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✦ Maitre_L L'encre des Desirs XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'encre des Desirs — Chapitre 2 · Chapitre 2 la danse des lettres

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Maitre_L
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L'encre des Desirs

Chapitre 2 · Chapitre 2 la danse des lettres

L'encre des désirs
 
 
Chapitre 2 : La Danse des Lettres
 
Julie resta un long moment le regard vide, fixant le grain du papier qui semblait palpiter sous ses doigts. Dans le silence de son salon de Gerland, le seul bruit était celui de sa propre respiration, devenue trop courte, trop rapide pour une femme d'ordinaire si maîtresse d'elle-même. Elle se sentait scindée en deux : d'un côté, la directrice d'agence qui cherchait la faille logique ; de l'autre, cette femme dont le corps, sous le satin rouge, ne répondait plus qu'à l'autorité de l'encre.
Elle baissa les yeux vers le haut de la nouvelle page. Le texte ne perdit pas un instant.
« Vous cherchez à comprendre, Julie. C'est votre premier réflexe. Mais ce soir, la raison est un vêtement trop étroit, tout comme ce tailleur beige que vous avez jeté au sol. »
Julie ne put s'empêcher de jeter un regard vers le tas de soie et de laine abandonné sur le parquet. C'était vrai. Elle s'était effeuillée avec une urgence qui l'effrayait presque. Le livre continuait, avec cette calligraphie qui semblait s'adresser directement à ses nerfs.
« Ne luttez pas contre ce frisson. Il est la preuve que vous êtes vivante. Portez votre main à votre poitrine. Pas pour vous cacher, mais pour sentir l'impatience de votre cœur. Sentez comme vos seins sont devenus lourds, comme ils cherchent le contact. »
Elle hésita, ses doigts effleurant la soie rouge de son peignoir. Puis, avec une lenteur calculée, elle laissa ses mains glisser vers l'ouverture du vêtement. Elle ne se sentait pas vulgaire ; elle se sentait révélée. Ses doigts rencontrèrent la rondeur de sa poitrine, une chair ferme et brûlante qui semblait appeler une caresse qu'elle n'osait pas encore s'accorder. Elle ferma les yeux, la tête basculée contre le dossier du canapé.
C'était étrange. En se touchant, elle n'avait pas l'impression d'être seule. Les mots de Luc, ces phrases lues sur le forum qui l'avaient tant fait vibrer, se mélangeaient désormais à l'encre physique de l'ouvrage. Elle imaginait que chaque ligne qui s'écrivait était une pression de doigts invisibles sur sa peau.
« Vos tétons sont deux perles de désir qui bravent le froid de la pièce. Ils attendent que je les nomme. Est-ce que vous sentez cette tension, Julie ? Cette humidité qui imprègne maintenant le satin sous vos hanches ? »
— Oui… murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle rauque qui se perdait dans l'ombre du salon.
Elle n'avait jamais été une femme de mots crus, mais l'élégance impérieuse du livre lui permettait d'accepter sa propre impudeur. Elle fit glisser ses mains plus bas, vers la naissance de ses cuisses. Elle sentait la texture lisse de sa peau, cette nacre dont parlait le texte. Elle était habituée à des amants fonctionnels, rapides, qui oubliaient souvent que son plaisir demandait du temps. Ici, le livre prenait tout son temps. Il décortiquait chaque seconde, chaque millimètre de sa peau.
Elle reprit sa lecture, le souffle saccadé.
« Écartez davantage les pans de votre peignoir. Ne me cachez rien de cette nudité que vous avez si longtemps réservée au noir complet. La liseuse est mon œil, et cette page est ma main. Je veux voir si votre petite chatte est aussi impatiente que vos yeux. »
Julie sentit une vague de chaleur l'envahir. La demande était directe, explicite, mais formulée avec une telle autorité qu'elle ne put qu'obéir. D'un geste fluide, elle ouvrit totalement le satin rouge. Elle resta là, offerte à la lumière crue, les jambes entrouvertes sur le lin gris du canapé. Elle était une femme de quarante-six ans, belle, puissante, et pourtant totalement soumise à l'encre qui la dévorait du regard.
Le livre sembla vibrer contre ses genoux, une pulsation presque organique qui s'accordait au rythme de son propre sexe. Elle était prête. Le temps de la parole laissait place au temps du ressenti.
Julie restait immobile, offerte à la lumière crue de sa liseuse. Ses jambes s'étaient ouvertes presque malgré elle, répondant à l'invitation silencieuse de l'ouvrage. Le contact du lin gris du canapé contre ses fesses nues lui procurait une sensation de rugosité exaltante, un contraste brutal avec la fluidité du satin rouge qui glissait sur ses hanches. Elle fixait la page, le souffle court, les narines palpitantes, inhalant cette odeur de santal et d'encre qui semblait désormais saturer l'oxygène de la pièce.
L'encre sur le papier ne se contentait plus de rester statique ; elle semblait bouillonner, les lettres s'épaississant comme si elles voulaient s'extraire de la fibre du vélin pour venir caresser la peau de Julie.
« Sentez-vous ce feu, Julie ? Ce n'est pas seulement le sang qui bat dans vos tempes. C'est l'appel de votre propre nature qui s'éveille. Regardez vos seins, voyez comme ils pointent vers moi, insolents de désir. Vous avez passé des années à les cacher sous la rigueur de vos vestes, mais ici, ils ne sont que des promesses de plaisir. »
Elle sentit une bouffée de chaleur envahir son décolleté. Ses mains, posées à plat sur le canapé, se crispèrent sur le tissu. Elle avait envie de porter ses doigts à ses tétons, de les pincer pour apaiser cette tension électrique qui devenait insupportable. Mais le texte, devançant son geste avec une précision chirurgicale, changea de ton. La calligraphie se fit plus sèche, plus impérieuse.
« Arrêtez. Ne faites pas un geste de plus. »
Julie sursauta, le bras à moitié levé. Elle fixa la phrase avec stupeur.
« Le plaisir facile est le refuge des faibles, Julie. Et vous n'êtes pas faible. Pour mériter la suite de notre histoire, vous devez apprendre la plus difficile des leçons : la frustration. Fermez ce livre. Maintenant. Allez vous coucher, glissez-vous entre vos draps, et ne vous touchez pas. »
Elle resta bouche bée, l'esprit en plein chaos. Elle, la directrice qui ne recevait d'ordres de personne, se voyait intimer le silence par un objet. La colère commença à monter, une rage sourde mêlée à une incompréhension totale. Mais le livre n'avait pas fini de poser ses conditions.
« Sachez que si vous cédez, je le saurai. Si vos mains s'égarent cette nuit pour chercher un soulagement solitaire, le lien qui nous unit sera brisé. Ce geste de trahison scellera notre intimité pour toujours, et je me tairai à jamais. Le choix vous appartient : une jouissance immédiate et médiocre, ou l'espoir d'un absolu. »
Dans un mouvement de pure révolte, Julie referma l'ouvrage d'un claquement sec. Le bruit résonna dans le salon comme une gifle.
— Non mais c'est quoi ce délire… murmura-t-elle, sa voix tremblant d'indignation.
Elle se leva brusquement, resserrant son peignoir avec une force qui lui fit mal aux épaules. Elle arpenta la pièce, les talons nus frappant le parquet avec une violence inhabituelle. Qui était ce "Luc" pour prétendre diriger son sommeil ? Pour lui interdire de disposer de son propre corps ? Elle se sentait humiliée, mise au défi dans sa propre maison. Pourtant, sous cette colère de surface, une peur insidieuse rampait. La peur de perdre ce contact unique, ce frisson que rien, ni personne, n'avait jamais réussi à provoquer avec une telle intensité.
Elle éteignit la liseuse d'un geste sec, plongeant le salon dans une obscurité soudaine où seule brillait la faible lueur des lampadaires de la rue. Elle se dirigea vers sa chambre, le cœur lourd d'un désir qu'on venait de lui arracher.
En se glissant entre ses draps de satin noir, Julie sentit le froid du tissu contre sa peau brûlante. Elle ferma les yeux, mais l'image des lettres noires restait gravée sur ses rétines. Son sexe pulsait, réclamant la caresse qu'elle savait si bien se donner, ce geste automatique qui l'aidait d'ordinaire à évacuer le stress de ses journées à l'agence. Ses doigts s'approchèrent de l'élastique de sa lingerie, effleurèrent la soie, mais elle s'arrêta net.
— Il le saura. 
Cette phrase agissait comme une laisse. Elle ne parvenait pas à rationaliser cette certitude, mais elle était là, ancrée dans ses tripes. Elle se tourna et se retourna, le satin noir se froissant contre ses seins dont les tétons ne voulaient pas décolérer. Chaque mouvement était un supplice. Elle imaginait les mains de Luc telles qu'elle les visualisait lors de leurs échanges se posant sur ses hanches, mais elle se forçait à rester immobile, les bras le long du corps, dans une posture de gisant.
Le combat intérieur dura de longues minutes. Elle se voyait déjà craquer, imaginant le soulagement d'une main experte, la sienne, venant enfin éteindre l'incendie. Ses seins semblaient l'appeler de l'intérieur, pesant de tout leur désir insatisfait. Mais l'idée de retrouver le livre muet le lendemain matin, redevenu un simple tas de papier inerte, la pétrifiait.
Elle finit par sombrer dans un sommeil agité, une dérive vers un inconscient peuplé d'ombres. Dans ses rêves, elle ne luttait plus. Elle se voyait dans une pièce aux murs de velours bleu, totalement nue, les mains liées dans le dos. Luc était là, ou du moins son ombre, imposante et sereine. Elle sentait son corps contre le sien, la dureté de sa verge pressée contre ses fesses, tandis que ses mains gantées de cuir exploraient chaque recoin de son anatomie avec une autorité sans réplique. Elle hurlait son nom, non plus comme un appel au secours, mais comme une reddition.
Le signal sonore de son réveil, à 6 h 30 précises, la projeta brutalement hors de cet abîme.
Julie ouvrit les yeux, le regard fixe, le souffle court. La lumière pâle de l'aube lyonnaise filtrait à travers les persiennes. Pendant quelques secondes, elle resta suspendue entre le rêve et la réalité, sentant encore la pression fantôme des mains de Luc sur ses hanches. Puis, elle sentit l'humidité. Une chaleur poisseuse, indéniable, imprégnait son entrejambe et le drap de satin noir sur lequel elle reposait.
Elle souleva la couette et poussa un juron étouffé. Elle était trempée. Sa cyprine avait laissé une auréole sombre, visible même sur le noir du tissu.
— C'est pas vrai… râla-t-elle à mi-voix, se redressant sur les coudes.
Elle jeta un œil à l'horloge. Son planning de la journée était une forteresse de rendez-vous millimétrés. Elle devait être à l'agence pour un litige de première heure, et voilà qu'elle allait devoir changer ses draps, lancer une machine, et refaire son lit avant même d'avoir pris son premier café. Ce retard irrémédiable l'agaçait, mais en même temps, elle sentit un sourire involontaire étirer ses lèvres.
Elle avait tenu. Elle n'avait pas utilisé ses mains. Le livre, sur la table du salon, l'attendait toujours. Et elle savait, avec une certitude qui la fit frissonner, qu'il l'avait vue souffrir toute la nuit.
Julie émergea de la douche, la peau rougie par l'eau chaude et le frottement énergique de sa serviette. Elle s'était lavée avec une sorte de ferveur purificatrice, comme si elle pouvait rincer les images de Luc et la sensation de ses mains fantômes. Mais alors qu'elle s'habillait, choisissant avec soin un ensemble de lingerie en dentelle noire sous un tailleur-pantalon gris anthracite d'une coupe impeccable, elle sentait bien que l'électricité de la nuit n'avait pas tout à fait quitté ses membres.
Elle était parfumée, maquillée, prête à affronter les litiges et les contrats de son agence. Elle retourna dans sa chambre pour s'occuper de la logistique domestique, ce rempart de normalité. En défaisant les draps, ses yeux tombèrent sur la tache sombre qui maculait la percale noire. Une bouffée de chaleur, brutale, lui monta aux joues. Elle ne put s'empêcher de sourire.
— Vous ne pouvez rien me reprocher , pensa-t-elle en s'adressant mentalement à l'ouvrage resté au salon, Je ne me suis pas touchée. Consciemment, j'ai obéi. 
Ce petit sursaut de reprise d'autorité lui fit un bien immense. Elle n'était plus seulement la soumise potentielle du livre ; elle redevenait la directrice qui sait jouer avec les règles pour marquer un point. Il ne lui avait pas interdit de rêver, après tout. Elle savoura cette victoire tactique tout en fourrant les draps dans la machine à laver. Elle programma le cycle pour qu'il se termine précisément au moment de son retour, une habitude de femme organisée qui lui redonna le sentiment de contrôler son existence.
Elle traversa le salon pour rejoindre la cuisine. En passant devant la table basse, son regard fut irrémédiablement attiré par le rectangle bleu nuit. Le livre était là, immobile. Pourtant, sous la lueur matinale qui filtrait à travers les rideaux, Julie jurerait que la reliure avait une sorte de mouvement imperceptible, comme si l'objet respirait doucement, repu de sa propre puissance.
Elle détourna les yeux juste avant de céder à l'envie de l'ouvrir.
— Pas encore , se promit-elle. Vous voulez de la frustration ? Je vais vous en donner. 
Un sourire de victoire se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle entrait dans la cuisine. Elle avait besoin de ce café. Elle le voulait fort, revigorant, capable de dissiper les dernières brumes érotiques de son sommeil. Le ronronnement de la machine et l'arôme puissant du grain moulu commencèrent à remplir l'espace, la confortant dans l'idée que cette journée serait parfaite. Elle se sentait invincible.
Elle s'assit sur le tabouret haut de son îlot central, son mug fumant entre les mains. De sa position, elle avait une vue directe sur le livre dans le salon. Elle savoura la première gorgée, l'amertume délicieuse du café noir lui piquant la langue. Elle fixa l'ouvrage comme on observe un adversaire que l'on vient de surprendre. Elle jouissait de ce moment de répit, de cette attente qu'elle s'imposait désormais à elle-même, transformant la soumission en un jeu de patience dont elle comptait bien rester la maîtresse.
Pourtant, au fond d'elle, là où la chaleur du café ne pouvait atteindre, une petite vibration persistait. Une attente que même son sourire de gagnante ne parvenait pas tout à fait à masquer.
Julie reposa son mug vide sur l'îlot central. Le silence de la cuisine, d'ordinaire apaisant, lui parut soudain oppressant. Ses yeux revenaient sans cesse vers le salon, vers cette silhouette bleue qui l'appelait. Elle ne put résister plus longtemps. Elle s'approcha, le cœur battant à tout rompre, et ouvrit l'ouvrage avec une précaution presque religieuse.
Le choc fut physique. Les pages, qui la veille encore étaient saturées d'une encre noire et vivante, n'étaient plus que des étendues de papier vierge. Un blanc immaculé, froid, définitif.
— Non… souffla-t-elle, sentant son sang se glacer.
Une bouffée de stress, violente comme une décharge électrique, la fit chanceler. L'idée d'avoir échoué, d'avoir brisé ce lien tenu par la simple trahison de son inconscient, lui était insupportable. Elle repensa à son rêve, à cette jouissance involontaire qui avait taché ses draps. Le livre avait-il considéré cela comme une transgression ? Avait-elle perdu Luc avant même de l'avoir rencontré ?
Elle s'effondra sur le canapé, les larmes lui montant aux yeux. C'était absurde. Elle, la femme de fer, pleurait sur un livre vide. Elle saisit un mouchoir, essuya ses yeux embrumés et, dans un geste de détresse, le posa sur la table basse, encore humide de son chagrin.
C'est alors que le miracle se produisit.
Sous l'effet de cette humidité humaine, ou peut-être par pure cruauté ludique, l'encre commença à sourdre de la fibre du papier. Des volutes noires, fines comme des veines, s'entrelacèrent pour former les premiers mots. Julie, les cils encore collés par les larmes, se pencha, le souffle court.
« Bonjour, Julie. »
— Bonjour… murmura-t-elle, sa voix n'étant qu'un fil de soie timide.
Les lettres se brouillèrent pour se reformer instantanément, plus denses, plus assurées.
« Julie, vous avez brillamment réussi. Malgré votre rêve, dans lequel j'ai adoré vous posséder… ce n'était pas dans le contrat. Je ne peux donc vous en vouloir. »
Un immense soulagement l'envahit, mais il fut de courte durée. Le texte continuait sa progression impitoyable.
« Malgré cela, il faut quand même que cette petite transgression soit punie. Dans la matinée, vous recevrez un paquet à votre bureau, dans lequel des instructions vous seront données. J'attends de vous que vous les respectiez à la lettre. Vous m'avez bien compris, Julie ? »
Les mots s'effacèrent à peine lus, laissant la place à une attente vibrante. Le livre exigeait une réponse. Julie sentit sa gorge se nouer. Elle était chez elle, et pourtant elle se sentait acculée.
— Oui… souffla-t-elle, presque inaudible.
L'encre revint, plus agressive, plus haute.
« On dit : "Oui, Monsieur !" »
Le choc de l'ordre fut tel que Julie baissa les yeux, une réaction réflexe d'obéissance qu'elle ne s'était jamais connue. Une chaleur foudroyante partit de son ventre pour irradier jusque dans sa poitrine. Ses tétons, sous la dentelle noire de son soutien-gorge, se durcirent instantanément, pointant contre le tissu fin.
— Oui, Monsieur, répéta-t-elle dans un soupir de reddition totale.
« Parfait, Julie. Vous pouvez y aller maintenant. »
Le livre redevint vide. Un silence de mort retomba sur la pièce. Julie se sentit aussi déserte que les pages devant elle. Elle referma l'ouvrage, effleurant la couverture qui semblait de nouveau animée de cette respiration sourde et régulière.
Elle se leva comme une automate, prit son sac à main, ses clés, et quitta l'appartement.
Le trajet en métro, de Jean Macé vers le centre, fut un calvaire de sensations contradictoires. Coincée entre un étudiant distrait et une retraitée chargée de sacs, elle se sentait horriblement exposée. Chaque secousse de la rame, chaque frôlement de passager lui rappelait l'humidité qu'elle portait encore en elle. Son esprit ne pouvait se détacher de la promesse du livre : un colis l'attendait. Des instructions.
Jamais, dans sa carrière de directrice, elle n'avait ressenti une telle humiliation sociale à l'idée d'obéir, et jamais elle n'avait été aussi excitée par sa propre chute. Elle franchit les portes de son agence avec une demi-heure de retard, le visage de marbre, mais le cœur battant la chamade, ses yeux cherchant déjà, sur le bureau de sa secrétaire, la forme d'un paquet qui allait sceller sa journée.
L'agence de la place Jean Macé baignait dans une atmosphère de plomb. Depuis l'ouverture à huit heures, Julie n'était plus la même. Habituellement, elle était celle qui apportait la lumière, cette responsable d'équipe dont l'humanité et le sens de l'écoute rayonnaient sur ses collaborateurs. Elle savait se faire respecter sans jamais avoir besoin de hausser le ton, cultivant une courtoisie joviale qui faisait la réputation de sa structure.
Mais ce matin, le séisme avait tout balayé. Sèche, distante, presque cassante, Julie avait distribué des remontrances comme on jette des pierres. Anabelle, sa secrétaire dévouée, Justin et Christine, ses deux conseillers, avaient tous les trois subi ses foudres dès la première heure. Même les intérimaires, venus simplement pour une mise à jour de dossier ou une recherche de mission, avaient été accueillis avec une froideur chirurgicale.
Julie voyait les dégâts qu'elle causait, elle sentait le malaise s'installer sur les visages, mais elle ne parvenait pas à se contrôler. Son esprit était ailleurs, hanté par l'image de ce colis promis par le livre, et par cette voix intérieure qui lui murmurait encore :
— Oui, Monsieur .
Un silence de tombe s'était écroulé sur l'agence. Chacun était muré derrière son écran, les doigts tapotant le clavier avec une discrétion de voleur, évitant soigneusement de croiser le regard de la patronne de peur de déclencher une nouvelle tempête.
À 10 h 30 précises, Julie détacha ses yeux de son écran. Elle regarda ses troupes. Une vague de remords, violente, lui serra le cœur. Elle vit Justin, la tête baissée, et Christine qui semblait s'effacer derrière sa plante de bureau. Elle était navrée. Ce n'était pas elle, cette harpie. C'était la frustration, c'était l'attente, c'était ce lien invisible avec l'ouvrage bleu nuit qui la dévorait.
Sans un mot, elle verrouilla sa session, se leva et saisit son sac à main. Elle se dirigea vers la porte vitrée et, la main sur la poignée, se retourna vers eux :
— Je reviens. J'en ai pour dix minutes, grand maximum.
Elle sortit avant même qu'ils n'aient pu lever la tête. À travers la vitrine, Anabelle vit Julie s'éloigner d'un pas rapide. Justin et Christine se levèrent instantanément, comme mus par un ressort, pour rejoindre le bureau de la secrétaire.
— Tu sais ce qui lui arrive ? demanda Justin à voix basse, le regard inquiet. On dirait qu'elle veut nous écorcher vifs.
— Aucune idée, répondit Anabelle en secouant la tête. Elle doit passer un mauvais moment. Vous savez, elle a ce rendez-vous avec la direction régionale la semaine prochaine, c'est toujours une source de stress immense pour elle.
Cette explication rationnelle sembla apaiser les appaisés  Christine et justin  retournèrent à leurs postes, même si le malaise persistait.
Cinq minutes plus tard, la clochette de l'entrée tinta. Julie réapparut, un sachet de papier kraft de la boulangerie d'en face sous le bras, l'odeur du beurre chaud et du sucre l'escortant. Sans un regard pour personne, elle s'engouffra dans la salle de pause. Elle se mit au travail avec une précision rituelle : elle fit couler le café noir pour Justin, prépara l'Earl Grey pour Christine et ajouta la goutte de lait exacte dans le mug d'Anabelle.
Elle disposa les croissants et les pains au chocolat sur une assiette, prit une grande inspiration pour chasser la tension de ses épaules, et se pencha dans le couloir :
— Allez, venez prendre une pause ! J'ai besoin de me faire pardonner mon comportement de ce matin.
Le soulagement fut presque palpable. L'équipe se retrouva autour de la petite table ronde. Julie souriait, mais c'était un sourire de façade. Elle plaisantait avec eux, s'excusait de sa nervosité, invoquant elle aussi la pression de la direction régionale. Pourtant, ses oreilles restaient tendues vers l'entrée de l'agence. Chaque fois que la clochette de la porte retentissait, elle sentait son cœur faire un bond dans sa poitrine.
Elle savourait son café, essayant de retrouver sa prestance, quand Anabelle se leva pour retourner à son poste, le carillon de la porte venait de sonner.
— Agence Interim Partners, bonjour ?
Julie s'arrêta de mâcher un morceau de croissant. Elle fixait la porte de la salle de pause.
— Oui, c'est pour Madame la directrice ? Un instant.
Anabelle apparut dans l'encadrement de la porte, un petit sourire aux lèvres.
— Julie, c'est un coursier. Il dit qu'il a un colis urgent pour vous, remis en main propre uniquement.
Le sang de Julie ne fit qu'un tour. Elle sentit ses tétons se durcir contre la soie de sa lingerie, une réaction qu'elle ne put réprimer. Elle posa son mug avec une main qui commençait déjà à trembler. La punition était arrivée.
Julie posa sa tasse de café, dont la vapeur montait encore en volutes paresseuses dans l'air climatisé de l'agence. Elle remercia Anabelle d'un hochement de tête qu'elle espérait naturel, bien que son cœur tambourinât contre ses côtes à un rythme effréné. Elle se dirigea vers l'entrée où l'attendait le coursier.
L'homme détonnait dans le décor fonctionnel de l'agence. Il avait tout d'un messager de luxe : un costume noir impeccablement ajusté, une casquette assortie dont la visière ombrait son regard, et des gants blancs d'une propreté chirurgicale. Ces mains gantées enserraient un colis carré, d'environ vingt centimètres de côté, qui ressemblait à une boîte de chaussures de haute couture.
Julie saisit le paquet. Au contact du carton, elle sentit une onde de chaleur lui parcourir les bras. Elle signa le reçu d'une main si tremblante qu'elle craignit que le coursier ne remarque son trouble. Elle sentait le rouge lui monter aux joues, une réaction de jeune fille qu'elle détestait mais qu'elle ne parvenait pas à réprimer. Essayant de garder une contenance de fer, elle fit volte-face et regagna son bureau.
Une fois à l'intérieur, elle ferma la porte, puis, saisie d'un doute, elle la rouvrit brusquement pour s'adresser à sa secrétaire :
— Anabelle, je ne veux pas être dérangée. Pour aucune raison. Si besoin, tu prends un message et je rappellerai plus tard, mais je ne suis là pour personne.
Anabelle, surprise par ce ton si impérieux, afficha un sourire complice :
— Bien reçu, Julie. Personne ne vous dérangera, je vais y veiller comme à la prunelle de mes yeux !
— Au prix de ta vie si besoin, Anabelle, ajouta Julie, le regard sombre.
La secrétaire éclata de rire, ne percevant pas la tension réelle qui habitait sa patronne. 
— Ah oui, à ce point-là ? Très bien, il faudra me passer sur le corps pour avoir accès à votre bureau !
Julie referma la porte, cette fois pour de bon. Elle s'adossa contre le chambranle froid, le colis pressé contre sa poitrine. Elle ferma les yeux un instant, les paroles d'Anabelle résonnant encore dans son esprit.
« Moi, je te passerais bien sur le corps, ma petite Anabelle… », murmura-t-elle pour elle-même dans un souffle impudique qu'elle n'aurait jamais osé formuler à voix haute quelques jours plus tôt. « Mais pour l'instant, il faut que je m'occupe de ça. »
Julie s'assit à son bureau, repoussa son clavier d'un geste machinal et vérifia d'un simple regard que la porte était bien fermée. Le silence de la pièce semblait soudain plus dense, presque palpable. Elle regarda le colis posé devant elle ; il était de belle facture, enveloppé de soie en guise de papier cadeau, qu'elle défit avec des soins infinis.
À l'intérieur, elle découvrit une boîte ornée d'une fleur de lys noire, avec son prénom écrit en enluminures juste au-dessous. Elle resta clouée sur place, le souffle coupé. Rien que l'écrin devait coûter une petite fortune. Elle souleva doucement le couvercle, terrifiée à l'idée de ce qu'elle allait trouver à l'intérieur, mais incapable de reculer.
Presque religieusement, elle déposa le couvercle à côté de la boîte. Une étoffe de soie blanche recouvrait une autre petite boîte, sur laquelle trônait un morceau de papier. Elle le prit, le déplia. Elle reconnut immédiatement l'écriture du livre, et le choc dans ses entrailles fut si terrible que, si elle n'avait pas été assise, elle serait tombée.
« Julie, pour vous punir de votre manquement de cette nuit, vous allez ôter votre chemisier. Maintenant. Ôtez votre soutien-gorge, et ensuite seulement vous ouvrirez la boîte. Je vous interdis de le faire avant que vous vous soyez dévêtue. Vous m'avez bien compris ? »
Elle répondit machinalement en baissant les yeux, comme si l'ombre de Luc planait au-dessus de son épaule :
— Oui, monsieur.
Elle posa le papier sur la boîte, prit une grande respiration pour tenter de calmer les battements erratiques de son cœur, et commença à enlever, un à un, les boutons de son chemisier. La soie grise glissa sur ses bras, révélant sa peau qui frissonnait déjà sous l'autorité de l'ordre reçu.
Délicatement, Julie défit les agrafes de son soutien-gorge, ne lâchant pas le papier des yeux, comme si le regard de Luc était imprimé dans chaque boucle de son écriture. Une fois le tissu noir retiré, elle prit une grande bouffée d'air, ce qui fit gonfler sa poitrine davantage. Ses tétons étaient durs comme du bois, si tendus qu'ils en devenaient douloureux sous la lumière crue de ses plafonniers. Elle prit le temps de les regarder, de les admirer ; jamais de sa vie, à presque cinquante ans, elle ne les avait vus dans un tel état d'éveil.
Une pointe d'angoisse la traversa. Que faisait-elle ? Elle, la directrice de cette agence, se tenait à moitié nue dans son sanctuaire professionnel alors que la porte pouvait s'ouvrir à tout instant. Elle allait renoncer, la main déjà tendue vers son linge, quand le papier s'anima de nouveau sur le bureau.
« Je suis fier de vous, Julie. Je ne pensais pas que vous iriez jusque-là. Rhabillez-vous, mais ne remettez pas votre soutien-gorge. »
Elle répondit un léger oui dans un souffle ténu. Immédiatement, le papier vibra violemment sous ses doigts. Elle se reprit aussitôt, la gorge serrée :
 — Oui Monsieur, pardon…
Le papier se calma. Elle baissa les yeux sur la boîte restée entrouverte. Allait-elle l'ouvrir sans en avoir reçu l'invitation ? Et si c'était exactement ce que voulait Luc ? Qu'elle faute encore pour mieux la punir ? Elle tressaillit à cette idée, prise en étau entre l'envie dévorante de transgresser et celle, plus profonde encore, de le satisfaire. Elle choisit la solution la plus sage ; Dieu seul savait ce qu'il aurait pu exiger d'elle ici, dans ce bureau.
Elle remit son chemisier. Le contact direct de la soie frottant sur ses tétons libres lui arracha un soupir de pur contentement. Elle rangea son soutien-gorge au fond de son sac à main. En se penchant pour le glisser dans le cuir, elle ressentit d'autant plus les caresses du tissu sur sa chair nue. Elle sentit immédiatement son dessous se tremper. Il fallait qu'elle se calme, qu'elle respire, sans quoi son pantalon de tailleur allait être marqué. Elle aurait trop honte de sortir ainsi ; cela ne correspondait en rien à l'image de femme de fer qu'elle projetait. C'était impensable.
Elle se redressa sur sa chaise, prit le papier dans ses mains et s'apprêta à le replier quand il se remit à vibrer sous ses doigts. De nouveaux mots firent leur apparition :
« Julie, vous avez fait le choix de ne pas ouvrir la boîte, et je vous en félicite. Je suis très fier de vous. Rangez tout cela, finissez votre journée tranquillement. Je ne vous embêterai plus, je vous le promets. »
Elle répondit avec un sourire de soulagement et de trouble mêlés : 
— Merci Monsieur.
Le papier vibra une dernière fois avant de redevenir d'un blanc immaculé. D'une main encore tremblante, elle le déposa presque religieusement sur la boîte. Elle remballa l'objet dans le papier de soie, souffla un bon coup et tenta de retrouver sa contenance de directrice. Elle voulut d'abord cacher la boîte dans son sac, mais elle s'y refusa ; elle la laissa trôner sur son bureau, bien en vue, comme un trophée ou un avertissement.
On frappa alors à sa porte.
— Julie ? Excusez-moi de vous déranger, mais monsieur Master est là.
Elle l'avait complètement oublié, lui. Heureusement qu'il n'était pas arrivé dix minutes plus tôt.
— J'arrive ! lança-t-elle à Anabelle, qui attendait toujours derrière le battant de chêne.
A suivre...
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Kulhwch
10 mai 2026 à 22:09
La suite est à la hauteur du début ! Cela faisait un moment que je n’étais pas venu mais je vais pouvoir savourer ces nouveaux chapitres les uns après les autres, merci de ce cadeau !
Soyez respectueux
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Aline57
19 mars 2026 à 16:14
J adore
Soyez respectueux
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L'épisto à l'air
15 mars 2026 à 13:34
Très bon second chapitre ! L'histoire prend de l'ampleur et la tension monte inexorablement. Julie est toute en contraste et ses ambivalences la rendent troublante et troublée. La scène du colis au bureau fait monter l'attente et le suspense. Hâte de lire la suite.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de michel60
michel60
12 mars 2026 à 09:39
Le livre maléfique !!!!
Superbe conte pour adultes
Soyez respectueux
Répondre
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Tit64
10 mars 2026 à 20:59
Vraiment une excellente histoire
Vivement la suite
Merci
Soyez respectueux
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