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✦ tounet777 La morsure de l'éternité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La morsure de l'éternité — Chapitre 5

27 minutes
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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La morsure de l'éternité

Chapitre 5

Chapitre 5
Le silence qui suit notre chute sur le lit est plus assourdissant que le fracas de nos corps. L'air dans la chambre est encore ionisé par la puissance que nous avons déployée, une odeur d'ozone et de sel brûlé flottant entre les tentures de velours. Evander me fixe, et pour la première fois, je vois une faille dans son armure d'invulnérabilité. Ce n'est pas seulement de la surprise ; c'est la peur d'un créateur qui réalise que sa créature est habitée par une force qu'il ne peut ni comprendre, ni contenir.
Il se lève brusquement, ignorant sa nudité magnifique, et commence à tracer des cercles nerveux sur le parquet. Ses yeux verts brillent d'une lueur fébrile.
— Il te parle, Keegan. Il t'utilise comme un réceptacle, un canal pour déverser sa volonté millénaire dans ce siècle qui n'est plus le sien. Si je le laisse continuer, si cette voix s'installe dans ton esprit, elle finira par effacer la tienne. Tu ne seras plus Keegan, tu seras l'ombre de Caius.
Je tente de me redresser, mais mes membres sont lourds, comme si le sel de la vision s'était infiltré dans mes articulations. — Mais il m'a donné sa force, Evander... Il m'a montré comment voir avec la terre...
— Sa force est un poison pour un nouveau-né ! rugit-il en se tournant vers moi. Ce qu'il t'a fait faire au cimetière, cette lévitation... il s'est servi de toi. Il a utilisé notre lien de sang pour puiser mon énergie et te la transférer. Je ne permettrai pas qu'il s'immisce davantage entre nous.
Il s'approche d'une petite armoire en bois d'ébène qu'il n'ouvre jamais. Il en sort une dague au manche d'os et une fiole contenant un liquide épais, sombre, presque noir.
— Nous allons bloquer sa voix, Keegan. Je vais sceller ton esprit avec mon propre sang et un rituel ancien que mon Sire m'a appris pour protéger les jeunes des influences extérieures. Ce sera douloureux, mais c'est le seul moyen de te rendre ton libre arbitre.
Il me force à m'asseoir au centre de la pièce, à même le sol. Il dessine un cercle autour de moi avec le liquide de la fiole — un mélange de terre de sa terre natale et de sang de prédateurs anciens. La température de la pièce chute instantanément.
— Ne lutte pas, Keegan. Concentre-toi sur ma voix, et uniquement sur la mienne.
Evander s'entaille la paume avec la dague. Le sang coule, riche et puissant, mais il ne me laisse pas le boire. Il pose sa main sanglante sur mon front, puis sur mon cœur, là où le fragment de la clé semble palpiter de mécontentement. Il commence à incanter dans une langue oubliée, un dialecte guttural qui semble faire vibrer les os du manoir.
Immédiatement, une guerre éclate dans mon crâne. La voix de Caius, jusqu'ici calme et majestueuse, devient un hurlement de tempête.
— Petit veilleur... ne laisse pas l'aveugle fermer tes yeux... la racine a soif...
Je hurle de douleur. C'est comme si on coulait du plomb fondu dans mes oreilles. Je sens la volonté d'Evander, solide comme un rempart de pierre, s'abattre sur les murmures de l'Ancien. Il plaque sa deuxième main sur ma nuque, m'obligeant à le regarder dans les yeux.
— Regarde-moi ! ordonne-t-il. Je suis ton Sire ! Je suis ton seul maître ! Chasse-le de tes pensées !
Je me tords au sol, les griffes labourant le bois du parquet. La vision du chêne souterrain tente de refaire surface, mais Evander la noie sous une vague de sa propre essence. Le sang sur mon front commence à brûler, marquant ma peau d'un sceau invisible. Pendant de longues minutes, je suis le champ de bataille de deux puissances colossales : l'ancienneté absolue de Caius contre la protection possessive d'Evander.
Finalement, dans un craquement psychique qui me donne l'impression que mon cerveau va exploser, le silence revient. Un silence vide. Artificiel.
Je m'effondre dans les bras d'Evander, trempé de sueur froide, mon corps secoué de spasmes. Le lien avec la terre, cette perception vibrante que j'avais ressentie lors de la chasse, a disparu. Je ne sens plus la pulsation du cimetière. Je ne sens plus le fragment dans ma poitrine battre.
Evander me berce, son visage marqué par l'épuisement.
— C'est fini, murmure-t-il. Je l'ai repoussé. Tu es de nouveau seul dans ta tête, Keegan. À l'abri.
Je ferme les yeux, cherchant désespérément la voix de Caius, une partie de moi se sentant soudainement amputée d'un sens vital. Mais il n'y a rien. Juste le noir. Evander m'embrasse, un baiser de victoire et de soulagement, mais au fond de mon esprit, une question demeure : le sceau d'Evander est-il une protection... ou une cage ? Et surtout, si la prophétie disait vrai, comment trouverai-je les autres morceaux de la clé si je ne peux plus "regarder avec la terre" ?
Le silence qui a suivi le rituel d'Evander est une chape de plomb. Pour la première fois depuis mon éveil au cimetière, mon esprit n'est plus le théâtre des grondements telluriques de Caius. L'absence de cette voix millénaire me laisse un sentiment de vide vertigineux, une amputation sensorielle que seul le contact d'Evander parvient à apaiser. Le sceau qu'il a marqué sur mon front, invisible à l'œil nu mais brûlant comme une étoile sous ma peau, agit comme un rempart infranchissable.
Les nuits suivantes, Evander redouble de vigilance. Il refuse de me laisser seul, craignant que la moindre faille dans ma concentration ne permette à l'Ancien de s'engouffrer à nouveau. Son rôle de Sire a muté ; il n'est plus seulement mon guide, il est mon gardien absolu, ma seule ancre dans un océan d'incertitudes.
— Nous allons chasser à nouveau, Keegan, déclare-t-il un soir alors que nous observons les lumières de la ville depuis le balcon. Mais cette fois, nous n'irons pas dans les ruelles sombres. Nous irons là où le sang est noble, là où la vie est une célébration, pas une agonie. Tu as besoin de stabiliser ton essence avec une nourriture qui n'est pas souillée par la mélancolie de la terre.
Nous nous rendons dans une réception privée au sein d'un hôtel particulier de St. Charles Avenue. C'est un monde de velours, de bijoux étincelants et de conversations feutrées. Evander se déplace parmi les convives avec une aisance royale, sa main ne quittant presque jamais le creux de mes reins. Il me montre comment isoler une proie par le charme pur, comment utiliser mon "étincelle" pour séduire sans asservir.
— Regarde cette jeune femme près du piano, chuchote-t-il à mon oreille. Son sang a le goût du soleil et du champagne. Ne la force pas. Invite-la dans ton sillage. Sois le rêve qu'elle n'osait pas faire.
Je m'exécute, fasciné par la manière dont Evander me couve du regard. Chaque fois que je croise ses yeux verts, je sens mon cœur de pierre frémir. Ce n'est plus seulement de la gratitude ; c'est une admiration dévorante. Il fait tout pour me protéger, pour m'épargner les tourments que lui-même a dû subir au cours de ses siècles d'existence. Sa protection est une caresse constante, un voile de soie qui m'isole des horreurs de ma condition.
Après la chasse, alors que nous marchons dans les jardins déserts de l'hôtel, l'air chargé de l'odeur des magnolias, je m'arrête pour le regarder. La lune découpe son profil parfait, et je me sens submergé par une vague d'affection si intense qu'elle me coupe le souffle.
— Pourquoi fais-tu tout cela pour moi, Evander ? Pourquoi prendre tant de risques contre Caius pour un simple nouveau-né ?
Il s'arrête et se tourne vers moi. Son expression est d'une vulnérabilité rare, une fissure dans son masque d'immortel.
— Normalement, Keegan, je ne me laisse pas séduire si facilement. J'ai vu passer des siècles, j'ai connu des empires et des amants dont les noms ont été oubliés par l'histoire. J'avais appris à ne plus rien ressentir d'autre que l'ennui ou le devoir. Mais avec toi... tout est différent.
Il s'approche, posant ses mains sur mes joues. Son toucher est d'une douceur infinie, une promesse de sécurité.
— Ton étincelle n'est pas seulement un vestige d'humanité, c'est un phare. Elle a réveillé en moi des désirs que je croyais éteints à jamais. Je ne te protège pas seulement parce que tu es ma progéniture, mais parce que je ne peux plus imaginer l'éternité sans le reflet de ton âme dans la mienne. Tu m'as charmé, Keegan, d'une manière que même la magie de Caius ne pourrait égaler.
De retour au manoir, la tension émotionnelle qui s'est accumulée toute la nuit explose. Nous ne sommes plus dans la sauvagerie de la fois précédente, mais dans une ferveur charnelle et amoureuse qui dépasse tout ce que j'ai connu.
Dans la pénombre de la chambre, Evander me déshabille avec une lenteur cérémonieuse, chaque parcelle de peau révélée étant honorée par un baiser ou une caresse. Je me sens comme une œuvre d'art entre ses mains, un trésor qu'il craint de briser. Lorsque nos corps se rejoignent enfin sur le lit, c'est une symphonie de sensations lentes et profondes.
Je me perds dans la force de ses bras, dans la chaleur de son souffle glacé contre mon cou. Le sexe n'est plus une simple décharge d'énergie, c'est un dialogue sacré. Je réponds à chacun de ses mouvements avec une ferveur qui le fait gémir de plaisir, un son que je bois comme le plus précieux des nectars. Nous explorons les limites de notre plaisir immortel, changeant de position avec une grâce surnaturelle, cherchant toujours plus de proximité, plus de fusion.
À un moment, alors que je suis au-dessus de lui, je plonge mes yeux dans les siens et je murmure :
— Je t'aime, Evander.
Ces mots, si simples et si humains, semblent avoir l'effet d'une décharge électrique. Il me saisit les hanches et me bascule sous lui, m'embrassant avec une passion qui frise le désespoir. L'acte devient alors d'une intensité insoutenable. Je sens chaque fibre de son être s'entrelacer à la mienne. Ce n'est plus le pouvoir de Caius qui nous soulève, mais la force pure de notre lien. La jouissance qui nous submerge est si vaste qu'elle semble effacer les murs de la chambre, nous laissant seuls au centre d'un univers fait de plaisir et de sang.
Nous restons enlacés pendant des heures après l'extase, le silence du manoir nous enveloppant comme un linceul de protection. Je me sens en sécurité, aimé, et totalement sous son charme.
Pourtant, alors que je m'apprête à sombrer dans le sommeil de mort, une sensation étrange me parcourt. Malgré le sceau d'Evander, malgré la force de notre amour, je sens une légère vibration sous mes doigts, contre le drap.
Ce n'est pas une voix. Ce n'est pas une vision. C'est un battement. Un battement lent, sourd, provenant des profondeurs du sol, sous les fondations du manoir.
Caius ne parle plus, mais il attend. Et je réalise, avec une pointe de terreur, que mon amour pour Evander est peut-être la seule chose qui me protège encore de l'appel de la terre... ou la seule chose que Caius utilisera pour me détruire.
Le battement ne s'arrête plus.
Il pulse sous le parquet d'acajou, sous le matelas, sous mes vertèbres. Lent, sourd, implacable. Comme un cœur de pierre qui aurait appris à respirer malgré des millénaires d'immobilité. Je reste allongé contre Evander, sa poitrine glacée collée à mon dos, son bras lourd et possessif enroulé autour de ma taille. J'essaie de faire comme si je n'entendais rien, comme si ce rythme n'était qu'une illusion née de la fatigue. Mais chaque pulsation fait vibrer le fragment de clé logé dans ma poitrine. Il répond. Il chante. Il est là depuis la nuit où j'ai touché la racine du chêne souterrain au cimetière Saint-Louis n°1, et il ne partira plus.
Evander dort. Pour la première fois depuis qu'il a tracé le sceau sur mon front avec son propre sang, son souffle est régulier, presque humain. La marque l'a vidé de plus d'énergie qu'il ne veut l'admettre. Je passe lentement les doigts sur cette empreinte invisible. La peau est lisse au toucher, mais dessous, quelque chose gratte, comme une écharde de sel coincée entre deux réalités.
Je me glisse hors du lit sans un bruit. Mes pieds nus effleurent le parquet sans produire le moindre craquement. Je descends au rez-de-chaussée, traverse le grand hall où les bougies éternelles projettent des ombres démesurées sur les murs tapissés de damas noir. Devant le miroir immense au cadre doré, je m'arrête. Je pose la paume sur la glace froide.
Rien. Toujours rien. Mon reflet n'existe pas.
Pourtant, dans la surface polie, les flammes des bougies vacillent toutes en même temps, comme si une main invisible venait de les frôler.
Je ne descends pas plus bas. Je n'ai pas besoin d'objet, de coffret ou de relique cachée. Le battement suffit. Il monte du sol, traverse les fondations du manoir, grimpe le long de mes jambes comme une marée granuleuse, s'enroule autour de mes côtes. Il me dit sans mots que le premier fragment est déjà en moi, incrusté dans ma chair morte comme une écharde vivante. Les deux autres… ils sont ailleurs. Dans la ville. Sous la ville. Dans ses veines de sel, de boue et de sang séché.
Je remonte dans la chambre. Evander est réveillé maintenant. Il est assis au bord du lit, torse nu, les muscles bandés sous la peau pâle. Ses yeux verts brillent dans l'obscurité comme deux émeraudes fendues par la lumière des bougies.
— Tu le sens à nouveau, dit-il.
Ce n'est pas une question.
Je hoche la tête, la gorge serrée.
— Il ne parle plus. Il respire. À travers moi.
Evander se lève d'un mouvement trop rapide, presque flou. En un battement de cil il est devant moi. Ses mains encadrent mon visage avec une urgence possessive. Ses pouces pressent mes pommettes, comme s'il voulait m'empêcher de m'effacer, de me dissoudre dans la vibration qui me traverse.
— Pas tant que je suis là.
Il m'embrasse violemment. Sa langue envahit ma bouche, goûte le sel invisible qui s'accumule sur mes lèvres, sur ma langue. Il grogne, un son primal qui fait vibrer ma cage thoracique. Il me pousse contre le mur. Le plâtre craquelle légèrement sous l'impact de mon dos. Ses mains descendent, déchirent le tissu fin de ma chemise de nuit. Le tissu tombe en lambeaux noirs sur le parquet, comme des ailes arrachées.
Il me soulève sans effort, mes jambes s'enroulent instinctivement autour de sa taille. Il me porte jusqu'au lit, me renverse sur les draps froissés et encore chauds de notre Sommeil de Mort. Ses lèvres quittent les miennes pour descendre le long de ma gorge. Il mord juste au-dessus de la clavicule, pas pour boire cette fois, pour marquer. Ses canines laissent des sillons rouges qui fument dans l'air froid de la chambre, comme si la peau refusait de cicatriser immédiatement.
— Je vais te rappeler à qui tu appartiens, murmure-t-il contre ma peau, la voix rauque, presque brisée.
Il écarte mes cuisses d'une main ferme. Son sexe, déjà dur et brûlant de désir, presse contre moi. Il entre d'un coup sec, sans préparation, sans douceur. La douleur est immédiate, incandescente, et je crie son nom dans un souffle haché. Chaque coup de reins est une revendication brutale, désespérée. Il me possède comme s'il pouvait expulser Caius par la seule force de son corps. Ses mains enserrent mes poignets au-dessus de ma tête, me clouent au matelas. Le lit grince sous la violence du rythme, les colonnes du baldaquin tremblent légèrement.
Je sens le fragment dans ma poitrine répondre à chaque mouvement. Il bat plus fort, plus vite, synchronisé avec nos cœurs morts qui ne battent presque plus. Une sensation de racines invisibles monte le long de ma colonne vertébrale, s'enroule autour de ma taille, serre comme pour me retenir. Evander la sent aussi. Il rugit, accélère encore, ses hanches claquent contre les miennes avec une force qui fait vibrer les vitres occultées.
— Regarde-moi ! ordonne-t-il, la voix basse et tranchante.
Je plonge mes yeux dans les siens. Ses pupilles ont avalé l'iris, ne laissant qu'un vert sombre, presque noir. Il mord ma lèvre inférieure jusqu'au sang, boit goulûment, et le plaisir explose en moi comme une lame chauffée à blanc. Je jouis dans un spasme violent, mon corps secoué contre le sien, mes ongles labourant son dos jusqu'à laisser des traînées rouges qui fument. Il me suit immédiatement, se déverse en moi avec un grognement rauque qui résonne dans toute la chambre, comme un cri étouffé par les siècles.
Nous restons soudés, haletants, son front contre le mien. La sueur froide perle sur nos peaux de marbre et goutte lentement sur les draps. Le battement faiblit légèrement… mais il ne disparaît pas. Il est toujours là, patient, attendant que nous ayons fini pour reprendre sa place.
— Il est revenu, je murmure enfin, la voix cassée. Le sceau ne tient plus. Et je sais… je sais que le premier fragment est déjà en moi. Depuis le cimetière. Les deux autres sont quelque part dans la ville. Je le sens dans mes os.
Evander se retire lentement, me garde contre lui. Ses doigts caressent mon dos en cercles apaisants, mais sa voix est tendue, presque tremblante.
— Alors nous n'attendrons pas qu'il force la porte. Nous allons les chercher. Ensemble. Mais pas seuls.
Il attrape son téléphone sur la table de nuit et compose un numéro qu'il n'a pas utilisé depuis des décennies.
— Livia. Valérien. Zoran. Venez à La Nouvelle-Orléans. Le petit prince porte le premier fragment de la clé. Les deux autres sont perdus quelque part dans cette ville… ou sous elle. Nous avons besoin de vous.
Trois nuits plus tard, ils arrivent.
Le manoir n'a jamais été aussi silencieux. Même les bougies semblent retenir leur flamme, comme si elles craignaient d'attirer l'attention.
Livia entre la première. Petite, presque frêle, mais son visage est terrifiant : peau tendue à l'extrême sur les os, translucide au point de laisser voir les veines noires qui courent dessous comme des racines mortes. Ses yeux sont deux billes de verre gris sans pupille. Quand elle sourit, ses lèvres se fendent jusqu'aux oreilles, révélant des gencives noires et des dents limées en pointe acérée. Sa robe de soie ivoire est tachée de sang ancien, figé depuis des siècles. Ses pieds nus laissent des traces humides de sel fondu sur le parquet, comme si elle marchait sur une fine couche de glace salée.
Valérien suit. Géant aux épaules larges, silhouette de légionnaire romain, mais la moitié gauche de son visage est pétrifiée en pierre grise, granuleuse, fissurée. Quand il parle, on entend le frottement du sel contre l'os, un crissement sec et désagréable. Ses mains portent des bagues en or massif sur des doigts si fins qu'ils semblent sur le point de se briser à chaque geste.
Zoran arrive en dernier. Apparence d'un homme d'une quarantaine d'années, cheveux noirs coupés court, traits fins et aristocratiques, mais ses yeux sont entièrement blancs, comme deux billes de sel poli et lisse. Dès qu'il franchit le seuil, la température chute de dix degrés. L'air autour de lui se solidifie en minuscules cristaux de givre qui tombent lentement sur le sol.
Ils s'installent dans le grand salon. Evander me garde contre lui, une main possessive sur ma nuque, les doigts légèrement crispés.
— Le premier fragment est dans sa poitrine, commence Livia d'une voix qui est un murmure de vent dans un tombeau vide. Nous le sentons tous. Il vibre. Il respire. Mais les deux autres… ils sont cachés. La ville les protège. Le sel les garde. Caius ne voulait pas que la clé soit reconstituée trop facilement. Nous ne savons pas où ils sont. Pas encore.
Valérien ricane. Le son fait tomber une fine poussière blanche du plafond, comme de la neige morte.
— Le deuxième pourrait être n'importe où : sous une dalle du Cimetière Saint-Louis n°1, dans les catacombes oubliées sous la cathédrale, dans les fondations d'une maison hantée du Garden District… Le troisième est probablement plus profond. Peut-être dans le lit du Mississippi, enchaîné à des ossements. Ou dans une crypte scellée depuis la fièvre jaune de 1878. Nous devrons fouiller. Et la terre résistera. Elle résiste toujours.
Zoran reste silencieux un long moment. Ses yeux blancs fixés sur moi, immobiles, insondables. Puis il parle, et sa voix fait trembler les vitres occultées.
— Mais toi, Keegan Emerson… tu n'es pas un élu ordinaire. Tu portes son sang. Pas le sang de vampire. Le sang humain. Le sang de sa lignée mortelle.
Un silence de mort tombe sur le salon.
Zoran se lève lentement. Il s'approche. Evander resserre sa prise sur ma nuque, prêt à bondir.
— Caius Antonius, avant d'être Caius le Sans-Âge, s'appelait Marcus Antonius Severus. Il était centurion sous Trajan. Il avait une femme : Claudia. Et deux enfants : un garçon et une fille. Ils vivaient dans une villa près de Pompéi. En l'an 113, lors d'une campagne en Dacie, il fut capturé par une tribu barbare. Ils le torturèrent pendant des jours. Ils égorgèrent Claudia devant lui et lui firent boire son sang jusqu'à ce qu'il s'étouffe presque. Puis ils le laissèrent pour mort dans une fosse remplie de sel.
Il marque une pause. Ses yeux blancs semblent regarder à travers moi, jusqu'à l'os.
— Une vampire, une prêtresse thrace nommée Thalestris, le trouva. Elle le transforma pour qu'il puisse se venger. Il massacra la tribu entière. Mais quand il revint à sa villa… Claudia était morte. Les enfants, terrifiés par ce qu'ils avaient vu, avaient fui et disparurent dans les forêts. Il devint fou de chagrin. Il erra pendant des siècles, cherchant à retrouver un écho de son humanité perdue. Il finit par s'installer ici, à La Nouvelle-Orléans, parce que le sol était fertile en sel et en souffrance. Il y créa la lignée. Et il attendit.
Zoran pose un doigt glacé sur ma poitrine, juste au-dessus du fragment. La sensation est comme une aiguille de sel qui traverse la peau.
— Ton arrière-arrière-arrière-grand-mère descendait directement de la fille de Claudia. Le sang humain de Caius a voyagé à travers les générations, dilué, affaibli… jusqu'à toi. C'est pour cela que ton humanité refuse de mourir. Tu es son dernier descendant vivant. La clé ne s'active pleinement que pour celui qui porte à la fois son sang de vampire et son sang mortel. Toi seul peux la reconstituer.
Evander laisse échapper un son rauque, presque un sanglot étouffé.
— Alors… tout ce temps… je ne t'ai pas choisi. C'est lui qui t'a guidé jusqu'à moi.
Je sens le battement reprendre, plus fort, plus doux, presque tendre. Comme une main qui caresse de l'intérieur, patiente, aimante.
Livia sourit, lèvres fendues jusqu'aux oreilles.
— Maintenant, la question est : vas-tu achever ce qu'il a commencé ? Vas-tu réveiller le père de ta lignée… ou vas-tu le laisser dormir à jamais sous le sel, et garder ton humanité jusqu'à ce qu'elle te tue ?
Le silence qui suit est si lourd que j'entends distinctement les racines blanches commencer à pousser sous le parquet du salon. Une fine fissure apparaît entre les lames, laissant passer un filet de sel blanc, presque lumineux, qui serpente lentement vers mes pieds.
Evander me serre contre lui, son corps tremblant pour la première fois depuis des siècles.
— Nous trouverons les deux autres fragments, murmure-t-il contre mes cheveux, la voix basse et farouche. Mais nous déciderons ensemble ce que nous en ferons. Personne ne te prendra à moi. Ni Caius, ni la terre, ni personne.
Je ferme les yeux.
Sous mes paupières, le chêne souterrain sourit.
La nuit suivante, le manoir reste encore lourd du silence des Anciens. Livia, Valérien et Zoran se sont retirés dans les chambres du deuxième étage, mais leur présence pèse sur les murs comme une brume froide. Evander n'a pas dormi. Il tourne en rond dans le grand salon, les mains dans le dos, les mâchoires serrées. Moi, je suis assis sur le bord du canapé, le fragment dans ma poitrine battant comme un deuxième cœur, plus calme depuis l'orgasme de la veille, mais toujours là.
Evander s'arrête devant moi. Ses yeux verts sont sombres, presque noirs.
— Viens, dit-il d'une voix basse. Ce soir, tu chasses seul. Je veux voir si tu as retenu mes leçons.
Je lève la tête, surpris.
— Seul ?
— Tu n'es plus un nouveau-né affamé. Tu es ma progéniture. Tu dois pouvoir choisir, contrôler, savourer sans te laisser dominer par la soif. Je serai là, mais tu ne me regarderas pas. Tu chasseras comme un prince, pas comme un animal.
Il me tend la main. Je la prends. Ses doigts sont froids, fermes, possessifs.
Nous sortons par la porte de derrière, traversons le jardin noyé de mousse espagnole. La ville nous attend, vibrante, chaude, pleine de sang. Evander me guide jusqu'au Vieux Carré, mais il s'arrête à l'angle de Chartres et Ursulines.
— Va, murmure-t-il en reculant dans l'ombre d'un balcon. Choisis bien. Pas de violence inutile. Pas de peur inutile. Élégance. Contrôle. Je regarde.
Je reste seul dans la rue. La soif monte, mais elle est différente maintenant : précise, presque sensuelle. Je marche lentement, les sens ouverts. Les battements de cœur autour de moi forment une symphonie. Je les écoute, je les trie.
Je repère ma proie près de la place Jackson. Un homme d'une trentaine d'années, costume sombre, chemise ouverte, qui fume une cigarette en regardant les artistes de rue. Son sang sent le vin rouge, le cuir et une pointe de tristesse. Il n'est pas innocent, mais il n'est pas monstre non plus. Juste un homme qui porte sa solitude comme un manteau trop lourd.
Je m'approche. Il lève les yeux. Je souris. Mon charme coule de moi naturellement, comme Evander me l'a appris. Il me rend mon sourire. Nous parlons. Quelques mots, une plaisanterie, un regard qui s'attarde. Il accepte de me suivre dans la ruelle derrière la cathédrale. L'endroit est sombre, intime, protégé des regards.
Je le plaque doucement contre le mur de briques. Mes lèvres effleurent son cou. Il frissonne, croit à un baiser. Mes canines s'allongent. Je mords avec précision, sans brutalité. Le sang coule, chaud, épais, chargé de notes de tabac et de désir. Je bois lentement, contrôlé, savourant chaque gorgée. Il gémit doucement, les yeux mi-clos, perdu dans l'extase de ma salive. Je ne le vide pas. Je m'arrête quand son cœur ralentit juste assez. Je lèche les plaies pour les refermer, je le soutiens jusqu'à ce qu'il reprenne ses esprits.
— Tu… tu es quoi ? murmure-t-il, hébété.
Je passe mon pouce sur sa lèvre inférieure.
— Un rêve. Oublie-moi.
Il cligne des yeux, déjà confus. Je le laisse là, vivant, marqué seulement par un léger vertige et un souvenir flou.
Quand je rejoins Evander, il est adossé à un réverbère, les bras croisés. Ses yeux brillent d'une fierté sombre.
— Parfait, souffle-t-il. Tu as retenu. Tu as été… magnifique.
Il m'attrape par la nuque et m'embrasse là, au milieu de la rue, sans se soucier des rares passants. Sa langue est exigeante, affamée. Je sens son érection presser contre ma hanche.
— Rentrons, grogne-t-il contre ma bouche. Maintenant.
Nous rentrons au manoir en courant presque, ombres parmi les ombres. À peine la porte franchie, Evander me plaque contre le mur du hall. Ses mains sont partout. Il déchire ma chemise, fait sauter les boutons qui roulent sur le parquet. Sa bouche attaque mon cou, mes épaules, mes pectoraux. Il mord, suce, lèche, laissant des marques rouges qui cicatrisent presque aussitôt.
— Tu étais si beau en train de chasser, halète-t-il. Si maître de toi. Ça m'a rendu fou.
Il me retourne brutalement, poitrine contre le mur. Ses mains descendent, ouvrent mon pantalon, le baissent d'un geste sec. Je suis déjà dur, douloureusement dur. Il glisse deux doigts humectés de salive entre mes fesses, les enfonce sans douceur. Je gémis, le front contre le plâtre froid.
— Tu es à moi, grogne-t-il en ajoutant un troisième doigt. Pas à Caius. Pas à la terre. À moi.
Il retire ses doigts, crache dans sa paume, enduit son sexe épais et veiné. Puis il entre d'un seul coup puissant, jusqu'à la garde. Je crie, le corps cambré. La brûlure est exquise. Il commence à bouger, profond, lent, puis de plus en plus vite. Chaque coup de reins fait claquer nos peaux. Ses mains agrippent mes hanches si fort que ses ongles percent ma peau. Le sang coule, chaud, glissant, et il le récupère avec ses doigts pour le porter à ma bouche.
— Bois, ordonne-t-il.
Je lèche ses doigts pendant qu'il me pilonne. Le goût de mon propre sang mélangé au sien me fait tourner la tête.
Il me retourne à nouveau, me soulève comme si je ne pesais rien. Mes jambes s'enroulent autour de sa taille. Il me porte jusqu'au grand escalier, me plaque sur les marches de bois sombre. Il me pénètre à nouveau, plus profond dans cette position. Ses coups sont brutaux, possessifs. Chaque fois qu'il s'enfonce, le fragment dans ma poitrine pulse plus fort, comme s'il répondait à notre union.
— Je le sens, grogne Evander. Il essaie de s'immiscer. Mais il n'y arrivera pas.
Il accélère, me baise comme un animal. Mes ongles griffent son dos, laissent des sillons sanglants. Il mord mon épaule, boit longuement, puis lèche la plaie. Le plaisir monte, violent, presque insupportable. Je sens mes canines s'allongent malgré moi.
— Jouis pour moi, ordonne-t-il en attrapant mon sexe dur et humide. Jouis pendant que je te remplis.
Ses doigts me caressent vite, fermement. Je jouis avec un cri rauque, mon sperme froid giclant sur nos ventres. Evander rugit, s'enfonce une dernière fois jusqu'au fond et explose en moi. Je sens chaque jet brûlant, épais, qui me remplit. Il continue à bouger lentement, prolongeant son orgasme, jusqu'à ce que les dernières gouttes coulent.
Nous restons là, sur les marches, haletants, collés l'un à l'autre. Son sexe encore en moi, palpitant. Il caresse mes cheveux, embrasse mon front, mes paupières, mes lèvres.
— Tu es à moi, répète-t-il doucement, presque tendrement. Pour toujours.
Mais au fond de ma poitrine, le fragment pulse une fois, lentement, comme un sourire caché.
Fin du chapitre 5.
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