Ta bouche savait déjà tout
Chapitre 1 · Six mois de regards transformés en une nuit qui n'appartient qu'à nous
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Ta bouche savait déjà tout — Chapitre 1 · Six mois de regards transformés en une nuit qui n'appartient qu'à nous

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Bimbo Aurora
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Ce qui frappe d'emblée, c'est la façon dont le désir s'accumule avant même que quoi que ce soit ne se passe — ces six mois de réunions du jeudi, ces notes prises sur un carnet qui ne concernaient pas le projet. On sent le poids de l'attente dans chaque phrase, cette lucidité que Léa retourne dans tous les sens pour ne pas avoir à y répondre. La voix est juste, jamais trop, avec ce mélange de retenue et d'évidence qui donne à la tension toute sa densité.

Ta bouche savait déjà tout

Chapitre 1 · Six mois de regards transformés en une nuit qui n'appartient qu'à nous

Six mois de réunions du jeudi.
Six mois à la regarder parler, à la regarder poser ses mains à plat sur la table de conférence, à la regarder incliner la tête quand quelqu'un disait quelque chose qu'elle trouvait intéressant, ce mouvement-là, cette façon particulière qu'elle avait de signifier l'attention avec tout son corps, et moi de l'autre côté de la table qui prenais des notes sur mon carnet en faisant semblant que mes notes concernaient le projet et pas elle.
Sara.
Sara qui me regardait aussi. Je le savais. Je le savais depuis la troisième réunion, depuis ce jeudi de novembre où nos regards s'étaient croisés pendant que Thomas présentait ses diapositives et où aucune de nous deux n'avait détourné les yeux pendant ce qui avait duré beaucoup trop longtemps pour être accidentel. Elle avait eu un demi-sourire. Juste la commissure droite. Et j'avais regardé ailleurs enfin, le cœur qui battait d'une façon que je n'allais pas analyser.
J'avais analysé quand même. Pendant six mois, j'avais analysé, j'avais retourné ça dans tous les sens, j'avais construit des explications raisonnables et des distances raisonnables et des comportements raisonnables et ce vendredi soir elle m'avait envoyé un message qui disait tu viens boire un verre et j'avais répondu oui sans prendre le temps d'être raisonnable.
Son appartement. Une bouteille de vin rouge à moitié vide sur la table basse. Nous deux sur son canapé, nos genoux qui se touchaient sans que ni l'une ni l'autre fasse semblant que c'était accidentel. Sa façon de me regarder parler, cette attention totale, et à un moment je perds le fil de ce que je dis parce que ses yeux sont sur ma bouche.
Elle pose la main sur ma cuisse.
Elle ne dit rien.
Moi non plus.
Sa bouche sur la mienne et je pense enfin, je pense ce mot exactement, enfin, avec tout le poids des six mois dedans, toutes les réunions du jeudi et tous les regards et toute la distance raisonnable que j'avais construite et maintenue et qui s'effondre là entièrement sous ce contact, cette bouche, cette façon qu'elle a d'embrasser qui est lente et totale et qui ne laisse rien de côté.
Ses mains dans mes cheveux.
Ma respiration qui change immédiatement, qui trahit tout.
Elle sourit contre ma bouche.
— Je savais, elle dit.
— Tais-toi.
Elle rit. Et ce rire contre mes lèvres fait quelque chose dans ma poitrine que je ne vais pas appeler par son nom ce soir, pas ce soir, ce soir je vais rester dans le corps et dans ce que le corps ressent et ne pas aller chercher plus loin que ça.
Ses mains sous mon t-shirt. Sa paume à plat sur mon ventre et je rentre le ventre par réflexe et elle sent ça, elle sent ce mouvement, et sa main appuie doucement pour défaire ce réflexe, pour me dire sans mots que non, reste, je veux sentir, et je me force à souffler et à relâcher et sous sa paume mon ventre tremble légèrement.
— Viens, elle dit.
Sa chambre. La lumière de la rue par les rideaux pas tout à fait fermés. Nous deux debout face à face dans cette demi-lumière et elle me regarde avec ce regard-là qui prend son temps, qui parcourt, et je la laisse regarder parce que je comprends que c'est aussi quelque chose qu'elle attendait depuis longtemps et que je n'ai pas envie de lui voler ça.
Elle retire mon t-shirt.
Ses yeux sur moi. Sa main qui remonte lentement le long de mes côtes, qui contourne mes seins sans les toucher, qui va jusqu'à ma nuque et ramène mon visage vers le sien, et je pense six mois, je pense six mois de réunions du jeudi, et maintenant elle est là et ses doigts sont sur ma nuque et je suis là et ça n'a plus rien d'une pensée abstraite.
Je retire son chemisier.
Ses seins nus dans la pénombre et mes mains qui les trouvent naturellement, mes pouces sur ses tétons qui durcissent sous le contact et la façon dont sa respiration trébuche et ce trébuchement-là, ce son court et involontaire, me fait quelque chose dans le bas-ventre d'une précision redoutable.
Je veux ce son encore.
Je penche la tête. Ma bouche sur son téton, langue d'abord, puis une légère pression des dents, et le son qu'elle fait cette fois est plus long, plus abandonné, et ses doigts se resserrent dans mes cheveux et je souris contre sa peau.
— Putain, Léa.
Mon prénom dans sa bouche comme ça. Ce soir, pour la première fois, avec ce contenu-là.
Le lit. Nos corps qui s'enlacent, qui apprennent la topographie l'un de l'autre, ses jambes qui s'enroulent autour des miennes, nos ventres l'un contre l'autre, nos bouches qui se retrouvent encore et encore comme si l'embrasser était une chose addictive dès la première fois. Sa main qui descend sur mon ventre, plus bas, qui trouve le bord de mon jean, les doigts qui glissent à l'intérieur, et je cesse de respirer complètement pendant une seconde.
Ses doigts sur ma culotte.
La chaleur et l'humidité que je ne peux pas cacher et que d'ailleurs je ne veux plus cacher et sa voix contre mon oreille qui dit doucement tu es trempée pas comme une question, comme un constat, comme quelqu'un qui reçoit une information qu'elle cherchait et qui la satisfait pleinement.
— Depuis combien de temps, elle demande.
Sa main qui ne bouge pas encore, qui attend, qui fait de cette question une condition.
— Trop longtemps, je dis.
— Dis-moi.
Les doigts qui exercent une légère pression à travers le tissu, juste assez pour me faire fermer les yeux, pas assez pour être ce dont j'ai besoin, et je comprends exactement ce qu'elle fait et ça ne m'empêche pas d'en avoir besoin quand même.
— Depuis novembre, je dis. Depuis la troisième réunion.
Sa main bouge.
Ma culotte qui disparaît. Ses doigts directement sur moi maintenant, sur ma chatte, sur mon clitoris, et ce contact direct après tout ce temps, après les six mois et la bouteille de vin et l'attente dans sa chambre, ce contact-là m'arrache un son que je n'avais pas prévu, long et sourd et qui n'a plus rien de contrôlé.
Je pense je voulais ça. Je pense exactement ça, ces mots, je voulais ça, avec tout ce que ça signifie, pas seulement ce soir pas seulement ses doigts pas seulement le plaisir physique qui monte sous sa main, mais elle, mais Sara, mais cette femme précise qui me regarde maintenant pendant qu'elle me touche avec une attention absolue sur mon visage, qui regarde ce qu'elle produit, qui mémorise.
Deux doigts en moi.
D'un coup, décidé, et mon dos qui se cambre tout seul et mes hanches qui bougent vers sa main et sa bouche sur ma gorge, les dents, légèrement, et ses doigts qui trouvent immédiatement ce qu'ils cherchaient.
— Là, je souffle.
— Je sais, elle dit.
Et ce je sais m'excite autant que ses doigts, cette certitude qu'elle a de mon corps comme si elle le connaissait déjà, comme si six mois de regards avaient constitué une connaissance réelle, et peut-être que oui, peut-être que c'est ça, peut-être qu'on apprend les corps des gens avant de les toucher, sans le savoir.
Elle se déplace.
Sa bouche qui quitte mon cou et qui descend. Lentement. Elle prend le temps sur chaque endroit, mes clavicules, mes seins, la langue sur mes tétons, mon ventre, le bas de mon ventre, et je suis tendue comme quelque chose qui va se casser, les deux mains crispées dans les draps, les yeux au plafond qui ne voient rien, et elle prend un temps interminable, délibérément, pour arriver où elle va.
Sa bouche contre ma cuisse. Son souffle chaud. Sa joue qui frôle ma chatte sans s'y poser et je gémis d'une façon qui devrait me faire honte et qui ne me fait rien que du désir supplémentaire.
— Sara.
— Quoi.
— Tu sais quoi.
Elle rit encore. Ce rire qui me rend folle. Sa langue sur l'intérieur de ma cuisse, longue et lente, qui remonte, et quand elle arrive enfin sur mon clitoris le son que je fais est involontaire, total, arraché du fond de la gorge.
Sa langue. Sur moi. Précise et lente et attentive, qui apprend, qui écoute, qui ajuste en fonction de ce que mon corps lui répond, et mon corps lui répond en détail, en sons et en mouvements des hanches et en mains crispées dans ses cheveux.
Je pense six mois. Sa bouche est sur moi et je pense encore six mois, toutes les réunions du jeudi, tous les regards, tout ce que j'avais retenu et comprimé et rendu raisonnable, et ça se défait maintenant sous sa langue, ça se défait couche par couche.
Je la tire vers moi.
Elle comprend immédiatement. Elle se retourne, elle pivote, et nous sommes face à face dans le sens inverse, nos visages entre les jambes l'une de l'autre, et je pense l'espace d'une seconde à la géométrie de cette position, à ce que ça signifie, deux corps qui se donnent et se prennent en même temps, et puis je cesse de penser parce que sa bouche revient sur moi et que ma bouche trouve sa chatte et qu'il n'y a plus rien d'autre que ça.
Son goût.
Je n'avais pas imaginé ça. Pas cette réalité précise, cette odeur et ce goût, chaud et intime et entièrement elle, et ma langue qui s'y pose et la façon dont elle tremble, dont ses cuisses se resserrent légèrement autour de ma tête et dont le son qu'elle fait vibre contre ma chatte à moi.
On s'alimente l'une l'autre.
C'est ça. Ce que je pense dans le peu de moi qui pense encore : on s'alimente, ce qu'elle me fait augmente ce que je lui fais et ce que je lui fais revient dans sa bouche sur moi et on monte ensemble dans quelque chose de circulaire et de parfait et de complètement dément.
Ma langue sur son clitoris. Ses hanches qui bougent. Mes doigts sur ses lèvres d'abord, qui sentent à quel point elle est trempée, à quel point elle veut, et deux doigts en elle et sa chatte qui se resserre autour immédiatement et le gémissement qu'elle pousse contre moi qui m'envoie directement à mi-chemin de l'orgasme.
Ses doigts en moi en réponse.
Nous deux dans ce lit. Sa bouche et mes doigts. Ma bouche et ses doigts. La nuit dehors qui n'existe pas. L'appartement qui n'existe pas. Rien qui existe en dehors de cette chambre, de ces corps, de ce que nous nous faisons l'une à l'autre depuis combien de temps maintenant je ne sais plus, le temps a fait quelque chose d'étrange, s'est étiré ou comprimé, je ne sais plus.
Sa langue change de rythme.
Je sens ça et quelque chose en moi se resserre, quelque chose d'inévitable qui monte, et je redouble sur elle en même temps, langue et doigts et toute mon attention sur ce que son corps me dit de ce dont il a besoin, et elle gémit longuement contre moi et cette vibration-là, ce son-là directement sur mon clitoris m'emporte sur le bord de quelque chose.
— Léa, elle dit. Putain, Léa, je vais...
— Moi aussi. Arrête pas.
Sa bouche qui ne s'arrête pas. Mes doigts qui ne s'arrêtent pas. Et nous deux en même temps ou presque, quelques secondes d'écart, elle d'abord dont je sens les cuisses se refermer et le corps entier se raidir et la voix qui se casse en quelque chose de long et sourd contre ma peau, et moi ensuite, l'orgasme qui part du bas-ventre et remonte dans tout le corps comme une chose longue et profonde et qui n'en finit pas, et le son que je fais, j'entends le son que je fais comme depuis l'extérieur, quelque chose d'entier et d'abandonné et qui appartient à une version de moi qui n'a plus rien de raisonnable.
Ses doigts en moi pendant toutes les vagues.
Jusqu'au bout.
Le silence après est différent des autres silences.
Nous nous retournons. Nous nous retrouvons face à face, nos visages au même niveau, nos respirations qui reviennent ensemble vers quelque chose de normal et qui prennent du temps pour y arriver. Sa bouche est luisante. La mienne aussi. Nous le savons toutes les deux et aucune de nous deux ne fait semblant du contraire.
Ses yeux sur moi dans la pénombre.
Je pense dix ans non, six mois, je pense six mois de réunions du jeudi et de regards et de distances raisonnables et je pense à ce que ça fait de se retrouver de l'autre côté de tout ça, dans ce lit, avec elle, après ça.
Elle pose la main sur ma joue.
Geste simple. Ce geste simple qui contient quelque chose que les dernières heures ne contenaient pas encore, ou contenaient autrement.
— Ça faisait longtemps, elle dit doucement.
— Novembre.
— Pour moi aussi novembre.
Je ferme les yeux sous sa main.
Dehors la nuit continue et dedans il y a ça, ce lit, cette femme, et quelque chose qui vient de changer de forme définitivement et qui n'a pas encore de nom et qui n'en a pas besoin ce soir.
Ce soir il y a juste ça.
C'est suffisant.
C'est plus que suffisant.
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