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✦ Laura 34 Jusqu'à la dernière goutte XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Jusqu'à la dernière goutte — Chapitre 1 · La rencontre

12 minutes
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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Laura 34
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Jusqu'à la dernière goutte

Chapitre 1 · La rencontre

Il fallait quelque chose d'extraordinaire pour qu'Émilie ait envie de sortir le nez de ses livres, ce qui n'arrivait jamais à l'université. Après les premiers jours d'émoi dans une école si prestigieuse, Émilie avait finalement été déçue. Les gens qui l'entouraient, les autres étudiants, semblaient aussi fades qu'au lycée. Il n'y avait qu'avec les enseignants qu'elle retrouvait un semblant de joie sociale. Ils étaient les seuls qui arrivaient à la richesse intellectuelle et littéraire qu'Émilie attendait de la vie. Alors elle lisait.
Quand elle ne lisait pas, elle étudiait des textes.
Et quand elle n'étudiait pas, elle se promenait à vélo à travers la ville, se vidant l'esprit des examens, et le remplissant à la fois de nouvelles histoires, celles qu'elle rêve d'écrire un jour.
Le soir, seule dans son appartement, elle écrivait. Écrivait avec fureur. Elle notait la vie dont elle rêvait, faisait ressortir l'extraordinaire qu'elle espérait rencontrer un jour : une vie à la hauteur de ses héros de romans.
Un jour, elle serait aussi libre que Colette, se permettant tout et n'osant se limiter à rien. Il n'y aurait que ses rêves et la littérature qui la guideraient à travers ses méandres de vie.
Un jour, elle serait l'égale de Beauvoir, aussi confiante et posée pour affirmer des réflexions comme il n'y en a peu. Elle aura l'audace de bouleverser son époque.
Un jour, elle serait l'autrice la plus lue au monde, traduite dans plus de vingt pays, parce que vingt pays, ça sonne bien. Elle nourrira le monde de sa prose poétique. Elle le changera, pour quitter le pire et n'aller que vers le meilleur.
Alors oui, il fallait vraiment quelque chose d'extraordinaire pour qu'Émilie sorte le nez de son livre.
Et non, ce ne pouvait pas être cet idiot de Keven !
D'abord, il y a eu les notes. À peine quelques notes de musique qui se poursuivaient, mais qui ont tout de suite capté son attention, qui lui ont coupé le souffle. Il a suffi de quelques notes pour que l'émotion monte. Puis les accords se sont ajoutés, et enfin : la voix. Peu de musiques emportent Émilie. Alors elle a levé son nez, fermé son livre en prenant soin d'y glisser son marque-page, et cherché du regard la source de ces émotions.
Puis elle a vu Keven et sa guitare, s'est vexée et a immédiatement rouvert son livre pour y remettre le nez. Elle ne va quand même pas mettre de côté la magnificence de la prose de Romain Gary pour l'ignorance de Keven !
Mais la mélodie continue et la transporte. Impossible de lire. Elle se retrouve quelque part entre deux mondes, le souffle court. La musique l'appelle sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Romain Gary tremble entre ses doigts. Il sursaute, en perd ses mots. Lui aussi semble troublé par les notes, la voix. Alors il se referme parce qu'il ne peut plus faire deux choses en même temps. Émilie se dit que, dans le fond, elle a juste à ignorer de qui vient la musique, savourer son moment, puis la vie reprendra son cours. Alors elle lève son nez quelques instants, le temps d'une chanson.
Quand son doux calvaire se termine enfin, elle reprend son souffle, Romain Gary aussi, ils en tremblent encore. Aucun des deux n'a vraiment compris ce qui vient de se passer.
— Oh my ! Émilie Beauvieux qui ose sortir le nez de son livre ! Pas trop perdue d'être dans le monde réel ?
_ ...
— Je t'ai vu m'écouter chanter.
— Et alors Keven ?
— Alors j'aurais aimé savoir ce qui t'a plu ?
— Pourquoi m'aurait-elle plus ? Tu te crois irrésistible ?
— Non, mais il en faut beaucoup pour que tu sortes le nez de tes bouquins. Parfois, je sens que même les tirades de M. Garrisson, notre prof de littérature, sont trop fades pour toi à côté de tous tes auteurs... Donc, la chanson t'a plu.
Elle lève une troisième fois le nez de son livre. Jamais Romain Gary n'aura été si perturbé. Le plaisir de lire est en train de disparaître. Elle s'apprête à lui répondre et rentrer chez elle, mais son souffle s'arrête encore une fois lorsqu'elle le regarde droit dans les yeux, s'apprêtant à lui dire le fond de sa pensée.
— Pfff...
— Woaw ! Je te laisse sans mots ! Je vais prendre ça pour un compliment ! lance Keven alors qu'Émilie s'en va, faisant semblant de ne pas s'enfuir.
Aujourd'hui, son parcours de trente minutes de vélo ne l'apaise pas. Une fois dans son appartement, elle tente de reprendre le cours de sa vie, mais Romain Gary semble bouder, il embrouille les mots. Lire devient impossible.
Émilie doit se rendre à l'évidence : cette chanson lui a fait quelque chose.
***
— Bon, elle raconte quoi cette chanson Keven ?
— Bonjour Émilie, tu vas bien ?
— Non. Tu m'as empêché de dormir.
— Une nuit blanche à cause de moi ? Tu aurais dû me le dire, je serai venu te chanter une berceuse.
Non, mais quelle arrogance ! C'est bien ce qu'elle déteste chez lui. Un gars ordinaire qui se prend pour un Dieu juste parce qu'il est beau et qu'il a trop confiance en lui. Mais Émilie sait qu'il n'a rien à faire ici. Qu'il ne doit son brin de succès et son accès à l'école qu'à des parents riches et sa beauté. Il ne connaît rien à la littérature. Les cours ne l'intéressent même pas, car il est toujours en retard. Et... et... bref, Émilie lève les yeux au ciel pour lui démontrer à quel point elle le méprise, en dépit de son ventre qui se noue.
— Je veux juste savoir de quoi parle la chanson.
— Ben, j'peux pas te l'dire.
— Ah oui, et pourquoi s'il te plaît ?
— Tu ne m'as même pas dit si tu l'aimais.
_ ...
— Désolé, mais je ne peux pas dévoiler mes secrets à n'importe qui.
— T'es vraiment... Oui, je l'ai aimé ta chanson. Ou en tout cas, elle m'a intrigué. T'es content ? Pff... On dirait un gamin qui attend les applaudissements de ses parents.
— Tu ne crois pas si bien dire Miss Plume, lui chuchote-t-il dans l'oreille, par surprise, elle en sursaute en lâchant un petit « Oh ! ». Elle se sent vraiment gourde. Si elle était un personnage de roman, elle serait en train de se juger durement. Une fille pleine de clichés, qui a des papillons dans le ventre simplement parce qu'un beau gars a chanté une chanson sur une guitare, et qui ne sait pas comment arrêter de penser à lui, alors qu'il ne le mérite pas.
— This is a love story, about a girl
She's in love, but it hurts
How can it be so hardly ?
This is a love story, about a girl
She's in love, with a girl
How can it be so dirty ?
— Je ne parle pas anglais Keven.
— Ah zut. On se met à côté pendant le cours de littérature ? Je t'écrirai une traduction juste pour toi ?
Sa tête refuse immédiatement, mais son corps bondit et dit oui. Alors elle le suit, le ventre en joie, le souffle en alerte, et sa tête en panique. Elle marche doucement un peu en arrière de lui, cherchant une excuse pour se dérober à la situation sans y parvenir. Elle est heureuse de voir plein de places libres dans l'amphi, pourtant ses jambes continuent de le suivre docilement. Lui, placé d'ordinaire dans le fond de la salle, choisit cette fois-ci premier rang. La place habituelle d'Émilie.
La présence de Keven la trouble sans comprendre pourquoi ni ce qui se passe. Si ce moment était dans un roman, elle se dirait que ce serait le début d'une histoire d'amour que l'auteur décrit. Elle trouverait ce passage niais, manquant de profondeur et de réelles réflexions. Pourtant son bras frissonne à chaque fois que son coude la frôle alors que le stylo arrive en bout de ligne. Elle n'a jamais été aussi dissipée pendant un cours. Heureusement qu'il existe maintenant la prise de notes automatique. Alors elle finit par décrocher tout à fait et tente d'étudier ce qui se passe en elle. Cette situation pourrait peut-être devenir une histoire un jour.
Elle se met à écouter les papillons dans son ventre, dont les battements d'ailes résonnent jusqu'aux oreilles. Elle essaye de prolonger ses respirations beaucoup trop courtes, mais note qu'elle est dans le même état de stress intense qu'avant un examen. Elle remarque alors que son corps en entier tremble infinitésimalement. Elle se fige, regarde droit devant le prof, fait semblant d'écouter, alors que tout son corps sonne l'alerte maximale. Coup de foudre ou coup de panique ? Le pire, c'est que son cœur résonne plus fort encore à chaque fois qu'elle jette un regard de biais sur son voisin.
Il n'écoute pas lui non plus, comme à son habitude. Il griffonne une chanson sur une feuille froissée trouvée au fond de son sac. Keven n'a pas d'ordi. Il ne semble pas avoir de cahiers non plus. Seulement quelques feuilles et un stylo. C'est bien ce qu'elle pensait, il n'est ici que pour passer le temps. Face à ce constat, elle arrache son regard de son visage si concentré, de cette barbe naissante qu'elle voudrait caresser, ou encore de ce bras qui semble l'appeler. Puis elle le fixe sur le prof et se concentre enfin.
Keven lui tend sa feuille froissée.
Au moment où elle l'attrape, elle sent la main de Keven qui la frôle, la cherche, la met au défi. L'impact ne dure qu'une seconde à peine, mais ça suffit pour ressentir une explosion de sensations se répandre dans tout son corps. Elle a même l'impression qu'il arrête le temps. Ils volent une seconde à la vie ordinaire.
Penser à respirer pour ne pas flancher.
Apprécier chaque frisson.
Puis Émilie tire lourdement cette feuille de plomb vers elle. Sa main aurait préféré rester là-bas, proche de ce bouquet de frissons, de ce corps qui l'appelle de plus en plus. Mais sa tête est avide de comprendre pourquoi cette chanson l'a bouleversée.
Elle lit.
Relit.
Et encore une fois. Puis lui rend la feuille. Déçue, avec un commentaire ajouté en bas de page : T'es lesbienne ?
Si toi oui, peut-être.
Jamais sérieux.
Toi ou moi ?
Tu le fais exprès ?
Peut-être... Il faut dire que tu ne m'avais encore jamais autant parlé ou écrit. Faut savourer les petites choses. Et les faire durer quand elles nous rendent heureux.
T'es lesbienne ?
Tu as retenu que ça de la chanson ?
Quoi d'autre ?
L'amour ! L'amour interdit. L'Amour avec une majuscule, mais qui est impossible. Cet amour passionnel qui surgit de nulle part et emporte la raison, jusqu'à se perdre soi-même si on s'y abandonne. L'amour qui brûle de l'intérieur. L'amour qui ne se terminera jamais.
L'amour qui brûle, c'est seulement dans les livres.
Pourtant la feuille et son stylo lui brûle les doigts. Il fait rudement chaud pendant ce cours, alors qu'ils sont en plein hiver, dans un immense amphi sans chauffage, juste eux deux. Seuls au monde.
As-tu déjà été amoureuse ?
Et toi ?
Tricheuse, c'était ma question. Clôt-il accompagné d'un sourire.
Plus rien.
Un stylo roule et tombe au sol dans un claquement qui coupe le souffle d'Émilie alors que le reste de la classe continue de vivre comme si de rien n'était.
Il va se tourner vers elle, elle le sait. Il va se rapprocher. Se baisser. Attraper le stylo. Puis remonter. Tout proche d'elle. Trop proche d'elle. Elle sait tout ça. Alors elle fixe son regard un peu plus fermement sur Monsieur Garrisson, comme une bouée de sauvetage à travers la tempête. Émilie ne respire plus. Respirer c'est trop d'énergie. Respirer pourrait la trahir. Elle sent le souffle de Keven un peu trop proche, qui vient résonner dans son cou. Elle capte la chaleur de son bras qui l'irradie. Elle frissonne lorsque, en remontant, le stylo de Keven lui frôle la jambe.
Même pas la main, le stylo !
Exaspérée, elle se tourne vers lui pour lui dire d'arrêter son manège. Mais il lui sourit, satisfait. Il sait très bien ce qu'il fait. Elle veut parler, mais son esprit se brouille, et sa vue se fige dans ses yeux. Elle n'est plus dans son corps, ne commande plus rien. Elle se regarde s'approcher de cet homme qu'elle méprise et l'embrasser avec fougue.
— Madame Beauvieux et Monsieur Salvaire. Ce genre d'attitude est totalement proscrite en cours. Je vous prierai de bien vouloir quitter cet amphithéâtre sur le champ, les interrompt Monsieur Garrisson.
***
Émilie aurait dû s'inquiéter, mourir de honte en étant pour la première fois de sa vie expulsée de cours, sous le regard de tout le monde, pour quelque chose d'aussi idiot. Elle aurait pu. Mais une fois sortie de salle, la honte meurt dans le regard de Keven qui a les yeux en feu. Il la regarde, entière. Émilie est elle-même, transparente, et plus rien d'autre ne compte. Il l'embrasse à nouveau. Le corps d'Émilie jusque-là crispé par toute la tension se détend enfin. L'instinct primaire embarque, maintenant c'est le corps qui dirige. Il dirige leurs lèvres qui se cherchent, leurs mains qui se découvrent. Keven susurre des mots en anglais qu'elle ne comprend pas, mais qui sonnent si bien, là maintenant. À travers leurs jeans, elle sent son sexe de son partenaire gonfler, qui l'appelle. Il la cherche lui aussi. Il cherche la nudité, les caresses franches. Émilie est captivée par cet état, l'embrasement de son ventre. Jusqu'à ce qu'il s'éloigne.
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Chapitre 2 · Vive le féminisme
Après l'étincelle interdite qui les a chassés de l'amphithéâtre, Émilie et Keven se retrouvent seuls, entre débats littéraires sur Harry Potter et Fifty Shades, et un désir qui ne demande qu'à déborder. Elle, la grande lectrice qui se croyait sage ; lui, le guitariste qu'elle s'était juré d'ignorer. Les mots s'épuisent, les vélos sont attachés, et quelque chose de plus grand que la littérature attend au bout du trajet.
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Photo de profil de Lucas28
Lucas28
14 juillet 2026 à 11:57
Très bien écrit, bravo !
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Photo de profil de Xaviernnrs
Xaviernnrs
14 juillet 2026 à 09:16
Quel joli moment de lecture !
J’aime comment tu amènes les choses.
Ce gars, un peu transparent au début, bouscule tout dès qu'il se met à chanter et jouer de sa musique, c'est vraiment fort.
Tu décris super bien comment une simple mélodie peut troubler les sens et changer complètement le regard qu'on porte sur quelqu'un. C’est très sensuel, touchant et écrit avec beaucoup de finesse.
Un grand bravo pour ce premier texte, continue comme ça, j'ai déjà hâte de lire tes prochains écrits !
Soyez respectueux
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Photo de profil de plemagne
plemagne
14 juillet 2026 à 07:22
Puisque vous citez Beauvoir, sachez qu'elle a été condamnée pour avoir couché avec ses élèves mineures(filles). Voir sa fiche wikipédia.
Une icône du féminisme, donc.
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
13 juillet 2026 à 22:53
Très bon début pour une histoire prometteuse.
Belle écriture, impatient de découvrir la suite de cette nouvelle.
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Quenel84
13 juillet 2026 à 18:36
Joli
De la tendresse et du sentiment
Et c'est bien écrit
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