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✦ Jane Does Les frasques d'Édith XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les frasques d'Édith — Chapitre 5 · L'Usine (Acte 1)

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Les frasques d'Édith

Chapitre 5 · L'Usine (Acte 1)

L'automne est de retour. Les verts forestiers virent à l'ocre, au jaune ou au rouge et le long sommeil hivernal se prépare. Un parterre épais vient recouvrir les petits chemins et les sentes. Autour de la maison d'Édith, jeune femme qui va bientôt fêter son trente-quatrième anniversaire, le paysage se pare de couleurs chaudes, annonciatrices pourtant de froides journées. Chez elle, la jolie brunette vit seule depuis son divorce. Ce matin, une sorte de brouillard noie les environs immédiats et semble également la rendre morose.
Sa solitude est faite de quelques souvenirs épars. Ceux de quelques sorties nocturnes dont elle n'a pas toujours tout orchestré. Bons souvenirs ? Dans l'ensemble oui ! Mais ils s'estompent au fil du temps et puis s'ils lui ont procuré de longs moments de félicité postérieurement à leur action, il devient urgent pour elle, de revenir sur la scène vivante de la vie. La brume matinale lui rappelle que parfois, un peu de compagnies peut aussi s'avérer nécessaire. Édith réfléchit, en s'étirant telle une chatte, songeant à un bon bol de café fumant.
Un réveil comme tous les autres, au milieu d'un grand lit que personne ne partage plus depuis… inutile de ressasser les mauvaises choses ! Un timide rayon de soleil tente une percée dans la purée de pois qui ne laisse qu'une visibilité très réduite. La température matinale n'est pas trop fraiche et après son petit déjeuner, la brune hume l'air pur sur sa terrasse en avalant sa tartine de pain grillé. Elle est comme à son habitude, entièrement nue. Pas de vis-à-vis, pas de voisins immédiats, et puis si une paire d'yeux venait à l'apercevoir de loin, celui qui la découvrirait dans le plus simple appareil n'en perdrait pas la vue.
Un long silence que seuls les bruits de la campagne écorchent, ne peut écorner la méditation de la femme qui émerge des heures nocturnes avec ce vide que crée chez elle, la mise en veille de la nature. Quelques images flottent dans son cerveau. Des instants revenus du fond de ses sorties plutôt perverses. Oh ! Pas très nombreuses certes, mais d'une intensité prenante. Et un véritable besoin est là, qui lentement, insidieusement même, la ramène à des turpitudes auxquelles elle sait déjà ne pas vouloir échapper.
Revoir les protagonistes de ces histoires éphémères ? Une solution de facilité, et Édith n'a toujours pas digéré une rupture compliquée avec un homme à qui elle avait tout donné. Son corps, son âme, son amour. Pour le voir la quitter pour une autre. Pas vraiment plus fraiche, pas plus jeune non plus, et encore moins plus jolie ! Non ! Mais ce salaud, qui juste avant de la larguer comme un paquet de linge sale, lui avait fait une réflexion, lorsque ne comprenant pas, elle lui avait posé la question.
— Pourquoi ? Pourquoi, s'il te plait, dis-moi pourquoi ! »
— Elle baise mieux que toi. L'amour ne fait pas tout. Toi… tu restes une petite bourgeoise avec des tabous et trop de refus. Elle… au moins elle se donne. Ça suffit pour faire la différence. Je suis désolé, Édith ! 
Bon ! Entre ses doigts le bol vide tremble un peu. Rage impuissante face à ces évènements passés qu'elle ne peut effacer de sa mémoire. Et ces nuits où elle plonge sont toutes axées sur du sexe, pour ne plus renouveler l'erreur qui l'a conduite au désastre. À ce qu'elle juge comme une faillite personnelle et du coup, apprendre est un moteur puissant. Mais encore faut-il du courage pour aller de l'avant. Donc dès que « Ra » a remis un peu d'ordre sur la campagne environnante, Édith s'installe à l'extérieur.
Pas plus vêtue que lors de son petit déjeuner, c'est sur la balancelle du jardin, que ses doigts fins pianotent sur le clavier de son ordinateur. Un instrument qui lui permet de garder le contact avec le monde du dehors, et puis si anonyme que c'en est plaisant. Le choix du site, pas forcément le plus huppé, mais au moins est-il gratuit, et voici la jeune divorcée qui se lance dans une nouvelle recherche. Celle d'un amant occasionnel, d'une aventure insolite, pas toujours simple à dénicher. Elle prend garde à ne pas retomber dans ses petits travers, ceux qui la mèneraient immanquablement à un autre échec.
Elle parle ou plus exactement écrit à ces inconnus qui comme elle, viennent là en espérant dénicher le « Graal ». Il y a donc de ce fait un déchet important. Les gens peu intéressants qui font une faute tous les deux mots sont impitoyablement zappés. De temps à autre un plus stylé, ou plus érudit, difficile de séparer le bon grain de l'ivraie, elle se laisse guider par son instinct féminin. La brune se prend au jeu du chat et de la souris, sans qu'à certains moments, elle ne soit plus sûre de rien. Pour entrer en dialogue avec elle, il y a quelques barrières à franchir.
Celle d'un français au minimum moyen, mais aussi une sorte de courtoisie de bon aloi. Un salut est rédhibitoire et renvoie immédiatement le personnage qui l'a transmis à la dame, à ses recherches ou attentes malpolies. Elle « cause » volontiers, pour peu que son interlocuteur ait un zeste de conversation et là, sous un soleil de fin septembre, elle ne garde qu'un homme pour palabrer. Il se prénomme Victor et ma foi, sa verve plait bien à la femme qui répond du tac au tac aux messages de ce type inconnu.
Pas besoin de sortir de Saint-Cyr ou de l'ENA pour lire en filigrane de ses petits mots que lui aussi tente de passer un peu de bon temps avec une dame. Il est cérémonieux sans être obséquieux et les échanges qu'ils entretiennent sont teintés d'humour. Ce qui, selon un adage bien connu, plait aux femmes. Les faire rire est une avancée en soi et ouvre bien des portes. Reste à franchir le cap de la défiance que les sites internet de rencontres peuvent engendrer. Et là, il s'agit plus de bon sens que de tri pour une Édith méfiante.
Tout doucement le débat s'oriente vers ce qui transparait dans chaque ligne écrite par le gars. Mais quelque part ce n'est pas ce que désire la brune. Ce mec, Victor, se fait plus pressant. Il a flairé une ouverture et essaie de mettre tous les atouts de son côté. Et Édith s'amuse de découvrir une à une les maladresses du bonhomme qui visiblement patauge un peu, de peur de la voir s'évanouir dans la nature.
— Qu'est-ce que vous faites comme boulot ?
— Vous avez vraiment envie de parler travail ? Je suis en repos Victor, et je n'ai pas l'intention de mêler les genres. Si on discute labeur, nous allons nous perdre dans des détails très techniques. Autant s'éviter de suite un sujet fâcheux.
— Vous avez raison. Édith c'est bien votre prénom ?
— Je crois avoir été honnête. Mon pseudo c'est « Charlotte » et mon petit nom Édith ! Je n'ai pas vraiment eu le choix… pour le second !
— Je comprends. Vous me trouvez trop vieux pour vous ?
— Trop vieux ? Tout dépend pour quoi faire. Et puis si je devais me baser sur l'âge, je ne discuterais plus avec personne sur ce site. Je n'ai toujours pas très bien saisi ce que vous attendiez en m'écrivant. Vous pouvez être plus précis ?
— Puis-je alors vous parler à cœur ouvert ?
— Ne sommes-nous pas là pour cela ?
— Si bien entendu, mais je ne voudrais pas que vous partiez en courant si je vous raconte…
— Vous connaissez les risques d'internet ! Et les règles également. Je ne tiens pas, mais alors pas du tout à voir s'inscrire des horreurs sur mon écran. Pour le reste, je suis une grande fille.
— Je l'ai déjà intégré. Mais seriez-vous contre une sortie nocturne dans un endroit… comment vous dire cela ? Dédié à la beauté des corps !
—… ? Je n'ai aucune idée d'un tel endroit ! Ça existe réellement ce genre de lieu ?
— Ça vous intéresserait ? Avant de répondre, je tiens à préciser qu'il s'y passe aussi des trucs… assez débridés. Vous imaginez de quoi je parle ?
— Vous voulez dire une boite où le sexe se pratique librement ? Un club en fait ? Un club échangiste ? C'est bien ce que vous me proposez ?
— Vous avez l'esprit en alerte. Fine mouche je constate… et c'est là que je me retrouve devant un écran vide ?
— Parce que vous me pensez mal polie au point de vous zapper sans vous prévenir ? Non ! De plus votre proposition n'est pas si dingue que cela… Je traverse une période de solitude prolongée et vous devez bien savoir comme moi que le corps parfois réclame un peu d'attentions.
— C'est votre cas ? Vous avez ce genre de… d'attentes ? Le ciel vous envoie ? Seriez-vous un ange tombé de son nuage ?
— Plutôt un démon qui se morfond et qui cherche un dérivatif à une morosité latente depuis quelques semaines.
— À votre âge ? Parce qu'à trente ans, vous devez avoir tous les jeunes hommes du monde à vos pieds.
— Et qu'est-ce que j'en ferais grands Dieux ? De plus les hommes jeunes ne sont pas toujours très fiables et surtout, ils manquent cruellement d'expérience souvent.
— Je peux donc sans crainte, vous exposer mes aspirations profondes ?
— Je vous l'ai dit, si c'est fait en y mettant les formes, aucun sujet n'est tabou !
— Pas possible ! J'ai face à moi un phénomène, une perle rare.
— N'en faites pas trop non plus… les caresses dans le sens du poil ont le don de m'horripiler rapidement.
— Je vois ! Alors, disons que je serais heureux de partager avec vous une sortie dans ce que vous nommez « club libertin ». J'en connais un très select, que j'ai fréquenté à une ou deux reprises. Je cherche une partenaire pour y retourner.
— Je ne connais pas ce genre de boite et la peur… de l'inconnu est grande.
— Vous ne seriez pas seule et puis je puis vous assurer que dans ces clubs, les gens sont bien plus fréquentables que dans certaines discothèques ou boites de nuit. Personne ne force personne et tout est toujours très… feutré, propre et clean.
— Ça ne me rassure pas pour autant. J'ai une idée préconçue sans doute de ces endroits. Les films pornographiques y sont pour beaucoup dans ces craintes latentes.
— Mais ces films à caractère sexuel ne reflètent en rien la réalité de la vie. Ça n'a rien à voir, je peux vous le dire.
— Et qu'est-ce qui se passe alors dans ces antres créés pour le sexe ?
— Rien d'autre que ce que l'on veut. Mais vous auriez envie de… vous y rendre en ma compagnie.
— Pourquoi pas ? Pour peu que vous arriviez à me convaincre. Mais je vous préviens… il va vous falloir de la patience.
— C'est ce qui me manque le moins.
S'en suit une longue discussion. Victor se livre à des descriptions détaillées de ce qui peut se pratiquer, dans ce qui à ses yeux reste un sanctuaire du sexe. Il développe gentiment ses impressions et Édith lit avec une attention toute particulière ce que le bonhomme lui écrit. Elle n'est pas dupe, le type enjolive passablement, mais personne n'attrape de mouches avec du vinaigre, alors… Arrive tout de même l'instant où elle doit se décider. Tout ou presque vient d'être passé en revue et l'imagination de la brune est en marche. Il a des dons de conteur ce Victor. Sa chance, c'est que derrière son clavier et son écran, son émoi n'est pas repérable.
Elle hésite avant finalement de donner son accord pour une virée d'une nuit dans ce que Victor appelle « l'Usine ». Ils se donnent rendez-vous à mi-chemin entre leurs villes de résidence, distantes d'environ cinquante kilomètres. Le samedi soir promet donc d'être spécial pour la jeune femme. L'homme lui a promis un restaurant avant de se rendre dans cette « Usine » dont il ne tarit pas d'éloges. Le temps d'un diner pour changer possiblement d'avis, c'est à ses yeux suffisants. Et après avoir fermé le site, elle va fouiller du côté de la fameuse boite de cul !
Bien entendu, elle voyage par les images dans ce qui parait un club select. Elle lit machinalement aussi quelques commentaires laissés par des usagers de l'endroit. Ils sont tous bons et vantent la propreté des salons et de l'ensemble de la maison. Édith sait aussi que c'est souvent bidon ce que les gens écrivent. Mais elle peut en toute quiétude admirer le confort de ce lupanar bon chic bon genre. Elle remarque aussi que les entrées pour les messieurs seuls ne sont pas données. Elle comprend plus exactement pourquoi Victor ne s'y rend qu'en galante compagnie.
Cette réflexion la fait immanquablement sourire, parce que samedi, la galante compagnie pourrait bien être elle. Il lui reste donc trois longues journées pour décider si oui ou non, elle franchira le seuil de l'Usine au bras du dénommé Victor. Les heures risquent d'être longues ou courtes, en fonction de l'humeur de la brune. Chez elle tout va d'un pôle à l'autre, sans vraie transition bien définie. Elle peut sourire pour l'instant suivant être au bord des larmes… sans raison apparente. Mais l'idée de sortir lui communique déjà une montée d'adrénaline, alors rajouter à cela que cette virée ait lieu dans une sorte de « bordel » moderne rajoute encore un peu de piment à l'affaire.
— oOo —
L'enthousiasme d'une dinette en tête à tête au restaurant se trouve nettement tempéré par le fait qu'elle se passe avec un parfait inconnu. Le soir dit, et fidèle à ses habitudes, Édith se gare gentiment devant l'enseigne du « Chinois » où elle doit rejoindre cet anonyme qui s'appelle Victor. Et de la voiture qui vient d'entrer sur le parking derrière celle de la jeune femme, un gaillard en descend avec sur la trogne enjouée un large sourire. Satisfaction de voir qu'elle est là, qu'elle est ponctuelle ? Ou mieux encore, qu'elle correspond bien à la description sommaire qu'elle lui a donnée ?
— Bonjour ! Je suis Victor !
— Édith et merci de ne pas m'avoir fait attendre. Dans ce genre de rencontre, il y a toujours le risque d'un lapin.
— Il faudrait que je sois un véritable idiot pour cela et croyez-moi, je suis très heureux de vous retrouver ici. J'espère de tout mon cœur que la soirée se poursuivra, bien au-delà de notre repas ! Vous n'êtes, de votre côté, pas trop déçue par le bonhomme ?
— Pourquoi devrais-je l'être ? Vous et moi ne nous sommes rien promis, et nous avons le temps d'un diner pour changer d'avis ou nous décider. Vous êtes d'accord avec ça ?
— Oui ! Oui, évidemment. Mais je dois dire que si on me demande mon avis de suite, je vote immédiatement pour une continuité de la soirée.
— Nous verrons ! Ne nous emballons pas. Il y a tant de paramètres à prendre en compte. Et j'ai toujours aussi peur.
— Ai-je l'air d'un monstre ? Nous rentrons dans la salle ?
— Oui ! Après tout un bon moment ne tue personne, surtout avec une cuisine que j'affectionne plus particulièrement.
— Disons que c'est sur la route de notre boite, l'Usine n'est qu'à une demi-heure de route d'ici.
— J'ai consulté leur site internet.
— Ça vous a plu ? C'est très classe et les avis sont très bons
— Je suis plutôt méfiante quant à ceux-ci
— Vous croyez que c'est du bluff ?
— Les leurs, je ne sais pas, mais c'est souvent le cas pour ce genre de commentaires dans bien des domaines
— …
Un serveur en tenue, très asiatique par les traits de son visage, les guide vers une table pour deux, toute prête. Victor et Édith s'installent, sans que transparaisse le fait qu'ils ne se connaissent pas vraiment. La glace est rompue et c'est un pas en avant pour cette jolie nana qui s'assied face à un homme dont les cheveux coupés courts sont d'une couleur à dominante grise. Puis la carte attire l'œil de la brune. Elle choisit des cuisses de grenouilles, en se souvenant des dernières qu'elle a dévorées dans un endroit tel que celui-ci. Les couples autour d'eux ne se soucient absolument pas de ce qui se passe à leur table.
Le verre d'apéritif maison servi avec des chips de crevettes réveille les papilles de la belle. Lui en profite pour d'un regard amusé, détailler son invitée. Elle est conforme en tous points à ce qu'elle lui a dit. Cette délicieuse jeune femme est élégamment vêtue et s'encanailler en sa compagnie pourrait être absolument sublime.
— Vous avez fait le premier pas et je vous avoue que je serais honoré de partager ce que vous promenez sous mes yeux.
— Partager ? Je n'ai pas songé à vous demander s'il était possible de danser dans votre club.
— Bien sûr, bien que ce ne soit pas la vocation première de l'endroit, vous vous en doutez.
— Tout dépend de quelle danse on parle.
— D'humeur coquine ce soir, Édith ?
— J'essaie de calmer l'horloge qui tambourine dans ma poitrine. Le meilleur moyen pour cela est de discuter.
— C'est vrai ! Vous êtes charmante, mais vous le savez déjà, n'est-ce pas ? Les hommes doivent souvent se retourner sur votre passage et dans une boite libertine, vous allez attirer les regards des mâles solitaires.
— Il y en a beaucoup des hommes qui trainent seuls dans ces établissements ? Parce que j'ai joué la curieuse et les prix pour ceux qui ne sont pas accompagnés sont… tout bonnement exorbitants.
— Ils font tourner le commerce et sans eux les gérants ne s'en sortiraient pas. Bien peu cependant arrivent à, comment vous dire cela sans vous choquer, concrétiser !
— Ah bon ? Alors pourquoi s'y rendent-ils ?
— Certains sont voyeurs, d'autres s'imaginent qu'un miracle est possible. Je ne suis pas loin d'y croire moi aussi, maintenant.
— Pourquoi ?
— Je n'aurais pas parié une pièce de deux euros sur le fait que d'une part, vous soyez réelle et d'autre part, que nous dinions face à face un samedi soir. Et encore moins sur un éventuel passage à l'Usine !
— Vous avez si peu confiance en vous ?
— C'est en la gent féminine que j'ai du mal de croire, depuis mon divorce.
— Il vous faut me convaincre de vous suivre, et je ne vous cache pas que la tâche va s'avérer ardue.
— Que voulez-vous entendre ou savoir pour vous décider ?
— Ce que je peux retirer comme bénéfice en vous suivant, tout bêtement !
— Un examen de passage en quelque sorte ?
— Voilà ! Et je suis une jurée difficile.
— …
Victor est sympa et il parle aussi bien qu'il écrit. Un trait d'union entre elle et lui. De plus il est plaisant sans pour cela se montrer insistant ou lourd. Et la brune se laisse aller à quelques confidences, marques de confiance. Arrive aussi l'instant du dessert et de régler la note. Elle veut payer son écot, mais lui refuse catégoriquement. Puis une fois le saké dans les verres en guise de digestif, il revient sur ce qui lui tient à cœur.
— Nous avons bien mangé, bu aussi ! C'est donc à vous de décider si nous allons sagement chacun de notre côté ou si… j'ai encore une petite chance de me promener à votre bras.
— N'avions-nous pas un but ? Pourquoi pensez-vous que j'ai pu changer d'avis ? Vous aurais-je donné un quelconque signe dans ce sens ?
— Non ! Pas du tout… mais je meuble les silences et je tremble déjà de votre réponse.
— Comment procède-t-on ? Je vous suis avec ma voiture ou vous me prenez en charge depuis le parking de ce restaurant ? Dites-moi !
— Qu'est-ce qui vous arrange le mieux ? Il est vrai que ce doit être un bonheur que de vous conduire.
— Alors c'est réglé, qu'en dites-vous ?
— Parfait, je n'aurais pas rêvé meilleure manière d'aborder la soirée.
Ils partent sans que personne ne semble le remarquer. Une fois dans la voiture, Édith ne parle plus. Elle regarde défiler la route, et d'un coup, un minuscule chemin, où le conducteur bifurque. Elle laisse échapper quelques mots malgré elle.
— C'est paumé votre Usine ? Vous êtes sûr qu'au bout de ce chemin il y a quelque chose ?
— Vous avez peur ? Regardez dans une centaine de mètres nous devrions nous trouver devant un portail. Là vous voyez !
— D'accord.
— Je vais descendre pour sonner ! Il faut montrer patte blanche pour entrer dans ce sanctuaire.
— Vous êtes le maitre à bord. Apparemment vous savez où vous mettez les pieds.
— Je ne vous ai jamais caché que je suis venu deux ou trois fois dans cet établissement. Et vous avez raison, seul, c'est hors de prix pour les messieurs en mal de compagnie.
Il est déjà hors du véhicule et son index appuie sur une sonnette qu'Édith n'a pas seulement décelée dans un des piliers de l'entrée. Il lui semble qu'une voix répond. Et de son siège, elle voit la large porte rouler sur son rail. Victor revient vers sa voiture.
— Voilà, jeune femme, vous êtes dans l'antre du vice. J'espère que ça va vous plaire. Parce que je vous assure que je suis moi… émoustillé par la situation. Vous ne tremblez pas trop ?
— Ça va ! J'arrive à calmer les battements de mon cœur. C'est un grand saut dans l'inconnu, sur tous les plans pour moi.
— C'est délicieux les petits frissons que procure la nouveauté n'est-ce pas ? Je ne suis pas exempt d'en ressentir les effets. Bien ! Encore une étape à franchir et nous serons livrés au monde de la nuit. Les turpitudes commencent derrière cette dernière porte close.
Une lumière tamisée ne permet pas de voir plus loin que le hall où ils pénètrent. La musique est en sourdine et dans la pénombre, une jeune femme juste vêtue d'un soutien-gorge à paillettes et d'un string de même allure les dirige vers un vestiaire dans le noir. Dès qu'elle passe la porte, une lampe s'allume et des casiers sont rangés le long de trois des murs.
— Nous y sommes ! Ici vous pouvez laisser vos affaires et dans cette armoire vous trouverez des serviettes, du savon emballé, du gel douche. Vous êtes déjà venu chez nous ?
— Moi oui, ma compagne jamais.
— Ah ! Une découverte donc ? Rappelez-le au barman, une boisson de bienvenue vous sera offerte à tous les deux donc. Nous vous souhaitons un bon séjour à l'Usine…
— Merci.
Elle a tourné les talons. Satisfaite sans doute de ne pas avoir à faire une fastidieuse visite des lieux puisque l'un des deux complices connait déjà l'intérieur. Elle est repartie pour accueillir de nouveaux visiteurs, et Édith ne sait plus trop ce qu'elle doit faire. Victor donc lui fait quelques suggestions.
— Ici vous pouvez déposer votre sac à main et ce n'est pas obligatoire, mais la plupart des personnes qui fréquentent la maison se dévêtent dans ce vestiaire. Certains le font dès leur arrivée, d'autres en cours de soirée… si l'envie est là, bien entendu.
— Vous voulez bien avant toute chose me faire faire le tour du propriétaire ?
— Bien sûr ! Vous déciderez de la marche à suivre…
La brune suit le bonhomme. Ensemble ils vont et viennent, passant de chambre en chambre. Toutes sont encore vides à cet instant de la soirée. Puis c'est une enfilade de salons, tous meublés de larges divans et de sièges en cuir. Les yeux de la jeune femme furètent partout et elle aperçoit, disséminés dans tous les coins, de petits paniers d'osier. Son compagnon voit qu'elle est intriguée par ces objets.
— Ces panières en osier contiennent des objets indispensables dans un pareil endroit.
—… ? Quoi donc ?
— À votre avis ? Des préservatifs. N'oubliez pas que l'on se balade dans un haut lieu du sexe et que ces petites protections sont obligatoires…
— C'est vrai, quelle bécasse je fais !
— Mais non, vous n'êtes pas une habituée de ce genre de monde de la nuit.
— Et là ? Qu'est-ce qui se trouve derrière cette porte ?
— Un sauna ! Vous voyez de quoi je parle
— Tout de même… intéressant ça ! Vous savez, je ne sais pas comment ça marche ce truc ?
— Envie d'essayer ?
— Peut-être ! Tout à l'heure. Mais pour le moment, je voudrais boire un peu d'alcool. Un truc assez fort, pour me donner un courage qui me fait défaut.
— Venez. Le bar est de ce côté.
— Et là ? Il y a quoi de l'autre côté de ce mur en bois ?
— Des glory-holes ! Ça vous dit quelque chose ?
— Pas vraiment. Ça sert à quoi ?
— Et bien par cette petite porte, une dame, deux parfois, voire aussi de temps en temps un homme va dans cette sorte de réduit. Et vous voyez ces trous qui sont à plusieurs hauteurs… ? Je ne vous fais pas de dessin ! Un trou, un sexe qui traverse la mince cloison et ma foi, une bouche de l'autre bord…
— J'y suis… c'est un coin pour fumer !
— Si vous voulez… j'admire votre humour. Si cela vous chante, vous pourrez essayer…
—… ? Une chose à la fois, je ne suis qu'une novice dans ce genre de petits jeux.
Victor la dévisage sans trop déterminer s'il s'agit encore d'un trait d'humour ou de la vérité. À son âge cette femme a de beaux atouts et il lui tarde de la voir un peu moins habillée. Pas question cependant de brusquer les évènements. La laisser aller à son rythme et tout peut arriver. Quant à elle, elle s'en prend plein des yeux. Ils sont devant une nouvelle chambre qui visiblement est faite pour recevoir un large public. Dans cette pièce il n'y a qu'un lit, mais quelle couche ! Totalement circulaire, elle remplit quasiment tout l'espace.
De plus les bords sont relevés à la manière d'un immense canapé. Seul un passage d'environ un mètre forme deux marches qui permettent d'accéder sur le pieu. Elle ne peut détacher ses prunelles de ce sofa d'un style bizarre. Devant son attitude médusée, son accompagnateur ne peut que lui expliquer.
— Cette chambre est destinée à recevoir tous les couples qui veulent de la compagnie. Orgie, partouze, et aussi voyeurs partagent joyeusement cet espace. Chacun dispose sa serviette et puis…
— Et bien… je crois que j'ai encore beaucoup de trucs à apprendre. C'est un vrai lit donc ?
— Bien sûr et lorsqu'il est « occupé », que les usagers sont en nombre suffisant, ils peuvent le faire tourner sur lui-même. Si vous jetez un coup d'œil au plafond, vous allez voir qu'il s'agit en fait d'un immense miroir.
—… ? Tous peuvent donc se voir et suivre les ébats des autres ?
— C'est fait pour cela. Mais ceux qui viennent ici sont souvent exhibitionnistes et partageurs… les mains sont baladeuses et tous y trouvent de quoi se défouler.
— Les humains sont imaginatifs lorsqu'il s'agit de s'envoyer en l'air… c'est ingénieux je l'avoue. J'ai soif, pas vous Victor ?
— Nous avons grâce à vous, le bénéfice d'un verre gratuit…
— Alors, profitons-en !
Les deux se dirigent vers le bar. Et face à celui-ci, une piste de danse surmontée par l'estrade sur laquelle un disc-jockey officie. La musique pour l'heure est douce et quelques ombres juchées sur de hauts tabourets sirotent des boissons dont Édith imagine le pouvoir aphrodisiaque. Lui et elle trouvent deux sièges vides et s'y hissent sans peine. La barmaid, un reflet de la jeune femme qui les a reçus est prompte à intervenir.
— Bonsoir ! Vous vous plaisez dans notre maison ? Il parait donc que pour Madame c'est une découverte… vous avez donc le choix. Dites-moi ce qui vous ferait plaisir et je vous le sers.
—… je ne sais pas trop !
Un type dont Édith devine plus le visage qu'elle ne le voit, tourne son cou vers elle.
— Je vous conseille leur Vodka ! Une Russe du meilleur cru. Avec un soupçon d'orange, vous allez vous sentir pousser des ailes.
—… Merci ! Je vais donc suivre votre conseil !
La brune répond avec sa verve habituelle sans toutefois se départir de sa méfiance. Ce loustic est déjà sur le pied de guerre ? Il drague ce qui passe à sa portée ? Victor sourit à sa conquête, la sentant embarrassée par ce solitaire qui tente sa chance. Heureusement pour la jeune femme, leurs verres sont poussés devant eux à point nommé pour qu'elle reprenne la main. Elle porte le sien à ses lèvres et l'autre n'insiste pas. C'est donc Victor qui se penche vers la dame.
— Si vous voulez, on peut aller sur le bord de la piste de danse.
Sans dire un mot, en empoignant son godet, elle et lui se rendent donc sur un divan, d'une taille plus normale que dans la chambre d'amour celui-ci. Il lui chuchote de nouveau dans le creux de l'oreille.
— Je vous conseille de ne jamais laisser votre boisson sans surveillance. Les gens sont sympas dans ce club, mais on n'est jamais trop prudent. Il en est toujours pour faire des bêtises. Et un produit dans une vodka ou du champagne ne se sent pas toujours au palais. Ça vous plait jusque-là ?
— Ben… peut-être que lorsque j'aurai bu un peu d'alcool, je serai plus détendue…
La musique sort de partout, et un couple de femmes se faufile sur le confetti qui sert de plancher pour se déhancher. Elles s'enlacent et sur les accords doux, elles se frottent l'une à l'autre. Édith les suit des yeux.
— Ça vous dirait de danser aussi ?
— Vous savez donc ?
— Je suis tellement plus vieux que vous ! Et… oui, j'ai appris dans ma jeunesse.
Édith sent la pointe d'humour dans la voix du bonhomme. Alors c'est à son tour de lui rétorquer des mots qui sortent de sa bouche avec un léger tremblement.
— Finissons donc d'abord nos verres… et puis… je suis à vous !
Une phrase terriblement ambigüe et chez le gaillard, l'effet est immédiatement pris pour un espoir. Celui d'une soirée tendre en perspective.
Fin de la première partie !
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
22 mai 2021 à 09:08
Excellent ! Une belle mise en bouche, si je puis me permettre LOL
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Photo de profil de marco7968
marco7968
21 mai 2021 à 15:37
j'adore...
Soyez respectueux
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Soir d'orage
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Chapitre 2
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