Réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Entre les lignes — Chapitre 8
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Entre les lignes
Chapitre 8
Chapitre 8
Le monde autour de nous s'est liquéfié. Les murs de la librairie, les étagères chargées d'ouvrages, les murmures de la foule impatiente et le regard inquisiteur du libraire, tout a disparu dans un flou cinématographique. Il n'y a plus que lui. Une unique larme, lourde de douze ans de sel et de rancœur, s'échappe de mon œil et trace un sillon brûlant le long de ma joue avant de s'écraser sur la page blanche du livre que je ne signerai jamais. Ma gorge est un étau. Je n'arrive pas à parler, mes cordes vocales semblent s'être pétrifiées à l'instant même où sa voix a percuté mon âme. Je me lève brusquement, faisant grincer la chaise sur le parquet, un bruit strident qui brise le silence religieux de la salle. Sans un mot d'excuse pour les lecteurs qui attendent, sans un regard pour mon éditeur sidéré, je contourne la table et je marche vers la sortie. Je sens, à la vibration de l'air derrière moi, qu'il me suit.
Une fois dehors, l'air frais de la fin de journée me frappe au visage, mais il ne suffit pas à calmer l'incendie qui ravage ma poitrine. Nous marchons. Longtemps. Je ne sais pas où je vais, je me contente de fuir la lumière des vitrines et le bruit des moteurs. Nans marche quelques pas derrière moi. Je n'ose pas me retourner. J'ai peur que si je pivote trop vite, je ne voie qu'un trottoir vide et que cette apparition ne soit que le dernier spasme de ma folie. Mais j'entends le rythme de ses pas, ce craquement familier de ses semelles sur le bitume des ruelles. Je sais qu'il est là. Cette certitude est une douleur aiguë, un clou que l'on enfonce dans une plaie jamais cicatrisée.
Nous finissons par atteindre un petit parc désert, baigné dans la lumière orangée du crépuscule. Les balançoires sont immobiles, les bancs vides. Je m'arrête enfin au centre d'une allée sablonneuse. Je prends une immense inspiration, mes poumons me brûlant comme si j'avalais du verre pilé, et je me retourne enfin. Nos regards se croisent à nouveau, sans le filtre d'une table ou d'une foule. La douleur qui émane de lui est presque aussi tangible que la mienne. La colère, une colère noire, sourde, accumulée pendant quatre mille trois cent quatre-vingts jours, finit par exploser. Ma voix sort de ma poitrine, brisée, méconnaissable.
— Pourquoi ? Pourquoi, Nans ? Pourquoi ne pas m'avoir donné de nouvelles ? Pourquoi m'avoir laissé là, comme une merde, dans cette chambre vide ? Tu m'as écrit que tu m'aimais, Nans ! Tu as posé ces mots sur le papier et tu t'es volatilisé le lendemain matin ! Comment as-tu pu me condamner à cette attente perpétuelle, à cette agonie lente ? Tu as une idée de ce que c'est que de chercher un visage dans chaque rue, dans chaque gare, pendant douze ans ?
Je crie presque, et les larmes redoublent, inondant mon visage, coulant sans s'arrêter. Je ne suis plus l'écrivain célèbre au style maîtrisé, je suis le débris de l'homme qu'il a laissé sur un quai de gare imaginaire. Nans reste planté là, les épaules basses, le visage marqué par une détresse qui semble être le miroir de la mienne. Il baisse les yeux vers ses mains, puis les relève vers moi, et pour la première fois, je vois l'aveu de sa propre lâcheté dans ses prunelles vertes.
— Je ne savais pas comment faire, Dorian, commence-t-il d'une voix sourde, tremblante. Je n'arrivais pas à dire les sentiments que j'éprouvais pour toi. À l'époque, c'était trop grand, trop violent pour moi. Je me sentais étouffer par l'immensité de ce qu'on vivait. Seul le papier m'aidait. Les mots écrits étaient mon seul refuge, ma seule façon d'être honnête sans m'effondrer devant toi. Alors je suis parti, pensant que le silence ferait son œuvre, que tu m'oublierais, que tu deviendrais l'homme brillant que tu devais être sans que je sois un poids pour toi.
— Tu n'étais pas un poids, tu étais ma vie ! hurlé-je en frappant l'air de mes poings serrés, la voix étranglée par les sanglots. Tu m'as laissé avec un "je t'aime" en guise de poignard dans le dos ! Tu appelles ça me protéger ? Je pleure de rage, de cette tristesse qui a vieilli en moi comme un poison. Je repense à Noélie, à notre mariage, à cette vie construite sur les décombres de mon obsession pour lui. Tout me semble soudain si faux, si dérisoire face à cet homme qui se tient là.
— Tu n'étais pas un poids, tu étais ma vie ! hurlé-je en frappant l'air de mes poings serrés, la voix étranglée par les sanglots. Tu m'as laissé avec un "je t'aime" en guise de poignard dans le dos ! Tu appelles ça me protéger ? Je pleure de rage, de cette tristesse qui a vieilli en moi comme un poison. Je repense à Noélie, à notre mariage, à cette vie construite sur les décombres de mon obsession pour lui. Tout me semble soudain si faux, si dérisoire face à cet homme qui se tient là.
Nans fait un pas vers moi. Il hésite, puis il prend ma main. Ses doigts sont chauds, rugueux, exactement comme dans mes souvenirs les plus hantés.
— Je suis tellement désolé, Dorian... vraiment désolé. Je n'ai jamais cessé de te suivre. Pas un jour n'a passé sans que je ne cherche ton nom. J'ai vu tes premiers articles, tes premiers succès. J'étais fier, tellement fier de loin. Je sais que tu es marié, Dorian. Je le sais. Et... je voulais que tu saches que moi aussi, je le suis.
Le choc de cette phrase me cloue sur place. Nos mains sont liées, mais un abîme de réalités nouvelles s'ouvre sous nos pieds. Il continue, la voix brisée :
— Je n'ai jamais pu t'oublier, moi non plus. Et ce livre... ce livre m'a bouleversé à un point que je n'aurais jamais pensé. Je n'aurais jamais pensé que tu penses toujours à moi après ces douze ans, avec une telle force, avec une telle précision. Je pensais être un souvenir flou, une erreur de jeunesse que tu avais rangée dans un tiroir. En lisant tes mots, en reconnaissant chaque détail de notre chambre, chaque silence entre nous... j'ai réalisé l'atrocité de ce que je t'avais fait subir. Je ne pensais pas que ton amour était resté aussi intact que le mien, malgré les années, malgré nos vies, malgré nos mariages respectifs.
Nous restons là, au milieu de ce parc désert, deux hommes brisés par le temps et par les mots. La colère ne s'est pas éteinte, mais elle est maintenant recouverte par une tristesse infinie. Douze ans de gâchis, de non-dits, de vies vécues à moitié sous des apparences de bonheur. Le silence qui s'installe entre nous n'est plus celui de l'absence, c'est celui d'une vérité trop lourde à porter. Je regarde sa main dans la mienne, et je réalise avec effroi que malgré tout, malgré la trahison, malgré Noélie et malgré l'épouse qu'il a sans doute choisie pour combler le vide, le seul endroit où je me sens chez moi, c'est ici, dans la paume de cet homme qui m'a détruit et qui vient de ressusciter.
Le parc est devenu un sanctuaire d'ombres où seule la respiration saccadée de nos retrouvailles semble encore réelle. Je regarde Nans, cet homme qui est à la fois l'étranger le plus total et la seule personne capable de lire dans mon âme sans que j'aie à prononcer une syllabe. Je suis ici pour la nuit, mon hôtel est à quelques rues de là, un établissement discret que ma maison d'édition a choisi pour m'épargner le bruit du centre-ville. Nans me confie qu'il a fait la route exprès pour me voir, qu'il a conduit des heures avec mon livre sur le siège passager, dévoré par l'urgence de me faire face.
— Viens, murmuré-je enfin, ma voix retrouvant un semblant de consistance. Viens dans ma chambre.
Nous quittons le parc et nous marchons vers l'hôtel. Le trajet se fait dans un silence religieux, mais ce n'est plus le silence oppressant de la fuite. C'est un silence d'observation. Nous nous regardons souvent, à chaque passage sous un réverbère, comme pour vérifier que l'autre est toujours là, que ce n'est pas un mirage de la fatigue ou de la culpabilité. Je vois les mains de Nans enfoncées dans les poches de sa veste en jean, je vois son profil qui a gagné en dureté ce qu'il a perdu en insouciance. Chaque regard échangé est une décharge électrique, un pont jeté par-dessus douze années de néant.
Lorsque nous franchissons le seuil de ma chambre et que la porte se referme avec un clic définitif sur le monde extérieur, la tension se brise. Avant même que je ne puisse poser mes clés, Nans me prend dans ses bras. Ce n'est pas un baiser, c'est une étreinte désespérée, une collision de deux naufragés qui retrouvent enfin la terre ferme. Je m'effondre littéralement contre lui, ma tête nichée dans le creux de son épaule, et je recommence à pleurer. Ce sont des sanglots profonds, sismiques, qui évacuent des années de faux-semblants et de résilience forcée.
— Ne pleure pas, Dorian... s'il te plaît, ne pleure plus, chuchote-t-il contre mes cheveux.
Ses mains encadrent mon visage, forçant mes yeux à rencontrer les siens. Il dépose alors ses lèvres sur les miennes. C'est un baiser timide au départ, puis il s'intensifie, chargé de tous les regrets du monde.
— Je suis tellement désolé, murmure-t-il entre deux baisers. Je regrette tout ça, chaque jour passé loin de toi. Tu m'as manqué à en crever, Dorian. Je n'ai pas arrêté de penser à toi, de revivre nos nuits. Dans mes rêves, je dormais contre toi toutes ces années. Même ma femme n'a jamais pu combler ce vide... personne n'a pu. Il y avait toujours cette place froide à côté de moi, même quand le lit était plein.
Il s'arrête un instant, son front contre le mien, son souffle court mêlé au mien.
— Dorian... est-ce qu'on peut dormir comme avant ? Juste dormir, pour retrouver ce qu'on était ?
Je ne réponds pas avec des mots. Le temps des discours est révolu. Je me détourne et je commence à me déshabiller avec des gestes lents, presque rituels. Je retire ma veste, ma chemise, mon pantalon, restant uniquement en boxer. Je sens son regard brûlant sur ma peau, ce regard qui m'a tant manqué et qui semble me redécouvrir. Voyant que je ne recule pas, Nans imite mes gestes. Il retire ses vêtements avec la même solennité, révélant un corps plus mûr, plus marqué, mais toujours aussi familier à mes yeux.
Il s'allonge sur le lit le premier, ouvre la couverture et la laisse levée, un bras tendu vers moi pour que je le rejoigne. Je me glisse sous les draps, mais je me mets dos à lui, incapable de soutenir l'intensité de cet instant de face. Je cherche sa main à l'aveugle et je l'attrape avec force. Nans comprend immédiatement. Avec son autre main, il passe son bras par-dessus mon flanc et pose sa paume sur mon ventre, me tirant doucement contre lui jusqu'à ce que mon dos épouse parfaitement la courbe de son torse.
Nans rapproche ses lèvres de mon cou. Je sens sa barbe naissante piquer légèrement ma peau avant qu'il ne dépose un baiser d'une douceur infinie juste sous mon oreille.
— La douceur de ta peau m'avait manqué, Dorian... Ton odeur est toujours la même. C'est fou, c'est comme si le temps n'avait aucune prise sur toi.
Je finis par me retourner pour lui faire face. Nos visages sont à quelques centimètres l'un de l'autre sur l'oreiller blanc. Nous discutons alors, nos yeux ne se quittant jamais, ancrés l'un dans l'autre comme pour rattraper le temps perdu.
— On est mariés tous les deux, Dorian... commence-t-il avec une pointe de tristesse. Qu'est-ce qu'on fait de Magalie ? Qu'est-ce qu'on fait de Noélie ?
Je le coupe aussitôt, posant un doigt sur ses lèvres pour étouffer ses doutes et sa peine.
— Maintenant qu'on s'est retrouvés, je ne veux plus te perdre. Peu importe le reste, peu importe le monde. Dis-moi juste où tu vis.
— On vient de déménager avec Magalie, il y a deux semaines seulement. On s'est installés dans un petit village juste à côté de chez toi. Le destin est une chose cruelle, Dorian, ou peut-être qu'il essaie de se racheter.
— On vient de déménager avec Magalie, il y a deux semaines seulement. On s'est installés dans un petit village juste à côté de chez toi. Le destin est une chose cruelle, Dorian, ou peut-être qu'il essaie de se racheter.
Nans passe alors sa main dans mes cheveux roux, les ébouriffant doucement avant de laisser glisser ses doigts sur mon visage, suivant la ligne de ma mâchoire, le contour de mes lèvres. Je ferme les yeux sous la caresse, savourant ce contact que j'avais cru définitivement relégué au domaine des songes. Son toucher est une promesse et une rédemption.
Nos visages se rapprochent doucement, une attraction magnétique contre laquelle plus rien ne peut lutter. Nos lèvres se touchent, d'abord avec une légèreté de plume, puis avec une urgence dévastatrice. Le baiser s'approfondit, nos langues s'enroulent avec une passion nourrie par douze ans de privation. C'est un baiser qui scelle un pacte secret, un baiser qui efface les épouses, les maisons de campagne et les carrières brillantes. Dans l'obscurité de cette chambre d'hôtel, il n'y a plus de major de promotion, plus d'écrivain célèbre, plus de trahison passée. Il n'y a que deux amants qui se retrouvent enfin au "même endroit du texte", là où l'encre laisse enfin la place à la peau.
La nuit s'est refermée sur nous comme un écrin protecteur, isolant cette chambre d'hôtel du reste de l'univers. Nous ne dormons pas. L'idée même de fermer les yeux nous semble être un blasphème, une perte de temps inacceptable après douze années de cécité forcée. Nous restons là, l'un contre l'autre, baignés dans la lueur dorée et constante de la lampe de chevet que nous refusons d'éteindre. Je veux le voir. Je veux que chaque ride de son expression, chaque tressaillement de ses muscles soit gravé dans ma rétine. Nous passons des heures dans un état de grâce suspendu, à nous embrasser avec une faim qui ne s'étanche jamais, à laisser nos mains explorer les territoires interdits de nos anatomies retrouvées. Chaque caresse est une redécouverte, chaque baiser est un mot que nous n'avons pas pu prononcer pendant plus d'une décennie.
Nans se redresse légèrement, s'appuyant sur son coude. La lumière rasante de la lampe souligne la courbe de son épaule et l'intensité de son regard qui ne me quitte pas. Sa main, dont la chaleur irradie sur ma hanche, remonte doucement vers mon torse.
— Est-ce que tu te rappelles de la dernière nuit, Dorian ? murmure-t-il, sa voix vibrant d'une nuance que je n'arrive pas encore à identifier.
Je ferme les yeux un court instant pour convoquer l'image de cette chambre d'étudiant, l'odeur du papier et la sensation de son départ imminent.
— Oui, je m'en rappelle, répond-je d'un souffle. C'était la plus belle nuit que j'avais passée. Malgré la tristesse, malgré l'adieu que je sentais venir, c'était le moment où j'ai été le plus proche de la vérité.
Nans baisse la tête, ses doigts traçant des cercles invisibles sur ma peau, juste au-dessus de mon cœur.
— J'avais un petit regret par rapport à cette nuit-là, tu sais... confesse-t-il avec une hésitation qui me brise le cœur.
Je me redresse à mon tour, intrigué, mon regard ancré dans le sien.
— Quoi ? Quel regret pourrais-tu avoir après tout ce temps ?
Il prend une inspiration profonde, comme s'il s'apprêtait à plonger dans des eaux troubles.
— J'avais envie de toi depuis tellement longtemps, Dorian. Bien avant cette nuit-là. Et cette dernière fois, j'ai eu peur. Peur que si je succombais totalement à ce désir, je ne puisse jamais te quitter. J'ai réprimé cette envie de te posséder, de faire corps avec toi. Et même encore aujourd'hui, après tout ce que j'ai vécu, après mon mariage, après toutes ces années de silence... c'est toujours le cas. Mon désir pour toi n'a pas vieilli. Il est resté intact, enfermé dans cette chambre.
Ses mots agissent comme un électrochoc. Je sens mon propre désir refluer vers la surface, brûlant et impérieux.
— Ça a été un regret pour moi aussi, Nans, murmuré-je en rapprochant mon visage du sien. J'ai passé des années à me demander ce qui se serait passé si nous étions allés plus loin, si nous avions laissé nos corps parler plus fort que nos peurs.
Je marque une pause, une question me brûlant les lèvres depuis que nous nous sommes retrouvés dans ce parc.
— Dis-moi... est-ce que tu as déjà testé avec un homme ? Depuis moi ?
Nans secoue la tête lentement, son regard ne flanchant pas.
— Non. Il n'y a eu que toi. Il n'y aurait jamais pu avoir quelqu'un d'autre, Dorian. J'ai essayé de mener une vie normale, j'ai essayé d'aimer Magalie de toutes mes forces, mais mon corps ne répondait qu'à ton souvenir. Tu es mon unique exception, mon seul ancrage.
À ces mots, Nans m'embrasse à nouveau. Ce n'est plus la tendresse mélancolique du début de soirée, c'est une urgence dévastatrice, une soif qui exige d'être étanchée. Nos langues s'entrelacent avec une ferveur nouvelle, traduisant ce désir accumulé qui explose enfin. Ses mains, qui erraient jusque-là sur mon dos, commencent à parcourir mon corps avec une autorité et une intentionnalité qui me font frissonner de la tête aux pieds. Elles descendent lentement, délibérément, vers la lisière de mon sous-vêtement.
Je sens ses doigts s'insinuer sous l'élastique, sa paume effleurant ma peau avec une douceur qui contraste avec la force de son étreinte. Mes propres mains ne restent pas inactives ; je cherche le contact de sa chair, je descends à mon tour, impatient de rompre la dernière barrière qui nous sépare. Nous faisons baisser nos sous-vêtements dans un mouvement fébrile, presque désordonné, tant l'envie est pressante.
Dans la lumière dorée de la chambre, la nudité qui s'offre à nous est une épiphanie. Nous sentons nos érections se presser l'une contre l'autre, dures, pulsantes, témoins d'une virilité qui n'a jamais trouvé son exutoire ailleurs que dans l'idée de l'autre. La chaleur qui se dégage de nos entrejambes est un incendie que rien ne pourra éteindre. Nans gémit contre ma bouche, ses mains saisissant mes hanches pour me coller davantage contre lui, cherchant à abolir le moindre millimètre d'espace. L'intensité de l'instant est telle que le monde extérieur, les épouses, les obligations et les douze ans de vide s'évaporent totalement. Il n'y a plus que cette lampe de chevet, cette odeur de désir brut et la certitude que cette nuit, enfin, nous allons cesser d'être des mots pour devenir une seule et même chair.
La barrière est tombée. Dans cette chambre d'hôtel où la lampe de chevet sature l'espace d'un jaune d'ambre, le temps n'est plus une ligne droite de douze ans, mais un point unique et incandescent. Nos sous-vêtements gisent au pied du lit, derniers vestiges d'un monde qui n'a plus cours. Nans me surplombe, ses bras puissants encadrant mon corps, et je vois dans ses yeux verts une tempête de désir qui m'effraie autant qu'elle m'exalte.
Cela commence par une douceur presque insupportable, une exploration lente destinée à rattraper chaque seconde de l'absence. Nans descend ses lèvres sur mon torse, déposant des baisers légers, religieux, sur chaque centimètre de ma peau. Il s'attarde sur les cicatrices invisibles de mon attente, son souffle chaud faisant se dresser les poils roux de mes bras. Ses mains, larges et calleuses, glissent sur mes flancs avec une dévotion qui me fait monter les larmes aux yeux. C'est une redécouverte géographique, un tracé de mémoire où chaque gémissement que je pousse agit comme une boussole pour lui. Il embrasse mes tétons, les mordille avec une tendresse qui se mue peu à peu en une faim plus sombre.
— Dorian... je t'ai tellement imaginé, souffle-t-il contre mon ventre.
Mais soudain, la douceur se brise. L'agonie de ces douze années, la frustration des nuits solitaires à écrire son nom dans le vide, et la colère de l'abandon remontent à la surface pour transformer cette union en quelque chose de plus vaste, de plus animal. Le rythme change. Ce n'est plus une retrouvaille, c'est une collision. Nans saisit mes poignets et les plaque au-dessus de ma tête, ses doigts se verrouillant comme des menottes de chair. Ses baisers deviennent des morsures, ses mains des griffes. Je réponds à cette violence avec la même intensité, mes jambes s'enroulant autour de sa taille pour le broyer contre moi, voulant sentir chaque muscle, chaque os, chaque battement de son sang.
Nos érections se heurtent, se glissent l'une contre l'autre dans une lutte fiévreuse. La sueur commence à perler sur nos fronts, brillant sous la lumière électrique. Nans se redresse, s'agenouillant entre mes jambes, et je contemple sa virilité, tendue vers moi, cette promesse qu'il n'avait jamais osé tenir à l'université. Il prépare mon corps avec une urgence contenue, ses doigts explorant mon intimité avec une précision qui me fait cambrer le dos. Chaque va-et-vient de sa main est un coup de poignard de plaisir qui irradie jusqu'à ma nuque. Je rejette la tête en arrière, mes yeux fixés sur le plafond blanc qui semble tourner, et je crie son nom, ce nom que j'ai gardé prisonnier de mes poumons pendant une décennie.
Lorsqu'il me pénètre enfin, le choc est sismique. C'est une douleur magnifique, une plénitude qui efface instantanément le vide que Magalie ou Noélie n'ont jamais pu combler. Je m'accroche à ses épaules, mes ongles s'enfonçant dans sa peau jusqu'à y laisser des marques rouges, des stigmates de notre passion. Nans s'arrête un instant, le visage contracté par une émotion pure, ses yeux plongeant dans les miens pour vérifier que je suis bien là, que je ne suis pas une page de mon propre roman.
Puis, le mouvement reprend, d'abord cadencé, puis de plus en plus sauvage. Nous ne sommes plus l'écrivain et l'homme marié ; nous sommes deux forces de la nature qui tentent de combler un gouffre. Nans me retourne, m'imposant sa force, ses mains agrippant mes hanches avec une autorité qui me fait frissonner. Chaque coup de boutoir est une réponse aux questions du passé, chaque gémissement est un aveu de faiblesse. Le lit craque sous nos assauts, la lampe de chevet vacille, mais nous n'en avons cure. Nous sommes dans une transe charnelle où seule compte la friction de nos peaux, la chaleur de nos souffles mêlés et le goût du sel sur nos lèvres.
Je me retourne à nouveau pour l'embrasser, nos langues s'enroulant avec une sauvagerie qui nous laisse à bout de souffle. Je sens son cœur battre contre ma poitrine, un tambour de guerre qui annonce la fin du silence. La tension monte, insoutenable, une pression qui s'accumule dans le bas de mon ventre et qui menace de tout emporter. Nans accélère, son visage enfoui dans mon cou, ses mains cherchant les miennes pour entrelacer nos doigts. Nous sommes à la limite de l'épuisement et de l'extase.
— Maintenant, Dorian... maintenant ! grogne-t-il à mon oreille.
L'explosion nous foudroie en même temps. C'est un déchirement de lumière, un abandon total où nos corps se vident de toute la tristesse accumulée. Je sens sa semence brûlante en moi, ce don ultime qu'il m'avait refusé autrefois, tandis que je me répands contre son ventre, mon cri s'étouffant dans son épaule. Nous restons ainsi, soudés, haletants, le cœur battant la chamade, alors que la chambre d'hôtel semble peu à peu reprendre sa place dans la réalité. La sueur colle nos peaux, l'odeur du sexe et de l'amour remplit l'air, et pour la première fois en douze ans, le silence n'est plus un poids, mais une paix profonde. Sous la lampe toujours allumée, nous sommes enfin sortis du texte pour entrer dans la vie.
Fin du chapitre 8.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()