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✦ tounet777 La morsure de l'éternité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La morsure de l'éternité — Chapitre 7

25 minutes
4
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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La morsure de l'éternité

Chapitre 7

Chapitre 7
La porte du manoir se referme derrière nous avec un bruit sourd, presque solennel. Le silence qui suit est épais, chargé de tout ce que nous venons de vivre. Mes mains tremblent encore légèrement, couvertes du sang séché de Livia qui colle à ma peau comme une seconde couche. Evander ne dit rien. Il me prend par la taille et me guide vers l'escalier monumental, ses doigts pressés contre mes hanches comme s'il craignait que je m'évapore s'il me lâchait. Chaque marche craque doucement sous nos pas, un son familier qui contraste avec le chaos de la nuit.
Nous arrivons dans la chambre. Il referme la porte avec une lenteur presque rituelle, tourne la clé dans la serrure. Les rideaux de velours cramoisi sont déjà tirés ; seules les bougies éternelles diffusent leur lumière chaude et vacillante sur les murs tapissés de damas noir. L'air est tiède, saturé de l'odeur de cire fondue, de bois ancien et de nous – de sang, de sueur froide, de désir et de peur mêlés.
Evander se tourne vers moi. Il me regarde longuement, immobile, comme s'il me découvrait pour la première fois. Ses yeux verts brillent d'une émotion brute, presque douloureuse. Il s'approche lentement, pose ses mains sur mes joues. Ses pouces caressent mes pommettes, effacent les traces de sang séché. Il tremble.
— Keegan… souffle-t-il. Mon Dieu, Keegan… ce soir, j'ai enfin compris.
Sa voix se brise. Il pose son front contre le mien, ferme les yeux.
— Quand tu as tenu tête à trois Anciens… quand tu as bu Livia sans hésiter… quand j'ai vu cette lumière en toi briller plus fort que jamais… j'ai compris pourquoi tu m'as fasciné dès la toute première seconde. Pas la nuit où je t'ai parlé. Des semaines avant.
Il recule légèrement pour me regarder dans les yeux. Ses mains descendent le long de mon cou, de mes épaules, de mes bras, comme s'il avait besoin de me toucher partout pour ancrer ses souvenirs.
— C'était une nuit comme les autres. J'étais sur le toit d'une vieille maison de Royal Street, seul, comme toujours. Et soudain… j'ai senti quelque chose. Une lumière. Une chaleur. Une présence qui n'avait rien à faire dans cette ville de ténèbres. C'était toi. Ton âme. Ton humanité. Elle brillait comme une flamme dans la nuit. Je l'ai sentie dans ma poitrine, comme un crochet planté directement dans ce qui restait de mon cœur mort. J'ai su, à cet instant précis, que je devais te trouver. Que je devais te voir. Que tu étais la seule chose capable de me faire ressentir quelque chose après deux siècles de vide absolu.
Il m'entraîne vers le lit. Nous nous asseyons face à face sur les draps de soie noire. Il garde mes mains dans les siennes, les serre fort.
— À partir de cette nuit-là, je t'ai suivi toutes les nuits. Pendant presque six semaines. Je restais dans l'ombre, sur les toits, derrière les balcons de fer forgé, dans les ruelles étroites. Je te regardais pédaler sur ton vélo électrique, traverser le Vieux Carré, t'arrêter près des sans-abris sous les porches sombres. Je te voyais poser ta main sur des épaules brisées, parler doucement à des hommes et des femmes qui n'avaient plus rien à perdre, sourire à Martha à travers l'oreillette quand elle te grondait gentiment. Chaque fois que tu aidais quelqu'un, cette lumière en toi brillait plus fort. Elle me brûlait. Elle me faisait mal. Je me disais que c'était impossible, qu'un humain ne pouvait pas avoir cette pureté dans une ville comme La Nouvelle-Orléans. Et pourtant… tu l'avais. Et cette lumière m'appelait. Elle m'attirait. Elle me rendait fou.
Il porte mes mains à ses lèvres, embrasse chaque jointure lentement, une par une.
— Je te suivais jusqu'à l'aube. Je te voyais rentrer dans ton petit appartement, allumer la lumière, t'asseoir à la fenêtre avec une tasse de café froid. Je restais dehors, sur le toit d'en face, à regarder ta silhouette derrière les rideaux. Je me disais que je devais m'éloigner, que tu étais humain, fragile, que je n'avais pas le droit. Mais je revenais la nuit suivante. Et la suivante. Je ne pouvais pas m'arrêter. Ton âme m'avait appelé. Elle avait traversé les siècles pour venir jusqu'à moi. Elle avait provoqué cette rencontre. Pas le hasard. Pas ma volonté seule. Ton humanité. Ta lumière. Elle m'avait trouvé avant que je te trouve.
Ses doigts remontent le long de mes bras, effleurent mes épaules, descendent sur mon torse. Il déboutonne lentement ma chemise tachée de sang, la fait glisser sur mes épaules. Elle tombe au sol avec un bruit doux. Ses paumes se posent à plat sur ma poitrine nue, juste au-dessus du fragment fusionné. Il ferme les yeux, comme s'il écoutait mon cœur mort.
— Je t'aime, Keegan. Pas seulement parce que tu es beau. Pas seulement parce que tu es à moi. Je t'aime parce que tu es la seule lumière que j'ai vue en deux cents ans. Et ce soir… quand tu as tué Livia… j'ai compris que cette lumière ne s'éteindrait jamais. Même si tu deviens plus fort. Même si tu portes maintenant deux fragments en toi. Tu restes toi. Tu restes mon Keegan.
Il m'allonge doucement sur le dos. Ses lèvres descendent le long de mon cou, de ma clavicule, de mon torse. Il embrasse chaque centimètre de ma peau, comme s'il voulait la mémoriser. Ses canines effleurent mes tétons, les mordillent tendrement. Je gémis, les mains dans ses cheveux noirs.
Il continue plus bas. Sa langue trace un chemin humide sur mon ventre, jusqu'à mon sexe déjà dur. Il le prend dans sa bouche lentement, profondément, avec une tendresse infinie. Ses mains caressent mes cuisses, mes hanches, mes fesses. Il me suce avec amour, les yeux levés vers moi. Je me cambre, haletant.
— Evander…
Il remonte, m'embrasse à nouveau. Ses doigts glissent entre mes fesses, trouvent mon entrée, la caressent doucement. Il crache dans sa paume, enduit son sexe, puis le mien. Il se positionne et entre en moi lentement, très lentement, jusqu'à la garde. Nous gémissons ensemble. Il reste immobile un long moment, enfoui en moi, nos fronts collés.
— Je t'aime, répète-t-il. Je t'aime depuis la première seconde où je t'ai senti. Et je t'aimerai même si tu deviens un dieu. Même si tu deviens un monstre. Même si tu deviens tout.
Il commence à bouger. Lentement. Profondément. Chaque coup de reins est une déclaration. Ses mains encadrent mon visage. Nous nous regardons dans les yeux pendant qu'il me fait l'amour. Nos corps glissent l'un contre l'autre, couverts de sueur froide. Le plaisir monte, doux, immense, presque douloureux. Je sens son sang dans mes veines, mon sang dans les siennes. Nous ne sommes plus deux. Nous sommes un.
Quand nous jouissons, c'est ensemble. Un orgasme long, profond, qui nous laisse tremblants, accrochés l'un à l'autre. Il reste en moi, son visage niché dans mon cou.
Nous restons ainsi de longues minutes, silencieux, respirant le même air. Ses doigts caressent mes cheveux. Les miens dessinent des cercles sur son dos.
Puis il se raidit soudain.
Son corps se tend. Il relève la tête, les yeux grands ouverts.
— Ils arrivent, murmure-t-il. Les Anciens. Avec des renforts. Je les sens. Ils sont nombreux. Ils viennent pour toi.
Il se retire doucement, se lève, attrape nos vêtements.
— Habille-toi. Nous allons les recevoir ici. Dans notre maison. Et nous leur montrerons que nous ne sommes plus seuls.
Je me lève, le corps encore vibrant de notre union. Le fragment fusionné pulse calmement dans ma poitrine. Je suis plus fort. Mais surtout, je suis avec lui.
Nous descendons ensemble dans le grand hall. Les bougies éternelles vacillent. Dehors, dans la nuit, des pas silencieux approchent.
Les Anciens sont revenus.
Le grand hall du manoir est plongé dans une pénombre dorée et oppressante. Les bougies éternelles tremblent sur leurs candélabres, projettent des ombres longues et mouvantes sur les murs de damas noir. L'air est lourd, saturé de l'odeur de cire chaude, de vieux bois et du sang séché qui colle encore à nos vêtements. Evander et moi venons à peine de descendre l'escalier monumental. Nos mains restent enlacées, nos doigts serrés si fort que nos phalanges blanchissent. Nous n'avons pas eu le temps de nous changer. Ma chemise est déchirée, tachée du sang de Livia. Evander porte encore les traces de la bataille sur son torse : éraflures, poussière, sueur froide.
Soudain, un coup violent retentit contre la porte d'entrée. Un seul coup, mais si puissant que les gonds vibrent et que la lourde porte de chêne tremble sur ses charnières. Un deuxième coup suit, puis un troisième. Les battements sont rythmés, délibérés, comme un avertissement.
Evander se fige. Ses doigts se crispent autour des miens. Il tourne la tête vers moi, les yeux verts dilatés par une angoisse qu'il ne cherche plus à cacher.
— Ils sont là, murmure-t-il. Pas seulement Valérien et Zoran. Ils ont amené des renforts. Je les sens. Une dizaine au moins. Des progénitures. Des anciens de leur lignée.
Il lâche ma main, fait un pas vers la porte, puis s'arrête. Il revient vers moi, prend mon visage entre ses paumes froides. Ses pouces caressent mes joues avec une tendresse désespérée. Ses yeux plongent dans les miens, brillants de larmes qu'il refuse de laisser couler.
— Keegan… écoute-moi. Quoi qu'il arrive ce soir, je veux que tu saches une chose. Tu es la plus belle chose que j'ai vue en deux cents ans d'existence. Pas seulement ton visage. Pas seulement ton corps. Ton âme. Cette lumière que tu portes encore, malgré tout ce que je t'ai fait subir. Je t'ai suivi pendant six semaines avant même de t'adresser la parole. Je t'ai regardé soigner des inconnus sous la pluie, sourire à des gens qui n'avaient plus d'espoir, rire doucement avec Martha comme si le monde n'était pas en train de s'effondrer. Chaque nuit, je me disais que je n'avais pas le droit de te toucher. Que tu étais trop pur pour moi. Et pourtant… je revenais. Parce que quelque chose en toi m'appelait. Parce que tu étais la seule chose qui pouvait encore me faire sentir vivant.
Sa voix se brise. Il pose son front contre le mien, les yeux fermés.
— Si je dois mourir ce soir, je mourrai heureux. Parce que j'ai eu la chance de t'aimer. Parce que tu m'as donné ce que personne ne m'avait jamais donné : une raison de ne plus vouloir être seul. Je t'aime, Keegan. Je t'aime plus que ma propre éternité. Et si je tombe… promets-moi de survivre. Promets-moi de garder cette lumière. Promets-moi de ne jamais devenir comme eux.
Une larme froide glisse sur sa joue. Je la sens couler sur ma peau. Mes propres yeux se remplissent. Une larme de sang rouge sombre perle au coin de mon œil gauche, roule lentement sur ma joue, laisse une traînée écarlate qui brûle légèrement ma peau. Elle goutte sur le col de ma chemise, s'étale comme une tache vivante. Evander la voit. Ses yeux s'écarquillent. Il l'effleure du pouce, la porte à ses lèvres, la goûte.
— Même tes larmes sont du sang, murmure-t-il, la voix cassée. Même quand tu pleures… tu saignes pour moi.
Je pleure en silence, des larmes de sang qui coulent sur mes joues, chaudes et visqueuses. Elles tombent sur ses mains, sur son torse. Il les embrasse, les lèche, comme s'il voulait les absorber pour les garder en lui.
— Je ne te laisserai pas mourir, je murmure contre sa bouche. Je te le promets. Nous sortirons d'ici ensemble.
Il hoche la tête, embrasse mon front une dernière fois, puis se redresse. Son visage se durcit. Il tire les deux dagues en argent de sa ceinture, les fait tourner dans ses mains.
— Alors allons-y.
Il marche vers la porte, l'ouvre d'un geste sec.
Les Anciens sont là.
Valérien et Zoran se tiennent au centre, entourés d'une dizaine de vampires de leur lignée : des silhouettes sombres, élégantes, aux yeux brillants de convoitise. La femme aux cheveux blancs et l'homme maigre aux canines limées sont là aussi, flanqués de progénitures aux regards affamés. Ils bloquent l'allée, silencieux, menaçants.
Valérien fait un pas en avant, son visage à moitié pétrifié craquelant sous la tension.
— Le petit prince a tué Livia. Nous venons récupérer ce qui nous appartient. Les fragments. Et lui.
Evander se place devant moi, dagues croisées.
— Vous ne le toucherez pas. Jamais.
Le combat éclate.
Valérien se jette sur Evander avec une vitesse terrifiante. Ses griffes visent sa gorge. Evander pare, les lames en argent s'entrechoquent dans un bruit métallique. Deux progénitures se ruent sur Evander par les côtés. Il tourne sur lui-même, tranche la gorge de l'un, enfonce sa dague dans le cœur de l'autre. Du sang noir gicle. Mais le troisième arrive dans son dos. Une lame en argent pur, longue et fine, transperce son épaule gauche. Evander grogne, pivote, mais une deuxième lame s'enfonce dans son flanc droit. Puis une troisième dans sa cuisse. Il tombe à genoux, le visage tordu de douleur. Le sang coule abondamment, fumant au contact de l'argent.
— EVANDER !
Je hurle son nom. Je me jette vers lui. Une progéniture se place entre nous, lame levée. Je ne le regarde même pas. Ma main gauche se referme sur sa gorge. Je serre. Les os craquent. Je le jette sur le côté comme un pantin. L'autre progéniture se jette sur moi. Je tends la main droite sans tourner la tête. Mes doigts s'enfoncent dans sa poitrine, traversent les côtes, attrapent son cœur. Je serre. Il explose dans ma paume. Le corps s'effondre.
Je tombe à genoux près d'Evander. Il est allongé sur le dos, trois plaies noires fumantes dans le corps. L'argent empoisonne son sang. Sa peau autour des blessures devient grise, comme de la pierre ponce. Ses veines noircissent. Il respire par à-coups, les yeux mi-clos, le visage déformé par la souffrance.
— Keegan… va-t'en… sauve-toi…
— Jamais.
Je plonge mes doigts directement dans la première plaie, celle de l'épaule. Le contact est atroce. L'argent brûle ma peau, mais mon sang – ce sang en ébullition permanente, ce cadeau de Caius – réagit immédiatement. Il fume, crépite, bouillonne comme de l'acide rouge. Une lumière rouge violente jaillit de mes veines. Je hurle, non pas de douleur, mais de puissance. Un cri primal, rageur, plein de ma volonté de vivre.
Je ne soigne pas la plaie. Je la recousais avec ma propre rage de vivre.
Pendant quelques minutes, nos deux corps ne font plus qu'un. Je sens tout. La brûlure de l'argent dans ses veines, la lente agonie de ses cellules qui s'éteignent une à une. Je vois mon propre corps se dégrader en miroir : des cicatrices grises apparaissent sur mon épaule, sur mon flanc, sur ma cuisse. Ma peau devient poreuse, comme de la pierre ponce. La douleur est insoutenable. Je la supporte. Pour lui.
Les Anciens regardent, pétrifiés.
— Ce n'est pas possible… souffle Valérien.
— Un nouveau-né… impossible… murmure la femme aux cheveux blancs.
Zoran recule d'un pas, les yeux blancs écarquillés.
— Aucun d'entre nous n'aurait fait ça. Aucun.
Pendant que je guéris Evander, les Anciens hurlent un ordre :
— Tuez-le !
Deux progénitures se jettent sur moi. Je ne tourne même pas la tête. Ma main gauche reste plongée dans la plaie d'Evander. Ma main droite se tend. Je les attrape tous les deux par la gorge, d'une seule main. Mes doigts s'enfoncent. Je serre. Leurs cous se brisent en même temps. Ils s'effondrent, morts, sans que j'aie détourné le regard d'Evander.
Les Anciens sont choqués. Un silence de mort tombe sur le hall.
Les plaies d'Evander se referment lentement. La peau grise disparaît. Ses cellules se réveillent une à une. Il respire mieux. Ses yeux s'ouvrent. Il me regarde, émerveillé et terrifié.
Je retire mes doigts. Les plaies sont closes. Mon propre corps est couvert de cicatrices grises qui s'effacent déjà. Je suis épuisé, tremblant, mais vivant.
Evander se redresse lentement, aidé par moi. Il touche ses blessures, incrédule.
Les Anciens reculent.
— Nous trouverons un moyen de te tuer, crache Valérien. Et nous récupérerons les fragments.
Je me redresse, regarde chacun d'eux dans les yeux. Puis je parle directement dans leurs têtes, d'une voix mentale froide, puissante, qui résonne comme un coup de tonnerre :
— Essayez toujours. Vous le regretterez.
Ils reculent encore. Puis ils disparaissent dans la nuit, comme des fantômes vaincus.
Je me penche, soulève Evander dans mes bras. Il est lourd, mais ma nouvelle force me permet de le porter sans effort. Je monte l'escalier, entre dans la chambre, le dépose doucement sur le lit. Je m'allonge contre lui, le prends dans mes bras, pose sa tête sur ma poitrine.
— Tout va bien, je murmure en caressant ses cheveux. Tout va bien, mon amour. Tu es vivant. Nous sommes vivants.
Evander lève une main tremblante, touche mon visage.
— Comment as-tu fait ça ? C'est impossible… L'argent… il éteint nos cellules. Aucun vampire ne peut guérir d'une lame en argent enfoncée plusieurs fois. Aucun. Même les plus anciens meurent en quelques minutes. Comment… ?
Je prends sa main, la pose sur ma poitrine, là où les deux fragments fusionnés battent calmement.
Je m'apprête à répondre, mais je ne sais pas. Je ne comprends pas encore moi-même. Je sais que mon sang a bouilli, que j'ai senti le poison se dissoudre, que j'ai donné une partie de ma vie pour la sienne. Mais les mots me manquent. Je reste silencieux, perdu.
C'est alors que la voix de Caius résonne dans ma tête – et dans celle d'Evander, grâce au sang que nous avons partagé avant la bataille. Grave, ancienne, presque paternelle.
— Tu veux savoir comment tu as fait ça, petit veilleur ? Tu veux savoir pourquoi tu as pu sauver ton Sire alors que l'argent tue même les plus anciens ?
Evander sursaute légèrement, ses yeux s'écarquillent. Il m'entend, lui aussi. La voix continue, calme, comme si elle parlait depuis toujours.
— Le sang de ta lignée humaine n'est pas comme celui des autres. Il ne stagne pas. Il bouillonne. Il est en perpétuelle ébullition, comme un feu intérieur qui ne s'éteint jamais. C'est la marque de Claudia. Ma femme. Elle avait ce même sang. Quand les barbares m'ont forcé à boire son sang, j'ai absorbé cette ébullition. Elle m'a transformé. Elle m'a permis de survivre à la fosse de sel. Et elle s'est transmise à travers les générations, jusqu'à toi. C'est pour cela que tu as pu brûler le poison de l'argent. Ton sang est un acide vivant. Il dévore tout ce qui menace la vie. Il a dévoré l'argent dans les veines d'Evander. Il a recousu ses cellules éteintes avec ta propre volonté de vivre. Tu ne l'as pas soigné. Tu l'as ressuscité. Parce que ton sang porte en lui la rage de vivre de Claudia. La même rage qui m'a fait survivre à la torture. La même rage qui m'a fait choisir la statue plutôt que l'éternité vide.
La voix s'adoucit, presque triste.
— Tu es le dernier. Le dernier à porter cette flamme. C'est pour cela que je t'ai choisi. Pas pour que tu me remplaces. Pour que tu sois libre. Pour que tu aies tout ce que j'ai accumulé. Et pour que je puisse enfin mourir en paix. Mais attention, petit veilleur. Chaque fois que tu utilises ce pouvoir, tu donnes un peu de ta lumière. Un jour, elle pourrait s'éteindre. Et ce jour-là… tu deviendras comme moi.
La voix s'efface. Le silence revient.
Evander me regarde, les yeux remplis de larmes froides.
— C'est… ton sang. Le sang de Claudia. C'est pour ça que tu as pu…
Je hoche la tête, encore sous le choc.
— Oui. Je ne le savais pas. Pas vraiment. Caius vient de me le dire. Et à toi aussi.
Evander pose sa tête sur ma poitrine. Ses bras m'entourent. Nous restons ainsi, enlacés, silencieux, écoutant le battement calme du fragment fusionné.
— Je t'aime, murmure-t-il.
— Je t'aime aussi. Pour toujours.
La chambre est enveloppée d'un silence presque sacré. Les bougies éternelles diffusent leur lumière dorée et tremblante sur les murs de damas noir et sur les draps de soie froissés. Evander est allongé sur le dos, encore faible, le torse nu couvert de cicatrices grises qui s'effacent lentement. Je suis assis à côté de lui, ma main posée sur sa poitrine, sentant son cœur battre lentement, trop lentement. Mon propre corps est épuisé, mais une force nouvelle coule dans mes veines : le sang de Livia, les deux fragments fusionnés, et cette ébullition permanente qui fait de mon sang une arme vivante.
Evander ouvre les yeux. Ses doigts trouvent les miens, les serrent faiblement.
— Keegan… murmure-t-il. Tu devrais te reposer. Tu as donné tellement de toi-même…
Je secoue la tête. Je sens la faim qui monte en lui, sourde, profonde. Son corps a besoin de sang frais pour achever sa guérison. Le mien est puissant, mais il est mêlé à trop de choses : le poison de l'argent qu'il a combattu, la rage de Livia, la présence de Caius. Il a besoin de sang pur, vivant, humain.
— Je vais chasser, dis-je doucement. Seul.
Evander fronce les sourcils, essaie de se redresser, mais retombe sur l'oreiller avec une grimace de douleur.
— Non… c'est trop dangereux. Les Anciens…
— Ils ne s'attendent pas à ce que je sorte seul. Et j'ai besoin de le faire. Pour toi. Pour nous. Je dois savoir si je peux encore contrôler cette nouvelle force sans toi à mes côtés. Je reviendrai vite. Je te le promets.
Il me regarde longuement. Finalement, il hoche la tête, résigné.
— Sois prudent. Et reviens-moi entier.
Je me penche, l'embrasse tendrement sur les lèvres, puis sur le front. Je sens son inquiétude, son amour, sa peur de me perdre. Je me lève, enfile une chemise noire propre et un manteau sombre. Avant de partir, je me retourne une dernière fois. Evander me regarde, les yeux brillants.
— Je t'aime, dis-je.
— Je t'aime aussi. Reviens vite.
Je descends l'escalier, traverse le hall, ouvre la porte et me glisse dans la nuit de La Nouvelle-Orléans.
L'air est humide, lourd, chargé des odeurs de la ville : jasmin, boue du fleuve, sueur humaine, alcool et désir. Mes sens sont aiguisés comme jamais. Je marche sans bruit, ombre parmi les ombres. Le Vieux Carré est encore animé malgré l'heure tardive. Des rires s'échappent des bars, des couples s'embrassent dans les ruelles, des touristes ivres titubent sur Bourbon Street. Je les évite. Je cherche quelque chose de précis.
Je trouve ma proie près de Jackson Square. Un homme d'une quarantaine d'années, costume froissé, qui fume une cigarette en regardant le fleuve. Son sang sent la fatigue, le whisky et une tristesse profonde. Il n'est pas innocent, mais il n'est pas un monstre. C'est parfait.
Je m'approche sans un bruit. Il lève les yeux, sursaute légèrement, puis se détend quand il voit mon visage. Mon charme agit naturellement. Nous parlons quelques minutes. Il me suit dans une ruelle sombre derrière la cathédrale. Je le plaque doucement contre le mur, mes lèvres effleurent son cou. Il frissonne, croit à un baiser. Mes canines s'allongent. Je mords avec précision, sans brutalité. Le sang coule, chaud, épais, chargé de vie. Je bois lentement, contrôlé, savourant chaque gorgée. Je ne le vide pas. Je m'arrête quand son cœur ralentit juste assez. Je lèche les plaies pour les refermer, le soutiens jusqu'à ce qu'il reprenne ses esprits.
— Tu… tu es quoi ? murmure-t-il, hébété, les yeux vitreux.
Je passe mon pouce sur sa lèvre inférieure, le regarde droit dans les yeux.
— Quelqu'un qui avait besoin de toi ce soir. Oublie cette nuit. Elle n'a jamais existé.
Il cligne des yeux, confus, déjà perdu dans le brouillard de mon influence. Je le laisse là, vivant, marqué seulement par un vertige et un souvenir qui s'effacera au matin. Je repars dans la nuit, deux poches de sang frais cachées sous mon manteau. Je cours, plus vite que jamais. Le vent fouette mon visage. Je sens la puissance des fragments fusionnés, mais je la maîtrise. Je suis toujours moi.
Quand je rentre au manoir, Evander est toujours allongé sur le lit, pâle, les yeux mi-clos. Il m'entend arriver et tourne la tête. Un sourire faible apparaît sur ses lèvres.
Je m'approche, m'assois au bord du lit. Je sors les deux poches de sang chaud. Je perce la première avec mes canines, la porte à ses lèvres.
— Bois. Pour moi.
Evander boit lentement, les yeux fermés. Chaque gorgée lui redonne des couleurs. Sa peau reprend son éclat de marbre. Ses blessures se referment complètement. Quand il a fini la première poche, je lui donne la deuxième. Il la vide entièrement. Je sens sa force revenir, son corps se régénérer. Ses muscles se tendent sous sa peau, ses veines reprennent leur teinte normale, son regard s'éclaire.
Quand il termine, il m'attire contre lui. Nous nous allongeons face à face, nus, nos corps pressés l'un contre l'autre. Il caresse mon visage, mes cheveux, mon dos.
— Tu es allé chasser seul… murmure-t-il. Tu as réussi à te contrôler. Tu es devenu si fort… et tu es toujours toi.
Je pose ma tête sur son torse, écoute son cœur qui bat plus régulièrement.
— J'ai pensé à toi tout le temps. Je voulais que tu reprennes des forces. Je voulais que tu sois prêt pour ce qui vient.
Nous restons ainsi pendant de longues minutes, silencieux, nos mains se caressant lentement. Ses doigts glissent sur ma peau, suivent les cicatrices grises qui s'effacent déjà. Les miennes dessinent des cercles sur son ventre, sur ses hanches. Nous nous embrassons doucement, profondément, sans urgence. Nos langues se mêlent, goût de sang frais et d'amour. Nous ne cherchons pas le plaisir sexuel. Nous cherchons à nous sentir vivants, ensemble, après la mort que nous venons d'éviter.
Evander finit par parler, la voix basse et grave.
— Keegan… quand tu as plongé tes doigts dans mes plaies… quand j'ai senti ton sang brûler le poison… j'ai cru que je te perdais. J'ai vu ton corps se dégrader pour sauver le mien. J'ai vu des cicatrices apparaître sur ta peau. J'ai senti ta douleur comme si c'était la mienne. Comment as-tu pu faire ça ? Comment as-tu pu risquer ta vie pour moi ?
Je caresse sa joue, essuie une larme froide qui coule sur sa tempe.
— Parce que je t'aime. Parce que sans toi, je ne suis rien. Parce que quand j'ai senti que tu allais mourir, quelque chose en moi a refusé. Mon sang a réagi tout seul. Il a bouilli plus fort que jamais. Il a dévoré l'argent. Il a recousu tes cellules. J'ai ressenti chaque seconde de ton agonie. J'ai cru que mon propre corps allait se transformer en pierre. Mais je n'ai pas lâché. J'ai crié. Pas de douleur. De rage. De volonté de vivre. Et cette lumière rouge… c'était mon sang qui brûlait le poison. C'était ma vie qui entrait dans la tienne.
Evander ferme les yeux, serre ma main plus fort.
— Aucun vampire n'aurait fait ça. Aucun. Même les plus anciens auraient laissé l'autre mourir. Toi… tu as donné une partie de toi pour me sauver. Tu as partagé ta capacité de guérison. Tu as lié ton système nerveux au mien. Pendant quelques minutes, nous n'étions plus qu'un seul être. J'ai senti ta rage de vivre comme si c'était la mienne. Je t'aime tellement, Keegan. Tellement que ça me fait peur.
Je pose mon front contre le sien.
— Nous sommes ensemble. C'est tout ce qui compte. Le troisième fragment m'appelle déjà. Je le sens dans le Mississippi, près de l'ancienne plantation LaLaurie. Mais nous n'irons pas tout de suite. Tu dois reprendre des forces. Nous devons être prêts.
Evander hoche la tête. Il m'embrasse doucement, puis plus profondément. Nous restons enlacés pendant de longues heures, nos corps nus pressés l'un contre l'autre, nos mains explorant lentement chaque centimètre de peau. Nous parlons à voix basse de l'avenir, de la clé, de Caius, des Anciens. Nous nous promettons de ne jamais nous séparer. Nous nous embrassons, nous caressons, nous buvons l'un de l'autre de petites gorgées tendres pour renforcer notre lien.
Quand le soleil se lève, nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre, plus unis que jamais.
Fin du chapitre 7.
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