ordinaire. Elle retire chacun de ses vêtements, les plie consciencieusement et les dépose sur un siège à la salle de bain. Puis nue comme d'habitude, elle va se faire dorer au soleil du jardin. Là, étendue sur sa balancelle, elle oublie l'heure et le temps, rêvassant de ces nuits d'amours passées, souvenirs agréables, mais qui s'éloignent chaque matin un peu plus.
Alors, sous une brise légère, elle prend son ordinateur et tape le nom de l'agence du notaire qui lui a transmis la dépêche qu'elle vient de sagement ranger dans ses papiers. Apparemment l'étude est tout ce qu'il y a de plus normale, enregistrée au registre de l'ordre des notaires. De plus, elle est tenue par une femme du nom de Bianca Buzzati. Jusque-là, pas de quoi s'inquiéter et puis, tant que personne ne lui demande d'argent, il n'y a pas matière à fouetter un chat. Donc au bout de quelques minutes, elle reprend son activité favorite et se retrouve sous le pseudonyme de « Charlotte » sur un site, qu'elle juge indécent.
Bien entendu dès qu'elle se connecte, une foule de cinglés lui écrit de suite. Des trucs « bateau », du genre : « Salut, coucou » quand ce ne sont pas seulement deux « C » en guise de bonjour. Ces écrivains fatigués sont immédiatement zappés de son écran, et la jeune femme fait défiler la liste de pseudo, dans l'espoir d'en trouver un avec qui discuter un moment. C'est en ce début de seconde partie de la journée, plus complexe qu'il n'y parait. Quelques-uns des éliminés de la première heure reviennent avec des surnoms différents et subissent un sort identique à celui du départ. Enfin voici « Le Luron » un joyeux drille avec qui il lui arrive d'échanger.
Bien sûr, il a déjà fait quelques tentatives de drague, toutes refoulées par Édith, mais il est courtois, correct dans ses propos et n'insiste pas alors qu'elle dit non ! Ce qui n'est pas le cas de bien des mecs qui sont à la recherche de « viande fraiche ». Avec cet inconnu, les dialogues sont bien menés, il écrit plutôt pas trop mal et mon Dieu, il parvient à meubler les moments de ce jour sans fin. Il est presque dix-neuf heures lorsque la tapoteuse de messages prend congé de son complice virtuel. Celui-ci n'a pas tenté une approche plus… olé-olé dans leurs échanges.
La brune se dit qu'il est temps de se préparer un en-cas, de choisir son programme télé et puis… la soirée l'amène à une nuit sans rêve particulier. C'est donc sur son canapé qu'elle pique du nez et au milieu de la nuit, elle émerge devant la neige d'un téléviseur se trouvant abandonné, qu'il n'en diffuse plus d'images. Elle file au lit dare-dare et le même scénario se répète jusqu'au vendredi, date de son rencart chez Maitre Buzzati. C'est donc, bien vêtue et légèrement maquillée, qu'elle pénètre dans une entrée où une blonde la reçoit avec un sourire ! Pas seule, puisque deux autres personnes sont là, sagement assises dans une salle d'attente qui sent la poussière et les vieux bouquins. Il s'agit de deux hommes qui la dévisagent sans trop le faire voir.
— oOo —
Visiblement celle qui l'a guidé vers une salle d'attente ne doit pas être plus âgée qu'elle. Un chignon surmonte son crâne, lui donnant un air savant, lequel est encore accentué par un tailleur bon chic bon genre. Une secrétaire bien mise qui canalise les visiteurs et les fait patienter le cas échéant. Puis avec quelques dix ou quinze minutes de retard, une porte que n'ont pas décelé les personnes qui font tapisserie, vient perturber par son ouverture le calme de l'endroit. Une femme, grande et mince, elle également vêtue strictement vient d'entrer.
— Messieurs, Madame ! Je suis Maitre Buzzati et puisque vous êtes tous là, nous allons donc procéder à la lecture du testament de Monsieur feu Gaston Soulignon ! Veuillez-vous donner la peine d'entrer dans mon bureau.
Trois personnes donc se lèvent de leurs sièges et pénètrent dans l'étude de la notaire.
— Si vous voulez bien prendre place. J'aurais besoin d'une pièce d'identité pour chacun d'entre vous, afin de m'assurer que vous êtes bien les héritiers de Monsieur Soulignon.
Tous s'exécutent sans un mot. Édith suit donc le mouvement et remet sa carte d'identité nationale à celle qui la réclame. L'autre gribouille sur un grand livre, puis rend à chacun son sésame.
— Bien ! C'est parfait. Nous avons ici les deux neveux de Monsieur Soulignon et vous Madame, qui bien que n'étant pas membre de sa famille êtes légataire de l'oncle de ces messieurs. Des questions avant que je procède à la lecture du testament ?
— À quel titre suis-je là, puisque je ne fais pas partie des proches de ces messieurs ?
— C'est un peu long à raconter. Vous messieurs, vous savez sans doute que les parents hélas décédés de cette dame, avaient caché pendant la Seconde Guerre mondiale votre oncle. Ils l'ont hébergé et lui ont sans doute évité une déportation certaine… peut-être la mort.
— Nous sommes au courant et nous ne contestons en rien la légitimité de la part revenant à Madame.
— À la bonne heure ! Bien, je peux lire les vœux de Monsieur Soulignon ?
Tous sont d'accord et la notaire fait son travail. Les deux neveux se voient octroyer la quasi-totalité de la fortune de cet inconnu dont Édith n'a jamais entendu parler, ni de près ni de loin. La période trouble de la guerre n'était jamais évoquée à la maison et la jeune femme ne sait rien de rien de ce Monsieur Gaston mort à l'âge de quatre-vingt-onze ans. C'est donc avec stupeur qu'elle apprend là, dans cet office l'existence de cet homme, mais également que pour remercier ses parents, il a légué à leurs héritiers un petit cottage sur la côte bretonne. Ce qui doit représenter environ trois ou quatre centaines de milliers d'euros.
Les deux neveux se trouvent pour ce qui les concerne à la tête d'une fortune dépassant allégrement les six ou sept millions de dollars américains et cette « baraque » ne représente vraiment qu'une goutte d'eau dans l'immensité de l'océan de fric qui leur tombe du ciel. Donc, tout le monde signe joyeusement les actes qui font d'eux des personnes plus riches. Et cerise sur le gâteau, Maitre Buzzati annonce aux trois que le malheureux donateur avait même pris soin de payer au fisc par anticipation tous les frais inhérents à cet héritage.
Un moment abasourdie, Édith signe elle aussi, sans trop se rendre compte de ce qui lui arrive. Ce n'est que lorsque Bianca Buzzati lui remet une photographie de sa nouvelle maison qu'elle se rend compte de la formidable opportunité que celle-ci représente. Une maison de style breton, en pierre de granit, face à la mer, faite pour affronter tous les vents, toutes les tempêtes. Dans l'euphorie de l'instant, elle se parle toute seule.
— C'est véritablement à moi ? Et je peux en prendre possession quand je le désire ?
— Tout à fait madame. Mais permettez-nous de vous inviter et vous aussi Maitre pour le verre de l'amitié. Il doit bien se trouver un bar, un café ou un bistrot proche de votre étude !
— Je suis désolée, Messieurs. Ç'aurait été avec joie, mais j'ai encore une montagne de travail qui m'attend. Je suis sincèrement heureuse de vous voir souriants. C'est le bon côté de mon métier.
— Merci Maitre ! C'est bien dommage parce que nous aurions aimé partager en votre compagnie un peu de temps et une bouteille de champagne. Mais vous Madame… Édith c'est bien votre prénom ?
— Oui. Et bien évidemment, je suis de tout cœur avec vous et je viens volontiers pour trinquer à la mémoire de votre oncle. Je n'avais jamais avant ce jour entendu parler de lui, je vous l'assure.
— Vous savez, notre mère et lui étaient fâchés depuis des années. Nous ne l'avons guère connu non plus.
Tout le monde prend congé de la notaire qui regarde partir ces trois-là, heureux de leur bonne fortune. Après tout, le bonheur des gens déteint toujours un peu sur le moral des autres, c'est bien connu. Elle remet à Édith un trousseau de clés en lui déclarant.
— Tenez ! Voici les clés de votre nouveau royaume. Tout ce que contient cette maison vous appartient. Je vous remets également les nom et adresse du couple qui entretient la propriété. Vous pourrez vous adresser à eux en cas de problème.
— Merci, Maitre !
Ensuite elle rejoint les deux neveux qui l'attendent près de leur voiture. Adrien le plus âgé des deux a cinquante-quatre ans et son frère Paul, trois ans de moins. Ils se ressemblent bougrement et c'est un trio qui déambule dans la rue principale de la ville de province où se situe l'étude notariale. Finalement ils dégottent un de ces troquets comme seule la France sait en conserver. Quelques habitués en ce milieu d'après-midi voient pénétrer dans la salle ce groupe inconnu. Les arrivants s'installent à une table et commandent une bouteille de champagne. Une révolution pour le garçon qui sert.
Les deux hommes trinquent avec la jeune femme et font connaissance devant des bulles. Chacun y va de sa petite confidence, et visiblement ils seraient heureux d'en apprendre davantage sur elle, mais la brune reste totalement de marbre, hermétiquement fermée, face aux plaisanteries d'un gout douteux des deux garçons. Si elle aime les mecs et le sexe, c'est toujours elle qui choisit ses partenaires. Et il ne se dégage rien de particulier entre eux et elle. Elle sent bien qu'elle les intéresse physiquement, la réciprocité n'est pas là. Alors, une coupe du roi des vins avalée, elle prend à son tour congé de ces gens qui lui sont étrangers.
Aucun des deux n'insiste, pensant sans doute que c'est encore une de ces coincées de femme qui vont et viennent de nos jours. Le courant ne passe pas et c'est suffisant pour qu'elle s'éloigne de ces messieurs. De toute façon ils vont se consoler avec le matelas de billets sur lequel ils peuvent dormir ce soir. Édith rentre chez elle avec une sorte de lassitude. Dire qu'elle n'est pas au courant de tout un pan de la vie de ses propres parents. Mais n'est-ce pas le cas de tellement de personnes ? Les secrets de famille sont enterrés parfois avec eux. Elle se promet cependant d'aller au plus tôt, voir ce cadeau qui vient de lui tomber du ciel.
— oOo —
Le bristol remis par Maitre Buzzati est là et l'index de la nouvelle riche tapote sur le cadran de son téléphone. À la seconde sonnerie, une voix de dame vient chanter dans l'oreille d'Édith. Une voix douce, jeune ?
— Allo !
— Allo Madame Marchand ?
— Oui !
— Excusez-moi ! Je ne voudrais pas vous déranger, je suis l'héritière de monsieur Gaston Soulignon.
— Ah ! Oui, la notaire nous a avertis que vous risquiez d'appeler. Je suis heureuse que ce soit une femme qui hérite de la maison.
— … ? Ah bon ? Et vous pensez que je peux venir la visiter ?
— Vous avez l'intention de la vendre ?
— Non ! Enfin, je voudrais la voir et je me demandais s'il était possible d'y résider quelques jours.
— Auguste et moi, nous l'avons maintenu en état et tout est propre à l'intérieur. Vous pouvez aisément y déposer vos bagages et vous y installer sans problème.
— Je peux donc venir en Bretagne en fin de semaine prochaine ?
— Tout à fait. Vous arriveriez quel jour ? Je pourrais ouvrir pour aérer, et comme c'est un peu isolé, mieux vaut être vigilant.
— Bien sûr ! Je pense arriver samedi en fin de matinée. Ça pourrait vous convenir ?
— Aucun souci. Vous me passez un petit coup de fil dès que vous êtes à quelques kilomètres, Auguste et moi, nous vous accueillerons.
— Merci ! Alors à samedi madame…
— Aurore ! Mon prénom, c'est Aurore.
— D'accord… à très vite donc !
— Oui ! Bonne journée à vous.
Le silence qui conclut cet appel rend perplexe la brune. Qui est cette femme dont la voix semble presque juvénile. Et puis Aurore, un prénom pas si désuet par rapport à Auguste. Bon ! Elle se dit que songer à ce genre de truc va lui gâcher sa journée. Sur place elle aura toutes les explications voulues. Il lui suffit d'un peu de patience. Le départ n'est plus si loin. Et il lui faut établir une liste pour ne rien oublier. Elle s'y emploie depuis quelque temps déjà. Et cette escapade en terre inconnue la rend euphorique. Depuis combien de temps n'a-t-elle pas pris de vacances ?
Mettre à profit le laps de temps qui la sépare de son expédition en terre celte. Édith s'y emploie tous les jours et sa voiture, chargée de tout un nécessaire, elle se lance sur la route dès l'aube d'un samedi d'été. La mer ! Avec ses plages, sans avoir de soucis pour se loger, un rêve qu'elle ne croit toujours pas réel. Elle fait en deux étapes les centaines de kilomètres qui la tiennent encore éloignée de ce bonheur qu'elle entrevoit. Son GPS lui indique vers onze heures trente qu'il ne lui reste qu'une dizaine de bornes pour arriver à destination. Alors elle s'arrête dans un petit chemin et comme prévu, appelle Aurore.
Il ne se passe cette fois qu'une seule sonnerie avant que la même voix chaude lui réponde.
— Allo ?
— Bonjour ! Aurore ? C'est Édith…
— Oui ! J'attendais, enfin nous attendions votre appel. Vous êtes loin encore ?
— Mon GPS indique dix kilomètres… Donc peut-être un quart d'heure.
— D'accord. Donc lorsque vous allez tourner sur la gauche en quittant la nationale, vous trouverez un petit chemin sur votre gauche toujours, à cinq cents mètres plus loin. Vous devriez apercevoir deux toits de maison. Le premier, c'est notre demeure et le second celle de Gaston… la vôtre désormais. Vous vous arrêtez chez nous. Nous avons préparé le déjeuner. Ça ne vous embête pas de manger avec nous ?
— … Euh… non, non bien sûr, mais il ne fallait pas vous déranger pour moi.
— Mais non ! Ne vous inquiétez pas. Nous sommes heureux d'avoir un peu de compagnies, pour une fois.
— … bon ! Alors j'arrive ! Et… mille fois merci.
En suivant les indications, c'est un jeu d'enfant de venir stationner dans une cour d'une jolie ferme détournée de son usage primaire. Là, une femme à qui Édith ne donne guère plus de vingt, vingt-cinq ans et un vieux bonhomme la regardent avancer vers eux.
— Bonjour ! Je suis donc Édith. Et vous êtes Madame Marchand ?
— Oui. Aurore et je vous présente mon oncle Auguste. Le frère de ma maman.
— Enchantée, donc Auguste !
— Vous avez fait bon voyage ?
— Il n'y avait pas trop de circulation sur les routes. Heureuse d'en avoir fini avec ce long voyage.
— Vous êtes là pour longtemps ?
— Je ne sais pas encore… un mois, deux qui sait ? Et puis je ne travaille que depuis mon ordinateur, alors que ce soit d'ici ou de chez moi, ailleurs… il n'y a pas de différence.
— Bon, les filles ! Trêve de balivernes, si nous allions manger, j'ai une petite faim moi.
— Tu as toujours faim tonton… c'est un ogre, vous allez voir. Mais il a raison, vous aussi devez être contente de vous mettre les pieds sous la table. Je vous préviens, c'est simple, nous sommes à la campagne, bien que nous ayons une immense piscine gratuite à huit ou neuf cents mètres.
Le déjeuner pour rustique qu'il soit n'en est pas moins délicieux et le courant passe bien entre ces trois qui une heure plus tôt étaient de parfais inconnus. Aurore, petite blondinette est joviale, souriante, un feu-follet dont les yeux sont perpétuellement en mouvement. Auguste lui est plus énigmatique. Il ne cesse de suivre des yeux cette femme dont l'accent est plus chaud que celui de ses congénères bretons. S'il la détaille sans doute avec beaucoup d'attentions, ses regards ne sont pas salaces. Il émane de cet homme une sorte de force, oui, une force tranquille. Ils discutent surtout de ce Gaston qui a laissé la maison à Édith.
Apparemment le type a eu une vie d'aventurier, riche et haute en couleur. Mais aussi bon soit le repas, qu'un moment il doit prendre fin. La brune arrivante propose ses services au petit brin de femme pour la vaisselle, mais Aurore refuse catégoriquement. Elle suggère que Auguste mène la jeune propriétaire vers la bâtisse dont le toit est visible de leur cour.
— Tonton peut vous accompagner et il vous fera visiter. Il vous montrera ce que vous devez impérativement savoir. Le compteur électrique, celui de l'eau, et plein de petites choses utiles… Vous vous sentirez moins perdue. Je passerai plus tard pour vous faire un petit coucou. S'il vous manque quoi que ce soit, notez-le et si c'est dans mes cordes je vous arrangerai cela !
— Vous êtes sympas ! Et puis… nous n'avons, vous et moi, que très peu d'écart d'âge ! Le tutoiement serait plus… enfin moins cérémonieux si ça ne te dérange pas.
— Bien sûr, j'allais te dire la même chose, les grands esprits se rencontrent toujours…
— À tout à l'heure donc.
— C'est valable pour moi aussi ma jolie ?
— Pardon ?
— Le « tu », je peux l'adopter également ?
— Mais oui, Auguste, vous pouvez. Par contre… je garde un « vous » poli pour vous !
L'homme, entre cinquante et soixante ans, impossible à définir plus justement, cheveux châtains et tempes légèrement grisonnées, a un regard franc. Il monte sagement à côté de la conductrice et le véhicule reprend le chemin sablonneux qui mène à la dernière maison. Pour Édith, c'est d'abord un immense choc. Massive, trapue, et basse comme pour survivre au vent, la bâtisse est faite de pierres de granit. Typique de la côte bretonne, par ses formes elle parait indestructible. Un cadeau royal !
— Voilà, c'est chez toi !
— …
— Tu as perdu ta langue ?
— Je suis… époustouflée. Que ceci soit réellement à moi est un rêve tout éveillé.
— Gaston était un type bien.
— Je ne le connaissais pas, vous savez ?
— Lui me parlait souvent de tes parents… le notaire nous a dit qui tu es !
— Ah ! Je n'ai jamais eu connaissance de leur histoire commune.
— De braves gens, si j'en juge par l'affection que leur portait Gaston. Mais… tu t'extasies toute la fin de journée ou nous allons ouvrir cette bicoque ?
— Je… je vous suis.
— L'entrée est là ! Depuis ta terrasse, tu as une vue imprenable sur la mer. Mais entrons.
Édith fouille dans son sac, à la recherche du trousseau de clés remis par Bianca Buzzati. Enfin d'une main qui tremble terriblement, elle arrive à ouvrir la porte peinte, comme tous les volets d'un bleu… marin. Dans l'entrée, il reste encore un ciré jaune pendu à une patère. Auguste s'avance alors et lui montre un recoin qui cache un compteur.
— Viens voir ! Ici, il te suffit d'appuyer sur ce bouton vert. Et tu vois… les lampes et les prises sont en service. Si ça disjoncte, le premier endroit à visiter, c'est celui-ci.
— D'accord. Je note.
— Bien pour le robinet de flotte, il est comme toujours sous l'évier de la cuisine.
— La porte là ? C'est la cuisine ?
— Avance et tu verras.
— Oui…
De nouveau, les quinquets de la brune s'illuminent. Tout est moderne dans cette pièce. Plus même que dans sa propre maison, à des bornes de là.
— Ça te plait ?
— Il faudrait que je sois difficile pour dire non !
— Les chambres sont de ce côté. Un couloir sépare celles-ci de la partie « jour » de ta maison. Il avait bien tout conçu le Gaston. Au bout, tu as une salle de bains commune aux trois chambres qui sont là. Celle de Gaston, celle qui va devenir la tienne je suppose, en possède une qui lui est propre.
— … ? Eh ben ! C'est magique. Tout bonnement magnifique.
— Oui ! Maintenant, on va voir les garages ?
— Les ? Il y en a donc plusieurs ?
— Deux ! Un pour la voiture et un second, mais je te laisse découvrir… Il servait aussi d'atelier. Surtout pour moi quand je bricolais pour lui.
— …
— Il avait le don pour gagner de l'argent, mais était habile de ses mains comme un cochon de sa queue…
— … ?
— Ah ! C'est une expression de mon cru. Ce n'est pas un de ces cochons auxquels tu penses… moi je parle de l'animal. Tout ça pour te faire comprendre que Gaston ne faisait pas la différence entre un clou et une vis.
— Comme moi en fait !
Il rigole et c'est si communicatif qu'Édith en fait autant. Et ils viennent de traverser une salle à manger elle aussi meublée avec un gout et un raffinement certains. Auguste ouvre au large les deux vantaux d'une porte-fenêtre qui donnent sur une terrasse aménagée.
— Tu vois ! Gaston aimait venir lire là, écrire aussi parfois.
— Il écrivait donc ?
— Mieux qu'il ne bricolait, je te l'assure. Tu vois, la mer au fond.
— On dirait une carte postale. Et jusqu'où ça m'appartient ?
— Aucun souci, tout est entouré. Une palissade de grillage que j'ai posée personnellement… au fond là-bas. Et personne ne viendra te déranger chez toi.
— Et ça qu'est-ce que c'est ?
— Les deux garages dont je t'ai parlé. Viens ! Allons jeter un coup d'œil. Tu dois avoir les clés sur ton trousseau. J'en possède un double de toutes. Je te les rends si tu veux.
— Non ! Vous en avez besoin. Par contre, je ne sais pas l'arrangement que vous aviez avec… Gaston.
— Tu veux parler argent ?
— Ben… je ne suis pas aussi riche que lui.
— Il ne me payait pas, mais je pouvais me servir de ce qui dort là… ça suffisait à mon bonheur.
— Et qu'est-ce qui s'y trouve là ?
— Il te suffit d'ouvrir pour le savoir !
— D'accord. Le temps de trouver la bonne clé…
— C'est celle-ci !
Auguste de sa grosse patte attrape la menotte d'Édith. Elle parait minuscule dans la pogne du grand gaillard. C'est vrai qu'il est massif, mais fait de muscles bien entretenus. Il guide les doigts de la jeune femme vers le trou de la serrure. Celle-là est bien huilée et le pêne libère l'ouverture des battants qui closent l'endroit. Dès que ses yeux frôlent ce que contient le lieu, la brune reste bouche bée.
— Un beau bébé, n'est-ce pas ? Tu apprécies ?
— Mais… il est énorme ! Vous… vous savez vous servir de ce truc-là ?
— Oui ! C'était mon métier ! La mer c'est mon paradis à moi. Gaston me le laissait à disposition, toute l'année. Même lorsqu'il n'était pas ici, j'avais le droit de m'en servir et crois moi, je ne m'en suis pas privé.
— Alors, pourquoi voudriez-vous que ça change ? Les choses qui marchent n'ont pas besoin d'être défaites, qu'en dites-vous ?
— … Heureux de t'entendre parler de la sorte.
— Je ne saurais pas de toute façon conduire un pareil monstre. Il faut sans doute un permis ?
— Oui. Mais si tu veux, je t'emmènerai avec Aurore. Elle adore venir pêcher de temps en temps.
— Et vous attrapez des poissons ?
— Quelques fois des maquereaux ! De beaux bars aussi… c'est une très bonne cuisinière également, tu verras ! Enfin si tu apprécies notre région et si tu nous gardes comme amis bien sûr !
— Là encore, je ne vois pas pourquoi nous devrions ne pas nous entendre.
— Les gens du patelin me disent spécial. N'écoute pas tous les ragots sur Aurore et moi, fais-toi ta propre opinion. Quant à ta baraque, beaucoup te chanteront qu'elle est hantée, n'en crois pas un mot. C'est juste les plaintes du vent qui court sur tes terres... La chanson de la mer et de l'air, rien de plus.
— Je vois !
— Bien. Je vais te laisser prendre tes marques dans la maison. Mais il y a si longtemps qu'elle attend de la jeunesse, cette demeure. Je crois qu'elle va t'adopter pour de bon. Aime là et elle t'adorera.
— Vous allez rentrer à pied ?
— La belle affaire ! Il n'y a guère plus de deux cents mètres à travers la lande. Aurore va venir… j'espère que vous serez des amies. C'est une chouette gosse.
Auguste, bourru, solide comme un de ces rocs qui découpent la côte, vient de la planter là, face à un bleu lointain. Un reflet de ce ciel qui au-dessus de sa tête s'ingénie à lui faire un clin d'œil. Tout est beau, tout semble trop parfait. Et ce bonhomme… il émane de lui une force tranquille. Édith ne peut s'empêcher de suivre la silhouette massive qui n'est déjà presque plus qu'un point qui rétrécit dans le paysage. Elle se sent très bizarre. Le type gagne à être connu. Une petite pointe étrange qui la titille quelque part au fond de sa cervelle. Après tout, elle est en vacances non ?
Fin de la première partie !
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Photo de profil de jipe06
jipe06
30 mai 2021 à 13:27
J'adoreeeeeeeeeeeeeee
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Frederyc
Frederyc
29 mai 2021 à 22:43
Bonjour, voici les prémices d’une histoire qui pourrait être passionnante sur plusieurs chapitres.
La suite hummm
Soyez respectueux
Répondre

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