Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le Velvet — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le Velvet
Chapitre 3
Chapitre 3 : Evangéline
Au détour d'un couloir, au plus profond des entrailles du Velvet, se trouvait un bureau que peu d'employés trouvaient agréable à visiter. Les couleurs y étaient ternes, comme si elles y avaient disparu avant même d'y naître. C'était une terre de sanction, de correction et de punition, une terre où rien ne pousse si ce n'est l'ordre et la droiture. Les fondations de l'hôtel y étaient profondément ancrées, ses racines robustes permettaient à l'ensemble de tenir debout depuis des générations.
— Zoé, vous me fatiguez.
— Zoé, vous me fatiguez.
La jeune femme était assise sur une vielle chaise en bois, un brin bancale. Elle avait réuni ses deux fines mains au creux de ses cuisses et fixait le sol tout en adressant ses prières au premier dieu qui passerait par là pour que tempête se calme.
Le majordome reprit.
— Je comprends votre inexpérience, parfois votre maladresse et j'ai même compris votre insolence lorsque vous avez franchi pour la première fois ma porte.
Cet homme était fort grand, il replaça délicatement ses longs cheveux argentés qu'il venait d'attacher à l'aide d'un fin ruban. D'un pas certain, il s'approcha de la jeune femme et se mit à sa hauteur. À l'aide de son index, il remonta lentement ses fines lunettes rondes sur le haut de son nez et reprit.
— Vous ne pouvez pas mettre cet établissement en danger, c'est une institution qui vous dépasse, qui me dépasse et je compte sur vous pour vous ressaisir.
Sans jamais hausser le ton, il venait de transmettre à sa nouvelle recrue un message clair. Son regard gris et perçant vint se planter une dernière fois dans les yeux noisette et bien plus chaleureux de son interlocutrice.
— Est-ce clair, lui demanda-t-il ?
Zoé se touchait les mains, elle peinait à cacher un léger sourire en coin, fruit d'une désinvolture qu'elle ne maîtrisait pas. Elle entrouvrit légèrement la bouche puis se ravisa avant d'acquiescer d'un léger signe de tête. Elle détourna ensuite le regard à la recherche d'un nouveau point à fixer, elle scruta chaque recoin, du sol au plafond, mais le néant au sein duquel elle se trouvait la dirigea inexorablement de nouveau vers son interlocuteur. La jeune femme remarqua alors, sur le front de ce dernier, une veine un peu plus gonflée que les autres, un détail sur lequel s'accrocher. Sans s'en rendre compte, elle finit rapidement par battre du doigt, le rythme, des pulsations de cette même veine ce qui fut assez pour que Viktor comprenne la chose.
— Zoé, quel âge avez-vous déjà ?
— 21 ans monsieur, lui répondit-elle.
La voix fluette de la jeune femme était l'opposée directe du timbre caverneux et profond du responsable du Velvet. Ils étaient tous deux dans une dissonance des plus parfaites, un dialogue de sourds qui ne mènerait à rien si ce n'est à déclencher un pic de tension chez ce vieil homme solide, mais émoussé par les années. Il prit une profonde inspiration tout en se redressant.
— Sortez d'ici. Préparez la 2046, Evangeline nous rend de nouveau visite ce soir. Faites en sorte qu'on ne me rapporte plus d'incident vous concernant.
La jeune femme se leva avant de s'incliner respectueusement.
— Bien, monsieur.
Evangeline venait de franchir les lourdes doubles portes du Velvet. Elle fut accueillie comme à l'accoutumée et le personnel l'invita à se rendre à l'ascenseur.
Habillée d'un petit talon, élégant, mais pas trop haut, car elle aurait été incapable de parader avec, elle marcha jusqu'à là avec un flegme légendaire.
Habillée d'un petit talon, élégant, mais pas trop haut, car elle aurait été incapable de parader avec, elle marcha jusqu'à là avec un flegme légendaire.
Elle avait le monde à ses pieds depuis qu'elle s'était débarrassée d'un mari gentil, trop gentil pour être objet de désir et qu'elle avait abandonné la dignité d'une mère pour se consacrer à ses pulsions les plus basses. Eva jubilait, à chaque instant, du nombre de requêtes qu'elle recevait sur son téléphone. Des centaines d'hommes, plus ou moins vieux, plus ou moins riches, plus ou moins chaque chose que la diversité a à offrir, se bousculaient pour avoir la chance de toucher ce corps qu'elle exhibait bien volontiers sur son réseau. Il était possible de la voir tout entière, sans tissu aucun, dans les positions les plus honteuses. Seul son visage restait un mystère pour chacun, si ce n'est pour l'homme ou les hommes qui participaient à la prise de ses clichés. Rongée par ses vices, par le plaisir intense de pratiques que la masse considérait taboues, elle n'avait plus vraiment pied lorsqu'elle se parait de ses plus beaux vêtements.
Evangeline se cachait derrière une logique bien à elle, elle pouvait commettre le pire, ça ne regardait qu'elle. Bien nombreux furent ceux à qui elle fit traverser les cercles infernaux, à qui elle fit croire qu'ensemble, ce serait pour la vie. La thérapie qu'elle suivait depuis bientôt 10 ans, ses excès, ses envies, personne n'avait la légitimité à ses yeux d'y redire quoi que ce soit. Elle savait mieux que les autres et ce soir-là encore, elle allait faire preuve d'une débauche sans limite et allait accorder à ce nouveau venu ce que jamais elle n'avait su donner à celui avec lequel elle avait connu les joies de la parentalité, à celui avec qui elle avait partagé un long moment de sa vie. Au fond d'elle, dans un recoin qu'elle ne visitait plus souvent, elle savait peut-être les douleurs, les cauchemars ou encore les peurs qu'elle avait infligées à ses partenaires.
Des yeux comme on en voyait peu, donnaient à son visage rond le charme glacial des femmes de l'Est. Un blizzard permanent, le froid dans tout ce qu'il a de plus pur lui faisait office d'aura. Elle pouvait sembler inaccessible pour le commun des mortels alors qu'en elle brûlait de mille feux un désir pour les jeux interdits. Elle était de ténèbres et de lumières et le temps fit son œuvre, ne laissant en elle qu'un infime éclat de pureté percé de toute part par les ronces acérées de désirs pervers. Ce soir-là, elle avait décidé de s'offrir à un homme un peu plus âgé, dix ans, quinze peut-être.
Elle sortit un petit masque vénitien qu'elle plaqua contre son visage puis entra dans la chambre.
Face au lit, au plafond, dans chaque angle de la pièce, une myriade d'outils de captation attendaient le moment pour saisir ce qu'elle laisserait derrière elle au monde. Ni héritage moral, ni souvenirs joyeux, juste un amas de chair torturé puis sacrifié sur l'autel du plaisir. Évangéline n'était pas représentante d'Aphrodite ni même de Dionysos, elle était l'émissaire de toutes les succubes du cercle de luxure, la représentante de leur colère, de leur haine contre tous ceux que la vie habitait encore. En dehors de toute réalité morale, elle posa à la hâte son sac sur un long canapé molletonné qui longeait le mur de l'entrée. Elle prit place devant les caméras et ne tarda pas à se retrouver nue devant elles.
De l'autre côté de la pièce, un homme d'âge mûr, bedonnant qui n'avait rien pour lui si ce n'est cette envie insatiable de prendre femme plus jeune. Restreindre leurs mouvements, se sentir puissant. Le temps d'un instant, il allait quitter l'ombre dans laquelle il se cachait le jour durant, pour les projecteurs d'une scène macabre dans laquelle il incarnerait le dominant.
Face au lit, au plafond, dans chaque angle de la pièce, une myriade d'outils de captation attendaient le moment pour saisir ce qu'elle laisserait derrière elle au monde. Ni héritage moral, ni souvenirs joyeux, juste un amas de chair torturé puis sacrifié sur l'autel du plaisir. Évangéline n'était pas représentante d'Aphrodite ni même de Dionysos, elle était l'émissaire de toutes les succubes du cercle de luxure, la représentante de leur colère, de leur haine contre tous ceux que la vie habitait encore. En dehors de toute réalité morale, elle posa à la hâte son sac sur un long canapé molletonné qui longeait le mur de l'entrée. Elle prit place devant les caméras et ne tarda pas à se retrouver nue devant elles.
De l'autre côté de la pièce, un homme d'âge mûr, bedonnant qui n'avait rien pour lui si ce n'est cette envie insatiable de prendre femme plus jeune. Restreindre leurs mouvements, se sentir puissant. Le temps d'un instant, il allait quitter l'ombre dans laquelle il se cachait le jour durant, pour les projecteurs d'une scène macabre dans laquelle il incarnerait le dominant.
Evangeline présentait son corps à tous. Dans de nombreux foyers, des pères en mal d'amour, des adolescents à la curiosité morbide ou encore des mères de famille dont la jeunesse s'était dissipée trop tôt, s'apprêtaient à savourer un moment d'amour comme il ne l'était jamais en dehors des écrans, du moins le pensaient-ils. La lumière bleue, ce soir, ne serait pas la seule responsable de leurs insomnies lubriques.
La bave aux lèvres, esclave d'un désir obscur qui lui rongeait l'esprit, le porc s'approcha d'elle, les deux mains en avant, prêt à saisir ce qui faisait d'Eve une femme de charme. Il lui attrapa maladroitement la poitrine, trop vite, trop fort. Elle essaya de protester, de se débarrasser de son emprise, mais il était bien trop tard pour que ce dernier ne lui cède qu'une infime partie de contrôle. Il la projeta sur le lit et déboucla sa ceinture.
— À quoi tu joues ? Grommela-t-il..
Elle n'eut pas le temps de se plaindre, que de tout son poids, il s'allongea sur elle. Evangeline n'en était pas à sa première fois, mais là encore, elle avait fait preuve d'insouciance. Une bêtise qui ne lui en paraissait pas une, une erreur, une toute petite erreur pensa-t-elle alors qu'elle sentit des liens se resserrer autour de ses poignets. Il la fit basculer sur le ventre et lui attacha les chevilles avant de les ramener jusqu'au haut de ses fesses. Elle connaissait les techniques afin de pouvoir se libérer, mais aujourd'hui, ça ne fonctionnait pas. Le nœud était-il différent ? Ou l'angoisse de la situation lui faisait-elle perdre ses moyens ? Elle allait appeler à l'aide, mais la grosse main potelée du monstre se mit sur sa bouche, le son ne parvient pas à se propager.
Il serait indécent de vous parler de ce qui se passa exactement dans les minutes qui suivirent, les témoins furent pourtant nombreux. À l'autre extrémité de la ville, dans un quartier résidentiel des plus calmes, une lourde détonation réveilla le voisinage. Les plus curieux purent constater l'arrivée des secours, puis de la police. Ce soir d'automne, veille de tempêtes hivernales, un enfant perdit ses deux parents dans des circonstances dont chaque spectateur garderait le plus grand effroi.
On lui raconterait comme sa mère était belle et aimante, libre et forte. Des récits et toujours plus de récits jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge adulte et qu'internet vienne rétablir une certaine part de vérité.
Puis, il deviendrait à son tour un homme, instable, fragile, en proie à une colère sans contradicteur. Une haine pure et légitime qu'aucun mot ne parviendrait à apaiser. Il comprendrait les souffrances de son père, chien impuissant, mais ne pourrait lui pardonner de l'avoir laissé seul, face à la monstruosité de cette face du genre humain.
On lui raconterait comme sa mère était belle et aimante, libre et forte. Des récits et toujours plus de récits jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge adulte et qu'internet vienne rétablir une certaine part de vérité.
Puis, il deviendrait à son tour un homme, instable, fragile, en proie à une colère sans contradicteur. Une haine pure et légitime qu'aucun mot ne parviendrait à apaiser. Il comprendrait les souffrances de son père, chien impuissant, mais ne pourrait lui pardonner de l'avoir laissé seul, face à la monstruosité de cette face du genre humain.
Le Velvet est un lieu où l'ordre encadre le chaos. C'est une place-forte de fantasmes et d'excès non contrôlés.
Mais là aussi, le comportement des uns dépasse parfois les prévisions des autres. Ils ne peuvent punir les morts, en revanche, en ce qui concerne les porcs...
Mais là aussi, le comportement des uns dépasse parfois les prévisions des autres. Ils ne peuvent punir les morts, en revanche, en ce qui concerne les porcs...
Viktor retira ses gants blancs qui avaient tourné au pourpre. Il les jeta au sol et fit dos à la bête immonde dont les liens la maintenaient immobilisée.
D'un pas certain, il alla jusqu'à son bureau avant de sortir d'un tiroir un magnifique écrin sculpté. Le contenant était noble, d'un autre temps. Il l'ouvrit minutieusement et prit l'objet qui se cachait à l'intérieur.
Un Colt, d'une époque révolue, parfaitement entretenu.
Il ouvra un second tiroir dont il fit émerger une balle.
Un click net parcourut la pièce quand il délogea le barillet de l'arme. Il y glissa sa seule et unique munition.
D'un geste beau et net, il remit en état de fonctionnement l'objet. Il tendit alors son bras armé vers le déchet dont il devait prendre soin.
D'un pas certain, il alla jusqu'à son bureau avant de sortir d'un tiroir un magnifique écrin sculpté. Le contenant était noble, d'un autre temps. Il l'ouvrit minutieusement et prit l'objet qui se cachait à l'intérieur.
Un Colt, d'une époque révolue, parfaitement entretenu.
Il ouvra un second tiroir dont il fit émerger une balle.
Un click net parcourut la pièce quand il délogea le barillet de l'arme. Il y glissa sa seule et unique munition.
D'un geste beau et net, il remit en état de fonctionnement l'objet. Il tendit alors son bras armé vers le déchet dont il devait prendre soin.
Et il tira.
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