Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La morsure de l'éternité — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La morsure de l'éternité
Chapitre 6
Chapitre 6
Le grand salon du manoir baigne dans une lumière ambrée tremblante. Les bougies éternelles projettent des ombres longues et mouvantes sur les murs tapissés de damas noir et sur les moulures dorées du plafond. L'air est chargé d'une odeur de cire chaude, de vieux bois et de sel humide qui monte du sol. Les trois Anciens sont assis autour de la table massive en acajou sombre. Livia, minuscule et terrifiante, a posé ses mains translucides à plat sur le bois. Valérien, le visage à moitié pétrifié, trace lentement des cercles avec un doigt sur une carte ancienne de La Nouvelle-Orléans étalée devant eux. Zoran, les yeux entièrement blancs, reste immobile, la tête légèrement penchée comme s'il écoutait quelque chose que les autres n'entendent pas.
Evander se tient debout derrière moi, une main posée sur mon épaule. Ses doigts sont crispés. Je sens la tension qui irradie de lui. Le fragment dans ma poitrine pulse doucement, régulier, presque calme, comme s'il attendait.
— Le deuxième fragment est forcément proche du premier, murmure Livia d'une voix qui ressemble à du vent dans une crypte. Le sang appelle le sang. Mais la ville est vaste. Le sel masque tout.
Valérien fait glisser son doigt sur la carte, suivant les lignes des rues du Vieux Carré, puis du Garden District, puis des bayous.
— J'ai senti une résonance près de la cathédrale Saint-Louis, dit-il. Sous les dalles. Mais ce n'est qu'une vibration faible. Le troisième… rien. Le Mississippi l'avale. Ou les marais.
Zoran relève lentement la tête. Ses yeux blancs semblent traverser les murs.
— Ils sont vivants, ces fragments. Ils bougent. Ils se cachent. Caius les a faits ainsi. Il voulait que seul son descendant puisse les trouver. Pas nous.
Un long silence s'installe. Livia finit par se lever, ses pieds nus laissant de minuscules traces de sel fondu sur le parquet.
— Nous ne pouvons rien de plus ce soir. La terre refuse de parler. Nous reviendrons dans trois nuits. D'ici là… surveillez-le.
Elle tourne son regard fendu vers moi. Un sourire étire ses lèvres jusqu'aux oreilles.
— Et surtout, ne le laissez pas écouter seul.
Les trois Anciens quittent le salon sans un bruit supplémentaire. La porte se referme derrière eux. Le manoir redevient silencieux, mais ce silence est différent : plus intime, plus lourd.
Evander me fait pivoter face à lui. Ses mains encadrent mon visage. Ses pouces caressent mes pommettes avec une tendresse presque douloureuse.
— Ils ont peur, murmure-t-il. Ils sentent que tu es plus que ce qu'ils peuvent contrôler.
Je pose ma main sur sa poitrine, là où son cœur bat très lentement.
— J'ai besoin de toi. Pas seulement de ton corps. De ton sang. Vraiment. Pour que nous soyons… ensemble. Pour que je puisse résister.
Evander me regarde longuement. Ses yeux verts s'adoucissent. Il hoche la tête.
— Viens.
Il m'entraîne jusqu'à la chambre. Les rideaux de velours cramoisi sont tirés. La pièce est plongée dans une pénombre chaude. Il s'assied sur le bord du lit d'ébène et m'attire entre ses jambes. Je m'agenouille devant lui. Il déboutonne lentement sa chemise noire, dévoile son torse pâle, sculpté, marqué de fines cicatrices anciennes. Il porte son poignet à sa bouche, mord profondément. Le sang coule, épais, sombre, presque noir, chargé de siècles.
— Bois, dit-il doucement. Tout ce que tu veux. Jusqu'à ce que tu sois en moi.
Je prends son poignet à deux mains. Mes lèvres se posent sur la plaie. La première gorgée est une explosion. Son sang est feu et glace à la fois : goût de terre ancienne, de jasmin nocturne, de vin oublié, de douleur et d'amour. Je bois lentement, profondément. Chaque gorgée fait couler son essence en moi. Je sens nos esprits se toucher, se mêler. Des images de lui défilent : les rues de Paris sous la Terreur, les calèches dans le Vieux Carré colonial, sa solitude infinie, puis moi, sous la pluie de Royal Street, mon visage levé vers lui.
Le lien s'approfondit. Je sens son cœur dans ma poitrine, son souffle dans mes poumons. Nos âmes se fondent. Je ne suis plus seulement Keegan. Je suis aussi Evander. Et il est moi.
Quand je relève la tête, nos regards sont verrouillés. Des larmes froides coulent sur mes joues. Il essuie les miennes avec ses pouces.
— Nous sommes un maintenant, murmure-t-il. Quoi qu'il arrive, nous sommes un.
Nous restons enlacés un long moment, front contre front, respirant le même air inutile. Puis je parle.
— Je dois le laisser entrer. Caius. Juste assez pour qu'il me dise où sont les fragments. Mais j'ai peur. Peur de ne plus savoir où je finis et où il commence.
Evander serre ma main plus fort.
— Je serai là. Dans ton esprit. Dans ton sang. S'il essaie de te prendre, je le combattrai. Nous le combattrons ensemble.
Je ferme les yeux. Le fragment dans ma poitrine pulse plus fort. Je me concentre sur lui. Je baisse les barrières que le sceau d'Evander avait posées. C'est difficile. Chaque fois que j'essaie d'ouvrir, une douleur aiguë me traverse le crâne, comme des aiguilles de sel. Je serre les dents. Le sang d'Evander coule encore dans mes veines, me donne la force.
— Caius… je murmure à voix haute. Parle-moi.
Rien pendant de longues secondes. Puis une voix grave, immense, résonne directement dans mon esprit. Pas des mots. Une présence. Froide. Ancienne. Triste.
— Petit veilleur…
Je sursaute. Evander pose sa main sur ma nuque, ancre.
— Demande-lui, souffle-t-il. Demande-lui ce qu'il veut vraiment.
Je prends une inspiration inutile.
— Pourquoi moi ? Pourquoi ne pas m'avoir dit que nous avions le même sang ? Que veux-tu de moi ?
La voix de Caius est lente, profonde, comme le grondement de la terre elle-même.
— Je ne veux pas renaître. Je veux mourir. Vraiment mourir. Ma descendance est tout ce qu'il me reste. Toi. Tu es la dernière étincelle de Claudia. Je veux que tu aies tout ce que j'ai accumulé pendant deux mille ans. Les pouvoirs de la terre. Le sel. La ville elle-même. Pour que tu puisses vivre libre… et que je puisse enfin m'éteindre.
Un long silence. Puis il ajoute, plus bas :
— Mais ces pouvoirs sont dangereux. Ils peuvent te consumer. Ils ont consumé tous les autres avant toi.
Je répète à voix haute tout ce qu'il dit. Evander écoute, le visage tendu.
— Ne fais pas confiance aux Anciens, continue Caius. Ils ont toujours convoité ce que je possédais. Ils voulaient la clé pour eux-mêmes. Ils m'ont trahi autrefois. Ils m'ont poussé à devenir cette statue pour que je ne puisse plus les arrêter.
Evander fronce les sourcils.
— Je ne crois pas. Ils sont venus nous aider.
Soudain, une vision nous frappe tous les deux en même temps.
Nous voyons Caius, encore humain, dans sa villa près de Pompéi. Claudia, belle et rieuse, avec leurs deux enfants. Puis la capture, la torture, le sang de Claudia qu'on le force à boire devant les enfants terrifiés. Les enfants qui fuient dans la nuit. La transformation. Les siècles de rage et de chagrin. Puis, bien plus tard, à La Nouvelle-Orléans, les Anciens – Livia, Valérien, Zoran – qui viennent le supplier de leur donner la clé. Caius refuse. Ils complotent. Ils essaient de le tuer. Caius, épuisé, choisit de s'enfermer sous le cimetière, de devenir statue, de laisser son sang nourrir la terre pour que seul son descendant puisse un jour hériter de tout.
Nous voyons Caius, encore humain, dans sa villa près de Pompéi. Claudia, belle et rieuse, avec leurs deux enfants. Puis la capture, la torture, le sang de Claudia qu'on le force à boire devant les enfants terrifiés. Les enfants qui fuient dans la nuit. La transformation. Les siècles de rage et de chagrin. Puis, bien plus tard, à La Nouvelle-Orléans, les Anciens – Livia, Valérien, Zoran – qui viennent le supplier de leur donner la clé. Caius refuse. Ils complotent. Ils essaient de le tuer. Caius, épuisé, choisit de s'enfermer sous le cimetière, de devenir statue, de laisser son sang nourrir la terre pour que seul son descendant puisse un jour hériter de tout.
La vision s'efface. Nous sommes de retour dans la chambre, tremblants.
Evander est pâle. Pour la première fois, je lis le doute dans ses yeux.
Evander est pâle. Pour la première fois, je lis le doute dans ses yeux.
— Ils… ils ont vraiment essayé de le détruire.
Je pose ma tête sur son épaule. Le lien de sang nous unit plus fort que jamais. Nous sommes fusionnels. Une seule âme dans deux corps.
— Qu'allons-nous faire ? je murmure.
Evander caresse mes cheveux.
— Nous trouverons les fragments. Ensemble. Et nous déciderons ensemble ce que nous en ferons. Pas eux. Pas Caius. Nous.
Le fragment dans ma poitrine pulse une fois, doucement, presque reconnaissant.
Le silence qui suit la révélation de Caius est si profond qu'on entend le craquement discret des bougies éternelles qui se consument sans jamais diminuer. Evander et moi sommes toujours enlacés sur le lit, nus, nos corps pressés l'un contre l'autre, nos respirations synchronisées par le sang que nous venons d'échanger. Sa main repose sur ma poitrine, juste au-dessus du fragment qui pulse lentement, comme s'il écoutait lui aussi.
Je relève la tête pour le regarder dans les yeux. Ses pupilles sont dilatées, son expression un mélange de détermination et de peur contenue.
— On ne peut pas attendre les Anciens, dis-je doucement. Ils veulent le pouvoir pour eux. Caius l'a dit. La vision l'a montré. Ils nous trahiront comme ils l'ont trahi.
Evander hoche la tête, les mâchoires serrées. Il caresse ma joue du pouce, un geste presque mécanique pour se rassurer lui-même.
— Je sais. Mais aller chercher le fragment sans eux… c'est risqué. Si Caius nous guide, il peut aussi nous manipuler. Et si les Anciens nous suivent ?
Je pose ma main sur la sienne, la presse contre ma peau.
— C'est pour ça qu'on doit le faire maintenant. Ensemble. Avant qu'ils reviennent avec leurs « moyens persuasifs ». Chaque nuit où on hésite, Caius gagne du terrain. Je le sens. Le fragment chauffe quand je pense à lui. Il veut que je le reconstitue. Mais je ne le ferai pas sans toi.
Evander ferme les yeux un instant, comme s'il pesait le poids de siècles. Puis il les rouvre, et son regard est résolu.
— Alors on commence par l'interroger. Mais pas comme avant. Pas seul. On ouvre le lien ensemble. Tu bois encore de moi. Je bois de toi. Et on le laisse parler. Juste assez pour savoir où est le deuxième fragment.
Je hoche la tête. Mon cœur mort bat un peu plus fort.
— D'accord. Mais si je perds le contrôle…
— Je le sentirai. Je couperai. Même si ça doit te faire mal.
— Je le sentirai. Je couperai. Même si ça doit te faire mal.
Il m'embrasse doucement, puis plus profondément. Nos langues se mêlent, goût de sang partagé, de promesses. Nous restons enlacés un long moment, nos corps nus se caressant lentement, sans urgence. Ses doigts glissent le long de mon dos, suivent la courbe de mes reins, remontent vers ma nuque. Les miens explorent son torse, effleurent les cicatrices anciennes. Nous ne cherchons pas le plaisir immédiat. Nous cherchons à nous ancrer l'un dans l'autre.
Evander porte son poignet à sa bouche, mord profondément. Le sang coule, sombre et épais. Il tend son bras vers moi.
— Bois. Beaucoup. Pour que je sois partout en toi.
Je prends son poignet à deux mains. Mes lèvres se posent sur la plaie. La première gorgée est toujours une déflagration : feu liquide, souvenirs de siècles, amour et solitude mêlés. Je bois lentement, profondément. Chaque gorgée fait couler son essence en moi. Je sens son esprit effleurer le mien, comme une caresse invisible. Nos âmes se touchent, se mêlent à nouveau. Je vois des flashes : lui dans les rues de Paris en 1789, lui dans le Vieux Carré au XVIIIe siècle, puis moi, sous la pluie, le jour où il m'a trouvé.
Quand je relève la tête, nos fronts se touchent. Il embrasse doucement mes lèvres, goûte son propre sang sur ma langue. Puis il prend mon poignet à son tour. Il mord avec tendresse, presque religieusement. Mon sang coule. Il boit, lentement, les yeux fermés. Je sens le lien s'approfondir encore : nos cœurs morts battent au même rythme, nos peaux se répondent sans mots.
Nous restons ainsi un long moment, enlacés, nos corps nus se pressant l'un contre l'autre. Ses mains glissent dans mon dos, caressent mes reins. Les miennes explorent son torse, suivent les lignes de ses cicatrices. Nous nous embrassons lentement, profondément, sans urgence.
— Ouvre-toi maintenant, murmure-t-il contre mon oreille. Je suis là. Je ne te laisserai pas partir.
Je ferme les yeux. Je baisse les dernières barrières. Le fragment dans ma poitrine s'éveille comme une flamme froide. La voix de Caius arrive, grave, immense, presque douce.
— Petit veilleur… tu m'appelles enfin.
Je prends une inspiration inutile.
— Où est le deuxième fragment ? dis-je à voix haute pour qu'Evander entende aussi.
Un long silence. Puis la réponse, lente, chargée de fatigue millénaire.
— Dans la maison abandonnée du Garden District. Celle qui appartenait à un vampire qui m'a trahi en 1832. Sous le plancher de la bibliothèque, dans un coffre de plomb scellé par du sel. Mais si tu le prends sans moi, les Anciens le sentiront. Ils viendront le réclamer. Ils l'ont toujours convoité.
Je répète chaque mot. Evander resserre ses bras autour de moi.
— Pourquoi cette maison ? je demande.
— Parce que c'est là que j'ai caché ce qui restait de Claudia. Ses lettres, son portrait. Le vampire qui m'a trahi a pris la maison après ma disparition. Il a scellé le coffre avec du sel pour que personne ne l'ouvre. Mais toi, tu es son sang. Tu peux l'ouvrir.
— Parce que c'est là que j'ai caché ce qui restait de Claudia. Ses lettres, son portrait. Le vampire qui m'a trahi a pris la maison après ma disparition. Il a scellé le coffre avec du sel pour que personne ne l'ouvre. Mais toi, tu es son sang. Tu peux l'ouvrir.
Je sens Evander tressaillir contre moi.
— Et si on ne le prend pas ? dis-je.
La voix de Caius devient presque un soupir.
— Alors tu restes libre. Mais les Anciens viendront quand même. Ils veulent la clé. Ils m'ont déjà trahi une fois. Ils recommenceront.
La présence s'efface. Le silence revient, doux, presque apaisant.
Evander caresse mes cheveux, ses lèvres effleurant ma tempe.
Evander caresse mes cheveux, ses lèvres effleurant ma tempe.
— On y va demain soir, dit-il. On prépare tout aujourd'hui : les dagues en argent, les fioles de sang mélangé, un plan pour entrer et sortir sans laisser de trace. On ne touche le coffre que si c'est sûr. On observe. On décide sur place.
Je hoche la tête.
— Ensemble.
Nous restons enlacés un long moment. Nos corps nus se pressent l'un contre l'autre. Ses doigts glissent le long de mon dos, suivent la courbe de mes reins. Les miens caressent son torse, effleurent ses cicatrices. Nous nous embrassons lentement, profondément, sans urgence. Nous ne cherchons pas l'orgasme. Nous cherchons juste à nous sentir vivants l'un dans l'autre.
— Pour nous, murmure-t-il. Pas pour Caius. Pas pour les Anciens. Pour nous.
Je pose ma tête sur son épaule.
— Pour nous.
Le reste de la nuit se passe en préparatifs silencieux. Evander sort d'une malle cachée sous le lit des dagues anciennes, aux lames gravées de symboles protecteurs. Il me montre comment les manier – rapides, précises, pour blesser sans tuer. Nous remplissons des fioles de son sang et du mien, mélangés, pour nous renforcer en cas de besoin. Nous parlons peu, mais chaque regard, chaque effleurement dit tout.
Au lever du jour, nous nous glissons sous les draps, enlacés. Le Sommeil de Mort nous prend ensemble, nos corps soudés, nos esprits liés par le sang. Dans l'obscurité, le fragment pulse doucement, comme s'il approuvait notre décision.
…..
Le crépuscule tombe sur le Garden District comme une couverture de velours gris. Les chênes centenaires étirent leurs branches chargées de mousse espagnole au-dessus des trottoirs craquelés, et l'air sent la terre humide, le jasmin fané et quelque chose de plus ancien : le sel. Evander et moi avançons côte à côte, silencieux, nos pas ne produisant aucun bruit sur les pavés irréguliers. Nos mains se frôlent parfois, un contact léger mais constant, comme un rappel que nous sommes liés par le sang.
La maison abandonnée se dresse au bout d'une allée envahie par les mauvaises herbes. Façade créole délavée, volets arrachés, fenêtres crevées comme des yeux vides. Une pancarte « Propriété privée – Danger » pend de travers, à moitié arrachée. Evander s'arrête devant la grille rouillée.
— Les protections sont actives, murmure-t-il. Je les sens. Du sel partout. Comme au cimetière.
Je hoche la tête. Le fragment dans ma poitrine pulse plus fort, presque impatient. Il chauffe sous ma peau, comme s'il reconnaissait l'endroit.
Nous franchissons la grille. Le jardin est un chaos de racines et de statues brisées. Nous montons les marches du perron. La porte d'entrée n'est pas verrouillée ; elle s'ouvre d'elle-même avec un grincement sourd. À l'intérieur, le temps s'est arrêté en 1832 : meubles couverts de poussière grise, toiles d'araignée épaisses comme des voiles funéraires, portraits jaunis accrochés aux murs. L'un d'eux attire mon regard : une femme aux cheveux noirs, au regard triste, tenant deux enfants contre elle. Claudia. Les enfants ont fui, mais leur portrait est resté.
Evander pose sa main sur mon épaule.
— La bibliothèque est au fond du couloir. Allons-y vite.
Nous avançons. Le parquet craque sous nos pas malgré notre légèreté surnaturelle. L'air est lourd, chargé d'une odeur de papier moisi et de sel. Nous arrivons dans la bibliothèque : étagères vides, livres pourris sur le sol, un grand bureau renversé. Au centre, le plancher est légèrement bombé, comme si quelque chose poussait dessous.
Evander s'agenouille, sort une dague en argent de sa manche. Il glisse la lame entre deux lattes, fait levier. Le bois cède avec un craquement sec. Sous le plancher, un coffre de plomb scellé par une couche de sel cristallin, épaisse comme du givre. Le fragment dans ma poitrine s'emballe, bat si fort que je grimace.
— C'est là, dis-je.
Evander pose sa main sur la mienne.
— On l'ouvre ensemble. Et si c'est trop dangereux, on recule.
Nous posons nos paumes sur le sel. Il brûle comme de la glace sèche. Le sel commence à se dissoudre, comme s'il reconnaissait mon sang. Le coffre s'ouvre avec un soupir métallique.
À l'intérieur, le deuxième fragment : un éclat d'argent terni, gravé de symboles thraces (motifs anciens issus de la culture thrace, représentant souvent la vie, la mort et la renaissance dans les cultes préchrétiens de la région des Balkans). Dès que je le regarde, je sais que je dois le toucher. Le premier fragment dans ma poitrine chauffe violemment, comme s'il appelait l'autre.
Je tends la main. Evander attrape mon poignet.
— Attends. On le fait ensemble.
Il pose sa main sur la mienne. Nos doigts se referment sur le deuxième fragment en même temps. À l'instant où nos peaux le touchent, une décharge nous traverse tous les deux. Le premier fragment s'arrache doucement de ma poitrine – pas douloureusement, mais comme une clé qui sort de sa serrure – et fusionne avec le deuxième dans nos mains jointes. L'argent brille d'une lueur blanche froide, puis se fond en un seul éclat plus grand, plus pur. Il s'enfonce ensuite dans ma poitrine, juste au centre, là où le premier était déjà.
La fusion est instantanée. Une chaleur intense se répand dans tout mon corps, comme du métal liquide qui coule dans mes veines. Mes muscles se tendent, mes sens s'aiguisent : j'entends le battement du cœur d'Evander à des mètres, je sens chaque grain de poussière dans l'air, je sens la terre sous la maison qui respire. Mais je reste moi. Pas de changement physique. Pas encore. Juste une puissance nouvelle, contenue, qui fait partie de moi.
Puis la vague arrive.
Mes yeux deviennent blancs. Ma peau se granule, devient légèrement translucide, on voit les veines de sel qui courent dessous comme des racines. Mes canines s'allongent sans que je le veuille. Une force immense monte en moi : la terre respire à travers mes poumons, le sel coule dans mes veines, la ville entière murmure mon nom. Je sens Caius. Pas comme une voix. Comme une présence totale. Je suis lui. Je suis la statue. Je suis le chêne. Je suis la clé.
Mes yeux deviennent blancs. Ma peau se granule, devient légèrement translucide, on voit les veines de sel qui courent dessous comme des racines. Mes canines s'allongent sans que je le veuille. Une force immense monte en moi : la terre respire à travers mes poumons, le sel coule dans mes veines, la ville entière murmure mon nom. Je sens Caius. Pas comme une voix. Comme une présence totale. Je suis lui. Je suis la statue. Je suis le chêne. Je suis la clé.
Je me tourne vers Evander. Mes mains tremblent. Je sens une envie violente de le dominer, de le posséder, de le faire plier. Mes lèvres s'entrouvrent, mes yeux blancs fixés sur lui.
— Keegan… murmure-t-il, la voix brisée.
Il tend la main vers moi. Je grogne, un son qui n'est pas humain. Je lève le bras pour le repousser.
Mais le lien de sang explose entre nous.
Evander bondit, me plaque contre le mur de la bibliothèque. Ses lèvres trouvent les miennes dans un baiser désespéré. Il mord sa propre langue, fait couler son sang dans ma bouche. Je le goûte. Le feu de son essence chasse l'invasion de Caius. Je sens son esprit s'enrouler autour du mien comme une chaîne. Il boit à mon cou, avale mon sang, me force à le boire en retour. Nos corps se pressent l'un contre l'autre, nos mains s'agrippent, nos griffes labourent la peau sans la blesser vraiment.
Mais le lien de sang explose entre nous.
Evander bondit, me plaque contre le mur de la bibliothèque. Ses lèvres trouvent les miennes dans un baiser désespéré. Il mord sa propre langue, fait couler son sang dans ma bouche. Je le goûte. Le feu de son essence chasse l'invasion de Caius. Je sens son esprit s'enrouler autour du mien comme une chaîne. Il boit à mon cou, avale mon sang, me force à le boire en retour. Nos corps se pressent l'un contre l'autre, nos mains s'agrippent, nos griffes labourent la peau sans la blesser vraiment.
— Reviens à moi, grogne-t-il contre ma gorge. Tu es Keegan. Pas lui. À moi.
Le fragment fusionné dans ma poitrine pulse violemment, puis ralentit. Le blanc de mes yeux s'estompe. Ma peau redevient lisse, froide, normale. Mes canines raccourcissent. La force immense reflue, comme une marée qui se retire. Je tremble dans ses bras, épuisé, vidé.
Je redeviens moi. Mais pas tout à fait le même. Je sens une puissance nouvelle dans mes muscles, dans mes sens. Plus rapide. Plus fort. Le sel fait partie de moi, comme une seconde peau. Le changement n'a duré que le temps nécessaire à la fusion complète des deux fragments. Maintenant qu'ils sont unis en moi, je les contrôle. Un peu. Je suis plus fort, mais je reste Keegan.
Evander me serre contre lui, son front contre le mien.
— Tu es revenu, souffle-t-il. Tu es là.
Je hoche la tête, la voix rauque.
— Oui. Le changement était temporaire. Juste le temps que les deux fragments fusionnent en moi. Maintenant, ils sont unis. Et je suis… plus fort.
Evander m'embrasse doucement.
— On rentre. On décidera quoi faire du troisième.
Mais au moment où nous sortons de la bibliothèque, un craquement résonne dans le couloir. Les Anciens sont là. Livia, Valérien et Zoran bloquent la sortie, leurs yeux brillants dans l'obscurité.
— Vous avez été rapides, murmure Livia, lèvres fendues en un sourire terrifiant. Mais vous n'irez pas plus loin.
Le couloir de la maison abandonnée semble se rétrécir autour de nous. La poussière danse dans les rares rayons de lune qui filtrent par les fenêtres crevées. Livia, Valérien et Zoran bloquent la sortie, leurs silhouettes se découpant comme des ombres plus noires que la nuit. Ils ne savent pas encore. Ils sentent le pouvoir, ils sentent que quelque chose a changé en moi, mais ils ne savent pas que les deux fragments ont fusionné. Pour eux, je suis toujours le « petit prince » avec un seul éclat dans la poitrine.
Livia avance d'un pas, ses pieds nus laissant des traces de sel fondu sur le parquet craquelé.
— Donnez-nous le fragment, dit-elle d'une voix douce et tranchante. Nous savons que vous l'avez trouvé. Nous sentons son appel. Pas la peine de faire couler du sang inutilement.
Evander se place devant moi, un bras tendu en arrière pour me protéger. Ses dagues en argent brillent dans ses mains.
— Vous ne le toucherez pas. Jamais.
Valérien ricane, le côté pétrifié de son visage craquelant légèrement.
— Tu crois pouvoir nous arrêter, Evander ? Nous sommes trois. Toi et ton nouveau-né… vous êtes faibles.
Zoran reste silencieux, mais ses yeux blancs fixent ma poitrine. Il sent la fusion. Il sait que quelque chose est différent. Il ouvre la bouche pour la première fois.
— Il a changé. Le pouvoir est plus grand. Mais il est toujours instable. Donnez-le-nous. Nous savons comment le stabiliser.
Je sens la colère monter en moi. Pas la rage de Caius. La mienne. Ma nouvelle force pulse dans mes veines, contenue, mais prête. Evander me jette un regard rapide.
— Reste derrière moi, murmure-t-il.
Mais je ne peux pas. Pas cette fois.
Livia bondit la première. Sa vitesse est surnaturelle, un flou de soie ivoire et de crocs. Elle vise Evander, mais je m'interpose. Mon bras se lève presque tout seul. Je bloque son poignet. Le choc résonne dans la maison comme un coup de tonnerre. Elle écarquille les yeux, surprise. Je la repousse d'une seule poussée. Elle vole en arrière, percute le mur opposé. Le plâtre explose en nuage blanc.
Livia bondit la première. Sa vitesse est surnaturelle, un flou de soie ivoire et de crocs. Elle vise Evander, mais je m'interpose. Mon bras se lève presque tout seul. Je bloque son poignet. Le choc résonne dans la maison comme un coup de tonnerre. Elle écarquille les yeux, surprise. Je la repousse d'une seule poussée. Elle vole en arrière, percute le mur opposé. Le plâtre explose en nuage blanc.
Valérien rugit et charge. Son corps massif se déplace comme un bélier. Il vise ma gorge avec ses griffes. J'esquive sur le côté – plus vite que je ne l'ai jamais fait. Je sens le vent de son mouvement sur ma peau. Je contre-attaque : mon poing s'enfonce dans son flanc. Les os craquent. Il grogne, recule de deux pas. Sa moitié pétrifiée se fissure davantage, des éclats de pierre tombent sur le sol.
Zoran murmure quelque chose dans une langue ancienne. Le sel du plancher commence à se soulever, à former des vrilles qui rampent vers moi. Je sens la terre répondre à son appel. Mais je réponds aussi. Le sel obéit à moi maintenant. Les vrilles se figent, tremblent, puis se retournent contre lui. Elles s'enroulent autour de ses chevilles. Il grogne, surpris.
Evander profite de l'ouverture. Il bondit sur Valérien, dagues croisées. Une lame tranche l'air près de sa gorge. Valérien pare avec son bras pétrifié – la dague ricoche dans un bruit de pierre. Evander pivote, enfonce l'autre lame dans son épaule. Du sang noir coule. Valérien hurle.
Livia se relève, furieuse. Elle se jette sur moi. Ses ongles visent mes yeux. Je l'attrape par les poignets, la soulève du sol comme si elle ne pesait rien. Sa force est immense, mais la mienne l'est plus. Je la plaque contre le mur, mes mains autour de son cou. Elle se débat, griffe mon visage. Du sang coule sur mes joues, mais je ne sens presque rien.
— Laissez-nous partir, dis-je, la voix rauque.
Elle rit, un son cassé.
— Tu crois que c'est fini ? Nous sommes les Anciens. Tu n'es rien.
Je sens la soif monter. Pas la faim normale. Une faim plus profonde. Le pouvoir fusionné en moi réclame plus. Plus de sang. Plus de force.
Evander crie mon nom.
— Keegan !
Mais je ne peux pas m'arrêter.
Je baisse la tête. Mes canines s'enfoncent dans la gorge de Livia. Elle hurle, un son aigu et déchirant. Son sang coule dans ma bouche : ancien, puissant, chargé de siècles de cruauté et de pouvoir. Je bois. Profondément. Goulûment. Chaque gorgée me rend plus fort. Ses souvenirs défilent : les trahisons, les rituels, les nuits où elle a bu des innocents pour rester jeune. Je vide ses veines. Son corps se flétrit sous mes mains. Sa peau se ride, ses yeux de verre gris se ternissent. Elle se débat de moins en moins. Puis plus du tout.
Je baisse la tête. Mes canines s'enfoncent dans la gorge de Livia. Elle hurle, un son aigu et déchirant. Son sang coule dans ma bouche : ancien, puissant, chargé de siècles de cruauté et de pouvoir. Je bois. Profondément. Goulûment. Chaque gorgée me rend plus fort. Ses souvenirs défilent : les trahisons, les rituels, les nuits où elle a bu des innocents pour rester jeune. Je vide ses veines. Son corps se flétrit sous mes mains. Sa peau se ride, ses yeux de verre gris se ternissent. Elle se débat de moins en moins. Puis plus du tout.
Quand je relève la tête, elle n'est plus qu'une enveloppe sèche, momifiée en quelques secondes. Elle s'effondre en poussière noire sur le parquet.
Le silence est total.
Valérien et Zoran me regardent, horrifiés. Même Evander est figé, les dagues encore levées.
Valérien et Zoran me regardent, horrifiés. Même Evander est figé, les dagues encore levées.
Je sens le sang de Livia couler en moi. Ma peau picote. Mes muscles se tendent. Je suis plus fort. Beaucoup plus fort. Mes sens sont aiguisés jusqu'à la douleur : j'entends le battement paniqué du cœur de Valérien, je sens la peur de Zoran comme une odeur acide.
Valérien recule d'un pas.
— Qu'est-ce que tu as fait…
Je m'essuie la bouche du revers de la main.
— Ce que vous vouliez faire à Caius. Ce que vous vouliez me faire.
Zoran lève les mains, paumes ouvertes.
— Nous pouvons encore discuter. Le pouvoir est trop grand pour toi. Tu vas te consumer.
Evander se place à mes côtés, dagues prêtes.
— Partez. Maintenant.
Valérien hésite. Puis il recule, lentement. Zoran le suit. Ils disparaissent dans l'ombre du couloir, comme des fantômes.
Le silence revient. La poussière de Livia flotte encore dans l'air.
Le silence revient. La poussière de Livia flotte encore dans l'air.
Evander se tourne vers moi. Ses yeux sont grands ouverts.
— Keegan…
Je tremble. Pas de peur. De puissance.
— Je l'ai tuée. Je l'ai vidée.
Il s'approche, pose ses mains sur mes épaules.
— Tu nous as sauvés. Tu m'as sauvé.
Je ferme les yeux. Le sang de Livia pulse en moi, se mélange au mien, au sien. Je suis plus fort. Mais je sens aussi une ombre : une partie de sa cruauté, de sa soif, qui s'installe au fond de moi.
— Rentrons, dis-je. Le troisième fragment nous attend. Et maintenant… ils savent que nous ne reculerons plus.
Nous sortons de la maison, main dans la main. Derrière nous, la poussière de Livia se disperse dans le vent.
Le couloir de la maison abandonnée semble se rétrécir autour de nous. La poussière danse dans les rares rayons de lune qui filtrent par les fenêtres crevées. Livia, Valérien et Zoran bloquent la sortie, leurs silhouettes se découpant comme des ombres plus noires que la nuit. Ils ne savent pas encore. Ils sentent le pouvoir, ils sentent que quelque chose a changé en moi, mais ils ne savent pas que les deux fragments ont fusionné. Pour eux, je suis toujours le « petit prince » avec un seul éclat dans la poitrine.
Le couloir de la maison abandonnée semble se rétrécir autour de nous. La poussière danse dans les rares rayons de lune qui filtrent par les fenêtres crevées. Livia, Valérien et Zoran bloquent la sortie, leurs silhouettes se découpant comme des ombres plus noires que la nuit. Ils ne savent pas encore. Ils sentent le pouvoir, ils sentent que quelque chose a changé en moi, mais ils ne savent pas que les deux fragments ont fusionné. Pour eux, je suis toujours le « petit prince » avec un seul éclat dans la poitrine.
Livia avance d'un pas, ses pieds nus laissant des traces de sel fondu sur le parquet craquelé.
— Donnez-nous le fragment, dit-elle d'une voix douce et tranchante. Nous savons que vous l'avez trouvé. Nous sentons son appel. Pas la peine de faire couler du sang inutilement.
Evander se place devant moi, un bras tendu en arrière pour me protéger. Ses dagues en argent brillent dans ses mains.
— Vous ne le toucherez pas. Jamais.
Valérien ricane, le côté pétrifié de son visage craquelant légèrement.
— Tu crois pouvoir nous arrêter, Evander ? Nous sommes trois. Toi et ton nouveau-né… vous êtes faibles.
Zoran reste silencieux, mais ses yeux blancs fixent ma poitrine. Il sent la fusion. Il sait que quelque chose est différent. Il ouvre la bouche pour la première fois.
— Il a changé. Le pouvoir est plus grand. Mais il est toujours instable. Donnez-le-nous. Nous savons comment le stabiliser.
Je sens la colère monter en moi. Pas la rage de Caius. La mienne. Ma nouvelle force pulse dans mes veines, contenue, mais prête. Evander me jette un regard rapide.
— Reste derrière moi, murmure-t-il.
Mais je ne peux pas. Pas cette fois.
Livia bondit la première. Sa vitesse est surnaturelle, un flou de soie ivoire et de crocs. Elle vise Evander, mais je m'interpose. Mon bras se lève presque tout seul. Je bloque son poignet. Le choc résonne dans la maison comme un coup de tonnerre. Elle écarquille les yeux, surprise. Je la repousse d'une seule poussée. Elle vole en arrière, percute le mur opposé. Le plâtre explose en nuage blanc.
Livia bondit la première. Sa vitesse est surnaturelle, un flou de soie ivoire et de crocs. Elle vise Evander, mais je m'interpose. Mon bras se lève presque tout seul. Je bloque son poignet. Le choc résonne dans la maison comme un coup de tonnerre. Elle écarquille les yeux, surprise. Je la repousse d'une seule poussée. Elle vole en arrière, percute le mur opposé. Le plâtre explose en nuage blanc.
Valérien rugit et charge. Son corps massif se déplace comme un bélier. Il vise ma gorge avec ses griffes. J'esquive sur le côté – plus vite que je ne l'ai jamais fait. Je sens le vent de son mouvement sur ma peau. Je contre-attaque : mon poing s'enfonce dans son flanc. Les os craquent. Il grogne, recule de deux pas. Sa moitié pétrifiée se fissure davantage, des éclats de pierre tombent sur le sol.
Zoran murmure quelque chose dans une langue ancienne. Le sel du plancher commence à se soulever, à former des vrilles qui rampent vers moi. Je sens la terre répondre à son appel. Mais je réponds aussi. Le sel obéit à moi maintenant. Les vrilles se figent, tremblent, puis se retournent contre lui. Elles s'enroulent autour de ses chevilles. Il grogne, surpris.
Evander profite de l'ouverture. Il bondit sur Valérien, dagues croisées. Une lame tranche l'air près de sa gorge. Valérien pare avec son bras pétrifié – la dague ricoche dans un bruit de pierre. Evander pivote, enfonce l'autre lame dans son épaule. Du sang noir coule. Valérien hurle.
Livia se relève, furieuse. Elle se jette sur moi. Ses ongles visent mes yeux. Je l'attrape par les poignets, la soulève du sol comme si elle ne pesait rien. Sa force est immense, mais la mienne l'est plus. Je la plaque contre le mur, mes mains autour de son cou. Elle se débat, griffe mon visage. Du sang coule sur mes joues, mais je ne sens presque rien.
— Laissez-nous partir, dis-je, la voix rauque.
Elle rit, un son cassé.
— Tu crois que c'est fini ? Nous sommes les Anciens. Tu n'es rien.
Je sens la soif monter. Pas la faim normale. Une faim plus profonde. Le pouvoir fusionné en moi réclame plus. Plus de sang. Plus de force.
Evander crie mon nom.
Evander crie mon nom.
— Keegan !
Mais je ne peux pas m'arrêter.
Je baisse la tête. Mes canines s'enfoncent dans la gorge de Livia. Elle hurle, un son aigu et déchirant. Son sang coule dans ma bouche : ancien, puissant, chargé de siècles de cruauté et de pouvoir. Je bois. Profondément. Goulûment. Chaque gorgée me rend plus fort. Ses souvenirs défilent : les trahisons, les rituels, les nuits où elle a bu des innocents pour rester jeune. Je vide ses veines. Son corps se flétrit sous mes mains. Sa peau se ride, ses yeux de verre gris se ternissent. Elle se débat de moins en moins. Puis plus du tout.
Je baisse la tête. Mes canines s'enfoncent dans la gorge de Livia. Elle hurle, un son aigu et déchirant. Son sang coule dans ma bouche : ancien, puissant, chargé de siècles de cruauté et de pouvoir. Je bois. Profondément. Goulûment. Chaque gorgée me rend plus fort. Ses souvenirs défilent : les trahisons, les rituels, les nuits où elle a bu des innocents pour rester jeune. Je vide ses veines. Son corps se flétrit sous mes mains. Sa peau se ride, ses yeux de verre gris se ternissent. Elle se débat de moins en moins. Puis plus du tout.
Quand je relève la tête, elle n'est plus qu'une enveloppe sèche, momifiée en quelques secondes. Elle s'effondre en poussière noire sur le parquet.
Le silence est total.
Valérien et Zoran me regardent, horrifiés. Même Evander est figé, les dagues encore levées.
Le silence est total.
Valérien et Zoran me regardent, horrifiés. Même Evander est figé, les dagues encore levées.
Je sens le sang de Livia couler en moi. Ma peau picote. Mes muscles se tendent. Je suis plus fort. Beaucoup plus fort. Mes sens sont aiguisés jusqu'à la douleur : j'entends le battement paniqué du cœur de Valérien, je sens la peur de Zoran comme une odeur acide.
Valérien recule d'un pas.
— Qu'est-ce que tu as fait…
Je m'essuie la bouche du revers de la main.
— Ce que vous vouliez faire à Caius. Ce que vous vouliez me faire.
Zoran lève les mains, paumes ouvertes.
— Nous pouvons encore discuter. Le pouvoir est trop grand pour toi. Tu vas te consumer.
Evander se place à mes côtés, dagues prêtes.
— Partez. Maintenant.
Valérien hésite. Puis il recule, lentement. Zoran le suit. Ils disparaissent dans l'ombre du couloir, comme des fantômes.
Le silence revient. La poussière de Livia flotte encore dans l'air.
Le silence revient. La poussière de Livia flotte encore dans l'air.
Evander se tourne vers moi. Ses yeux sont grands ouverts.
— Keegan…
Je tremble. Pas de peur. De puissance.
— Je l'ai tuée. Je l'ai vidée.
Il s'approche, pose ses mains sur mes épaules.
— Tu nous as sauvés. Tu m'as sauvé.
Je ferme les yeux. Le sang de Livia pulse en moi, se mélange au mien, au sien. Je suis plus fort. Mais je sens aussi une ombre : une partie de sa cruauté, de sa soif, qui s'installe au fond de moi.
— Rentrons, dis-je. Le troisième fragment nous attend. Et maintenant… ils savent que nous ne reculerons plus.
Nous sortons de la maison, main dans la main. Derrière nous, la poussière de Livia se disperse dans le vent.
Fin du chapitre 6.
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