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Couverture de Mythologie, par Excalibur81
Couverture de Mythologie, par Excalibur81
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Mythologie — Chapitre 3 · Médée

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Excalibur81
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Mythologie

Chapitre 3 · Médée

Les Nuits de Corinthe
Le domaine de Médée domine les hauteurs de Corinthe comme un sanctuaire oublié des hommes, isolé entre collines arides et falaises ouvertes sur la mer. Le vent marin y porte le sel et les algues, mais l'air appartient surtout à la myrrhe brûlée et aux herbes amères. C'est cette note étrange, presque inquiétante, qui s'échappe parfois du laboratoire, mélange de résine, de soufre et de fleurs nocturnes.
Les Corinthiens évitent la demeure après le coucher du soleil. On y raconte trop d'histoires : flammes bleues dansant derrière les fenêtres, chants venus d'Orient, serpents glissant entre les colonnes avant de disparaître dans les bassins d'eau noire.
Jason, lui, ne craint pas cette maison.
Ce soir-là, le héros des Argonautes se tient seul sur la terrasse dominant le golfe Saronique. Le soleil tombe derrière les montagnes, la mer virant en un or sombre. Dans sa main, une coupe de vin qu'il a à peine entamée.
Derrière lui, des pas légers résonnent sur la pierre.
— Tu regardes Corinthe comme un homme regarde une amante qui lui échappe.
La voix de Médée glisse dans la pénombre, douce et tranchante à la fois. Jason se retourne lentement.
Elle est magnifique et inquiétante, comme toujours. Tuniques noires, cheveux sombres lâchés sur ses épaules nues, regard brillant d'une intelligence qui a déjà renversé des royaumes.
Médée s'approche et pose une main fraîche sur son torse.
— Depuis des semaines, ton esprit est loin de moi, Jason.
Il détourne légèrement le regard.
— Tu imagines des ombres.
Un sourire fin et triste étire les lèvres de la magicienne.
— Les ombres sont les seules choses qui ne mentent jamais.
Aucun d'eux ne reprend immédiatement la parole. Médée détourne enfin le regard vers la mer. Et malgré elle, les souvenirs reviennent : la Colchide, les nuits brûlantes au pied des temples d'Hécate, et Jason apparaissant dans le palais de son père comme un héros tombé du ciel.
Elle se souvient : le premier regard, le premier serment, la première trahison.
Elle revoit le sang de son frère répandu sur les flots noirs tandis qu'ils fuient ensemble. Elle entend encore les cris de son père abandonné derrière eux. Pour Jason, elle détruit sa propre vie. Elle renonce à sa patrie, à son nom, aux dieux mêmes de son enfance.
Et jamais elle ne le regrette. Jusqu'à maintenant. Médée approche ses lèvres du cou du héros.
— Ai-je eu tort de tout quitter pour toi ?
Jason connaît cette voix. La douceur qui précède les colères de Médée. Il pose sa coupe et tente de l'attirer contre lui.
— Tu es ma femme.
— Réponds-moi.
Leurs regards se croisent. Longuement. Enfin Jason caresse sa joue.
— Non. Tu ne t'es pas trompée.
Alors seulement la tension semble quitter les épaules de Médée. Elle prend sa main et l'entraîne à l'intérieur.
La chambre est baignée d'une lumière rougeâtre, projetée par des brûle-parfums de bronze où se consument des résines d'Orient. Des voiles de soie translucide ondulent au gré du vent marin, caressant les chevilles des amants comme des mains invisibles. Médée tend la coupe à Jason. Le liquide ambré qu'il contient semble palpiter d'une lueur interne.
Jason boit. Aussitôt, une chaleur fulgurante se propage dans ses veines, dissolvant la fatigue des conseils et l'amertume des jours. Ses sens s'éveillent avec une acuité nouvelle : il perçoit le grain infime de la pierre, le battement du sang de Médée, et l'odeur du musc qui émane de sa peau comme une promesse de vertige.
Médée s'approche. Ses doigts, longs et d'une pâleur de nacre, viennent dénouer les attaches de la tunique de Jason. Le tissu glisse sur ses épaules larges, révélant le torse d'un homme sculpté par les tempêtes et les batailles. Médée effleure du bout des ongles ses anciennes cicatrices, celles laissées par les griffes de l'Hydre ou les lances ennemies, comme si elle marquait à nouveau son territoire.
— Tu m'appartiens par le sang, Jason, murmure-t-elle contre son torse, sa voix vibrant dans la cage thoracique du héros. Et par la chair.
D'un mouvement fluide, elle laisse sa propre tunique noire tomber au sol. Elle apparaît nue dans la pénombre pourpre, magnifique et terrible. Ses seins sont hauts, pointés par la fraîcheur de la nuit, et sa cambrure est celle d'une bête de proie prête à bondir. Elle se presse contre lui, offrant la douceur de sa peau contre la rudesse de ses muscles.
Le héros la renverse sur les draps sombres. Médée ne s'abandonne pas ; elle l'accueille avec une avidité presque douloureuse. Ses jambes s'enroulent autour des hanches de Jason, le verrouillant contre elle, tandis que ses mains s'ancrent dans ses cheveux sombres pour guider ses baisers. Chaque caresse de Jason sur ses cuisses, chaque morsure légère sur son cou, semble alimenter un feu noir qui les consume tous deux.
Chez Médée, l'amour n'est pas un repos, c'est un sortilège qui exige tout de l'autre. Dans l'ivresse des corps, Jason ne voit plus la magicienne, il ne voit plus l'ombre de la Colchide ; il est submergé par cette chaleur moite, par le parfum de cannelle et de nard, et par la force de cette femme qui semble vouloir lui arracher son âme à chaque gémissement.
Leurs souffles se mêlent au grondement de la mer, jusqu'à ce que Jason s'effondre contre elle, épuisé, prisonnier de cette étreinte qui ressemble autant à un sacre qu'à une condamnation.
Médée sort sans un mot. La demeure est calme, seulement traversée par le chant lointain des insectes et le souffle du vent sur les cyprès.
Médée s'assoit seule sous un olivier ancien, baigné par la lumière froide de la lune. Sa robe glisse légèrement sur ses épaules, et ses mains reposent sur ses genoux comme celles d'une femme qui ne prie plus vraiment. Elle ne pleure pas. Elle écoute. Dans le silence, quelque chose en elle commence déjà à se refermer.
Au-dehors, dans les couloirs silencieux de la villa, deux jeunes garçons observent discrètement la porte entrouverte.
Les fils de Jason et de Médée. L'aîné tient la main de son petit frère.
— Merméros, murmure le plus jeune, en serrant ses doigts.
L'aîné ne répond pas tout de suite. Il garde les yeux fixés sur la porte close.
— Oui, Phérès… je t'entends.
Un silence passe, lourd, presque vivant.
— Mère pleure encore ? demande Phérès.
Merméros hésite, puis incline légèrement la tête.
— Non… je crois qu'elle a peur.
Les deux garçons échangent un regard silencieux.
Le Poison de la Reconnaissance
Les jours passent à Corinthe comme une eau lente qui finit toujours par user la pierre.
Dans la villa perchée au-dessus du golfe, Médée observe. Rien ne lui échappe vraiment, même ce que Jason croit dissimuler derrière ses silences.
Les enfants jouent parfois dans les jardins, sans comprendre les silences entre leurs parents. Son époux les regarde moins qu'avant.
Les messagers viennent plus souvent. Les noms des puissants circulent dans les couloirs de la cité. Celui de Jason est encore respecté… mais il ne fait plus trembler.
Il est devenu une présence tolérée, un héros installé, utile. Et cela, Jason le sent.
Au palais de Corinthe, les banquets se multiplient.
Créon reçoit les ambassadeurs des cités voisines, les alliances se tissent autour du vin et des couronnes d'olivier. On parle de stabilité, d'héritiers, de lignées.
Ce soir-là, après les longs palabres du conseil où les rois ont pesé le destin des hommes comme de la simple marchandise, Jason ne rejoint pas immédiatement la villa sur les hauteurs. Il erre sous les colonnades du palais, là où la pierre retient encore la chaleur cuisante du jour. Son corps est lourd, saturé par les voix de Créon et des ambassadeurs, mais son esprit est ailleurs, déjà tourné vers l'ombre des grenadiers.
Jason quitte les colonnades du palais sans presser le pas. Pourtant, quelque chose en lui résiste encore. Les paroles de Créon continuent de tourner dans son esprit — alliance, stabilité, héritier. Des mots simples, presque rassurants, mais qui pèsent plus lourd qu'une armure. Il pense à Médée sans vraiment vouloir y penser. Non pas son visage, mais sa présence, diffuse, comme une ombre accrochée à sa mémoire. Il s'arrête un instant sous une arche de pierre. Le marbre est encore chaud du soleil. Puis il expire lentement. Il ne revient pas en arrière.
Créuse l'attend dans le jardin intérieur, une oasis de silence où l'air semble vibrer d'une tension invisible. Elle est une tache de clarté dans la pénombre pourpre du crépuscule. Sa robe de lin blanc, imprégnée par l'humidité de la nuit, est devenue presque translucide. Le tissu colle à sa peau, révélant sans pudeur la pointe sombre de ses seins et le relief de ses hanches à chaque souffle de vent. L'odeur des grenades éclatées, dont le jus pourpre tache le sol, se mêle au parfum sucré de l'huile de jasmin qui brille sur ses épaules dénudées.
Lorsqu'elle l'aperçoit, elle ne recule pas. Elle s'avance d'un pas lent, et Jason sent immédiatement cette chaleur humaine, directe, dépourvue des artifices de la Colchide.
— Les dieux se sont tus, murmure-t-elle, sa voix vibrant contre la peau de Jason. Mais l'homme que j'aime porte encore leur silence.
Jason ne répond pas avec des mots. Ses mains, calleuses et brûlantes, s'emparent de la taille de la princesse. Il se souvient de la fraîcheur de ce corps qui ne connaît pas les poisons. Il fait glisser ses paumes vers le bas, sentant la peau lisse et ferme du dos de Créuse sous le lin fin. Elle laisse échapper un soupir rauque et se presse contre lui. Jason sent son membre durcir brutalement contre le ventre plat de la jeune femme, une réponse sauvage à la promesse de cette chair offerte.
D'un mouvement brusque, Créuse saisit la main du héros et la guide avec une impatience fiévreuse sous sa tunique. Jason sent la chaleur de son sexe, déjà inondé par le désir, une fleur de chair humide et battante dans l'obscurité du jardin.
— Quand cesserons-nous de nous chercher comme des voleurs ? Je veux la certitude de ton lit, Jason. Je veux ta peau sans le parfum de la myrrhe et du soufre qui t'encrasse là-haut.
Elle bascule la tête en arrière tandis que Jason s'acharne sur sa gorge, ses baisers devenant des morsures avides qui marquent la peau blanche. Il respire l'odeur de ses cheveux, un parfum de terre fertile et de jeunesse. Sa main explore la cambrure de ses reins, pétrissant la chair avec une force qui arrache un gémissement à la princesse.
— Bientôt, souffle-t-il, la voix brisée par l'envie qui le tord. Créon a parlé. L'alliance est décidée. Je vais te prendre sous le regard des hommes, et plus seulement sous l'ombre de ces arbres.
Il l'embrasse alors, un baiser profond qui goûte le miel et le fruit mûr, tandis que ses doigts s'enfoncent plus avant dans son intimité, testant sa souplesse et son ardeur. Il sent la victoire à portée de main, une vie où la gloire se trouve dans la jouissance d'un corps pur. Mais dans le silence qui suit, alors qu'une grenade s'écrase au sol avec un bruit sourd, il lui semble sentir, l'espace d'un cillement, le souffle glacé de Médée caresser sa nuque en sueur.
Il se détache à regret, réajustant sa cape pour masquer son trouble et l'ardeur de son corps.
— Le destin est en marche, Créuse.
Il quitte le jardin sans se retourner, laissant la princesse seule parmi les fruits rouges. Créuse reste immobile, une main posée sur ses lèvres encore brûlantes, l'autre lissant son lin froissé. Elle ne voit que l'avenir : un trône de marbre et le corps de Jason, enfin libre, enfin sien, sans l'ombre de la magicienne entre eux.
Quand Jason retourne enfin à sa demeure, la nuit est déjà haute et le vent s'est levé, faisant gémir les cyprès du jardin. L'odeur du jasmin de Créuse s'est dissipée, remplacée par les effluves familiers et pesants du sanctuaire de Médée : un mélange de nard, de graisse animale brûlée et cette pointe d'ozone qui annonce l'orage.
Il trouve Médée dans le jardin intérieur, immobile sous un olivier centenaire dont les feuilles d'argent semblent absorber la lumière de la lune. Elle ne s'est pas couchée ; elle ne dort plus quand il s'attarde au palais. Elle est assise sur un banc de pierre, ses mains reposant sur ses genoux avec une tranquillité de statue.
— Tu portes sur ta peau l'odeur de la ville, Jason, dit-elle simplement sans lever les yeux. Et celle des grenades sucrées.
Ce n'est pas une question. C'est un constat qui semble glacer l'air entre eux. Jason retire sa cape de laine, dont le poids lui semble soudain insupportable.
— Créon voulait me parler, répond-il en cherchant une fermeté qu'il ne possède plus. Le conseil est formel. Corinthe a besoin d'un ancrage, et moi, d'une terre que je peux léguer.
Médée se lève alors. Le mouvement est lent, gracieux, mais il y a dans sa cambrure quelque chose de la vipère qui se déploie. Elle avance vers lui, et Jason sent le froid de son aura l'envelopper, contrastant avec la chaleur qu'il a laissée au jardin du palais.
— De quoi parlent les rois quand ils convoquent un héros qu'ils ont autrefois craint ? murmure-t-elle en s'approchant si près qu'il peut voir les reflets sombres dans ses prunelles. Parlent-ils de la femme qui a ensorcelé les vents pour que ton navire ne sombre pas ? Parlent-ils du sang que j'ai versé pour que tes fils aient un père vivant ?
Jason serre la mâchoire, refusant de se laisser emprisonner par ce regard qui a autrefois fait sa force.
— Ils parlent de paix, Médée. Une paix que tu ne connais pas. Créon m'offre une alliance. Avec sa fille.
Le nom reste suspendu dans le silence, mais il est déjà là, entre eux, comme un cadavre qu'on ne peut plus cacher. Médée ne crie pas. Elle ne pleure pas. Elle incline légèrement la tête, et un frisson de pur effroi parcourt l'échine du héros.
— Une alliance, répète-t-elle avec une douceur de soie. Et pour sceller cette paix, tu comptes m'offrir en sacrifice sur l'autel de ton ambition ?
— Tu resteras ici, dit Jason avec une précipitation brutale. Tu seras honorée. Nos enfants seront des princes, élevés dans l'ombre du trône. Je ne te renie pas, Médée, je m'élève pour nous tous.
Médée laisse échapper un rire bref, un son sec et sans chaleur qui semble briser le cristal de la nuit. Elle pose ses doigts sur le visage de Jason, une caresse qui ressemble à une menace.
— Tu parles comme un roi de Corinthe, Jason. Mais tu oublies que le trône que tu convoites est fait de bois mort. Le mien était fait de dragons et d'étoiles.
Elle se détourne brusquement, sa tunique noire traînant le sol avec un sifflement. Elle ne regarde plus Jason, elle regarde déjà au-delà de lui.
— Va rejoindre ton lit de noce si le désir de la chair humaine te presse tant. Prépare tes cérémonies. Je vais, moi aussi, préparer ce qui est dû à une future reine.
Cette nuit-là, Jason dort seul dans la chambre haute, hanté par le souvenir de Créuse mais troublé par le silence de Médée. En bas, dans les entrailles de la villa, une lumière bleutée commence à filtrer sous la porte du laboratoire. Médée ne dort pas. Elle travaille la soie et les poisons, ses doigts agiles tissant le destin d'un royaume qui a cru pouvoir l'oublier.
La Robe d'Or
Dans les entrailles de la villa, la lumière est bleue et froide. Médée travaille seule, penchée sur une longue table de pierre noire. Devant elle repose la robe, étalée comme un corps sans vie. Le tissu d'or fin, presque liquide, semble respirer sous ses doigts. Elle y a tissé des fils imprégnés de poisons rares, de venins de serpents des Colchides et de sa propre colère distillée pendant des nuits entières.
Chaque point est une sentence. Chaque pli, une condamnation.
Elle ne ressent aucune joie. Seulement une certitude froide, presque sacrée. Ce qu'elle prépare n'est pas une simple vengeance. C'est une réponse aux dieux eux-mêmes : vous m'avez tout pris, je vous rendrai le néant.
Lorsque la robe est achevée, elle appelle ses fils. Merméros et Phérès entrent dans le laboratoire, intimidés par l'odeur lourde de soufre et de fleurs fanées. Médée s'agenouille devant eux. Ses mains, encore tachées de résine noire, se posent sur leurs épaules avec une tendresse terrifiante.
— Vous allez porter ce coffret au palais, murmure-t-elle. C'est un présent de paix pour la nouvelle épouse de votre père. Dites-lui que Médée reconnaît sa victoire et lui offre ce qu'elle possède de plus précieux.
Les enfants hochent la tête, fiers d'être chargés d'une mission d'adultes. Ils ne comprennent pas pourquoi leur mère les serre si longtemps contre elle, ni pourquoi ses lèvres tremblent légèrement lorsqu'elle embrasse leur front.
Ils partent avec le coffret de cèdre.
L'arrivée des fils de Médée au palais crée un murmure de surprise. Créuse, déjà parée de ses bijoux, les reçoit dans ses appartements privés. Elle est touchée par la vue de ces deux visages qui ressemblent tant à celui de l'homme qu'elle aime. Elle y voit le signe que Médée abdique enfin, lui laissant le champ libre.
— Votre mère est généreuse, dit-elle en caressant la joue de l'aîné.
Une fois seule dans ses appartements privés, Créuse congédie ses servantes d'un geste impatient. Elle veut savourer cet instant sans aucun regard extérieur. La lumière ambrée des lampes à huile caresse sa peau nue tandis qu'elle laisse lentement glisser sa tunique de lin blanc au sol. Elle reste un long moment immobile devant le grand miroir de bronze poli.
Ses seins sont fermes et hauts, couronnés de tétons rosés qui durcissent déjà sous la fraîcheur de la nuit. Sa taille est fine, ses hanches épanouies, et la courbe douce de son ventre descend vers une toison blonde, légère et soyeuse. Elle passe lentement ses mains sur son corps, comme pour en redécouvrir chaque détail. Ses paumes effleurent la rondeur de ses seins, pincent doucement ses tétons entre ses doigts, descendent le long de ses flancs, puis glissent entre ses cuisses. Un léger soupir lui échappe lorsqu'elle sent l'humidité tiède qui s'y est déjà formée.
Elle se sent belle. Désirable. Puissante.
Un sourire satisfait étire ses lèvres. Enfin digne d'un homme comme Jason.
Elle se tourne vers le coffret de cèdre que les fils de Médée lui ont apporté. Lorsqu'elle soulève le couvercle, un parfum envoûtant s'en échappe — musc, tubéreuse et quelque chose de plus profond, presque animal. La robe d'or repose là, somptueuse, presque vivante. Le tissu précieux semble onduler doucement sous la lumière des lampes, comme s'il respirait.
Créuse la sort avec révérence. Le tissu est incroyablement fluide, lourd et tiède entre ses doigts. Elle commence par y glisser un pied, puis l'autre. La soie remonte lentement le long de ses jambes, caressant ses mollets, puis ses cuisses avec une sensualité presque indécente. Le tissu épouse la courbe de ses fesses, les serrant doucement, comme une main possessive.
Elle retient son souffle.
Le vêtement continue son ascension. Il glisse sur son ventre, caresse ses hanches, puis monte jusqu'à sa poitrine. Créuse passe ses bras dans les manches. Le décolleté plonge en un V profond et audacieux, offrant généreusement la naissance de ses seins et le sillon entre eux. Les fins lacets d'or sur les côtés compriment légèrement sa taille, accentuant outrageusement la cambrure de ses reins et la rondeur de sa poitrine.
Elle se regarde dans le miroir et laisse échapper un petit rire de plaisir.
La robe est une œuvre d'art obscène. Chaque mouvement fait scintiller l'or sur sa peau, soulignant le galbe lourd de ses seins, la finesse de sa taille, et l'ombre tentatrice entre ses cuisses. Le tissu caresse ses tétons déjà durcis, les frottant à chaque respiration. Une chaleur humide et insistante grandit entre ses jambes. Elle écarte légèrement les cuisses et passe une main sur son sexe à travers la fine soie, gémissant doucement en sentant à quel point elle est mouillée.
— Jason… murmure-t-elle, les yeux mi-clos, imaginant le regard brûlant du héros sur elle lors de leur nuit de noces.
Elle se cambre davantage, fait glisser ses mains sur ses flancs, serre les lacets d'or pour que la robe épouse encore plus étroitement son corps. La sensation est enivrante. Le tissu semble vibrer contre sa peau, comme s'il respirait avec elle, comme s'il la désirait. Elle se sent puissante. Invincible. Prête à être prise, admirée, possédée.
Elle tourne lentement sur elle-même. La robe révèle la courbe parfaite de ses fesses, le creux de ses reins, et à chaque pas, le tissu frotte contre son clitoris gonflé, lui arrachant de petits soupirs de plaisir. Elle est trempée. Une goutte de son désir glisse le long de sa cuisse. Elle passe deux doigts entre ses lèvres intimes, les enduisant de sa moiteur, puis les porte à sa bouche pour en goûter le parfum sucré.
Elle est prête. 
Prête à devenir la nouvelle reine de Corinthe. 
Prête à prendre la place qui lui revient.
Puis la caresse devient autre chose.
La chaleur agréable se transforme en brûlure. La soie ne glisse plus : elle s'incruste. L'or fond dans sa chair. Créuse pousse un premier cri de surprise, puis de douleur pure.
La robe se resserre brutalement autour de ses seins, les comprimant avec une force cruelle. Les lacets d'or s'enfoncent dans la peau tendre de ses flancs comme des lames brûlantes. Le tissu fusionne avec sa chair. Le venin, activé par la moiteur de son désir, s'infiltre dans ses pores comme un feu liquide.
Créuse hurle.
Une lumière blanche envahit alors la pièce. Cette parure qui devait révéler la beauté majestueuse de la princesse devient un carcan de feu. L'or liquide ne brille plus pour Jason, il dévore Créuse, transformant sa beauté en une torche d'horreur.
Créon accourt. Lorsqu'il touche sa fille pour l'aider, le feu le saisit. Jason arrive à son tour. Il s'arrête net sur le seuil.
Il ne comprend pas de suite. Il reste figé. Puis le sens arrive, lentement, comme un poids. Et pourtant, son esprit refuse encore de relier ce qu'il voit à ce qu'il sait du monde.
Créuse est là. Mais déjà ce n'est plus. La torche humaine est trop forte, trop brûlante.
Il cherche son épée, mais son corps ne suit pas. Les derniers cris du roi et de la princesse semblent désormais provenir d'un temps passé lointain.
Jason recule d'un pas, puis encore un. L'odeur de chair brûlée envahit ses narines. Il tombe à genoux.
La nuit est tombée sur la villa.
Médée descend dans la chambre de ses enfants. La lune éclaire faiblement les deux petits corps endormis. Elle s'agenouille entre leurs lits. Longtemps, elle les regarde dormir. Ses mains tremblent.
Puis elle pose une main sur la bouche de Merméros, l'autre sur celle de Phérès. Ses gestes sont doux, presque tendres. Elle ne veut pas qu'ils aient peur. Elle ne veut pas qu'ils souffrent.
— Vous avez bien servi votre mère, murmure-t-elle. Maintenant, je vais vous mettre à l'abri du monde des hommes.
Le fer brille une seule fois sous la lune. Le sang coule, noir et chaud, sur les draps blancs. Médée serre ses fils contre elle jusqu'à ce que leurs petits corps deviennent inertes. Elle les embrasse sur le front, arrange leurs cheveux, les dispose côte à côte comme pour un sommeil éternel.
Quand Jason fait irruption dans la villa, fou de rage et de douleur, il trouve Médée debout au milieu de la cour, couverte du sang de leurs enfants. Son regard est vide, lointain, presque serein.
— Monstre ! hurle-t-il, sa main tremblante serrant la garde de son épée. Tu as tué ta propre chair pour une robe et un trône de cendres ! Qu'as-tu fait de notre sang ?
Médée se tourne vers lui avec une lenteur royale. La lune éclaire son visage de marbre, lui donnant l'apparence d'une déesse antique réclamant son dû. Elle ne recule pas devant la lame de l'homme qu'elle a autrefois sauvé.
— Notre sang ? murmure-t-elle, sa voix glissant comme un poison froid dans les veines de Jason. Ce sang était mien avant d'être le tien. Je l'ai porté, je l'ai nourri, et je l'ai repris pour qu'il ne serve jamais de marchepied à ta nouvelle vie.
Elle s'avance vers lui, la poitrine haute, défiant son épée.
— Tu voulais un avenir sans moi, Jason. Je t'ai simplement retiré tout ce qui pouvait te rattacher à moi. Maintenant, tu es libre. Libre et vide.
Jason tombe à genoux entre les corps de ses fils, incapable de frapper, terrassé par l'ampleur du désastre. Sa colère se transforme en une impuissance amère.
— Va-t'en ! siffle-t-il, la voix brisée par l'horreur. Pars, sorcière ! Fuis cette cité que tu as souillée. Que la terre de Corinthe ne garde aucune trace de toi. Je te chasse, Médée.
Un sourire cruel étire les lèvres de la magicienne. Elle lève les bras vers le ciel sombre, et un vent violent se déchaîne brusquement, faisant tourbillonner les cendres de la ville.
— Me chasser ? Je ne pars pas, Jason. Je m'envole. Regarde ce qu'il reste de ton ambition. Un palais en feu, une épouse en cendres et des fils qui ne porteront jamais ton épée. Tu es le roi d'un désert.
Médée quitte calmement la demeure. Elle laisse derrière elle un homme brisé dans une ville en ruines, prouvant au monde que si l'amour d'une magicienne est un don des dieux, sa haine est une sentence éternelle.
Le char d'Hélios
Ce n'est pas un orage qui déchire le ciel au-dessus de l'Isthme, mais un sillage d'ombre et de soufre. Dans la clarté noire du soir, un char fend l'air, tiré par deux dragons aux écailles de jais qui brillent d'un éclat maléfique. C'est le char que Médée a hérité d'Hélios, son grand-père, le dieu du Soleil — un présent ancien qu'elle n'avait encore jamais osé invoquer.
Médée se tient debout sur le char, sculptée dans la nuit elle-même. Ses cheveux sombres flottent sans que le vent ne les touche vraiment, et son visage possède la fixité froide d'une idole de pierre. Elle ne regarde pas Corinthe qui s'éloigne derrière elle. Elle ne fuit pas. Elle se détache.
Corinthe n'est déjà plus une cité. Seulement une plaie rougeoyante à l'horizon, une tache de feu et de cris qui s'efface lentement dans l'obscurité. Jason n'existe plus comme un homme. Il n'est plus qu'une cicatrice ancienne, une erreur qu'elle vient d'effacer.
Sous elle, la mer Égée s'étend comme une nappe d'argent noir, traversée de reflets lunaires. Les îles défilent, petites et silencieuses, comme des pensées qu'on rejette. Le vent est froid, stable, presque respectueux. Les dragons battent lentement des ailes, obéissant à une volonté qui n'a plus besoin de mots.
Au loin, Athènes se dessine sous les étoiles, une cité de marbre blanc encore fragile, posée entre la montagne et le flot comme une promesse inachevée. Médée sent, avant même de franchir les remparts, qu'elle y est attendue par des forces plus anciennes que la cité elle-même.
Athènes apparaît enfin, posée entre la montagne et la mer comme une promesse fragile. Des colonnes blanches brillent faiblement sous la lune. Médée sent, avant même d'atteindre les remparts, qu'elle y est attendue. Non par des hommes. Mais par quelque chose de plus ancien qu'eux.
Égée se tient sur les marches de son palais. Le roi ne dort plus depuis de nombreuses nuits, hanté par l'oracle de Delphes qui tourne dans son crâne comme un insecte captif. DEpuis des nuits, il cherche des signes dans le vide de sa propre descendance. Quand les gardes annoncent l'arrivée d'une étrangère venue du ciel sur un char d'ombre, il descend à sa rencontre, ses pieds nus foulant la pierre encore tiède.
Médée pose le pied sur le sol d'Athènes comme on entre dans un destin déjà écrit. Elle laisse glisser sa cape de voyage. Sous le tissu sombre, elle ne porte qu'une fine résille de soie noire qui ne dissimule presque rien de son corps. La lune caresse la courbe de ses seins, la ligne de ses hanches, la pâleur de sa peau. Égée la regarde comme un homme assoiffé regarde une source dans le désert.
Il ne voit pas seulement une femme d'une beauté dangereuse, il voit une réponse.
Dans la chambre royale, l'air est lourd, saturé d'une odeur de musc, de nard et d'ozone. Les lampes à huile projettent une lumière dorée et tremblante sur les murs de marbre. Médée ne s'allonge pas tout de suite. Elle reste debout devant le roi, dénouant avec une lenteur délibérée les derniers liens de sa parure. Elle s'offre à son regard sans fausse pudeur, comme on présente une arme parfaite. La lune caresse la courbe lourde de ses seins, la ligne de ses hanches, la pâleur de sa peau.
Égée respire plus fort. Ses mains tremblent légèrement lorsqu'il s'approche.
— Tu portes sur toi quelque chose qui n'appartient pas à ce monde, murmure-t-il d'une voix rauque.
Médée esquisse un sourire froid et s'avance. Elle pose ses mains fraîches sur les épaules du roi et le pousse sur le grand lit royal. Puis elle monte sur lui, à califourchon, et saisit son membre déjà dur entre ses doigts fins. Elle le caresse lentement, fermement, faisant glisser la peau sur la verge épaisse tout en observant chaque réaction sur le visage d'Égée.
— Ce soir, tu vas me donner ce qu'aucune autre femme n'a pu t'offrir, murmure-t-elle.
Elle se soulève légèrement, frotte son sexe trempé contre le gland brûlant du roi, puis s'empale sur lui d'un seul mouvement lent et profond. Un long râle échappe à Égée. Médée reste un instant immobile, savourant la sensation de le sentir entièrement enfoui en elle, puis commence à onduler des hanches avec une maîtrise absolue.
Ses seins lourds et fermes se balancent au rythme de ses mouvements. Elle les prend dans ses propres mains, les malaxe, pince ses tétons durs tout en chevauchant le roi plus profondément. Chaque descente de ses hanches fait claquer doucement sa chair contre celle d'Égée. Elle contracte ses muscles intimes autour de lui, le serrant comme un poing brûlant et humide.
— Regarde-moi, ordonne-t-elle.
Égée ouvre les yeux. Médée accélère le rythme, cambrant exagérément le dos, offrant à la lune la vision de son corps triomphant. Ses cheveux noirs balaient ses épaules tandis qu'elle le prend avec une avidité contrôlée. Le bruit humide de leurs sexes qui s'entrechoquent remplit la chambre, mêlé aux gémissements rauques du roi et aux soupirs plus bas, plus maîtrisés, de Médée.
Elle se penche en avant, laisse ses seins lourds effleurer le visage d'Égée, puis se redresse et accélère encore, le chevauchant avec une force presque brutale. Ses fesses claquent contre les cuisses du roi à chaque descente. Elle sent son membre gonfler en elle, prêt à exploser.
Au dernier moment, elle se serre violemment autour de lui, le prenant jusqu'à la garde, et accepte sa semence chaude qui jaillit en longs jets puissants au plus profond de son ventre. Elle reste assise sur lui, immobile, jusqu'à ce qu'il ait entièrement vidé sa semence en elle.
Lorsque Égée s'effondre enfin dans un sommeil lourd, épuisé, Médée reste éveillée. Assise au bord du lit, nue, elle observe le visage du roi avec une lucidité glacée.
Elle pose lentement une main sur son ventre.
Encore plat.
Encore silencieux.
Mais déjà porteur d'un avenir qu'elle seule contrôlera.
Au loin, la mer Égée continue de battre les côtes d'Attique. Médée ferme les yeux un instant. Corinthe n'est plus derrière elle.
- x - F I N - x -
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Frederyc
20 juin 2026 à 23:01
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