Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le féal et les ardents — Chapitre 10
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le féal et les ardents
Chapitre 10
La fin de notre séjour est une apothéose sexuelle. Nous nous donnons les uns aux autres avec encore plus d'intensité qu'au cours des jours passés, pourtant sans concession avec le plaisir. Mais nous savons que nous allons nous quitter. Et cela nous déchire l'âme.
Je veux ressentir plus fermement encore les membres de mes ardents en moi. Je suis servi ! Chaque pénétration me rempli autant l'orifice que mon être entier qui veut graver dans le marbre chaque sensation. Ne jamais oublier nos impudicités, nos fornications forcenées, nos gestes indécents, nos regards paillards !
Je veux sentir l'odeur de chacun pour qu'elle imprègne ma peau, la saveur de chacun pour qu'elle exalte mes papilles, la douceur de chaque épiderme pour qu'elle fortifie mon besoin de sensualité.
Le dernier rassemblement. Nous sommes nus pour la dernière fois, le corps luisant des conclusions de nos cabrioles, les couilles plus petites, plus pendantes, plus sèches, plus vides que jamais.
Nous nous prenons dans les bras les uns les autres. Il ne vient à personne l'idée de cacher sa tristesse. Des larmes coulent. Des nez reniflent. Des yeux sont rouges.
Derniers gestes tendres. Dernières promesses de retrouvailles. Je reste un très long moment dans les bras de Ludo, pleurant franchement, consolé par sa pilosité rassurante autant que par ses caresses délicates.
Nous avons tous les coordonnées de chacun. Charles nous fait un bref discours de remerciements, de félicitations, de promesses de pratiques sexuelles à la fois plus tendres et plus intenses. Sa gorge se noue. Il n'est plus en capacité de faire un long discours. La parenthèse enchanteresse se referme douloureusement pour lui aussi. Comment peut-il subir cette intense émotion chaque année ?
Une dernière douche. Des dernières caresses. Des derniers baisers virils. Enfiler des vêtements est une terrible épreuve !
Je sens que je vais craquer. Comme d'autres, je décide d'écourter les adieux et je fonce dans ma voiture. Quitter le paradis mâle !
Je roule en mode automate lors des premiers kilomètres. Je finis par m'arrêter dans un chemin : je suis devenu un danger public ! Et là je pleure, comme jamais je n'ai pleuré. Toutes les larmes de mon corps s'échappent pour tremper mes vêtements, le siège de mon auto.
Je mets un très long moment avant de pouvoir quitter l'habitacle et marcher un peu. Un peu… C'est mon objectif au départ. Mais le chemin se transforme en sentier et s'enfonce dans une nature sombre, étroite, colorée. Pourquoi cette image, là devant moi, me fait penser à un cul que je m'empresse de pénétrer avec vélocité ?
Je ne retourne à ma voiture qu'au bout d'une heure et demi. Je suis claqué. Je suis soulagé. Mille images lubriques ont pénétré mon cerveau. Mille images de beautés anatomiques masculines ont apaisé mon cœur, réconforté mon âme. Merci Charles ! Merci mes ardents ! Merci Ludo !
A un moment j'ai hurlé, seul dans la nature luxuriante. Un cri du cœur. Un cri libérateur. Un cri incompréhensible pour quiconque ne sait pas de quel paradis gay je sors :
— Merci de m'avoir choisi comme féal !!!!!
J'ai éclaté de rire. J'ai répété dix fois, vingt fois cette phrase. J'ai sauté et dansé sur place. Si quelqu'un m'a vu, il a dû me prendre pour un fou.
Que m'importe : je suis conscient qu'en tant que féal j'ai eu la meilleure part.
Ma reconnaissance envers Charles et ses acolytes n'en est que plus forte !
C'est serein, avec néanmoins le besoin d'avoir le cul comblé par une bonne bite, que je poursuis ma route, que je file vers la vraie vie.
Un court moment en famille. Ma mère me regarde d'un drôle d'air. Elle me le dit. Elle me trouve plus attentionné envers les membres de ma famille, plus doux, plus à l'écoute.
Quand elle me demande avec un petit air coquin si je suis amoureux je lui réponds, surpris, que je ne crois pas. Mais qu'en sais-je en fait ? J'ai vraiment besoin de faire le point, de me retrouver. Ce ne sera pas pour tout de suite…
Une semaine complète avec Manu. Nous avons copulé comme des lapins plusieurs fois par jour. Si au départ c'est moi qui l'ai sodomisé de toutes les manières possibles, nous avons par la suite équilibré les rôles. Après avoir été le féal de tout un groupe de beaux mâles, j'ai maintenant besoin de prendre un cul, un magnifique cul, l'adorable cul du sensuel Manu.
Ses sodomies sont toujours aussi tendres et suaves. Je lui suis très reconnaissant de son comportement pendant cette délicieuse semaine. En réponse, je suis également d'une naturelle sensualité avec lui. Le coït entre nous est véloce, mais ce qui domine dans nos ébats est la tendresse dont nous avons autant besoin l'un que l'autre.
Cette semaine passe comme un rêve éveillé entre baignades, sport et fornications. Pourtant elle ne me comble pas. Nous avons certes une grande affection l'un pour l'autre. Mais pas de sentiment. Au fil des jours l'évidence apparait pour lui comme pour moi : nous sommes séduits l'un par l'autre, mais nous ne sommes pas amoureux.
Réduire notre relation à de la fornication permanente n'a aucun sens. Nous nous quittons sans regret, même si une once de tristesse est présente. Nous savons tous deux que notre histoire se termine là. Peut-être nous reverrons-nous et nous jetterons-nous l'un sur l'autre pour partager un intense plaisir, mais ce ne sera que de la baise. De la bonne baise, c'est déjà pas mal, mais uniquement de la baise.
Je quitte Manu un jour plus tôt que prévu. Un coup de fil et le rendez-vous est pris : je fais un crochet pour aller retrouver Estebe.
Nos retrouvailles sont onctueuses. Nous nous embrassons longuement, tendrement, savoureusement. Chacun de nous s'agenouille devant l'autre et le suce suavement. C'est en mode pacha que nous nous offrons une savoureuse éjaculation en bouche, l'un après l'autre.
Je fais remarquer à mon comparse qui garde longuement mon sperme en bouche qu'il devient subitement moins bavard, moins bravache. Il roucoule, il se marre, mais il prend son temps pour déguster ma semence. Le long baiser que nous partageons ensuite est une merveille du genre : nos yeux se disent tout le plaisir ressenti à être ensemble.
Après une après-midi amicale à me faire découvrir sa ville, il m'annonce qu'il me réserve une surprise pour la soirée. Le connaissant, je n'ai aucun doute sur son caractère sexuel.
Effectivement, nous rejoignons quatre autres gars dans une villa avec piscine. Tous à poil en un rien de temps, nous batifolons joyeusement tous ensemble jusqu'à la nuit tombée, laissant nos mains baladeuses se réjouir des chairs palpées.
C'est avec la queue raide que nous dinons avec un bien plus fort appétit de fellation que de nourriture. Jusque-là, la soirée est amusante. Elle ressemble, en extérieur, à ce que j'ai déjà connu dans le passé. Mais quand deux autres hommes, plus âgés, nous rejoignent et commencent à pénétrer sans ménagement le cul soumis de deux amis d'Estebe, je commence à trouver cela moins drôle.
La partouze se met en branle. Elle est sauvage, brutale, sans concession pour les culs habitués à être pénétrés des uns et des autres.
Estebe me prend debout, avec une douceur qui contraste avec la bestialité des autres. Nous inversons les rôles. Plusieurs fois. Entre deux possessions anales, nous nous suçons et nous caressons encore. Mais je sens bien que mon complice a envie d'une intensité plus forte.
Je tente de lui faire comprendre que le mélange de sensualité et de sexualité sans concession me va parfaitement. Il me suggère quelque chose de plus épicé en me désignant de la tête un trio qui s'encule sur le côté.
Je blêmis. Je vois le plus frêle de la bande se prendre deux bites d'un coup dans son conduit écartelé. L'enculé éructe, souffle comme un bœuf, grimace. Mais il se laisse doublement enculer.
Estebe me glisse à l'oreille, sa queue toute enfoncée entre mes fesses, que lui ainsi qu'un autre frisé brun, aiment le fist-fucking et que les deux plus âgés adorent leur faire cela.
J'ai un haut le cœur. Comment lui dire que je déteste cela ?
La réponse vient toute seule quand, alors qu'Estebe me lime délicatement, nos corps emmêlés font un bond en avant : l'un des gars vient de prendre d'un coup le cul de mon partenaire et le mitraille de coups de boutoir.
C'en est trop pour moi. Je décule d'autant plus facilement qu'Estebe, tout à sa résistance face à l'assaut ne me tient plus.
Je m'écarte. Je vais boire un long verre d'eau gazeuse. Je mange un morceau, accompagné par le son des puissantes copulations, mais sans me retourner pour les regarder.
J'ai trop en mémoire le souvenir de nos ébats de groupe au manoir où dans notre abri, nos belles chairs charnues, nos peaux en sueur, nos visages extatiques, pour apprécier la bestialité de ce qui se déroule derrière moi.
Estebe finit par me rejoindre. Il a l'air autant réjoui qu'embêté. Il m'enlace dans le dos. Je me retourne vers lui. Nous nous embrassons. Je palpe son fessier. Je sens l'abondant sperme qui sort de ses fesses. Curieusement, je trouve cela indigne.
Pourquoi ?
Quand mon fondement coulait des semences accumulées de mes ardents, je trouvais cela merveilleux. Quand je remplissais le superbe fessier de Manu, c'était tendrement beau. Tout comme tous les petits culs des autres féaux dégoulinant du sperme de leurs féaux, cela me réjouissait.
Mais là, alors que l'orgie ne faiblissais pas, je ne peux pas.
Estebe le sens, le lit dans mon regard. Il m'embrasse et me dit doucement :
– Je sais ce que tu ressens. Après tout ce que nous avons vécu au manoir… Je suis un peu comme toi… Mais je suis aussi assez animal dans mes pratiques sexuelles… Je me demandais si Charles allait me guérir de cela. Je l'ai cru au début. Mais, tu vois, je suis retombé dedans. Moi aussi…
– Je ne veux pas tout savoir ! l'interromps-je. Je ne juge personne. C'est juste que ce n'est pas mon truc. Je vais vous laisser. Je suis content de t'avoir revu. Content de t'avoir sucé. Content de t'avoir enculé et d'avoir pris ta belle bite de fanfaron. Mais je vais partir. Merci pour tout, tu as été un frère pour moi.
– N'exagère pas, mon ami ! Reste dormir. Tu reprendras la route demain matin.
– Peux-tu me garantir qu'aucun de ces gars ne viendra dans ma chambre au cours de la nuit pour me baiser ?
– Euh… Non. Tu les excite tous. Ils ont tous envie de te mettre ou de prendre ta merveilleuse queue. Tu as raison. C'est déjà arrivé. Ils sont bien chauds. Ils ne sauront pas se retenir. Surtout que tu n'es pas farouche et qu'ils nous ont vu baiser ensemble.
– Oui, mais je n'ai pas envie de baiser avec eux. Avec toi, oui. Mais pas eux.
– Désolé, cette soirée c'était une mauvaise idée.
– Non. C'était ton idée. Tu en avais envie. C'est bien pour toi… Ce n'est pas grave. Je prends une douche et j'y vais.
– Va dans la salle du bain au premier étage et file par devant sans nous dire aurevoir. Je ne garantis pas leur réaction.
– C'est impoli.
– Ils baisent. Ils s'en foutent de la politesse. Et moi je te suis infiniment reconnaissant d'être venu me voir. On reste en contact ?
– Bien sûr, réponds-je sans en croire un mot.
Dix minutes plus tard je retrouve ma voiture et je prends la route. Je m'arrête deux heures plus tard sur une aire d'autoroute et me couche sur la banquette arrière. C'est inconfortable. Je m'en moque. Ce sont les risques du métier de queutard. Je n'ai aucun regret.
Trois semaines plus tard c'est Karim qui vient me rejoindre pour un weekend de folle tendresse. Tout est sensualité entre nous. Je ne le lui dis pas, mais je n'ai pas eu de relation sexuelle depuis Estebe. Je suis en manque grave. Et paradoxalement je n'ai aucune envie de m'envoyer en l'air avec un inconnu.
Avec Karim c'est différent. Il est à la fois plus sec et aussi sensuel que Manu. Nous passons quasiment les deux jours à jouir de nos corps insatiables. Le bonheur que nous éprouvons à sodomiser l'autre est ineffable. Nous ne cessons de nous raconter des anecdotes de féal. Nous nous rappelons les moments les plus forts de notre séjour chez Charles, nos craintes, nos pleurs, nos extases, nos exaltations, nos désirs exprimés ou refoulés.
L'un comme l'autre nous concluons que cela a été une épreuve d'avoir été désigné féal, mais que, peu à peu, cela a été un bonheur absolu. Nous partageons une même reconnaissance envers les organisateurs de cette semaine, envers nos ardents qui ont su si bien nous baiser et, au final, en se laissant dominer par nous. Car nous sommes conscients que nous avons rapidement été les maîtres du jeu lubrique, donnant le style et le tempo à nos ébats sexuels.
Nous nous quittons ravis de cette douce parenthèse dans nos vies, ravis d'avoir pu nous confier l'un à l'autre tant de choses si intimes, des choses qu'on n'ose même pas dire à son amoureux. Mais nous sommes des frères d'arme, nous avons le même vécu, et cela nous a fait grandir en tant qu'hommes.
La dernière question de Karim en nous quittant après notre ultime tendre baiser me laisse songeur :
– Au fait, as-tu revu Ludo ?
– Non, pourquoi ?
– Ah bon ? J'étais pourtant certain que… Vous deux… Allez, salut mon frère !
Je ressens un immense vide après le départ de mon camarade féal. Certes je suis physiquement fatigué. Certes j'ai les couilles archi-vides. Certes nous avons passé un merveilleux moment ensemble. Mais c'est sa remarque au sujet de Ludo et de moi qui tourne en boucle dans ma tête. « Ah bon ? J'étais pourtant certain que… ». Que quoi ? Que lui et moi ? Une évidence ?
Dans la nuit je me frotte longuement sur mon matelas, comme quand j'étais ado, libérant péniblement une goutte de sperme qui tâche à peine le drap après une courte extase. Mes rêves sont un patchwork d'images de bras puissants qui me soutiennent, de poils abondants, de regard tendre du quinqua, de cuisses et de fesses musclées, d'un phallus étincelant qui me fait baver d'envie, d'un torse, humm, ce torse !
Parce qu'il n'y a pas de hasard dans la vie, Thierry (à qui j'ai pensé plus d'une fois lors de mes masturbations) m'appelle.
Nous sommes heureux de nous donner des nouvelles les uns des autres. Il m'apprend qu'il est quasiment en couple avec Yves. Rares sont les nuits qu'ils ne passent pas ensemble. Je suis ravi pour eux deux.
Il m'informe également que Fred a trouvé un petit copain. Un plus jeune que lui, hétéro, qu'il voyait souvent en rêvant de lui. Cette fois, au retour de son séjour chez Charles, il a eu le courage de lui révéler qu'il est gay et qu'il est très attiré par lui.
Le jeune ne s'est pas offusqué de cette révélation. Il lui a dit qu'il savait bien qu'il est gay. Et qu'il lui semblait évident qu'il en pinçait pour lui. Lorsqu'ils s'étaient quittés, le jeune lui avait timidement caressé la main en lui disant que ça ne faisait rien et qu'il serait heureux de le revoir.
On a beau se croire hétéro, quand on est pris dans les filets de l'amour, seuls les sentiments comptent. Ils s'étaient vus de plus en plus souvent. Le jeune l'avait interrogé sur la sexualité entre hommes. Il avait exprimé ses craintes face à la fellation et à la sodomie. Fred l'avait rassuré comme il le pouvait, ne cachant rien, ne brusquant rien.
Et puis après quelques semaines de flirt, le jeune l'avait invité pour un weekend. Il avait réservé une chambre d'hôtel avec un seul lit, double. Ila avait demandé avec beaucoup de pudeur d'y aller en douceur avec lui. Fred avait promis. Ils avaient pris une douche ensemble, d'abord sans se toucher. Les deux bandaient. Quelques légers effleurements. Quelques timides sourires. Ils étaient partis se promener. Au retour ils s'étaient rapidement déshabillés et avaient repris une douche commune. Le novice lui avait demandé de le laver. Fred avait été très doux, progressif, patient. Ils étaient devenus amants.
Jusqu'à quel point ? Thierry l'ignorait. Mais ils vivaient maintenant ensemble, semblant totalement amoureux.
J'ai un pincement au cœur devant cette confidence. Fred me plait. J'ai passé de délicieux moments avec lui. Je tâche de faire refluer cette légère jalousie pour me réjouir pour mon ardent complice.
Et Thierry me fait raconter mes dernières aventures sexuelles.
– Attends, m'interrompt-il quand j'ai fini de lui parler de Manu, d'Estebe et de Karim, tu veux dire que tu n'as pas revu Ludo ?
– Ben non, pourquoi ? Qu'est-ce que vous avez tous avec Ludo ?
– Pourquoi ? Mais tu es aveugle mon ami ! Serais-tu le seul à ne pas réaliser que tu es aussi attiré par lui que lui par toi ? Et, pour être franc, quand je dis « attiré », je pense « amoureux » !
– Tu déconnes ? Tu te fous de moi ?
– Je crois que c'est plutôt toi qui te moques de toi-même ! Enfin ! Vous deux, c'est une évidence !
– Il ne m'a jamais recontacté !
– Et il ne le fera jamais. C'est un doux, un sentimental. Mais il a le double de ton âge ! Jamais il n'osera faire le premier pas ! C'est à toi d'y aller ! Vas-y mon ami : fonce ! Il n'attend que toi ! Et je suis certain qu'en ce moment il déprime en rêvant de toi et en refoulant sa déception que tu ne l'as pas appelé !
Cela faisait un moment que j'avais ôté le bas en discutant au téléphone avec Thierry et que je me caressais doucement. Une fois raccroché, ma masturbation devient plus active. Et c'est la vision du corps puissant de Ludo qui guide ma main, mon bassin qui se soulève, mon anus qui frétille, mes lèvres humectées par le bout de ma langue en rêvant de le sucer.
Dans les jours qui suivent ma libido décuple. A nouveau je dois me masturber plusieurs fois par jour. A chaque fois devant des pornos gays avec des bears qui copulent comme des bêtes.
Cela me frustre autant que cela m'excite. Ce n'est pas son corps que je vois. Ludo n'est certainement pas bestial au lit. Je suis certain de sa tendresse, de sa délicatesse, de son élégance copulatoire.
Le jeudi soir j'éjacule deux fois à une heure d'intervalle. Et je bande encore. Je réalise que ça ne peut plus durer.
J'attrape la feuille avec les coordonnées de chacun. J'ai le numéro de Ludo sous les yeux. Dix fois je veux composer le numéro sur mon téléphone. Dix fois je n'ose pas. Que lui dire ?
Cela fait près de deux mois que nous nous sommes quittés et je ne l'ai pas contacté. Je suis nul. Je sais que mes amis ont raison : j'en pince vraiment pour cet homme, ce mâle, cette virilité réincarnée en un homme tendre et respectueux.
Je regarde son adresse. Trois heures de route. Et si…
Ma nuit est un enfer de craintes et d'excitations mélangées. Il est cinq heures quand je constate que je n'arrive plus à dormir. Je me lève. Je me campe devant mon grand miroir. Je suis en complète érection, décalotté. Comme s'il était là, devant moi, je lui demande :
– Alors ? Veux-tu vraiment de moi ? Moi, le trou à bites que tu as vu cent fois se faire ramoner le cul ? Que suis-je pour toi ? Une distraction ?
Non. Tout cela n'est qu'un fantasme. Allez, passons à autre chose. Je me sers un café. Je tourne en rond dans mon appartement. Mes yeux tombent sur mon carton à dessin. Je me sens irrésistiblement attiré. Je l'ouvre.
Depuis mon retour à une vie normale, moins intense sexuellement, je n'ai pas cessé de dessiner. Chaque jour ou presque, sans vraiment y réfléchir, j'ai exprimé ma frustration existentielle en dessinant des hommes nus. Cela a toujours été pour moi une manière d'évacuer, de canaliser le désir.
Je regarde ce que j'ai dessiné. Et très vite je prends conscience de l'évidence : les trois-quarts de mes dessins représentent Ludo, son corps viril, poilu, musclé. Avec ou sans visage. Je rebalaye plusieurs fois les dizaines de dessins. Comment ai-je pu ne pas me rendre compte que c'était lui que je dessinais le plus ?
Cette fois je mouille de la queue. Je tache un dessin. J'éclate de rire. J'étale mon pré-sperme sur les traits de fusain. Le résultat est improbable. Mais ce qui a produit la tache est évident. J'en suis ravi. Cela produit un effet érotique certain.
Je me dis que je vais pousser l'idée en étalant du pré-sperme sur mes dessins, voir du sperme complet en éjaculant dessus. En attendant, j'ai à faire !
Je remplis un sac de vêtements. Je m'habille. Je prends mon petit déjeuner, plein d'espoir.
Il fait encore complètement nuit quand je prends la route. Je file. Je fonce retrouver mon Ludo. Comment va-t-il réagir en me voyant surgir brusquement chez lui ? Trouverais-je un autre homme chez lui ?
Non. Au plus profond de moi (et j'espère qu'il ira souvent au plus profond de moi…) je sens bien qu'il m'attend, qu'il m'espère.
Je veux ressentir plus fermement encore les membres de mes ardents en moi. Je suis servi ! Chaque pénétration me rempli autant l'orifice que mon être entier qui veut graver dans le marbre chaque sensation. Ne jamais oublier nos impudicités, nos fornications forcenées, nos gestes indécents, nos regards paillards !
Je veux sentir l'odeur de chacun pour qu'elle imprègne ma peau, la saveur de chacun pour qu'elle exalte mes papilles, la douceur de chaque épiderme pour qu'elle fortifie mon besoin de sensualité.
Le dernier rassemblement. Nous sommes nus pour la dernière fois, le corps luisant des conclusions de nos cabrioles, les couilles plus petites, plus pendantes, plus sèches, plus vides que jamais.
Nous nous prenons dans les bras les uns les autres. Il ne vient à personne l'idée de cacher sa tristesse. Des larmes coulent. Des nez reniflent. Des yeux sont rouges.
Derniers gestes tendres. Dernières promesses de retrouvailles. Je reste un très long moment dans les bras de Ludo, pleurant franchement, consolé par sa pilosité rassurante autant que par ses caresses délicates.
Nous avons tous les coordonnées de chacun. Charles nous fait un bref discours de remerciements, de félicitations, de promesses de pratiques sexuelles à la fois plus tendres et plus intenses. Sa gorge se noue. Il n'est plus en capacité de faire un long discours. La parenthèse enchanteresse se referme douloureusement pour lui aussi. Comment peut-il subir cette intense émotion chaque année ?
Une dernière douche. Des dernières caresses. Des derniers baisers virils. Enfiler des vêtements est une terrible épreuve !
Je sens que je vais craquer. Comme d'autres, je décide d'écourter les adieux et je fonce dans ma voiture. Quitter le paradis mâle !
Je roule en mode automate lors des premiers kilomètres. Je finis par m'arrêter dans un chemin : je suis devenu un danger public ! Et là je pleure, comme jamais je n'ai pleuré. Toutes les larmes de mon corps s'échappent pour tremper mes vêtements, le siège de mon auto.
Je mets un très long moment avant de pouvoir quitter l'habitacle et marcher un peu. Un peu… C'est mon objectif au départ. Mais le chemin se transforme en sentier et s'enfonce dans une nature sombre, étroite, colorée. Pourquoi cette image, là devant moi, me fait penser à un cul que je m'empresse de pénétrer avec vélocité ?
Je ne retourne à ma voiture qu'au bout d'une heure et demi. Je suis claqué. Je suis soulagé. Mille images lubriques ont pénétré mon cerveau. Mille images de beautés anatomiques masculines ont apaisé mon cœur, réconforté mon âme. Merci Charles ! Merci mes ardents ! Merci Ludo !
A un moment j'ai hurlé, seul dans la nature luxuriante. Un cri du cœur. Un cri libérateur. Un cri incompréhensible pour quiconque ne sait pas de quel paradis gay je sors :
— Merci de m'avoir choisi comme féal !!!!!
J'ai éclaté de rire. J'ai répété dix fois, vingt fois cette phrase. J'ai sauté et dansé sur place. Si quelqu'un m'a vu, il a dû me prendre pour un fou.
Que m'importe : je suis conscient qu'en tant que féal j'ai eu la meilleure part.
Ma reconnaissance envers Charles et ses acolytes n'en est que plus forte !
C'est serein, avec néanmoins le besoin d'avoir le cul comblé par une bonne bite, que je poursuis ma route, que je file vers la vraie vie.
Un court moment en famille. Ma mère me regarde d'un drôle d'air. Elle me le dit. Elle me trouve plus attentionné envers les membres de ma famille, plus doux, plus à l'écoute.
Quand elle me demande avec un petit air coquin si je suis amoureux je lui réponds, surpris, que je ne crois pas. Mais qu'en sais-je en fait ? J'ai vraiment besoin de faire le point, de me retrouver. Ce ne sera pas pour tout de suite…
Une semaine complète avec Manu. Nous avons copulé comme des lapins plusieurs fois par jour. Si au départ c'est moi qui l'ai sodomisé de toutes les manières possibles, nous avons par la suite équilibré les rôles. Après avoir été le féal de tout un groupe de beaux mâles, j'ai maintenant besoin de prendre un cul, un magnifique cul, l'adorable cul du sensuel Manu.
Ses sodomies sont toujours aussi tendres et suaves. Je lui suis très reconnaissant de son comportement pendant cette délicieuse semaine. En réponse, je suis également d'une naturelle sensualité avec lui. Le coït entre nous est véloce, mais ce qui domine dans nos ébats est la tendresse dont nous avons autant besoin l'un que l'autre.
Cette semaine passe comme un rêve éveillé entre baignades, sport et fornications. Pourtant elle ne me comble pas. Nous avons certes une grande affection l'un pour l'autre. Mais pas de sentiment. Au fil des jours l'évidence apparait pour lui comme pour moi : nous sommes séduits l'un par l'autre, mais nous ne sommes pas amoureux.
Réduire notre relation à de la fornication permanente n'a aucun sens. Nous nous quittons sans regret, même si une once de tristesse est présente. Nous savons tous deux que notre histoire se termine là. Peut-être nous reverrons-nous et nous jetterons-nous l'un sur l'autre pour partager un intense plaisir, mais ce ne sera que de la baise. De la bonne baise, c'est déjà pas mal, mais uniquement de la baise.
Je quitte Manu un jour plus tôt que prévu. Un coup de fil et le rendez-vous est pris : je fais un crochet pour aller retrouver Estebe.
Nos retrouvailles sont onctueuses. Nous nous embrassons longuement, tendrement, savoureusement. Chacun de nous s'agenouille devant l'autre et le suce suavement. C'est en mode pacha que nous nous offrons une savoureuse éjaculation en bouche, l'un après l'autre.
Je fais remarquer à mon comparse qui garde longuement mon sperme en bouche qu'il devient subitement moins bavard, moins bravache. Il roucoule, il se marre, mais il prend son temps pour déguster ma semence. Le long baiser que nous partageons ensuite est une merveille du genre : nos yeux se disent tout le plaisir ressenti à être ensemble.
Après une après-midi amicale à me faire découvrir sa ville, il m'annonce qu'il me réserve une surprise pour la soirée. Le connaissant, je n'ai aucun doute sur son caractère sexuel.
Effectivement, nous rejoignons quatre autres gars dans une villa avec piscine. Tous à poil en un rien de temps, nous batifolons joyeusement tous ensemble jusqu'à la nuit tombée, laissant nos mains baladeuses se réjouir des chairs palpées.
C'est avec la queue raide que nous dinons avec un bien plus fort appétit de fellation que de nourriture. Jusque-là, la soirée est amusante. Elle ressemble, en extérieur, à ce que j'ai déjà connu dans le passé. Mais quand deux autres hommes, plus âgés, nous rejoignent et commencent à pénétrer sans ménagement le cul soumis de deux amis d'Estebe, je commence à trouver cela moins drôle.
La partouze se met en branle. Elle est sauvage, brutale, sans concession pour les culs habitués à être pénétrés des uns et des autres.
Estebe me prend debout, avec une douceur qui contraste avec la bestialité des autres. Nous inversons les rôles. Plusieurs fois. Entre deux possessions anales, nous nous suçons et nous caressons encore. Mais je sens bien que mon complice a envie d'une intensité plus forte.
Je tente de lui faire comprendre que le mélange de sensualité et de sexualité sans concession me va parfaitement. Il me suggère quelque chose de plus épicé en me désignant de la tête un trio qui s'encule sur le côté.
Je blêmis. Je vois le plus frêle de la bande se prendre deux bites d'un coup dans son conduit écartelé. L'enculé éructe, souffle comme un bœuf, grimace. Mais il se laisse doublement enculer.
Estebe me glisse à l'oreille, sa queue toute enfoncée entre mes fesses, que lui ainsi qu'un autre frisé brun, aiment le fist-fucking et que les deux plus âgés adorent leur faire cela.
J'ai un haut le cœur. Comment lui dire que je déteste cela ?
La réponse vient toute seule quand, alors qu'Estebe me lime délicatement, nos corps emmêlés font un bond en avant : l'un des gars vient de prendre d'un coup le cul de mon partenaire et le mitraille de coups de boutoir.
C'en est trop pour moi. Je décule d'autant plus facilement qu'Estebe, tout à sa résistance face à l'assaut ne me tient plus.
Je m'écarte. Je vais boire un long verre d'eau gazeuse. Je mange un morceau, accompagné par le son des puissantes copulations, mais sans me retourner pour les regarder.
J'ai trop en mémoire le souvenir de nos ébats de groupe au manoir où dans notre abri, nos belles chairs charnues, nos peaux en sueur, nos visages extatiques, pour apprécier la bestialité de ce qui se déroule derrière moi.
Estebe finit par me rejoindre. Il a l'air autant réjoui qu'embêté. Il m'enlace dans le dos. Je me retourne vers lui. Nous nous embrassons. Je palpe son fessier. Je sens l'abondant sperme qui sort de ses fesses. Curieusement, je trouve cela indigne.
Pourquoi ?
Quand mon fondement coulait des semences accumulées de mes ardents, je trouvais cela merveilleux. Quand je remplissais le superbe fessier de Manu, c'était tendrement beau. Tout comme tous les petits culs des autres féaux dégoulinant du sperme de leurs féaux, cela me réjouissait.
Mais là, alors que l'orgie ne faiblissais pas, je ne peux pas.
Estebe le sens, le lit dans mon regard. Il m'embrasse et me dit doucement :
– Je sais ce que tu ressens. Après tout ce que nous avons vécu au manoir… Je suis un peu comme toi… Mais je suis aussi assez animal dans mes pratiques sexuelles… Je me demandais si Charles allait me guérir de cela. Je l'ai cru au début. Mais, tu vois, je suis retombé dedans. Moi aussi…
– Je ne veux pas tout savoir ! l'interromps-je. Je ne juge personne. C'est juste que ce n'est pas mon truc. Je vais vous laisser. Je suis content de t'avoir revu. Content de t'avoir sucé. Content de t'avoir enculé et d'avoir pris ta belle bite de fanfaron. Mais je vais partir. Merci pour tout, tu as été un frère pour moi.
– N'exagère pas, mon ami ! Reste dormir. Tu reprendras la route demain matin.
– Peux-tu me garantir qu'aucun de ces gars ne viendra dans ma chambre au cours de la nuit pour me baiser ?
– Euh… Non. Tu les excite tous. Ils ont tous envie de te mettre ou de prendre ta merveilleuse queue. Tu as raison. C'est déjà arrivé. Ils sont bien chauds. Ils ne sauront pas se retenir. Surtout que tu n'es pas farouche et qu'ils nous ont vu baiser ensemble.
– Oui, mais je n'ai pas envie de baiser avec eux. Avec toi, oui. Mais pas eux.
– Désolé, cette soirée c'était une mauvaise idée.
– Non. C'était ton idée. Tu en avais envie. C'est bien pour toi… Ce n'est pas grave. Je prends une douche et j'y vais.
– Va dans la salle du bain au premier étage et file par devant sans nous dire aurevoir. Je ne garantis pas leur réaction.
– C'est impoli.
– Ils baisent. Ils s'en foutent de la politesse. Et moi je te suis infiniment reconnaissant d'être venu me voir. On reste en contact ?
– Bien sûr, réponds-je sans en croire un mot.
Dix minutes plus tard je retrouve ma voiture et je prends la route. Je m'arrête deux heures plus tard sur une aire d'autoroute et me couche sur la banquette arrière. C'est inconfortable. Je m'en moque. Ce sont les risques du métier de queutard. Je n'ai aucun regret.
Trois semaines plus tard c'est Karim qui vient me rejoindre pour un weekend de folle tendresse. Tout est sensualité entre nous. Je ne le lui dis pas, mais je n'ai pas eu de relation sexuelle depuis Estebe. Je suis en manque grave. Et paradoxalement je n'ai aucune envie de m'envoyer en l'air avec un inconnu.
Avec Karim c'est différent. Il est à la fois plus sec et aussi sensuel que Manu. Nous passons quasiment les deux jours à jouir de nos corps insatiables. Le bonheur que nous éprouvons à sodomiser l'autre est ineffable. Nous ne cessons de nous raconter des anecdotes de féal. Nous nous rappelons les moments les plus forts de notre séjour chez Charles, nos craintes, nos pleurs, nos extases, nos exaltations, nos désirs exprimés ou refoulés.
L'un comme l'autre nous concluons que cela a été une épreuve d'avoir été désigné féal, mais que, peu à peu, cela a été un bonheur absolu. Nous partageons une même reconnaissance envers les organisateurs de cette semaine, envers nos ardents qui ont su si bien nous baiser et, au final, en se laissant dominer par nous. Car nous sommes conscients que nous avons rapidement été les maîtres du jeu lubrique, donnant le style et le tempo à nos ébats sexuels.
Nous nous quittons ravis de cette douce parenthèse dans nos vies, ravis d'avoir pu nous confier l'un à l'autre tant de choses si intimes, des choses qu'on n'ose même pas dire à son amoureux. Mais nous sommes des frères d'arme, nous avons le même vécu, et cela nous a fait grandir en tant qu'hommes.
La dernière question de Karim en nous quittant après notre ultime tendre baiser me laisse songeur :
– Au fait, as-tu revu Ludo ?
– Non, pourquoi ?
– Ah bon ? J'étais pourtant certain que… Vous deux… Allez, salut mon frère !
Je ressens un immense vide après le départ de mon camarade féal. Certes je suis physiquement fatigué. Certes j'ai les couilles archi-vides. Certes nous avons passé un merveilleux moment ensemble. Mais c'est sa remarque au sujet de Ludo et de moi qui tourne en boucle dans ma tête. « Ah bon ? J'étais pourtant certain que… ». Que quoi ? Que lui et moi ? Une évidence ?
Dans la nuit je me frotte longuement sur mon matelas, comme quand j'étais ado, libérant péniblement une goutte de sperme qui tâche à peine le drap après une courte extase. Mes rêves sont un patchwork d'images de bras puissants qui me soutiennent, de poils abondants, de regard tendre du quinqua, de cuisses et de fesses musclées, d'un phallus étincelant qui me fait baver d'envie, d'un torse, humm, ce torse !
Parce qu'il n'y a pas de hasard dans la vie, Thierry (à qui j'ai pensé plus d'une fois lors de mes masturbations) m'appelle.
Nous sommes heureux de nous donner des nouvelles les uns des autres. Il m'apprend qu'il est quasiment en couple avec Yves. Rares sont les nuits qu'ils ne passent pas ensemble. Je suis ravi pour eux deux.
Il m'informe également que Fred a trouvé un petit copain. Un plus jeune que lui, hétéro, qu'il voyait souvent en rêvant de lui. Cette fois, au retour de son séjour chez Charles, il a eu le courage de lui révéler qu'il est gay et qu'il est très attiré par lui.
Le jeune ne s'est pas offusqué de cette révélation. Il lui a dit qu'il savait bien qu'il est gay. Et qu'il lui semblait évident qu'il en pinçait pour lui. Lorsqu'ils s'étaient quittés, le jeune lui avait timidement caressé la main en lui disant que ça ne faisait rien et qu'il serait heureux de le revoir.
On a beau se croire hétéro, quand on est pris dans les filets de l'amour, seuls les sentiments comptent. Ils s'étaient vus de plus en plus souvent. Le jeune l'avait interrogé sur la sexualité entre hommes. Il avait exprimé ses craintes face à la fellation et à la sodomie. Fred l'avait rassuré comme il le pouvait, ne cachant rien, ne brusquant rien.
Et puis après quelques semaines de flirt, le jeune l'avait invité pour un weekend. Il avait réservé une chambre d'hôtel avec un seul lit, double. Ila avait demandé avec beaucoup de pudeur d'y aller en douceur avec lui. Fred avait promis. Ils avaient pris une douche ensemble, d'abord sans se toucher. Les deux bandaient. Quelques légers effleurements. Quelques timides sourires. Ils étaient partis se promener. Au retour ils s'étaient rapidement déshabillés et avaient repris une douche commune. Le novice lui avait demandé de le laver. Fred avait été très doux, progressif, patient. Ils étaient devenus amants.
Jusqu'à quel point ? Thierry l'ignorait. Mais ils vivaient maintenant ensemble, semblant totalement amoureux.
J'ai un pincement au cœur devant cette confidence. Fred me plait. J'ai passé de délicieux moments avec lui. Je tâche de faire refluer cette légère jalousie pour me réjouir pour mon ardent complice.
Et Thierry me fait raconter mes dernières aventures sexuelles.
– Attends, m'interrompt-il quand j'ai fini de lui parler de Manu, d'Estebe et de Karim, tu veux dire que tu n'as pas revu Ludo ?
– Ben non, pourquoi ? Qu'est-ce que vous avez tous avec Ludo ?
– Pourquoi ? Mais tu es aveugle mon ami ! Serais-tu le seul à ne pas réaliser que tu es aussi attiré par lui que lui par toi ? Et, pour être franc, quand je dis « attiré », je pense « amoureux » !
– Tu déconnes ? Tu te fous de moi ?
– Je crois que c'est plutôt toi qui te moques de toi-même ! Enfin ! Vous deux, c'est une évidence !
– Il ne m'a jamais recontacté !
– Et il ne le fera jamais. C'est un doux, un sentimental. Mais il a le double de ton âge ! Jamais il n'osera faire le premier pas ! C'est à toi d'y aller ! Vas-y mon ami : fonce ! Il n'attend que toi ! Et je suis certain qu'en ce moment il déprime en rêvant de toi et en refoulant sa déception que tu ne l'as pas appelé !
Cela faisait un moment que j'avais ôté le bas en discutant au téléphone avec Thierry et que je me caressais doucement. Une fois raccroché, ma masturbation devient plus active. Et c'est la vision du corps puissant de Ludo qui guide ma main, mon bassin qui se soulève, mon anus qui frétille, mes lèvres humectées par le bout de ma langue en rêvant de le sucer.
Dans les jours qui suivent ma libido décuple. A nouveau je dois me masturber plusieurs fois par jour. A chaque fois devant des pornos gays avec des bears qui copulent comme des bêtes.
Cela me frustre autant que cela m'excite. Ce n'est pas son corps que je vois. Ludo n'est certainement pas bestial au lit. Je suis certain de sa tendresse, de sa délicatesse, de son élégance copulatoire.
Le jeudi soir j'éjacule deux fois à une heure d'intervalle. Et je bande encore. Je réalise que ça ne peut plus durer.
J'attrape la feuille avec les coordonnées de chacun. J'ai le numéro de Ludo sous les yeux. Dix fois je veux composer le numéro sur mon téléphone. Dix fois je n'ose pas. Que lui dire ?
Cela fait près de deux mois que nous nous sommes quittés et je ne l'ai pas contacté. Je suis nul. Je sais que mes amis ont raison : j'en pince vraiment pour cet homme, ce mâle, cette virilité réincarnée en un homme tendre et respectueux.
Je regarde son adresse. Trois heures de route. Et si…
Ma nuit est un enfer de craintes et d'excitations mélangées. Il est cinq heures quand je constate que je n'arrive plus à dormir. Je me lève. Je me campe devant mon grand miroir. Je suis en complète érection, décalotté. Comme s'il était là, devant moi, je lui demande :
– Alors ? Veux-tu vraiment de moi ? Moi, le trou à bites que tu as vu cent fois se faire ramoner le cul ? Que suis-je pour toi ? Une distraction ?
Non. Tout cela n'est qu'un fantasme. Allez, passons à autre chose. Je me sers un café. Je tourne en rond dans mon appartement. Mes yeux tombent sur mon carton à dessin. Je me sens irrésistiblement attiré. Je l'ouvre.
Depuis mon retour à une vie normale, moins intense sexuellement, je n'ai pas cessé de dessiner. Chaque jour ou presque, sans vraiment y réfléchir, j'ai exprimé ma frustration existentielle en dessinant des hommes nus. Cela a toujours été pour moi une manière d'évacuer, de canaliser le désir.
Je regarde ce que j'ai dessiné. Et très vite je prends conscience de l'évidence : les trois-quarts de mes dessins représentent Ludo, son corps viril, poilu, musclé. Avec ou sans visage. Je rebalaye plusieurs fois les dizaines de dessins. Comment ai-je pu ne pas me rendre compte que c'était lui que je dessinais le plus ?
Cette fois je mouille de la queue. Je tache un dessin. J'éclate de rire. J'étale mon pré-sperme sur les traits de fusain. Le résultat est improbable. Mais ce qui a produit la tache est évident. J'en suis ravi. Cela produit un effet érotique certain.
Je me dis que je vais pousser l'idée en étalant du pré-sperme sur mes dessins, voir du sperme complet en éjaculant dessus. En attendant, j'ai à faire !
Je remplis un sac de vêtements. Je m'habille. Je prends mon petit déjeuner, plein d'espoir.
Il fait encore complètement nuit quand je prends la route. Je file. Je fonce retrouver mon Ludo. Comment va-t-il réagir en me voyant surgir brusquement chez lui ? Trouverais-je un autre homme chez lui ?
Non. Au plus profond de moi (et j'espère qu'il ira souvent au plus profond de moi…) je sens bien qu'il m'attend, qu'il m'espère.
à suivre...
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