Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Coeur fragmenté — Chapitre 9 · Nouvelle donne
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Coeur fragmenté
Chapitre 9 · Nouvelle donne
En vacillant légèrement, Emma s'assit en tailleur sur son lit, face à son interlocutrice.
— Ça va ? Demanda cette dernière.
— J'ai la tête qui tourne.
Laure soupira, lui attrapa sa mèche rebelle avec la main qui ne jouait pas avec l' émeraude, l'entortilla autour de son doigt, et la lui replaça délicatement derrière l'oreille. Elle dit à mi-voix :
— Ma pauvre petite puce. Ça me fait mal de te voir dans des états pareils !
Ladite petite puce détourna les yeux, honteuse, hésita un instant et dit simplement :
— On fait des conneries par amour !
Laure sursauta, prise au dépourvu.
— T'es amoureuse ?
— Oui, avoua-t-elle en rougissant.
Laure cessa de jouer avec son émeraude et lâcha la mèche de cheveux qu'elle tenait encore. Elle venait de ressentir un vif pincement au cœur. Et voilà ! Elle avait agi comme une idiote, et en guise de punition divine, Emma s'était trouvé quelqu'un à aimer en son absence. Désireuse d'en savoir plus, elle demanda :
— C'est Théo ?
— Quoi ? Ça va pas, non ?
Elle pouffa, tellement cette idée lui paraissait absurde.
— Ah... Et qui est-il, ce chanceux , alors?
— Elle !
— Quoi ?
— Pas « il ». « Elle ».
— Oh ! Désolée. Je savais pas que tu aimais les filles.
— Je sais pas si c'est vraiment le cas.
— Mais... Tu viens de dire que...
— J'ai pas dit que j'aimais les filles. J'ai juste dit que j'en aimais une, c'est tout.
Laure sentit son cœur littéralement se déchirer. Si elle lui avait dit qu'elle était tombée amoureuse de Théo ou de n'importe quel autre gars, d'ailleurs, ça lui aurait fait mal, mais elle l'aurait accepté. C'était, selon elle, le déroulement naturel des choses. Mais si elle s'était éprise d'une autre fille, elle trouvait cela tellement injuste. Ça aurait dû être elle, et seulement elle ! Aucune autre ne pouvait l'aimer comme elle elle l'aimait. Aucune autre ne la connaissait aussi bien. La douleur qu'elle ressentait était trop forte. La combinaison de désespoir et de jalousie lui avait sapé toutes ses forces. Esquisser le moindre mouvement lui paraissait être une épreuve insurmontable. Elle avait pâli. Une boule s'était formée dans sa gorge. Un picotement se fit sentir dans ses yeux. Elle fit un effort démesuré pour contenir ses larmes. Elle força un sourire qui ne chercha même pas à être convaincant. D'une voix atone, tremblante, sans aucune assurance, elle fit tout son possible pour sonner désinvolte, tout en sachant qu'elle ne trompait personne, et dit :
— Eh bin... J'espère au moins qu'il s'agit pas de Lucia...
— Arrête ! J'aime pas quand tu joues les idiotes ! Coupa-t-elle sèchement.
— Je joue pas...
Elle ne finit même pas sa phrase. Elle n'en avait plus la force. Plus rien n'avait d'importance. Si elle avait perdu l'espoir de conquérir le cœur de celle qu'elle aimait, plus rien ne comptait à ses yeux.
Alors, un torrent de paroles s'écoula de la bouche d'Emma en même temps que les larmes de ses yeux. Son débit était frénétique et suraigu.
— Si, tu joues les idiotes ! Si, tu joues les idiotes ! Tu sais très bien que si j'aime quelqu'un, c'est forcément quelqu'un que tu connais, puisqu'il n'y a qu'avec toi que je suis amie. Et comme il n'y a qu'avec toi que je suis amie, tu sais forcément que si je te dis que j'aime une fille, ça ne peut être que toi. Voilà, c'est dit ! Je t'aime, Laure ! - Son débit s'accéléra encore, au point d'en devenir presque inintelligible – Je voulais pas te le dire, parce que j'avais peur de ta réaction, que tu partages pas mes sentiments ou pire, que tu les rejettes, mais comme de toute manière tu m 'évites, ça n'a plus d'importance. Je voulais qu'on soit amies, parce que même si tu m'aimais pas comme moi je t'aime, on s'entendait bien et ça me plaisait, mais si c'est plus possible, je sais pas ce que je deviendrais. J'ai tellement peur de te perdre. Mon seul rêve, c'est de faire partie de ta vie, ou que toi, tu fasses partie de....
Sa parole fut brutalement interrompue par une explosion de douce chaleur humide se diffusant dans ses lèvres, qui lui coupa sa respiration. Son cœur manqua un battement, le temps qu'elle prenne conscience de ce qu'il lui arrivait. Quand elle comprit enfin, son cœur se mit à tambouriner comme jamais dans sa poitrine. Laure s'était penchée sur elle et l'embrassait. C'était la plus belle sensation qu'elle avait jamais vécue. Elle y répondit positivement, espérant que ce contact ne cesse jamais. Tout être humain étant toutefois amené à devoir respirer à un moment donné, elles furent finalement obligées de rompre leur baiser. Elles se regardèrent sans rien dire, à la fois un peu gênées et soulagées. Ce fut Laure qui brisa le silence.
— Je te demande tellement pardon. Sincèrement. Je sais que j'ai déconné. J'étais complètement paumée. Quand j'ai pris conscience d'à quel point tu comptais pour moi, j'ai eu peur que... Que tu me rejettes. J'ai paniqué, je savais plus quoi faire. J'avais peur de te l'avouer, alors je t'ai rejetée pour pas que tu me rejettes. Je sais, c'est complètement con. Je t'ai fait du mal. Je me suis fait du mal. Je suis trop nulle. Mais là, je peux te le dire : il y a personne au monde que j'aime plus fort que toi. Alors... Tu veux bien me pardonner d'avoir été une grosse nouille ? Parce que je t'aime à en crever. Et ça fait un moment que ça dure. Même plus longtemps que ce que je croyais, mais j'ai pas été foutue de m'en rendre compte à temps.
Emma lui offrit son plus beau « sourire spécial ».
— Je te pardonne si tu me pardonnes d'avoir fait la conne ce soir. Et je te pardonne de toute manière parce que tu m'as embrassée. Et puis, de toute façon, je te pardonne quand même parce que je suis amoureuse de toi.
— Moi, par contre, je me pardonne pas. Je t'ai fait pleurer, rétorqua la brunette sur un ton empli de dégoût pour elle-même.
Elle lui effleura délicatement sa joue encore humide de ses larmes, du bout des doigts.
Emma haussa une épaule, et lui retourna sa douce caresse.
— Bah ! On a qu'à dire qu'on est à égalité. Un point partout. Tes beaux yeux ont pas l'air très secs non plus.
Alors, elle lui adressa un regard emprunt d'une telle tendresse que toute la peine et tout le sentiment de culpabilité de Laure furent balayés instantanément. C'était comme si les rayons du soleil venaient de percer la couche de nuages qui voilait son cœur depuis des jours. Il ne lui restait plus qu'un dernier petit doute à lever : elle se tortilla comme une petite fille qui n'ose pas demander quelque chose à ses parents.
— J'ai pas... Enfin... Ça allait ? C'était pas trop nul ?
— Quoi ? Le baiser ?
— Oui.
Emma imita un ton narquois, faisant semblant de réfléchir intensément, se pinçant la pointe du menton avec son pouce et son index.
— Hmm... Je sais plus. C'était il y a tellement longtemps... Je me souviens plus du tout. Pour être tout à fait certaine, il faudrait que tu recommences.
Alors, Laure, délicatement, enlaça sa bien-aimée, se pencha vers elle, et pressa à nouveau ses lèvres contre les siennes. Cette fois, sans précipitation, en y mettant toute sa douceur et tout son amour, en en découvrant timidement les saveurs inconnues.
Une fois ce nouveau baiser rompu, elles restèrent collées front contre front, se chatouillant du bout du nez.
— Ma conclusion est sans appel : toute personne qui a la chance de recevoir son premier baiser de manière aussi agréable peut s'estimer extrêmement chanceuse. - Elle marqua un petit temps.- Dis, Laure... Qu'est-ce que tu me trouves ? J'ai rien de particulier, moi. Je suis même pas jolie.
Le regard de l'intéressée se durcit. Ses narines se dilatèrent sous la colère en entendant ces mots. Elle se força à se calmer. Tout en la pointant d'un doigt accusateur, elle la menaça pour rire. Pourtant dans le fond, elle était sincère :
— Eh, toi ! La prochaine fois que tu essaies juste de sous-entendre que ma chérie, c'est pas la plus belle du monde, je te casse en deux, pigé ?
Emma lui sourit :
— Pfeuh ! Même pas peur ! De toute façon, tout le monde sait que c'est la mienne, la plus belle. - elle l'embrassa pour confirmer son propos – Mon cœur !
— C'est moi, ça, ton cœur ?
— Oui.
— Hmm ! J'aime plutôt bien.
Elle répéta :
— Mon cœur ?
— Quoi ?
— Rien. Je suis juste contente de pouvoir enfin t'appeler « mon cœur » à haute voix. Jusqu'à présent, c'était uniquement dans ma tête quand je pensais à toi.
— Te gêne pas, alors. Tu peux le répéter en boucle pendant deux ou trois heures, si tu veux. Par contre, sans déc', je te le demande super sérieusement : ne refais plus jamais ça !
— Ça, quoi ? Demanda Emma, perplexe.
— Te rabaisser comme tu l'as fait juste avant. Je peux tolérer beaucoup de choses, mais pas ça. Je crois sincèrement que c'est la seule chose qui pourrait faire que je me fâche contre toi. Et je te jure que me fâcher contre toi, c'est la dernière chose au monde dont j'ai envie. D'accord ?
— Bon, bon... Très bien. - Elle était un peu étonnée des proportions que semblaient avoir prises sa simple interrogation, mais elle n'insista pas.- Vu le mal que j'ai eu pour enfin t'avoir, crois-moi que je vais pas risquer de te perdre aussi facilement.
— Oh ! Et encore une chose, ajouta Laure. Sois prudente, s'il te plaît.
— Euh... Prudente ? Comment ça ? Demanda Emma.
— Tu tiens mon cœur entre tes mains, maintenant.. Fais-y attention. Il est fragile. Ne me l'abîme pas, d'accord ?
Emma sourit.
— Il est en sécurité tant que tu gardes le mien en otage.
Elles rirent. Elles étaient détendues, heureuses et amoureuses. Elles passèrent une partie de la nuit à s'embrasser, découvrant progressivement le goût et la texture de leurs lèvres et de leurs langues respectives qui s'entremêlaient passionnément, à se câliner, à se murmurer à l'oreille des mots d'amour un peu niais, mais tellement réconfortants. Elles étaient ailleurs, perdues dans l'émoi enfiévré des premiers baisers, ces moments initiatiques que la plupart des jeunes filles de leur âge avaient déjà vécu depuis bien longtemps, mais que les aléas de la vie leur avaient jusqu'alors refusés. Quelle découverte extraordinaire, c'était ! Pourvu que cela ne cesse jamais !
L'épuisement finit néanmoins par les saisir et elles s 'étendirent, enlacées l'une contre l'autre, soulagées d'avoir réglé leurs problèmes.
L'épuisement finit néanmoins par les saisir et elles s 'étendirent, enlacées l'une contre l'autre, soulagées d'avoir réglé leurs problèmes.
Avant de s'endormir, Emma demanda avec un reste d'inquiétude dans la voix :
— Tu me laisseras plus tomber, hein ?
— Plus jamais ! Répondit sa bien-aimée, en lui déposant un bisou sur l'épaule.
— Ma super-héroïne... murmura-t-elle, satisfaite , sans aucune trace d'humour.
En s'endormant, Laure sourit. L'esquisse d'un avenir radieux se présentait à elle, sans qu'elle se doute que les ombres de son passé n'avaient pas encore été chassées.
Quand la lumière du jour frappa à la fenêtre, Emma ouvrit les yeux. Sa première réaction fut de s'assurer qu'elle était toujours dans les bras de son amoureuse qui était déjà éveillée.
— Tu es toujours là, mon cœur ?
— Oui, pourquoi ? T'en as déjà marre de moi ?
Elle lui tapota le bout du nez, en guise de représailles.
— J'avais peur d'avoir rêvé.
Elle se redressa et poussa un grognement de douleur.
— Qu'est-ce qu'il y a, ma p'tite puce ? Demanda-t-elle, inquiète.
— Mal au crâne ! Réussir à sortir avec toi, ça a un prix, gémit-elle.
— Pochtronne ! ricana Laure.
— Ça, c'est sûr ! Pour finir avec toi, fallait que j'en tienne une sacrée ! Plaisanta-t-elle, avant de jeter ses bras autour de son cou pour la noyer sous les bisous.
Elles se levèrent et prirent leur petit-déjeuner ensemble.
— Tu veux faire quoi, aujourd'hui ? Demanda Laure.
— Être avec toi.
— Une saine activité, c'est certain. Mais on peut faire ça tout en faisant un tour dehors ou quelque chose. Je te fais également remarquer qu'à un moment donné, je devrai quand même rentrer chez moi, au moins pour me changer et prendre une douche. Tu vas pas aimer être avec moi longtemps, si je change jamais de fringues. Et puis il va me falloir travailler un peu et préparer mes affaires pour demain.
— On verra. Pas sûre que je te laisse t'éloigner plus loin que la longueur de mon bras.
Après un long échange de petites piques et de mots tendres, elles décidèrent de se balader en ville. Elles déambulèrent dans la rue, se tenant par la main, les doigts entrelacés. C'était fascinant à quel point ce contact si simple, si anodin, se révélait pourtant si émouvant. Pendant un instant, Laure pensa sérieusement qu'elle ne pourrait jamais plus de toute sa vie lâcher cette petite main si douce. Emma, elle, s'y cramponnait comme si sa vie en dépendait, persuadée que rien ne pourrait jamais lui arriver tant qu'elle tiendrait cette main si rassurante. Elle avait complètement oublié sa gueule de bois.
Elles ne s'affichaient pas, mais elles ne se cachaient pas non plus. De toute manière, pas grand monde ne prêtait attention à elles. Peut-être bien qu'au cours de leurs pérégrinations, des garçons se retournèrent sur le passage des ces deux jolies filles, mignonnes à croquer, avides de gagner leurs faveurs. Mais si ce fut le cas, elles ne s'en rendirent pas compte. Elles n'y prêtèrent pas attention un seul instant, leur esprit n'étant accaparé par rien d'autre que l'une par l'autre. Ce fut une journée d'une grande simplicité. Rien de spécial ne se passa, et pourtant, ce fut une journée magnifique. Elles étaient heureuses.. En fin d'après-midi, elles s'assirent sur un banc, la tête d'Emma posée sur l'épaule de Laure. Elles restèrent là, à regarder le jour décliner. Le ciel bleu vira progressivement au rose, puis s'assombrit. C'était si beau. Elles passèrent un long moment à se faire des promesses d'éternité, à rêver un avenir radieux où les aléas de la vie seraient forcément tous supportables, puisqu'elles y feraient face ensemble. Elles se firent frissonner de peur en s'imaginant devoir un jour être séparées pour une raison ou une autre, mais se réconfortèrent bien vite à l'idée que leurs retrouvailles seraient plus belles que tout.
Enfin, à contrecœur, Laure se leva :
— Il se fait tard, p'tite puce. Il va falloir que je rentre.
— Je sais. Tu vas me manquer. On se voit demain ?
— Y a intérêt !
Elle pressa longuement ses lèvres contre les siennes une dernière fois, délicatement, pour en conserver encore la saveur sur elle un peu plus longtemps. Et après ce tendre au revoir, elle s'en retourna chez elle.
Emma resta un instant seule sur le banc. Sa vie avait connu de véritables ascenseurs émotionnels, ces derniers temps, mais là, elle était vraiment sur un petit nuage cotonneux. Le monde aurait pu s'écrouler autour d'elle que ça n'aurait pas suffi à lui ôter son petit sourire niais. Avant, quand elle s'imaginait son avenir, elle se voyait finir seule, dans l'ennui et la mélancolie. Soudain, en l'espace de quelques heures, Laure était entrée dans sa vie. En quelques jours, elle était devenue son amie. En guère plus de quinze, elle avait compris que ce qu'elle éprouvait pour elle dépassait le cadre de la simple affection. En à peine plus d'un mois, elle avait admis le fait qu'elle était tombée amoureuse d'elle. Le plus dur, ça avait été d'agir comme si de rien n'était. C'était devenu de plus en plus difficile avec le temps. Surtout lors des vacances de Noël : elle avait vraiment eu du mal à faire illusion. Plus tard, lorsque les choses s'étaient tendues entre elles, elle avait cru mourir de chagrin. Mais maintenant, elle s'estimait être la personne la plus chanceuse sur Terre : celle qu'elle aimait lui retournait ses sentiments. C'était inespéré. C'était plus qu'une amourette passagère d'adolescente. Elle le sentait. Tout chez Laure la rendait folle d'adoration : la bienveillance dans son regard, la tendresse dans ses sourires, le réconfort dans ses câlins, le goût de ses baisers, l'odeur de sa peau ou de son parfum. Au point où elle en était, elle n'arrivait même plus à concevoir qu'un être humain puisse ne pas être automatiquement fou amoureux de Laure. Ceci dit, ça l'arrangeait : Elle ne se sentait pas partageuse dans ses sentiments.
— Laure ! Laure ! Elle répétait le nom en boucle dans sa tête. C'était le plus beau prénom du monde et il était porté par la plus belle fille du monde. L'objectivité ? Qui s'en souciait ?
— Laure ! Laure ! Elle répéta le nom encore et encore, comme un mantra, jusqu'à ce qu'il perde toute forme de signification et ne soit plus qu'une sonorité abstraite associée à un sentiment de plénitude.
Elle se leva enfin, et rentra tranquillement chez elle. Une fois affalée dans son canapé, elle lança de la musique : « Seventeen » par Robin Black. Pour la première fois de sa vie, elle ne faisait plus que simplement comprendre les paroles. Elle les ressentait véritablement :
"Wish you could see her, wish you could see she's the most beautiful girl, in all of the world and I love her. Honest, oh honest, I do. Wish you could see her, wish you could see, she's the most beautiful girl, in all of the world. And I won her. Honest, oh honest, it's true."
Et pour la première fois depuis plusieurs jours, elle prit du plaisir à attraper son portable et à envoyer un message à sa chérie. Maintenant, elle pouvait enfin se lâcher sur le contenu. Petits mots doux et petits cœurs. A peine quelques dizaines de secondes plus tard, elle reçut une réponse tout aussi emplie d'amour. Tout était pour le mieux.
Lorsqu' Emma arriva sur le campus, le lendemain matin, Laure ne l'avait pas encore rejointe. Elle en profita pour se diriger vers Théo. Elle trouvait qu'elle n'avait pas été très correcte avec lui, à boire sans parler à personne, puis à filer à l'anglaise, comme elle l'avait fait le samedi soir précédent. Elle décida de jouer la carte de l'honnêteté. Elle s'excusa auprès de lui, lui avouant sans entrer dans les détails, qu'elle avait quelques problèmes personnels qui l'avaient affectée, et qu'elle ne se rendait pas compte que ça rejaillirait sur lui et la bande – ce dernier point était tout de même très proche d'un mensonge-. Il lui demanda poliment si c'était grave. Elle répondit que non, et que de toute façon, tout était réglé depuis. Il fut sincèrement content pour elle et lui assura qu'un de ces jours, il retenteraient de faire une soirée ensemble – et tous deux surent pertinemment que ce dernier point était un mensonge -. Ils terminèrent leur conversation tranquillement. Tout était bien. Mais ça ne dura pas longtemps. Cinq minutes plus tard, Lucia Damasi lui faisait face avec son regard hautain.
— Tiens, Poil-de-Carotte ! Alors ? On sait pas se tenir quand on a un verre dans le nez ? - Emma remercia intérieurement Bastien. Elle savait qu'il était ami avec Lucia. Il avait dû lui relater la soirée de samedi – Tu devrais te mettre au mojito de façon régulière, avec un peu d'entraînement, avant la fin de l'année, on sera débarrassés de...
Elle s'interrompit dans un sursaut de surprise. Sa victime se retourna pour voir ce qui l'avait tant stupéfiée : Laure était apparue dans son champ de vision. Elle fixait sa vieille ennemie avec un visage tellement déformé par la haine qu'elle en devenait effrayante. Emma lui attrapa la manche au passage et de ses yeux suppliants, l'implora silencieusement de contenir ses élans. Elle sentait que son amoureuse en tremblait de rage. Elle la tira en arrière – Du moins, elle essaya-, et avança d'un pas pour s'interposer entre les deux adversaires avant que ça dégénère. D'une voix bien plus assurée qu'elle ne l'aurait cru, elle lança :
— Fiche-nous la paix, Lucia ! Tu ennuies tout le monde et tu fais peur à personne !
Les deux ennemies en restèrent bouches bées. L'une d'indignation, l'autre d'étonnement : depuis quand la p'tite puce avait-elle pris une telle confiance ?
Elle ne prit pas la peine de s'attarder à regarder la réaction de Lucia, se détourna et entraîna Laure à l'écart.
Elle lui prit discrètement la main. Elles avaient convenu du fait de ne pas s'afficher de manière trop ostentatoire en public. Pas qu'elles aient honte de leur amour, mais plutôt parce que d'une part, elles étaient toutes deux assez introverties et n'aimaient pas trop se dévoiler devant les autres, d'autre part parce qu'elles pensaient que leur relation ne regardaient personne d'autre qu'elles deux, et enfin pour éviter trop de moqueries de la part du clan Lucia. Au vu de l'impulsivité de Laure – elles en avaient encore eu la preuve à l'instant – ça risquerait de finir en guerre civile. Ça la rendait déjà folle de rage qu'on s'en prenne à Emma quand elles étaient amies, mais maintenant qu'elles étaient en couple, c'était mille fois pire.
Toutefois, toute impulsive qu'elle était, elle s'était calmée presque instantanément en étant témoin de la réaction de sa belle. Elle n'était désormais plus qu'admiration incrédule.
— Mais dis-moi, toi ! Depuis quand tu te mets en avant de manière aussi frontale ?
— Je sais pas... Peut-être qu'il y a quelqu'un dans mon entourage qui m 'aide à prendre confiance en moi, va savoir !
Laure secoua la tête, amusée autant qu'étonnée. Elle lui fit un petit bisou discret sur le dos de la main. Puis, comme deux simples amies, elles se rendirent en cours. Se concentrer était désormais plus difficile que lors du premier semestre. Elles devaient faire des efforts démesurés pour ne pas faire que penser l'une à l'autre. Leur efficacité dans leur travail s'en ressentait et elles en étaient bien conscientes. Le soir, elles étaient quasiment toujours soit chez l'une, soit chez l'autre, pour travailler. Mais ne pas tout plaquer pour passer la soirée à ne rien faire d'autre que s'enlacer et se bécoter leur demandait des efforts psychologiques insoupçonnés.
Contre toute attente, c'était Emma, qui pourtant plus structurée que sa compagne avait le plus de difficulté à détourner son attention d'elle. Un soir, alors qu'elles travaillaient sur un exercice de grammaire, elle avait complètement décroché et passant derrière la chaise sur laquelle était assise sa petite amie, elle plongea son nez dans ses cheveux soyeux, en huma son odeur de shampooing à l'amande douce, et enivrée, glissa vers sa nuque qu'elle couvrit de petits baisers. Elles sentit la peau fine se couvrir de chair de poule au contact de ses lèvres, ce qui l'incita à continuer, de manière plus appuyée. En parallèle, ses mains caressèrent doucement les hanches de Laure, glissèrent sur son petit ventre plat, puis remontèrent petit à petit. Alors que les doigts graciles allaient glisser sous sa poitrine, ils furent interceptés à la volée par des mains énergiques qui les repoussèrent. La voix de Laure brisa la magie de l'instant.
— Arrête, ma puce ! Tu me déconcentres. On va jamais y arriver, à ce rythme-là, ricana-t-elle gentiment.
Emma reprit ses esprits. Elle ressentit une grande frustration sur l'instant, mais n'en montra rien. Après tout, elle avait raison. Elle tenta de se remettre au travail, mais eut bien du mal.
Parfois, certains soirs, Laure appelait son père au téléphone ou en visio. Si Richard se contentait de s'assurer de la bonne santé de sa fille et de son sérieux dans ses études, il ne lui échappait pas qu'elle était de plus en plus radieuse. Il ne l'avait jamais vue si pleine de vie. Il remarquait également qu' à chaque fois ou presque, la jolie petite Emma était présente, et qu'elle aussi était rayonnante. Quand elle parlait de sa vie quotidienne, Laure ne disait quasiment plus «je », mais « nous ». Il gardait ses observations pour lui. Il se contentait de constater.
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Commentaires ()
Les deux héroïnes n'ont pas été les seules à avoir les yeux mouillés durant cet épisode. Je continue d'adorer et me désespère déjà ne n'avoir plus que trois épisodes à déguster.
Cette histoire reste toujours aussi charmante et est un vrai plaisir de lecture.
Merci à toi !!!
Quoiqu'il en soit, cette histoire qui tend à sa fin provoque en moi un petit sourire de contentement lorsque je vois passer la notification.
C'est un peu idiot sans doute mais c'est comme ça avec certains textes de certaines plumes.
Tu vois, je suis déjà nostalgique...
Allez ! Au boulot !
Je dois aller à la plage passer un peu du temps qu'il me reste. ^^
Ce que j'ai pas, en revanche, c'est la motivation de m'y atteler..... Donc, on verra.....
Mais pas de précipitation, on n'est pas encore à la fin.....
Merci, au plaisir de vous revoir bientôt dans notre établissement !
Ca va être toute l'épreuve : tenter d'en passer par là sans briser le ton et l'ambiance générale.....
On approche dangereusement du générique de fin, mais chut.... On y est pas encore tout à fait.......
Merci bien, Service, bonne soirée ^^
Comme dans d'autres histoires charmantes, on en arriverait presque à craindre qu'une humidité, même légère, ne vienne troubler leur virginale innocence ;-)
On va donc se contenter de constater !