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✦ Etrenu D'autres que nous XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

D'autres que nous — Chapitre 3

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Etrenu
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D'autres que nous

Chapitre 3

3- 15 août. 00h06
– Les militaires… C'est compliqué comme métier pour la vie de couple ! dit-elle.
– Oh que oui ! Pendant plus d'un an il venait me rejoindre à la moindre permission. Nous passions ces heures intensément au lit, toujours nus, à copuler comme des fous. Nous faisions un peu de sport ensemble. Cela lui permettait de déguster ma sueur. Il était fou de mon odeur quand j'étais en nage ! J'adorais le contempler quand sa peau cuivrée luisait de tous ses muscles !
J'ai calé mon emploi du temps sur le sien, ce qui n'était pas souvent simple. Nous avons passé dix jours de vacances ensemble en Grèce, dans un club gay, ce qui nous permettait d'être presque tout le temps nus, de n'avoir aucun scrupule à déambuler dans le plus simple appareil au milieu de garçons sans rien sur eux, de nous rouler des pelles en public, de ne pas craindre de bander l'un devant l'autre, l'un par l'autre, nos mains étant aimantées par le corps aimé.
On nous a dix fois proposé des parties de jambes en l'air en groupe. Si nous avons parfois été spectateurs, jamais nous ne nous sommes mêlés aux corps emmêlés. Nous n'en avions aucune envie. Et quand l'excitation était trop forte nous nous retrouvions dans notre chambre ou dans un coin tranquille la nuit pour nous donner du plaisir.
Notre complicité n'était pas que physique et sexuelle. Nous nous trouvions de nombreux points communs intellectuels, artistiques, sportifs. Nous nous lancions parfois dans des débats épiques qui nous entrainaient parfois loin, mais toujours nus ou presque, le regard et les mains tendres.
Ses retours à la caserne étaient à chaque fois plus douloureux. Il a pensé à un moment démissionner de l'armée. Je l'ai convaincu de n'en rien faire. L'armée était sa vie. Ses hommes étaient tout pour lui. Il était fait pour cela, et pour rien d'autre. Un merveilleux officier, proche de ses soldats, d'une perspicacité donc d'une efficacité rare. Il se savait d'ailleurs appelé aux plus hauts grades de l'armée.
Alors un jour nous avons décidé d'emménager ensemble. J'ai trouvé cet appartement, là. Vous en sortiez. Vous nous avez fait de la peine tant vous sembliez triste. Et vous avez compris que l'homme qui m'aidait à porter mes cartons était mon homme, pas un simple camarade solidaire.
– Vous vous dévoriez du regard !
– Et si tôt les cartons montés, nous nous sommes dévorés physiquement, pas que du regard ! Nous nous sommes donnés l'un à l'autre comme des fous. Plusieurs fois par jour. Qu'est-ce que nous avons joui sous ces fenêtres ! Insatiables ! Autant l'un que l'autre. Je ne pouvais pas me passer de son corps. Il ne pouvait pas se passer du mien. Nous ne cessions d'alterner les rôles. Nous avons baisé dans les positions les plus improbables, riant et dégustant, heureux de nous ouvrir à l'autre, fiers de se faire couiner de plaisir. Combien de litres de sperme, que dis-je, d'hectolitres de sperme, avons-nous éjaculé l'un sur l'autre, l'un dans l'autre ?
Nous sommes restés ainsi près de deux ans d'un amour parfait autant affectivement que sexuellement ou intellectuellement. Bien que notre relation soit restée cachée aux yeux de sa famille, très traditionnelle. L'appartement était autant son adresse officielle que la mienne. Deux fois il a reçu des membres de sa famille et j'ai dû m'absenter après avoir caché tout ce qui pouvait nous trahir.
– C'est nul !
– C'est la France tradi ! Celle qui fournit encore des prêtres et des militaires. Oui, nous le savions bien, c'était nul. Mais nous ne savions pas trop comment en sortir. La vie en a décidé autrement.
– Aïe ! La fin de l'histoire. Je devine le drame.
– Le drame, oui. Fred a été appelé pour l'opération Barkhane au Mali. Il devait maintenir la paix. Il ne cessait de me rassurer en me disant qu'il n'était pas en première ligne… Au début cela s'est bien passé. Et puis…
– Vous n'êtes pas obligé de me raconter cela. Si c'est trop douloureux… Je comprendrais parfaitement que vous passiez. Je ne veux pas forcément tout savoir.
– C'est parce que cela reste douloureux que je suis là, avec vous, sous ces fenêtres, à vous raconter ma vie. Ce besoin de retourner à l'endroit où nous avons été heureux. Follement heureux ! Sans doute faut-il que cela sorte…
C'était un matin en semaine. J'avais décidé de me lever plus tard après une soirée professionnelle. Je dormais dans mon lit quand j'ai entendu la porte d'entrée de l'appartement s'ouvrir. J'ai bondi hors de notre lit, persuadé que Fred rentrait et me faisait la surprise. Je suis sort en trombe de la chambre pour m‘arrêter net dans le salon : il y avait là trois militaires que je ne connaissais pas.
Aussitôt je leur ai demandé ce qu'ils foutaient chez moi. Ils se sont mis en position de défense autour de moi et le gradé, c'était un commandant, m'a demandé ce que moi je faisais là. Je lui ai crié que j'étais chez moi et qu'ils allaient foutre le camp. L'officier a eu l'air étonné et m'a contredit en me disant que non, je n'étais pas chez moi. J'ai maintenu ma version, de plus en plus étonné, me rendant compte que j'étais nu devant trois militaires agressifs.
Il m'a alors dit que non, je n'étais pas chez moi mais chez Fred. J'ai alors compris que quelque chose s'était passé et j'ai répété qu'ils étaient chez moi. Puis j'ai demandé comment allait Fred.
Il m'a demandé si je le connaissais et, devant mon affirmation, a eu l'air déstabilisé. J'ai lu dans sa tête qu'il commençait à comprendre qu'il y avait quelque chose entre Fred et moi. Je lui ai alors proposé d'entrer dans notre chambre. Il a hésité. Puis a dit aux deux soldats de garder un œil sur moi et il y est allé.
Je l'ai entendu ouvrir les rideaux puis un placard, toucher des objets. Je me suis senti de plus en plus mal devant ces deux soldats prêts à me tomber dessus alors que j'étais toujours nu.
Après de très longues minutes de malaise il est ressorti et m'a regardé longuement, me posant la question muette. J'ai hoché la tête en guise de confirmation.
Je l'ai senti totalement déstabilisé. Il m'a regardé, a regardé ses hommes, plusieurs fois, hésitant sur la marche à suivre. Puis il s'est décidé et a demandé aux deux soldats de se rendre dans le café du coin et de l'attendre. Etonnés, ils ont obéi.
Une fois seuls il m'a demandé de m'habiller. Je suis retourné dans ma chambre et j'ai enfilé un short. Il était dans mon dos. Il regardait à nouveau le pêle-mêle de photos de Fred et moi, sages ou nous embrassant, nus ou habillés, riant sur la plupart. Les photos de notre bonheur. Il avait vu le courrier à son nom et au mien.
Il m'a présenté ses excuses en me disant qu'il ne savait pas. Je lui ai demandé ce qu'il ne savait pas : Que Fred vivait en couple ou qu'il était pédé ? Il m'a répondu sèchement les deux.
C'est alors qu'il m'a demandé de m'assoir. Les larmes sont sorties.
J'avais compris. Il m'a présenté ses condoléances, m'informant qu'il avait été tué dans une attaque particulièrement vicieuse des djihadistes. Fred était mort en héros, sauvant quatre de ses hommes en se sacrifiant pour eux.
Je n'écoutais plus. Le vide m'avait envahi. Le chagrin est monté en moi tel un tsunami et j'ai pleuré comme une madeleine.
Il m'a laissé affronter ma peine pendant longtemps. Il s'est à un moment décidé à poser sa main sur mon épaule. Il m'a dit qu'il était désolé. Il m'a raconté qu'il était son chef depuis plusieurs années et qu'il avait autant d'estime que d'affection pour lui. Qu'il se sentait dévasté. Qu'il comprenait ma détresse.
Pendant un long moment, alors que je pleurais encore, il m'a parlé de Fred, de ses débuts, de son affirmation comme officier, de ses progrès rapides, de son exemplarité, de son comportement solaire auprès des soldats. Petit à petit je me suis mis à l'écouter.
Il m'a répété qu'il ignorait qu'il était homosexuel, qu'il avait quelqu'un dans sa vie. Que cela n'avait pas d'importance pour lui.
Il a regardé à nouveau les photos. Il m'a demandé si j'en avais d'autres. Je lui ai tendu un album, le plus sage, de nous deux.
Je lui ai proposé un café. Pendant que je le préparais il a tourné les pages de l'album photo. Il a conclu qu'il n'avait aucun doute sur la profondeur de notre relation, qu'il le lisait dans les yeux de Fred immortalisées sur les clichés. Les larmes sont revenues. Abondantes chez moi. Discrètes chez lui. L'officier avait fendu l'armure… J'ai compris qu'il avait un lien fort d'amitié avec Fred.
Tandis que nous buvions notre café il m'a expliqué que l'enterrement était prévu deux jours plus tard. Qu'il s'était chargé de récupérer les affaires de Fred pour les remettre à ses parents.
Il a supposé que sa famille n'était pas au courant de notre relation, ce que j'ai confirmé. Il s'est alors engagé à ne rien dire si je ne le souhaitais pas. Il m'a proposé de venir à l'enterrement, qu'il s'arrangerait pour que je ne sois pas trop en contact avec sa famille.
J'ai accepté.
Nous avons ensuite fait le tri dans ses affaires. Avec beaucoup de tact il m'a laissé choisir ce que je garderais et ce qu'il rendrait aux parents.
Cela nous a occupé un long moment. J'ai pu garder pour moi des vêtements et des objets, des choses intimes ou pas, qui avaient du sens dans notre relation. Quand tout fut prêt, il a rappelé les soldats qui, sans poser de question, ont embarqué les affaires.
Nous avons ensuite convenu que je me rendrai à l'enterrement en train et qu'il me ferait récupérer puis ramener à la gare.
J'ai vécu deux jours comme un zombie. Je pleurais tout le temps. J'étais totalement paumé. Je ne mangeais plus.
J'ai réussi à me faire violence pour mettre une tenue de deuil et prendre le train. A l'arrivée un des soldats présents chez moi m'a désigné à un jeune officier qui est venu vers moi. Il m'a présenté ses condoléances. Il était envoyé par le commandant. Il était prévu que je reste en arrière avec lui, au milieu de militaires.
La cérémonie militaire puis la célébration religieuse ont été très beaux. J'ai reconnu une partie de la famille de Fred que, pourtant, je n'avais vu qu'une fois. Ils étaient tous très dignes. Moi je n'arrivais pas à contrôler mes tremblements et mes larmes.
Le jeune officier a su trouver le comportement adapté pour que je tienne le coup. Au cimetière il est resté à l'écart avec moi, nous avançant parmi les derniers. La famille s'était éloignée de la tombe quand j'ai pu m'en approcher et jeter une rose rouge, la seule au milieu de fleurs blanches.
Je ne sais pas bien ce qui a pu se passer ensuite car j'ai complètement craqué devant le cercueil au fond de la fosse. Les militaires ont dû me soutenir pour m'amener à l'écart. Je n'ai que de vagues souvenirs d'allées noyées de larmes.
C'est là, après m'être repris en buvant un peu et en mangeant des biscuits que j'ai vu la mère de Fred approcher d'un pas très digne, d'un visage ferme mais d'une grande douceur dans le regard. Les soldats étaient gênés. J'étais tétanisé. D'autant plus qu'elle m'a longuement scruté avant de prononcer des paroles gravées à jamais dans ma mémoire :
« Quand Fred est parti pour cette mission fatale, son père lui a dit de faire honneur à la patrie et de rentrer vivant. Moi je lui ai juste demandé de rentrer vivant. Il m'a répondu, avec son sourire enjoliveur que vous connaissez, de ne pas m'en faire. Je n'ai pas eu besoin de lui dire qu'une mère s'en fait toujours pour ses enfants. Il le lisait en moi. Vous savez, il arrive un moment où vos enfants vous échappent. Ils font des choix. Des choix que nous approuvons. Des choix que nous réprouvons. Mais un fils reste un fils, quels que soient les choix qui nous dérangent. Un fils reste un fils qui croit pouvoir cacher des choses à sa mère. Mais une mère sait toujours tout, devine toujours tout… Fred a été heureux ces deux dernières années. Pas seulement parce qu'il était épanoui dans son métier. Je veux que vous sachiez qu'il resplendissait de bonheur dans tous les compartiments de sa vie. Peu importe la durée de sa vie, tant qu'elle est heureuse et, de préférence, utile. Cela a été le cas pour lui. Je ne peux donc pas en vouloir à l'armée. Je ne peux donc pas vous… Vous me comprenez… Je vous souhaite, sincèrement, de retrouver le bonheur… Pour Fred. »
Elle s'est retournée brusquement et s'en est retourné vers son mari, d'un pas fragile mais décidé. Le père de Fred me regardait encore. S'il n'a pas eu le courage de venir vers moi, il a levé la main et m'a fait un signe amical que je lui ai gauchement rendu.
Tout était dit entre nous. Ils savaient. Ils n'acceptaient pas. Mais ils respectaient la vie et la mémoire de leur fils.
– Pas très ouverts quand même !
– Non. C'est vrai. Une famille catho très conservatrice. Mais vous savez, nous avons tous nos limites. Mais ils ont respecté… C'est le commandant qui m'a ramené à la gare. Le jeune lieutenant qui avait servi avec Fred m'a juste dit que continuer sans lui allait être extrêmement difficile. Pour lui comme pour les autres. C'est fou ce que Fred les avait marqués ! Alors il m'a souhaité un énorme courage pour faire face et s'est mis à ma disposition en toute chose si j'en éprouvais le besoin. Le garçon était sincère. Il exprimait une totale solidarité militaire à mon encontre. La grande muette soutenait les proches des soldats morts pour la France. Cela a l'air bête, mais ce jeune gars m'a ému. Heureusement qu'il avait été là à mes côtés !
Le commandant m'a expliqué au retour qu'il avait négocié avec la famille pour qu'il règle les affaires de Fred, en particulier au sujet de son logement. C'est avec lui que j'ai traité les dernières formalités administratives.
Au Noël suivant j'ai reçu une carte de la mère de Fred me souhaitant une année d'espérance et me disant qu'elle priait chaque jour pour moi. Je la savais fervente catholique. Je ne suis pas croyant. Mais je reconnais que ces simples mots m'ont fait du bien.
J'ai tenté de rester vivre dans cet appartement. J'avais besoin de l'imaginer avec moi. Je vivais avec son fantôme. Mais au bout de six mois j'ai craqué et j'ai dénoncé mon bail. C'est un petit couple tout mignon qui a pris la place. Un couple hétéro. J'espère qu'ils ont été aussi heureux que nous sous ces fenêtres. J'espère pour eux qu'ils ont autant fait l'amour que nous…
– Je le leur souhaite aussi ! Et aujourd'hui, considérez-vous que vous avez fait votre deuil ? Avez-vous retrouvé quelqu'un ?
– Si mon deuil était complètement fait, je ne serais pas là, en pleine nuit, à trainer sous ces fenêtres en me remémorant les jours heureux ! Mais je crois que j'avance bien, même si c'est très lent. C'est curieux mais pendant longtemps quand je pensais à lui j'avais les larmes aux yeux. Aujourd'hui je souris… Je me souviens de ses espiègleries, de ses coquineries au lit, de son regard si beau et amoureux. Oui. Je souris en repensant à lui.
– Avez-vous connu d'autres hommes depuis ? Vous n'êtes pas obligé de répondre à cette question.
– Oui. Il faut bien que le corps exulte ! J'ai rencontré quelques hommes. Toujours excité à défaut d'être excitant. Toujours décevant. Toujours honteux et dégoûté de moi de ne pas être capable de lui rester fidèle. Des passes médiocres. Jouir n'est pas tout… Alors je me suis tourné vers des femmes. Ou plutôt je me suis laissé séduire par des femmes qui m'ont emmené dans leur lit. Un très mauvais coup au départ ! Et puis je me suis mis à aimer cela. Caresser des seins. Brouter un minou. Admirer une amazone farouche qui vous chevauche…
– Vous êtes devenu hétéro ?
– Pédé un jour, pédé toujours ! Disons que je suis bi. Qu'avec l'âge j'ai appris que plutôt que la physionomie du corps, ce qui est bon c'est la tendresse de la relation… Je suis un indécrottable sentimental ! Mais cessons de parler de moi. Et vous ? Quel bonheur et quel drame avez-vous vécu sous ces fenêtres ?
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robin dubois
14 octobre 2025 à 21:53
Très jolie histoire, j'aime beaucoup.
Soyez respectueux
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