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✦ tounet777 La morsure de l'éternité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La morsure de l'éternité — Chapitre 8

38 minutes
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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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tounet777
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La morsure de l'éternité

Chapitre 8

Chapitre 8
Le manoir semble retenir son souffle après la bataille. Les bougies éternelles diffusent une lumière tremblante sur les murs tachés de sang noir et de poussière de pierre. Evander est encore faible, allongé sur le lit d'ébène, son torse nu couvert de cicatrices grises qui s'effacent lentement. Je reste assis à ses côtés, ma main posée sur sa poitrine, sentant son cœur battre de plus en plus fort. Mon propre corps vibre d'une énergie nouvelle : le sang de Livia coule en moi, les deux fragments fusionnés pulsent comme un moteur interne, et mon sang en ébullition permanente me donne une sensation de feu liquide dans les veines.
Evander ouvre les yeux. Ses doigts trouvent les miens, les serrent faiblement.
— Keegan… murmure-t-il. Nous devons nous préparer. Les Anciens ne vont pas abandonner. Ils vont revenir. Et le troisième fragment… je le sens t'appeler. Mais où est-il ? Nous ne pouvons pas le chercher sans savoir.
Je hoche la tête. Le fragment fusionné m'envoie des pulsations constantes, comme un appel distant, un murmure de boue et de sel. Mais l'emplacement reste flou. Je le sens quelque part dans la ville, ou sous elle, mais rien de précis. Une angoisse monte en moi. Sans le troisième, la clé est incomplète. Mais avec lui… je risque de perdre ce qui reste de mon humanité.
— Je ne sais pas, dis-je, la voix tendue. Il m'appelle, mais il ne dit rien. Il faut que je demande à Caius.
Evander fronce les sourcils, se redresse légèrement sur un coude, grimace de douleur.
— Caius ? Après ce qu'il t'a dit ? Après ce qu'il a fait ? Il veut te transformer en lui. Il veut que tu reconstitues la clé pour qu'il puisse mourir… ou pour te contrôler.
Je caresse sa main.
— C'est le seul qui sait. Et avec notre lien de sang, tu seras là. Tu m'aideras à ne pas le laisser aller trop loin.
Evander me regarde longuement. Finalement, il hoche la tête.
— D'accord. Mais ensemble. Comme toujours.
Nous nous allongeons côte à côte. Je ferme les yeux. Je baisse les barrières mentales, appelle Caius dans mon esprit. Le fragment fusionné chauffe immédiatement, comme si une porte s'ouvrait.
La voix de Caius résonne, grave, ancienne, presque lasse.
— Petit veilleur… tu m'appelles à nouveau.
Je demande directement.
— Où est le troisième fragment ? Nous devons le savoir.
Un long silence. Puis la réponse, sous forme d'énigme, comme un murmure de fleuve.
— Il gît là où les chaînes ont rouillé, où les cris des innocents ont nourri les eaux boueuses, près de la maison des tourments où le sel a bu le sang des esclaves. Cherche dans les profondeurs où la plantation maudite touche le fleuve, là où mon dernier secret est enchaîné à des os oubliés.
La voix s'efface. Je rouvre les yeux, répète mot pour mot à Evander.
Il se redresse, fronce les sourcils.
— Une énigme… Pourquoi pas directement ?
— Parce que c'est Caius. Il veut que je mérite. Que je comprenne.
Nous passons la nuit à décortiquer les mots. « Chaînes rouillées » : des esclaves, des fers. « Cris des innocents » : des tourments, des souffrances. « Plantation maudite » : LaLaurie, la maison des horreurs où Madame LaLaurie torturait ses esclaves au XIXe siècle. « Sel a bu le sang » : le sel de Caius, peut-être, ou le sel des larmes. « Profondeurs où la plantation touche le fleuve » : le Mississippi, près de l'ancienne plantation LaLaurie, maintenant en ruines dans les bayous.
— C'est là, dit Evander après des heures. Au fond du fleuve, enchaîné à des os. Les esclaves jetés dans l'eau, lestés de chaînes. Le troisième fragment est avec eux.
Je hoche la tête. L'aube approche. Nous nous endormons enlacés, nos corps nus pressés l'un contre l'autre, nos mains entrelacées.
La nuit est encore profonde quand nous décidons de partir. Nous savons que les Anciens ont des yeux partout : des espions tapis dans les ruelles du Vieux Carré, des ombres qui surveillent les quais et les pontons privés. Nous ne pouvons pas prendre le risque de sortir par l'entrée principale ou par le quai du manoir. Tout doit être invisible, silencieux, imprévisible.
Evander et moi nous préparons dans la chambre, méthodiquement, sans un mot inutile. Nous savons que chaque minute compte. Il ouvre une malle cachée sous le plancher, près du lit. Il en sort deux sacs en cuir noir renforcé, imperméables, qu'il pose sur le lit. Nous remplissons les nôtres avec soin, en vérifiant chaque objet deux fois.
Dans le sac d'Evander : deux dagues en argent pur, gravées de symboles protecteurs contre le poison de l'argent (au cas où les Anciens utiliseraient leurs propres lames contre nous), quatre fioles de notre sang mélangé, scellées dans du verre épais, une petite lanterne à huile noire, sans flamme visible, une corde fine en chanvre tressé avec du sel cristallin, un petit couteau à lame courbe.
Dans mon sac : une fiole supplémentaire de mon sang pur (au cas où Evander aurait besoin d'une transfusion d'urgence), une paire de gants en cuir renforcé, une boussole magnétique.
Evander vérifie mes armes, ajuste les sangles de mon sac. Il pose sa main sur ma nuque, me tire contre lui un instant. Nos fronts se touchent.
— On sort par le tunnel sous la cave. Il mène directement aux marais, derrière le cimetière des esclaves. Personne ne le connaît sauf moi. On évite les rues principales. On traverse les jardins abandonnés, on longe les bayous jusqu'à la barque. Pas de lumière. Pas de bruit. On marche dans l'ombre.
Nous nous habillons de vêtements sombres, imperméables : pantalons noirs renforcés, vestes à capuche, bottes montantes. Nous couvrons nos visages de foulards noirs pour masquer notre odeur et notre apparence aux yeux des espions. Nous éteignons les bougies une à une, plongeant le manoir dans l'obscurité totale.
Nous descendons à la cave. Evander pousse une dalle de pierre derrière une étagère de bouteilles vides. Un tunnel étroit s'ouvre, humide, sentant la terre et le sel. Nous y entrons. Le passage est bas, étroit. Nous avançons courbés, en silence. L'air est froid, chargé d'humidité. Des racines pendent du plafond, effleurent nos cheveux. Des gouttes d'eau tombent sur nos épaules, froides comme des doigts de glace. Le sol est boueux, glissant, couvert de flaques qui reflètent la faible lumière de nos lanternes éteintes. Nous marchons pendant près de quarante minutes. Mes sens aiguisés captent les sons : le goutte-à-goutte incessant de l'eau, le craquement lointain des cyprès au-dessus, le battement régulier du cœur d'Evander, qui accélère légèrement à mesure que nous approchons de la sortie. L'odeur de sel devient plus forte, comme si le tunnel nous menait directement aux entrailles de la ville.
Enfin, le tunnel débouche sur une petite clairière cachée dans les roseaux. La barque est là, dissimulée sous une toile de camouflage couverte de feuilles mortes et de boue. Elle est petite, faite de bois sombre, patiné par les années, sans moteur pour éviter le bruit. Nous la dégageons avec précaution, évitant de faire craquer les branches sèches. Nous la poussons dans l'eau noire du bayou adjacent. L'eau clapote doucement contre la coque, un son étouffé par la brume. Je monte à l'avant, Evander à l'arrière. Nous pagayons doucement, en rythme parfait, sans éclaboussures. Le bateau glisse comme un fantôme sur le Mississippi, se fondant dans les ténèbres.
Les bayous sont un labyrinthe d'eau noire et de cyprès tordus. Les troncs noueux émergent de l'eau comme des sentinelles oubliées, leurs branches basses drapées de mousse espagnole qui pend comme des voiles funéraires. L'air est épais, humide, chargé d'odeurs de décomposition organique, de terre pourrie et de sel marin infiltré par les marées lointaines. Des bulles remontent à la surface de l'eau, éclatent avec un plop discret, libérant une odeur de soufre. Des alligators nous observent depuis les rives boueuses, leurs yeux jaunes brillant dans l'obscurité comme des lanternes maléfiques. L'un d'eux glisse dans l'eau, sa queue fouette la surface, crée des ondulations qui font tanguer le bateau légèrement. Evander murmure :
— Reste vigilant. Ils sont partout. Et pas seulement les animaux.
Nous avançons pendant des heures, pagayant en alternance pour économiser nos forces. Le fragment fusionné pulse plus fort, m'indique une direction générale : les ruines de la plantation LaLaurie. Mais l'emplacement exact reste flou. Nous approchons. Les murs effondrés émergent de la brume, couverts de lianes épaisses comme des serpents et de mousse verte qui suinte une humidité constante. L'eau est plus noire ici, plus stagnante, avec des remous lents qui suggèrent des courants cachés sous la surface. Des chaînes rouillées flottent à la surface, attachées à des os blanchis qui émergent parfois, comme des doigts squelettiques accusateurs. L'air porte une odeur de fer oxidé, de sang ancien et de souffrance oubliée.
Soudain, je sens les deux espions. Ils nous ont suivis malgré toutes nos précautions. Ils sont sur la rive droite, tapis dans les roseaux hauts et humides, leurs présences comme des ombres froides dans mon esprit aiguisé. Je fais signe à Evander. Nous nous arrêtons. Le bateau dérive doucement vers un vieux ponton effondré, aux planches pourries et couvertes d'algues vertes.
Les espions mordent à l'hameçon. Ils surgissent des ombres de la rive, rapides, silencieux. Deux vampires de la lignée des Anciens, aux corps minces et athlétiques, vêtus de noir pour se fondre dans la nuit. Leurs yeux brillent d'une lueur rougeâtre, leurs lames en argent luisent sous la lune. L'un saute sur le bateau, vise ma gorge avec sa lame. Je l'attrape au vol, mes doigts se referment sur son poignet comme un étau. J'entends l'os craquer. Il hurle, un son aigu qui déchire la nuit. L'autre se jette sur Evander, lame levée. Evander pare avec sa dague, le métal s'entrechoque dans un bruit strident. L'espion est fort ; il entaille le bras d'Evander, du sang froid gicle.
Je pivote, attrape le premier espion par la gorge, le soulève du bateau et le plaque contre un cyprès tordu. Il se débat, ses ongles griffent mon bras, mais je serre. Ses yeux s'écarquillent, remplis de terreur. Je le jette dans l'eau. Un alligator surgit immédiatement, mâchoires ouvertes, et l'attrape. Des cris étouffés, des éclaboussures, puis le silence.
Le deuxième espion, celui qui a entaillé Evander, tente de fuir. Il saute sur la rive, glisse sur la boue. Je le rattrape en un saut surhumain, le plaque face contre terre. La boue gicle autour de nous, froide et visqueuse. Il se débat, murmure des malédictions.
— Parle, dis-je, ma voix froide. Combien êtes-vous ? Que veulent-ils ?
Il rit, un son cassé, gargouillant dans la boue.
— Vous êtes déjà morts. Valérien et Zoran arrivent avec les autres. Ils veulent les fragments. Et toi.
Je serre plus fort. Son cou craque. Son corps s'affaisse. Je le laisse là. Evander s'approche, essoufflé, le bras entaillé qui saigne lentement.
— Ils nous ont suivis depuis le début. Nous devons plonger maintenant. Avant que les autres arrivent.
Je hoche la tête. Nous plongeons dans l'eau noire.
L'eau est froide, visqueuse, pleine de boue et de racines submergées qui s'enroulent autour de nos jambes comme des serpents vivants. La visibilité est nulle ; l'eau est opaque, chargée de sédiments qui grattent la peau. Des bulles remontent du fond, éclatent à la surface avec un plop étouffé. Des alligators rôdent. L'un d'eux s'approche, son corps massif se déplace avec une grâce sinistre, mâchoires ouvertes, dents jaunes et irrégulières brillant faiblement. Je le frappe au museau, ma force nouvelle le repousse. Il recule, mais un autre surgit de l'ombre, sa queue fouette l'eau, crée un courant qui nous déséquilibre. Evander l'attrape par la queue, tire, le force à se retourner. Nous nageons vers le ponton effondré. Le courant est fort ici, tire vers le fond. Des chaînes rouillées flottent, attachées à des os blanchis qui dansent dans l'eau comme des fantômes.
Les squelettes sont partiels : crânes fissurés, côtes brisées, fers aux poignets et aux chevilles, couverts d'algues vertes et de crustacés minuscules qui pincent la peau.
Je tends la main. Le troisième fragment est là, enchaîné à un squelette d'esclave, lesté par un poids de fer rouillé, couvert de barnacles et de mousse sous-marine. Il ressemble à un éclat d'argent terni, plus irrégulier que les deux précédents, comme si on l'avait brisé avec rage. Sa surface est gravée de symboles thraces, mais ils sont effacés par le temps, corrodés par le sel et l'eau, couverts d'une patine verte qui les fait briller faiblement dans l'obscurité sous-marine. Il est plus grand, plus lourd, avec des bords irréguliers comme des dents cassées, et une veine de sel blanc pur traverse son centre, comme une cicatrice vivante.
Dès que je l'approche, il se colle directement contre ma poitrine. Pas besoin de le toucher. Il vole vers moi, traverse ma chemise, s'enfonce dans ma peau comme si elle n'était pas là. Je ne peux pas le reprendre. Il fusionne instantanément avec les deux autres. Une décharge me traverse, plus puissante que les précédentes. Mes veines bouillonnent, mon sang s'embrase. Je ressens tout ce que Caius a été. Ses souvenirs défilent en moi comme un fleuve en crue : l'enfance à Pompéi, les rires de Claudia, les jeux avec les enfants, la campagne en Dacie, la capture, la torture, le sang de Claudia forcé dans sa bouche, la transformation par Thalestris, les siècles d'errance, la création de la lignée à La Nouvelle-Orléans, la trahison des Anciens, la décision de devenir statue pour protéger le pouvoir. La solitude infinie. Le chagrin. La rage. La fatigue. Tout cela me submerge, me noie. Je sens mes yeux blanchir temporairement, ma peau se granuler, des veines de sel apparaître sur mes bras.
Je hurle sous l'eau, des bulles explosent autour de moi.
Caius me parle une dernière fois, sa voix résonne dans ma tête, calme, reconnaissante.
— Petit veilleur… c'est mon cadeau. Tout ce que j'ai été est à toi maintenant. Ma force. Mon pouvoir. Le sel. La terre. La ville. Mais tu resteras toujours toi. Avec ta lumière. Avec ton humanité. Je suis heureux d'avoir enfin retrouvé ce qui me manquait en toi. Merci. Merci pour tout. Adieu.
La voix s'efface. Les souvenirs s'estompent, se fondent en moi sans me submerger. Je suis toujours Keegan. Mais avec la force de Caius. Je ressors de l'eau, ruisselant, plus fort que jamais.
Evander me rejoint, essoufflé.
— Tu l'as ?
Je hoche la tête. Mais au même moment, des silhouettes émergent de la brume : Valérien, Zoran, et leurs renforts. Ils nous ont trouvés.
La nuit enveloppe La Nouvelle-Orléans comme un manteau de velours noir, troué par les lumières des rues et des néons du Vieux Carré. Evander et moi courons à travers les ruelles étroites, nos pas silencieux sur les pavés irréguliers. Le troisième fragment fusionné pulse dans ma poitrine, une puissance immense qui me rend plus rapide, plus fort, mais aussi plus affamé. Les Anciens nous poursuivent. Je le sens dans mes os : Valérien et Zoran, avec leurs progénitures restantes, ont lancé une chasse à l'homme. Leurs présences sont comme des ombres froides à la périphérie de mes sens aiguisés.
Evander me tire par la main dans une allée obscure derrière Bourbon Street. Nous nous plaquons contre un mur couvert de lianes, le souffle court. Des rires ivres et de la musique jazz s'échappent d'un bar proche, couvrant nos respirations. Je sens trois présences approcher : trois progénitures des Anciens, rapides, silencieux, armés de lames en argent. Leur odeur de sel ancien et de sang froid me parvient comme une vague.
Le premier surgit de l'ombre, lame levée vers ma gorge. Je l'attrape au vol par le poignet, le tords d'un geste sec. L'os craque. Il hurle, un son aigu qui se perd dans la musique. Je le plaque contre le mur, mes doigts se referment sur sa gorge. Il se débat, ses ongles griffent mon avant-bras, mais je serre plus fort. Ses yeux s'écarquillent, remplis de terreur. Je baisse la tête. Mes canines s'enfoncent profondément dans sa gorge. Son sang coule dans ma bouche : chaud, puissant, chargé de siècles de cruauté et de force. Je bois. Profondément. Goulûment. Chaque gorgée me rend plus fort. Ses souvenirs défilent : les ordres de Valérien, la traque, la soif de pouvoir. Je vide ses veines. Son corps se flétrit sous mes mains. Sa peau se ride, ses yeux se ternissent. Il se débat de moins en moins. Puis plus du tout.
Quand je relève la tête, il n'est plus qu'une enveloppe sèche, momifiée en quelques secondes. Je le laisse tomber. Son corps s'effondre en poussière noire sur les pavés.
Le deuxième espion surgit de l'ombre opposée, se jette sur Evander. Evander pare avec sa dague, mais le vampire est agile. Il entaille le bras d'Evander. Du sang froid gicle. Evander grogne, pivote, enfonce sa dague dans le cœur de l'espion. Le métal traverse les côtes, touche le cœur. Le vampire hurle, un cri étouffé. Evander tourne la lame, arrache le cœur. Le corps s'effondre, convulsant, puis se désintègre en poussière noire.
Le troisième espion apparaît derrière moi, lame en argent levée pour frapper mon dos. Evander le voit le premier. Il se retourne d'un mouvement fluide, sa dague traverse l'air comme un éclair. La lame s'enfonce dans la poitrine de l'espion, traverse le sternum, touche le cœur avec une précision mortelle. Le vampire s'arrête net, les yeux écarquillés. Evander pousse la lame plus profondément, tourne légèrement. Le cœur est transpercé. Du sang noir coule sur la lame. L'espion s'effondre à genoux, puis tombe en poussière noire.
Evander retire sa dague, l'essuie sur le manteau de l'espion mort. Il me regarde, le souffle court.
— Il allait te tuer par derrière. Je ne pouvais pas le laisser.
Je hoche la tête, la voix rauque.
— Merci.
Nous reprenons notre fuite. Les rues sont bondées de touristes ivres, de musiciens de rue, de couples enlacés. Nous nous fondons dans la foule, mais je sens d'autres présences. Les Anciens ont envoyé plus de renforts. Valérien est proche ; je sens sa rage comme une vague froide.
— Ils nous encerclent, dis-je à Evander. Nous devons trouver une cachette. Vite.
Evander hoche la tête.
— L'ancienne maison de LaLaurie. Elle est abandonnée. Personne n'osera y entrer.
Nous zigzaguons à travers les rues, évitons les patrouilles invisibles. Nous atteignons la maison de LaLaurie, une bâtisse hantée aux murs craquelés, aux fenêtres condamnées. Nous forçons une porte latérale, entrons dans l'obscurité. L'air est froid, chargé d'une odeur de moisissure et de souffrance ancienne. Nous montons à l'étage, dans une chambre poussiéreuse avec un lit effondré et des rideaux déchirés.
Nous nous plaquons contre le mur, écoutons. Les présences des Anciens s'approchent, mais hésitent. La maison est maudite ; même eux craignent les fantômes de LaLaurie.
Evander me tire dans un coin sombre. Nous nous asseyons par terre, dos au mur. Nos corps se pressent l'un contre l'autre. Sa main trouve la mienne, la serre.
— Nous devons renforcer notre lien, murmure-t-il. Avant qu'ils nous trouvent. Ton sang… mon sang. Ensemble.
Je hoche la tête. La scène devient intime, sensuelle, érotique. Evander déboutonne ma chemise lentement, ses doigts tremblants effleurent ma peau froide. Il pose sa paume sur ma poitrine, là où le fragment fusionné pulse. Je fais de même avec la sienne, sentant son cœur battre en rythme avec le mien. Nos lèvres se frôlent, puis se rencontrent dans un baiser profond, désespéré. Nos langues se mêlent, goût de sang séché, de sel, d'amour et de peur. Ses mains descendent, caressent mon torse, mes abdos, mes hanches. Je gémis contre sa bouche, mes doigts glissent sous sa chemise, explorent les lignes de ses muscles, les cicatrices grises qui s'effacent.
Il me fait basculer doucement sur le sol poussiéreux. Ses lèvres descendent le long de mon cou, mordillent ma clavicule. Ses canines effleurent ma peau, sans percer. Je cambre le dos, mes ongles griffent son dos. Il déboucle ma ceinture, fait glisser mon pantalon, expose mon sexe dur. Ses doigts l'effleurent, le caressent lentement, du gland à la base. Je halète, les yeux mi-clos.
— Evander…
Il se penche, prend mon sexe dans sa bouche. Sa langue tournoie autour du gland, suce doucement, puis plus fort. Ses mains caressent mes cuisses, les écartent. Un doigt humecté de salive effleure mon entrée, la caresse, s'enfonce lentement. Je gémis, le corps secoué. Il ajoute un deuxième doigt, les tourne, trouve ce point sensible à l'intérieur. Le plaisir monte, intense, presque douloureux.
Je l'attire vers moi, l'embrasse à nouveau. Je le déshabille à mon tour, fais glisser ses vêtements. Nos corps nus se pressent l'un contre l'autre, peau contre peau, froid contre froid. Je caresse son sexe dur, le branle lentement. Il grogne contre ma gorge. Il me retourne doucement, me met à quatre pattes. Ses mains écartent mes fesses. Sa langue effleure mon entrée, la lèche, la prépare. Je tremble, le front contre le sol froid.
Il se positionne, crache dans sa paume, enduit son sexe. Il entre en moi d'un coup lent, profond. Nous gémissons ensemble. Il reste immobile un moment, enfoui en moi, ses mains sur mes hanches. Puis il commence à bouger, lentement, profondément. Chaque coup de reins est une déclaration. Je me cambre, rencontre ses mouvements. Le plaisir monte, doux, brûlant. Ses mains caressent mon dos, mes flancs, descendent jusqu'à mon sexe, le branlent au rythme de ses coups.
— Je t'aime, murmure-t-il. Pour toujours.
Je jouis le premier, un orgasme violent qui me secoue. Mon sperme froid gicle sur le sol. Evander me suit, se déverse en moi avec un grognement rauque. Nous restons soudés, haletants, son corps couvrant le mien.
Quand nous nous séparons, le lien est plus fort. Nos esprits se touchent, nos sangs se mêlent. Nous nous rhabillons, prêts pour la suite.
Le silence dans la chambre poussiéreuse de la maison de LaLaurie est oppressant, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle après le chaos de la rue. L'air est glacé, imprégné d'une odeur de moisissure tenace, de bois pourri qui craque sous le poids des années, et de cette souffrance ancienne qui semble suinter des fissures dans les planches. Les rideaux déchirés, jaunis par le temps et la poussière, pendent comme des voiles funéraires effilochés, filtrant la lumière pâle de la lune en lambeaux irréguliers qui dansent sur le plancher inégal. Evander est appuyé contre le mur craquelé, sa main pressée sur son bras entaillé, où le sang froid coule lentement entre ses doigts, laissant une traînée noire qui goutte sur le bois avec un ploc discret et régulier, comme un métronome sinistre.
Il respire par à-coups courts, son torse se soulevant de manière irrégulière, mais ses yeux verts brillent d'une détermination farouche, presque animale, une lueur qui reflète la survie à tout prix.
Je m'agenouille devant lui, mes genoux s'enfonçant dans la poussière accumulée depuis des décennies, et je prends son visage entre mes mains froides. Mes pouces effleurent ses pommettes saillantes, essuient une goutte de sang noir qui a coulé de sa tempe, laissant une traînée collante sur sa peau pâle. Je sens son pouls sous mes doigts, lent mais tenace, un rythme qui me rassure : il est vivant. Nous sommes vivants. Le troisième fragment fusionné pulse dans ma poitrine, une chaleur constante qui se répand dans mes veines, fait bouillir mon sang comme un feu liquide. Cette nouvelle puissance me rend plus alerte, plus fort, mais aussi plus conscient de chaque ombre, de chaque bruit lointain dans la nuit.
— On ne reste pas ici, dis-je à voix basse, ma voix rauque, éraillée par les cris et les grognements du combat précédent. La maison est maudite, imprégnée de trop de souffrance pour nous offrir un vrai refuge. Elle les terrifie, mais elle pourrait aussi nous piéger si les échos des fantômes se réveillent. Valérien et Zoran vont revenir. Avec plus de renforts. Ils savent que nous avons les trois fragments. Ils sentent la clé complète. Ils vont vouloir les reprendre, et ils ne s'arrêteront pas.
Evander hoche la tête, ses lèvres tremblent légèrement, mais sa voix reste ferme, un murmure déterminé qui coupe le silence comme une lame.
— Tu as raison. Ils ne nous laisseront pas partir avec la clé complète. Ils vont nous traquer jusqu'au bout. Ils veulent tout : les fragments, le pouvoir, et toi. Surtout toi, maintenant que tu es la clé vivante.
Il se redresse, grimace de douleur quand son bras blessé se tend, le sang frais coulant plus abondamment, tachant sa chemise déchirée. Il serre les dents, son visage se crispant, mais il ne se plaint pas.
— On ne peut pas attendre ici comme des proies acculées. Il faut choisir le terrain. Choisir où nous voulons les affronter. Pas dans les rues bondées du Vieux Carré, où ils peuvent nous encercler, utiliser les civils comme boucliers humains, nous submerger par le nombre dans le chaos des touristes ivres et des musiciens de rue. Pas ici, dans cette maison hantée qui les terrifie mais qui pourrait aussi nous piéger si les esprits des tourmentés se manifestent, si les murs se referment sur nous comme une tombe vivante.
Il pose sa main valide sur ma poitrine, juste au-dessus des fragments fusionnés. Il sent leur pulsation, leur chaleur à travers ma chemise déchirée, et ses doigts tremblent légèrement, comme s'il touchait quelque chose de divin ou de maudit.
— On retourne aux ruines de la plantation LaLaurie. C'est là que tout a commencé pour Caius. C'est là que le troisième fragment était caché, enchaîné aux os des oubliés. C'est là que la terre, le sel, les chaînes rouillées, les os blanchis… tout est à nous maintenant. Le fleuve nous connaît, ses eaux noires nous portent. Les bayous nous protègent, avec leurs labyrinthes de racines et de brume. Les alligators sont nos alliés involontaires, attirés par le sang et le chaos. Si nous les attirons là-bas, nous avons l'avantage du terrain. Nous pouvons les forcer à se disperser, à se perdre dans la brume et les racines, à commettre des erreurs dans l'obscurité humide. Et si Caius se réveille… il se réveillera sur son propre sol, et peut-être nous aidera-t-il, ou au moins nous donnera-t-il un avantage.
Je le regarde dans les yeux. Son plan est risqué, mais logique. La maison de LaLaurie est trop urbaine, trop exposée aux regards indiscrets et aux renforts rapides des Anciens. Les ruines de la plantation sont isolées, entourées d'eau traîtresse, de boue suceuse, de cyprès tordus et de brume épaisse comme un mur. Nous pouvons les attirer, les piéger, les combattre un par un dans un environnement qu'ils craignent. Et si les fragments sont complets… Caius sera là. Pour le meilleur ou pour le pire.
— D'accord, dis-je. On y retourne. On mène la dernière bataille sur son terrain. Sur notre terrain.
Evander hoche la tête, un sourire fatigué mais déterminé apparaît sur ses lèvres, illuminant son visage pâle malgré la douleur.
— On part maintenant. On ne prend rien. On n'a plus besoin de matériel. La clé est complète. Notre force est en nous. Si c'est la fin, ce sera la nôtre, pas la leur.
Nous sortons de la maison de LaLaurie par la même porte latérale, le bois craquant sous nos pas comme un avertissement. La nuit est plus noire maintenant, la lune voilée par des nuages épais qui roulent lentement dans le ciel, menaçants comme des vagues de tempête. Nous traversons les rues en évitant les lumières des réverbères, longeant les murs sombres couverts de graffitis effacés et de lianes urbaines, sautant par-dessus les clôtures basses des jardins abandonnés, où l'herbe haute nous frôle les jambes comme des doigts invisibles. Evander boite légèrement, son pas irrégulier, mais il refuse mon aide, serrant les dents à chaque foulée. Il marche à mes côtés, sa dague prête, son regard scrutant chaque ombre, chaque recoin sombre où un espion pourrait se cacher. Nous arrivons au bord du Mississippi en moins d'une heure.
Le fleuve est large, sombre, ses eaux lentes reflètent les lumières lointaines de la ville comme des éclats de verre brisé, des reflets fragmentés qui dansent sur la surface comme des spectres.
Nous retrouvons la barque cachée dans les roseaux hauts et humides, leurs tiges flexibles bruissant doucement dans le vent nocturne. Elle est petite, faite de bois sombre patiné par les années, silencieuse, parfaite pour les bayous. Nous la dégageons avec précaution, évitant de faire craquer les branches sèches qui pourraient alerter un écouteur invisible. Nous la poussons dans l'eau noire, la coque grattant légèrement la boue avec un bruit étouffé. Je monte à l'avant, Evander à l'arrière. Nous pagayons doucement, en rythme parfait, sans éclaboussures. Le bateau glisse comme un fantôme sur le fleuve, la brume s'enroulant autour de nous comme un manteau protecteur. Les cyprès tordus émergent de la brume, leurs branches basses drapées de mousse espagnole qui pend comme des voiles funéraires, effleurant l'eau avec un frôlement doux. L'air est épais, humide, chargé d'odeurs de décomposition organique, de terre pourrie et de sel marin infiltré par les marées lointaines.
Des bulles remontent à la surface, éclatent avec un plop discret, libérant une odeur de soufre pourri qui pique les yeux.
Des alligators nous observent depuis les rives boueuses, leurs corps immobiles, leurs yeux jaunes brillant dans l'obscurité comme des lanternes maléfiques. L'un d'eux ouvre la mâchoire plus largement, un grondement bas émane de sa gorge, vibratoire, qui fait vibrer la coque du bateau. Il reste immobile, mais ses yeux nous suivent, comme s'il attendait le moment où nous commettrions une erreur, où nous glisserions dans l'eau pour devenir sa proie. Un autre, plus petit mais plus agile, glisse dans l'eau à notre approche, sa queue fouette la surface, crée des ondulations qui font tanguer le bateau légèrement, l'eau froide éclaboussant nos bottes.
Nous approchons des ruines de la plantation LaLaurie. Les murs effondrés émergent de la brume, couverts de lianes épaisses comme des serpents vivants, suintant une humidité froide qui goutte continuellement sur la boue en dessous. La structure est un chaos de briques craquelées, de bois pourri qui craque sous le poids de la nuit, et de fer rouillé qui grince dans le vent. Hantée par les légendes de torture et de souffrance, l'air y est plus lourd, plus étouffant, comme si les cris des esclaves d'autrefois s'attardaient encore dans les fissures. L'eau est plus noire ici, plus stagnante, avec des remous lents et sinistres qui suggèrent des courants cachés, des tourbillons traîtres qui pourraient aspirer un corps entier au fond en quelques secondes. Des chaînes rouillées flottent à la surface, attachées à des os blanchis qui dansent dans l'eau comme des fantômes accusateurs, leurs surfaces polies par les courants, leurs formes tordues rappelant les horreurs du passé.
L'air porte une odeur de fer oxidé, de sang ancien et de souffrance oubliée, si épaisse qu'elle colle à la gorge comme une pâte, rendant chaque respiration plus laborieuse.
Nous amarrons le bateau près du ponton effondré. Les planches pourries craquent sous nos pas, menaçant de céder à chaque mouvement, des éclats de bois volant dans l'air humide. La boue suce nos bottes, froide et visqueuse, comme si la terre elle-même voulait nous retenir, nous aspirer dans ses entrailles. Des racines submergées s'enroulent autour de nos chevilles comme des serpents vivants, glissants et tenaces, forçant Evander à boiter encore plus. Nous avançons lentement, dagues prêtes, sens en alerte, chaque pas calculé pour éviter les pièges naturels du terrain.
Soudain, Valérien et Zoran émergent de la brume, entourés de leurs renforts : une quinzaine de vampires, athlétiques, aux corps tendus comme des arcs, aux yeux brillants de convoitise et de rage. Ils bloquent la rive, leurs mouvements fluides et coordonnés comme une meute de loups. Valérien est au centre, son visage à moitié pétrifié craquelant sous la tension, des éclats minuscules tombant sur la boue avec un plop discret, absorbés par la vase. Ses yeux sont noirs, remplis de haine, ses lèvres fendues en un sourire terrifiant qui révèle des gencives noires et des dents limées en pointe. Zoran est à sa droite, ses yeux blancs insondables, son corps mince enveloppé d'une cape noire trempée par la brume, ses mains tremblant légèrement comme s'il sentait la puissance qui émane de moi.
Les renforts se déploient, formant un cercle autour de nous, leurs pieds s'enfonçant dans la boue avec un bruit de succion humide. Deux d'entre eux portent des lames en argent pur, gravées de symboles anciens pour amplifier le poison, la lame luisant sous la lune comme des crocs empoisonnés. Trois autres ont des chaînes de sel cristallin, épaisses et granuleuses, les cristaux crissant les uns contre les autres comme des dents qui grincent. Les autres sont armés de griffes et de force brute, leurs ongles comme des lames naturelles, courbés et aiguisés, leurs canines allongées, luisantes de salive visqueuse, lèvres retroussées en grognements muets, leurs souffles formant des volutes de brume dans l'air froid.
Valérien avance d'un pas supplémentaire, ses bottes s'enfonçant dans la boue avec un bruit de succion, éclaboussant de la vase froide sur les jambes des vampires les plus proches.
— Vous avez le troisième fragment, murmure-t-il, sa voix un grognement bas qui résonne comme un écho dans les cyprès, faisant vibrer l'air humide et faisant sursauter un alligator proche qui plonge dans l'eau avec un splash discret. Nous le sentons. La clé est complète. Donnez-la-nous. Ou nous vous tuons ici, et nous prenons ce qui nous revient de droit.
Evander se place devant moi, dagues croisées, la lame droite pointée vers Valérien, la gauche vers Zoran. Son corps est tendu comme un arc, chaque muscle visible sous sa peau pâle, sa respiration contrôlée malgré la douleur de son bras entaillé, qui coule toujours, le sang froid formant une petite flaque à ses pieds.
— Vous ne le toucherez pas. Jamais.
Le silence s'étire, tendu comme une corde prête à rompre, l'air chargé d'électricité, la brume tourbillonnant autour de nous comme si elle sentait le sang qui allait couler. Puis Valérien rit, un son rauque et craquelant comme de la pierre qui se brise, des éclats de salive volant de ses lèvres fendues, atterrissant dans la boue avec un sifflement discret.
— Prenez-les. Vivants si possible. Morts si nécessaire.
Le combat éclate comme un orage soudain, les renforts se jetant sur nous avec une coordination mortelle.
Valérien bondit le premier, sa vitesse terrifiante, un flou de mouvement dans la brume, ses griffes visant ma poitrine pour arracher les fragments fusionnés. Je pare d'un geste fluide, ma main se referme sur son poignet comme un étau de fer. L'os craque sous ma force nouvelle, un son sec et écoeurant qui résonne dans la nuit. Il hurle, un cri rauque qui déchire l'air, recule d'un saut acrobatique, son visage pétrifié se fissurant davantage, des éclats de pierre tombant sur la boue avec un plop discret, absorbés par la vase. Il atterrit sur une racine submergée, glisse légèrement, mais se redresse, ses yeux noir brillant de rage, sa cape trempée claquant dans le vent humide.
Zoran attaque Evander en même temps, ses mouvements fluides, presque dansants, ses pieds glissant sur la boue sans bruit, comme s'il flottait au-dessus du sol. Il feinte à gauche, frappe à droite avec une lame en argent qui siffle dans l'air humide. Evander pare, les lames s'entrechoquent dans un bruit strident qui résonne dans les bayous, des étincelles volant dans l'obscurité comme des lucioles mourantes. La lame de Zoran effleure son épaule, entaille la peau avec un bruit de tissu déchiré. Du sang froid gicle, coule sur le bras d'Evander en traînée noire. Evander grogne, contre-attaque, sa dague transperce l'air avec une vitesse accrue. Zoran esquive d'un saut latéral, mais Evander est rapide ; la lame entaille son bras, du sang noir coule, fume au contact de l'air humide, laissant une traînée noire sur sa cape.
Les renforts se déploient, trois vampires se jettent sur moi en même temps, leurs corps coordonnés comme une meute. Le premier saute sur mon dos, ses bras s'enroulent autour de ma gorge comme des chaînes vivantes, ses griffes s'enfoncent dans ma peau, déchirant la chemise et la chair avec un bruit de tissu déchiré. La douleur est aiguë, mais je le retourne d'un mouvement violent, le plaque au sol. La boue gicle autour de nous, froide et visqueuse, colle à mes vêtements et à ma peau. Mes doigts s'enfoncent dans sa poitrine, traversent les côtes avec un craquement sec, comme des branches cassées. Je sens son cœur battre paniqué sous ma paume, un pouls rapide et désespéré. Je serre. Il explose dans un jaillissement de sang noir qui éclabousse mon visage, chaud et collant. Il hurle, un cri agonisant qui se répercute dans les cyprès.
Le deuxième arrive par le côté, lame en argent levée, la pointe brillant sous la lune. Je l'attrape au vol, mes doigts se referment sur son bras comme un étau. L'os craque. Il hurle. Je le jette dans l'eau. Un alligator surgit, mâchoires ouvertes, l'attrape par la jambe. Des cris étouffés, des éclaboussures violentes, du sang qui teinte l'eau noire en rouge sombre. L'alligator roule sur lui-même, emporte le corps au fond dans un tourbillon d'eau et de boue.
Le troisième est plus malin. Il utilise une chaîne de sel, la fait tournoyer comme un lasso. Elle siffle dans l'air humide, les cristaux granuleux brillant sous la lune. Elle s'enroule autour de mon bras, brûle ma peau comme de l'acide, la chair fumant et sifflant. La douleur est intense, une brûlure qui remonte jusqu'à mon épaule. Mais mon sang bouillonne, dévore le sel comme un acide. Je tire sur la chaîne d'un coup sec, l'attire vers moi. Il s'approche, paniqué, ses pieds glissant dans la boue. Mes canines s'enfoncent dans sa gorge. Son sang coule, chaud, épais. Je bois. Lentement. Savourant chaque gorgée. Ses souvenirs défilent : la traque, les ordres, la peur de Valérien. Je le vide complètement. Son corps se flétrit, se momifie, la peau se ridant comme du papier ancien, les yeux se ternissant comme du verre dépoli. Je le laisse tomber. Il s'effondre en poussière noire, absorbée par la boue.
Evander affronte trois autres. Il est rapide, précis. Sa dague tranche la gorge du premier, du sang noir gicle en arc, tache son visage et colle à sa peau. Le vampire s'effondre, gargouillant, ses mains pressées sur la plaie comme s'il pouvait arrêter le flot. Le deuxième l'entaille au flanc. Evander hurle, du sang froid coule sur sa chemise déchirée, laissant une traînée chaude et visqueuse. Il pivote, enfonce sa lame dans l'œil du vampire. La lame s'enfonce avec un bruit humide, l'œil éclate. Le corps s'effondre, convulsant, les membres tressautant dans la boue. Le troisième le plaque au sol, griffes sur sa gorge. Evander se débat, ses jambes battent dans la boue, éclaboussant de la vase froide partout, ses bottes glissant sans prise. Le vampire serre, ses crocs s'approchent de la gorge d'Evander, la salive coulant de ses lèvres retroussées. Je bondis, arrache le vampire d'Evander, le soulève du sol. Il se débat, ses ongles griffent mon visage. Du sang coule sur mes joues.
Je serre sa gorge, le brise comme une brindille. Son corps tombe en poussière.
Valérien rugit, un son primal qui fait vibrer l'air humide, se jette sur moi. Ses griffes visent mes yeux, longues et courbées comme des serres d'oiseau de proie. Je l'esquive, contre-attaque. Mon poing s'enfonce dans son flanc pétrifié. La pierre craque, des éclats volent. Il hurle, recule, son visage pétrifié se fissurant davantage, des morceaux tombant dans la boue avec un plop. Il trébuche, mais se redresse, haletant, du sang noir coulant de sa bouche en filaments visqueux.
Zoran, voyant Valérien affaibli, fait un signe aux progénitures restantes. Six d'entre eux se jettent sur moi en même temps. Leur coordination est parfaite : deux par les côtés, deux par l'avant, deux par l'arrière. Le premier me saisit le bras, sa chaîne de sel s'enroule autour, brûle ma peau. La douleur est intense. Le deuxième me frappe au genou, me fait trébucher. Le troisième saute sur mon dos, ses bras s'enroulent autour de ma gorge. Je me débats, mais ils sont trop nombreux. Mes coups sont puissants, j'en brise un d'un coup de coude, son crâne craque, il s'effondre en poussière. Mais les autres me maintiennent. Une chaîne de sel s'enroule autour de mes poignets, brûle ma peau, affaiblit ma force. Je hurle, la douleur comme un feu vivant.
Evander se jette pour m'aider, mais Zoran l'intercepte, le plaque au sol avec l'aide de deux progénitures. Ils le maintiennent, griffes sur sa gorge, lame en argent contre son cœur. Evander se débat, ses jambes battent dans la boue, mais ils le tiennent ferme.
Valérien et Zoran s'approchent de moi, leurs yeux brillants de triomphe. Les progénitures me maintiennent fermement, leurs griffes s'enfoncent dans mes bras, mes épaules, mes jambes, me forçant à rester à genoux. La boue colle à mes genoux, froide et visqueuse. Je me débats, mais la chaîne de sel affaiblit ma force, brûle mes veines comme de l'acide.
Valérien rit, un son rauque.
— Le petit prince est capturé. Devant ton Sire. Regarde bien, Evander. Nous allons le vider de son sang. Le Sang de Phénix, comme Caius l'appelait. Nous allons le boire. Et prendre son pouvoir.
Zoran hoche la tête, ses yeux blanc brillant.
— Son sang est trop vivant. Mais nous sommes deux. Nous le drainerons ensemble.
Devant Evander, maintenu par les progénitures, qui hurle mon nom, Valérien et Zoran se penchent en même temps. Leurs canines s'enfoncent dans mon cou, l'un à gauche, l'autre à droite. La douleur est intense, un feu qui se répand. Ils boivent. Goulûment. Leur bouche aspire mon sang. Je sens mon corps s'affaiblir, mes veines se vider. Mon sang, le Sang de Phénix, chargé de la puissance des trois fragments fusionnés, est trop vivant, trop puissant. Mais ils boivent quand même, leurs yeux s'écarquillent de plaisir, pensant qu'ils me drainent.
Je m'effondre au sol, devant Evander. Mon corps s'alourdit, ma vision se brouille. Evander hurle, des larmes froides coulent sur ses joues.
— Keegan ! Non !
Les Anciens se redressent, les lèvres tachées de mon sang, riant.
— Il est vidé. La clé est à nous.
Mais soudain, ils grimacent. Leur ventre se tord. Mon sang, trop vivant, brûle leurs entrailles comme un feu liquide. Valérien hurle, tombe à genoux, ses mains pressées sur son abdomen. Zoran s'effondre, vomit du sang rouge brillant, fumant. Leur peau se craquelle, des veines or brillant apparaissent, comme du métal en fusion. Ils se consument de l'intérieur, leur corps fumant, sifflant.
Avant qu'ils ne meurent, Evander voit. Je me relève lentement. Mes yeux virent à un or brillant, presque blanc au centre, comme le cœur d'une étoile ou du métal en fusion. Une lumière intense émane de moi. Je reprends connaissance. Mon sang n'a pas été drainé. Il est impossible à drainer. Il est le Sang de Phénix : chargé de puissance, trop vivant pour être pris. Les Anciens se consument en poussières, leurs cris agonisants résonnant dans la brume. Les progénitures, terrifiées, fuient dans la nuit, leurs pas éclaboussant la boue.
Mes yeux redeviennent normaux. Je me tourne vers Evander, qui pleure encore, les larmes froides coulant sur ses joues.
— C'est fini, dis-je. Ils sont partis.
Evander se redresse, me prend dans ses bras. Nous restons là, enlacés, le fleuve clapote doucement. Les alligators rôdent, mais nous sommes en vie. La clé est complète.
Fin du chapitre 8.
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