Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'amour de l'art et l'art de l'amour — Chapitre 1 · La machine à café
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'amour de l'art et l'art de l'amour
Chapitre 1 · La machine à café
L'amour de l'art et l'art de l'amour – 1 – La machine à café
Ce samedi-là, il flottait dru, il faisait froid, ma copine et moi étions un peu désœuvrés. Trop top pour aller s'abriter au cinoche, pas assez riches pour aller au restaurant, et traîner dans les magasins pour profiter du wifi ou regarder des trucs hors de prix ne nous motivait pas trop, on a décidé de rentrer chez nous, dans notre deux-pièces de banlieue.
En marchant vers la gare, nous sommes passés devant une sorte de boutique qui exposait des peintures, « Galerie Bérénice » ça s'appelait. Sur la vitrine, il y avait une grande affiche représentant on ne sait pas trop quoi, et en grosses lettres majuscules rouges GRANDE RETROSPECTICE BERNARD S….. J'ai dit à Véro (ma copine s'appelle Véronique)
- Le prochain train il est dans une plombe, j'ai pas envie de rester sous la flotte. On n'a qu'à aller voir là-dedans, regarde, c'est marqué « Entrée gratuite »
- C'est pas pour nous Seb, (je m'appelle Sébastien), c'est des trucs de bourges friqués, en plus on n'y connaît que dalle. On n'a qu'à boire un jus à la gare en attendant.
- Eh ben moi je veux aller voir ce qu'ils aiment les bourges, en plus c'est gratos. Si tu préfères aller à la gare direct vas-y, je te rejoins.
- Pfff…Tu fais chier des fois, t'as des drôles d'idées, on dirait que tu te prends pour un intello. T'es réparateur d'appareils ménagers Seb, oublie pas !
- Et alors ? T'as honte ? T'as qu'à te trouver un toubib ou un ingénieur si je suis pas assez bien pour toi, madame la secrétaire à la Sécu. J'ai le droit de m'intéresser à autre chose qu'aux lave-vaisselles et aux machines à café, non ?
- C'est pas pour nous Seb, (je m'appelle Sébastien), c'est des trucs de bourges friqués, en plus on n'y connaît que dalle. On n'a qu'à boire un jus à la gare en attendant.
- Eh ben moi je veux aller voir ce qu'ils aiment les bourges, en plus c'est gratos. Si tu préfères aller à la gare direct vas-y, je te rejoins.
- Pfff…Tu fais chier des fois, t'as des drôles d'idées, on dirait que tu te prends pour un intello. T'es réparateur d'appareils ménagers Seb, oublie pas !
- Et alors ? T'as honte ? T'as qu'à te trouver un toubib ou un ingénieur si je suis pas assez bien pour toi, madame la secrétaire à la Sécu. J'ai le droit de m'intéresser à autre chose qu'aux lave-vaisselles et aux machines à café, non ?
Nous vivions ensemble depuis trois ans, avec des hauts et des bas, Véro n'était pas très curieuse de nature et préférait la routine, les trucs sans surprise et les séries TV, c'est peut-être pour ça qu'on bouffait toujours pareil et qu'on voyait toujours les mêmes gens, des fois j'en avais marre.
- Ouais ouais…Bon, on va pas s'engueuler dans la rue comme des ivrognes, c'est bon, excuse-moi, je viens avec toi regarder tes merveilles.
La galerie était beaucoup plus grande que ce que laissait voir la vitrine donnant sur la rue, il y avait au moins six pièces, très grandes, dont tous les murs étaient décorés de tableaux. Véro m'a glissé à l'oreille
- Putain…t'imagines l'appartement que ça fait ? Six pièces pour montrer de la daube pareille, ça me défonce…T'as vu les prix ?
De toute évidence il s'agissait d'une galerie d'art moderne, auquel ni Véro ni moi ne connaissions rien du tout. Les « tableaux » accrochés, tous de grande dimension, ne nous évoquaient rien du tout. Des formes en couleur, des taches mélangées, des rayures dans tous les sens, ça nous parlait peu. Il y avait pourtant du monde, je dirais une quinzaine de visiteurs, hommes et femmes, plutôt âgés et sapés comme des princes, qui zyeutaient et commentaient à voix basse les œuvres exposées.
Passant devant une immense toile, avec des carrés tordus et par-dessus des ronds déformés dont les bords dégoulinaient, Véro a sonné le signal du départ.
Passant devant une immense toile, avec des carrés tordus et par-dessus des ronds déformés dont les bords dégoulinaient, Véro a sonné le signal du départ.
- Bon Seb, des carrés même pas bien dessinés et des ronds encore pires que même un gamin il oserait pas donner à son instit, faut pas se foutre de la gueule du monde. Eh, en plus, t'as vu la facture ? Si tu veux cette daube tu dois claquer huit-mille euros ! Va falloir que t'en dépanne des lave-vaisselle, mon Seb ! Viens, on se casse.
- Heureusement que la visite c'est gratos, j'avoue que j'imaginais autre chose. T'as raison, on y va.
- Heureusement que la visite c'est gratos, j'avoue que j'imaginais autre chose. T'as raison, on y va.
Contrairement aux seniors distingués qui chuchotaient leurs impressions, Véro avait selon son habitude un peu manqué de discrétion, ce qui n'a pas échappé à la dame derrière nous, que nous n'avions pas remarquée.
- Oh Mademoiselle, vous êtes bien cruelle avec Bernard S… !
Véro et moi on s'est retournés, le rouge aux joues, ni elle ni moi ne pensions avoir été entendus.
- Bonjour jeunes gens, je m'appelle Bérénice et je suis la directrice de cette galerie. Vous savez, votre commentaire un peu brutal ne me surprend pas, les œuvres présentés ici demandent un peu de temps à être comprises et si vous en avez le temps, je peux vous donner quelques explications avec grand plaisir.
Je dirais la cinquantaine épanouie, assez grande, un peu maigrelette en comparaison de ma Véro, la taulière était plutôt classe dans sa robe aux gros boutons dorés, et sa voix très douce nous a surpris.
- Euh….Ben…c'est qu'on a un train dans moins d'une heure…je sais pas…
- Prenez le temps de vivre jeunes gens, il pleut, il fait froid, je ne vais pas vous demander ce qui vous presse autant mais je vous offre volontiers une boisson chaude avant de vous laisser filer. Un thé ? Un café ?
- Prenez le temps de vivre jeunes gens, il pleut, il fait froid, je ne vais pas vous demander ce qui vous presse autant mais je vous offre volontiers une boisson chaude avant de vous laisser filer. Un thé ? Un café ?
Honnêtement, elle nous a scotchés, la bourgeoise emperlousée, de nous parler comme si on allait lui acheter ses horreurs. Avec Véro on s'est regardés, et sans dire un mot on a compris qu'on serait vraiment des gros lourds de se barrer sans rien dire.
- C'est très gentil Madame, je bois volontiers un café mais vous savez, la peinture moderne, nous…
- Ah, vous me faites plaisir ! La jeunesse est souvent trop pressée, venez.
- Ah, vous me faites plaisir ! La jeunesse est souvent trop pressée, venez.
Au fond de la galerie se dressait une sorte de bar, sur lequel étaient disposé des plateaux remplis de verre, comme s'il y allait avoir un apéro de mariage, et des caisses de boissons s'empilaient. J'ai repéré la machine à café, un vieux modèle qui à mon avis ne durerait pas encore longtemps…
- Ce soir j'organise une réception pour l'accrochage de Bernard S…, c'est pourquoi il y a un peu de désordre. Mademoiselle… ?
- Véronique
- Alors Véronique, thé ou café ?
- Je prends volontiers un thé, j'ai un peu froid…
- Et vous, jeune homme… ?
- Sébastien, Madame, et un café sera parfait
- Madame, oh là là…Tout le monde m'appelle Bérénice ici, comme c'est écrit sur la porte ! Détendez-vous un peu !
- Véronique
- Alors Véronique, thé ou café ?
- Je prends volontiers un thé, j'ai un peu froid…
- Et vous, jeune homme… ?
- Sébastien, Madame, et un café sera parfait
- Madame, oh là là…Tout le monde m'appelle Bérénice ici, comme c'est écrit sur la porte ! Détendez-vous un peu !
Nous avons bu nos boissons chaudes en sa compagnie, elle était pour le moins différente des gens que nous fréquentions habituellement. Très bourgeoise BCBG, ça c'est sûr, des bagouses à presque tous les doigts, assez éloignée de ma Véro qui affichait sans complexe ses gros seins et ses fesses dodues dans sa robe moulante. Mais, franchement, elle semblait nous respecter, malgré mes doigts écorchés et nos fringues ordinaires, et elle ne nous parlait pas comme à des demeurés.
- Venez, je vais vous montrer quelque chose. Elle a pris Véro par le bras comme une bonne copine et nous a guidés jusqu'à un tableau aussi nul que les autres selon moi.
- Voilà Véronique, dites-moi ce que vous voyez, soyez cash comme tout à l'heure !
- Je vois…je vois des ronds et des carrés mélangés, des couleurs, et c'est pas au milieu du tableau, il reste plein de place vide à droite, comme si le peintre avait pas eu le temps de finir.
- Sébastien, votre amie a fait une première analyse très intéressante, en décrivant avec précision ce qu'elle voit. Attention toutefois quand on décrit comme vous l'avez fait, d'utiliser des mots aussi précis que votre regard. Les ronds, Véronique, sont plutôt des cercles, et le reste des figures géométriques à quatre côtés, disons des quadrilatères parce qu'ils ne sont pas réguliers comme des carrés.
- Voilà Véronique, dites-moi ce que vous voyez, soyez cash comme tout à l'heure !
- Je vois…je vois des ronds et des carrés mélangés, des couleurs, et c'est pas au milieu du tableau, il reste plein de place vide à droite, comme si le peintre avait pas eu le temps de finir.
- Sébastien, votre amie a fait une première analyse très intéressante, en décrivant avec précision ce qu'elle voit. Attention toutefois quand on décrit comme vous l'avez fait, d'utiliser des mots aussi précis que votre regard. Les ronds, Véronique, sont plutôt des cercles, et le reste des figures géométriques à quatre côtés, disons des quadrilatères parce qu'ils ne sont pas réguliers comme des carrés.
En dix minutes, Bérénice nous a appris plus de vocabulaire qu'en douze ans d'école, elle était incroyable. Chromatisme, décentrage, imbrication…Moi j'adorais et je buvais ses paroles, Véro semblait moins accrochée.
L'explication a duré plus d'une heure, que je n'ai pas vue passer. Bérénice nous a initiés à l'interprétation basique de quelques symboles, les cercles, les figures fermées, le vide, le blanc et le noir, jamais personne n'avait pris du temps pour nous comme elle le faisait, avec douceur et patience, avec un naturel désarmant.
Quand elle a terminé notre initiation, son regard brillait, on la sentait passionnée et intarissable.
L'explication a duré plus d'une heure, que je n'ai pas vue passer. Bérénice nous a initiés à l'interprétation basique de quelques symboles, les cercles, les figures fermées, le vide, le blanc et le noir, jamais personne n'avait pris du temps pour nous comme elle le faisait, avec douceur et patience, avec un naturel désarmant.
Quand elle a terminé notre initiation, son regard brillait, on la sentait passionnée et intarissable.
- Oh Madame…Bérénice, jamais on aurait pu imaginer tout ça, toutes ces choses cachées dans une…un tableau, c'est magnifique. Merci beaucoup, vous avez été une professeure bien meilleure que tous ceux qu'on a eus dans notre vie vous savez !
- Oh que de compliments, Sébastien, mais croyez-moi, c'est facile de transmettre quand on aime. Si l'art moderne vous effraie un peu moins, ou même vous intéresse, sachez qu'une fois par mois, ici, je donne non pas un cours, ce serait prétentieux, mais j'organise une petite séance de deux heures autour d'un ou deux tableaux, avec des commentaires, des questions, c'est assez détendu, ouvert à tout le monde et c'est gratuit, alors si une fois cela vous tente…Tout est indiqué sur mon site internet, et dans ce domaine votre génération est bien plus compétente que moi ! Alors peut-être à une autre fois ?
- Oh que de compliments, Sébastien, mais croyez-moi, c'est facile de transmettre quand on aime. Si l'art moderne vous effraie un peu moins, ou même vous intéresse, sachez qu'une fois par mois, ici, je donne non pas un cours, ce serait prétentieux, mais j'organise une petite séance de deux heures autour d'un ou deux tableaux, avec des commentaires, des questions, c'est assez détendu, ouvert à tout le monde et c'est gratuit, alors si une fois cela vous tente…Tout est indiqué sur mon site internet, et dans ce domaine votre génération est bien plus compétente que moi ! Alors peut-être à une autre fois ?
A notre grande stupéfaction Bérénice nous a fait la bise, elle portait un délicieux parfum et sa peau était d'une étonnante douceur pour son âge, qu'en fait je ne connaissais pas. Une fois dehors, sous la flotte, j'étais encore sous le charme.
- Eh ben, elle t'a fait de l'effet la vieille bourge, je crois que si elle t'avait demandé de te dessaper tu l'aurais fait ! Moi je crois que tu lui as tapé dans l'œil, à la Bérénice, elle serait pas contre que toi tu lui montres comment on utilise un « cylindre de chair » pour « l'imbriquer étroitement » dans son petit cul !
- Oh Véro, tu déconnes ou quoi ? C'est une dame, pas une gagneuse ! Elle nous a pas traités comme des bouseux, elle a essayé de nous rendre moins beaufs et toi tu vois du cul ! Des fois tu m'étonnes, quand même.
- Moi je suis une femme et je sais en reconnaître une qu'a le feu au cul. C'est tout. Oublie pas qu'avant de te connaître j'ai fait un peu de porno, alors question cul on me la fait pas. Elle, si tu lui colles la main au panier, elle va glousser mais pas te coller une mornifle, trop contente qu'on lui pelote les miches, voire plus si affinités. Elle est en manque de chair fraîche, moi je te dis.
- Oh Véro, tu déconnes ou quoi ? C'est une dame, pas une gagneuse ! Elle nous a pas traités comme des bouseux, elle a essayé de nous rendre moins beaufs et toi tu vois du cul ! Des fois tu m'étonnes, quand même.
- Moi je suis une femme et je sais en reconnaître une qu'a le feu au cul. C'est tout. Oublie pas qu'avant de te connaître j'ai fait un peu de porno, alors question cul on me la fait pas. Elle, si tu lui colles la main au panier, elle va glousser mais pas te coller une mornifle, trop contente qu'on lui pelote les miches, voire plus si affinités. Elle est en manque de chair fraîche, moi je te dis.
On marchait vers la gare d'un pas pressé au vu de la météo, mais j'ai réagi, en mettant la main au cul rebondi de ma Véro moulé dans sa robe étroite.
- Et toi ma chérie, mornifle ou gloussement ?
- Oh ! Pas en pleine rue ! Mais t'as intérêt à « m'imbriquer le cylindre dans l'ouverture » et à « combler ma béance » en arrivant à la baraque, monsieur l'artiste !
- Oh ! Pas en pleine rue ! Mais t'as intérêt à « m'imbriquer le cylindre dans l'ouverture » et à « combler ma béance » en arrivant à la baraque, monsieur l'artiste !
Nous avons fait l'amour sauvagement, Véro était déchaînée, je l'ai prise contre la porte d'entrée à peine arrivés, et nous avons terminé sur le tapis du salon, en levrette, par un orgasme fulgurant, nous laissant à demi-fringués, haletants, transpirant.
- Oh putain, qu'est-ce que tu m'as mis ! J'en ai encore mal au cul…C'est la vieille bourge qui t'a excité autant ? Tu m'as démonté et inondé la chatte, regarde-moi ça, je dégouline de ta crème…Moi je veux bien que tu progresses en art moderne si tu me fais grimper aux rideaux comme ça à chaque fois !
On a repris notre vie ordinaire, sans reparler de Bérénice ni de sa galerie. Peut-être deux semaines plus tard, j'ai eu un dépannage à faire tout près de chez Bérénice, et cela m'a trotté dans la tête. Une fois la machine réparée, c'était mon dernier client de la journée, je suis allé discrètement jeter un coup d'œil à la galerie. Il y avait de la lumière, des gens, et d'autres tableaux avaient remplacé ceux de notre initiation. De loin, j'ai aperçu Bérénice, toujours aussi classe, sa fine silhouette mise en valeur par un joli tailleur, ses cheveux gris flottant comme un nuage. Je l'ai trouvée superbe, belle, j'aurais voulu entrer et me laisser bercer par sa voix si douce et ses mots originaux, mais il était tard, j'étais encore en salopettes de travail et je devais ramener la bagnole à l'entreprise.
Le soir, à la maison, je me suis connecté à internet pour regarder le site de la galerie.
On y voyait bien sûr des photos de tableaux, de Bérénice recevant ses invités lors de vernissages, mais ce qui m'a attiré ce sont les horaires des prochaines « soirées découvertes de l'art moderne », il y en avait quatre de planifiées dont une dans deux semaines. On devait s'inscrire en ligne, sans doute afin de ne pas se retrouver à cinquante personnes.
Un rapide coup d'œil à la liste des inscrits (que des prénoms, pour des raisons de protection des données) j'ai vu qu'il restait beaucoup de places pour la soirée à venir. Je craignais un peu la réaction de Véro et ses commentaires orientés, mais j'ai tenté le coup.
Elle regardait une série à la télévision, fascinée, alors j'ai attendu la coupure de la publicité pour lui parler.
Le soir, à la maison, je me suis connecté à internet pour regarder le site de la galerie.
On y voyait bien sûr des photos de tableaux, de Bérénice recevant ses invités lors de vernissages, mais ce qui m'a attiré ce sont les horaires des prochaines « soirées découvertes de l'art moderne », il y en avait quatre de planifiées dont une dans deux semaines. On devait s'inscrire en ligne, sans doute afin de ne pas se retrouver à cinquante personnes.
Un rapide coup d'œil à la liste des inscrits (que des prénoms, pour des raisons de protection des données) j'ai vu qu'il restait beaucoup de places pour la soirée à venir. Je craignais un peu la réaction de Véro et ses commentaires orientés, mais j'ai tenté le coup.
Elle regardait une série à la télévision, fascinée, alors j'ai attendu la coupure de la publicité pour lui parler.
- Véro, aujourd'hui j'ai eu un dépannage à côté de la galerie de Bérénice. Elle a mis des autres tableaux. Dans deux semaines, il y a une soirée découverte là-bas, ça m'intéresse. Tu veux venir aussi ?
Son regard s'est littéralement vrillé dans le mien, son visage affichant un sourire carnassier.
- Ah, ben voilà…Elle te manque, la belle bourge embagousée ? Remarque, si en rentrant tu me culbutes comme la dernière fois je te laisse y aller ! Moi elle me saoule un peu ta bourgeoise, son business ça m'intéresse pas, surtout qu'on n'aura jamais l'occasion de lui acheter un de ses coloriages de vieux friqué alors pourquoi perdre mon temps à l'écouter jacter ?
- Je te trouve un peu sévère avec elle, c'est une femme cultivée mais qui ne se la pète pas, c'est rare, elle ne nous a pas snobés alors qu'elle a bien pigé que ni toi ni moi on est candidat aux prix Nobel.
- Je t'ai déjà dit ce que j'en pense…Bon, si tu la fourres mets une capote, des fois qu'elle aurait la moule accueillante et que tu sois pas le premier, je veux pas me retrouver plombée.
- Je te trouve un peu sévère avec elle, c'est une femme cultivée mais qui ne se la pète pas, c'est rare, elle ne nous a pas snobés alors qu'elle a bien pigé que ni toi ni moi on est candidat aux prix Nobel.
- Je t'ai déjà dit ce que j'en pense…Bon, si tu la fourres mets une capote, des fois qu'elle aurait la moule accueillante et que tu sois pas le premier, je veux pas me retrouver plombée.
Véro et moi n'étions pas mariés, mais sans nous être juré fidélité absolue nous ne pratiquions pas « le polyamour », notre sexualité nous convenait assez bien, l'expérience de Véronique dans ce domaine rendant nos ébats plutôt variés. J'ai été choqué de sa grossièreté gratuite, mais je n'ai pas insisté, connaissant son caractère un peu borné.
Le jour de la soirée découverte je suis rentré un peu plus tôt, me doucher et me changer, histoire de ne pas trop passer pour un loqueteux. Je n'avais aucune idée du public de ce genre de soirée, et je me suis promis de la fermer et d'écouter pour ne pas me couvrir de ridicule par des questions de beauf ignare. J'ai mis un jean propre, une chemise et une paire de mocassins, un peu ma « tenue du dimanche » mais je n'avais rien d'autre.
La soirée débutait à vingt heures. Comme le train arrivait à dix-neuf heures trente, je me suis baladé un peu dans le quartier, où il y avait plusieurs autres galeries, souvent plus petites que celles de Bérénice, et moins achalandées. A l'heure dite j'ai poussé la porte, un peu intimidé.
Le jour de la soirée découverte je suis rentré un peu plus tôt, me doucher et me changer, histoire de ne pas trop passer pour un loqueteux. Je n'avais aucune idée du public de ce genre de soirée, et je me suis promis de la fermer et d'écouter pour ne pas me couvrir de ridicule par des questions de beauf ignare. J'ai mis un jean propre, une chemise et une paire de mocassins, un peu ma « tenue du dimanche » mais je n'avais rien d'autre.
La soirée débutait à vingt heures. Comme le train arrivait à dix-neuf heures trente, je me suis baladé un peu dans le quartier, où il y avait plusieurs autres galeries, souvent plus petites que celles de Bérénice, et moins achalandées. A l'heure dite j'ai poussé la porte, un peu intimidé.
- Mais…c'est Sébastien, mon jeune artiste des jours de pluie ! Bonsoir jeune homme !
J'étais sur le cul qu'elle me reconnaisse au vu du nombre de gens qu'elle devait vois défiler. Très chaleureuse, Bérénice est venue me faire la bise, ses mains sur mes épaules, l'air autour de moi soudain remplacé par son délicat parfum, ce qui m'a détendu et enchanté.
- Quel honneur de vous revoir, je suis très flattée que la jeunesse s'intéresse à l'art moderne. Vous allez bien ?
- Oui Madame, très bien, vous aussi j'espère.
- Oh Sébastien…Madame…Non, non, ici je suis Bérénice. Madame c'est à la banque pour emprunter de l'argent ou à la police quand j'ai conduit trop vite ! Venez vous asseoir, il y a peu de monde ce soir, plusieurs annulations de dernière minute. Véro ne vous a pas accompagné ?
- Oui Madame, très bien, vous aussi j'espère.
- Oh Sébastien…Madame…Non, non, ici je suis Bérénice. Madame c'est à la banque pour emprunter de l'argent ou à la police quand j'ai conduit trop vite ! Venez vous asseoir, il y a peu de monde ce soir, plusieurs annulations de dernière minute. Véro ne vous a pas accompagné ?
Qu'elle se souvienne du prénom de ma copine m'a aussi surpris, alors qu'elle ne nous avait vus qu'une seule fois.
- Non, elle était un peu fatiguée et ne voulait pas ressortir.
Se penchant à mon oreille, elle a murmuré
- Eh bien vous lui raconterez votre soirée, et elle regrettera de ne pas y avoir assisté…
Sur ce, elle est allée saluer d'autres participants, virevoltant de l'un à l'autre, assez familière avec certains, j'admirais son aisance, son élégance soignée de femme mature. Nous étions neuf personnes mais il y avait dix-huit chaises, j'ai compté.
Bérénice nous a présenté les deux tableaux de la soirée, brièvement, aucun des deux ne m'inspirait la moindre chose. Les premières questions sont venues, certaines très basiques (cela m'a rassuré), d'autres pointues voire prétentieuses, pleine de jargon savant, posées par un grand type à la voix de curé. Bérénice ne devait pas l'apprécier, car sa réponse a presque été cinglante.
Bérénice nous a présenté les deux tableaux de la soirée, brièvement, aucun des deux ne m'inspirait la moindre chose. Les premières questions sont venues, certaines très basiques (cela m'a rassuré), d'autres pointues voire prétentieuses, pleine de jargon savant, posées par un grand type à la voix de curé. Bérénice ne devait pas l'apprécier, car sa réponse a presque été cinglante.
- Non, pas du tout. Vous confondez deux concepts, celui de…et celui de….ce qui dénote un parti pris manifeste contre l'artiste et ne saurait être développé ici.
Je n'ai pas du tout compris de quoi elle parlait, mais le mec s'est levé, a salué poliment et s'est tiré en claquant la porte.
- Désolé Messieurs-Dames, mais un artiste raté qui vient chez moi cracher sur ce que je j'expose n'a rien à faire ici. Bon débarras !
L'heure suivante a été passionnante, les questions presque à ma portée et les réponses de notre hôtesse emplies de bienveillance (le mot à la mode partout, je m'y mettais aussi…). Au bout d'une heure l'éclatante Bérénice a proposé un petit quart d'heure de pose, en s'excusant de ne pas pouvoir servir de café à cause d'une panne soudaine de la machine. Deux dames âgées, que l'on n'avait pas entendues, ont manifesté leur déception de manière presque excessive.
Discrètement, je me suis approché de Bérénice.
Discrètement, je me suis approché de Bérénice.
- Madame….pardon, Bérénice, vous permettez que je regarde la machine à café ? C'est un domaine que je connais un peu…Mais je n'ai aucun outil, vous n'avez pas au moins un tournevis ?
- Sébastien, vous êtes la Providence ! Venez !
- Sébastien, vous êtes la Providence ! Venez !
Elle m'a pris la main et m'a entraîné dans une sorte de réserve, un peu bordélique, encombrée de tableau, de chaises, il y avait même un lit dans un coin, avec table de nuit, lampe de chevet, je me suis demandé qui pouvait bien avoir envie de pioncer dans un pareil endroit.
- Mon ex-mari n'a pas réussi à tout me voler, il a laissé ça, il bricolait pas mal et m'aidait souvent pour les accrochages.
Il y avait une superbe mallette d'outils, complète, une visseuse et plein d'outils en bon état. J'en ai pris quelques-uns et suis retourné à la machine à café. En moins de cinq minutes j'ai réussi à la remettre en marche, provisoirement en tout cas.
- Voilà Bérénice, vous pouvez l'utiliser. Je vais remettre les outils à leur place.
A mon retour j'ai eu droit à une ovation des quelques personnes présentes, sur demande de la maîtresse des lieux ! J'ai dû virer au rouge écarlate.
- Laissez-moi vous présenter le héros de la soirée, Sébastien ! Vous voyez, Mesdames et Messieurs, pendant que nous autres « artistes » discutons de choses un peu futiles, lui il agit. Vite, avec précision, en artiste de la mécanique, sans palabrer des heures ! Merci de l'applaudir !
J'ai eu droit à une bise appuyée de Bérénice, devant tout le monde, qui une fois encore m'a soufflé à l'oreille
- Tu m'as sauvé la soirée Sébastien, les deux rombières de gauche sont insupportables et m'emmerdent à chaque fois que cette putain de machine tombe en panne !
Ce tutoiement discret et cette familiarité m'ont déstabilisé, Bérénice et moi n'étant pas vraiment du même monde, pourquoi ce rapprochement ?
La suite a été très agréable, j'ai encore appris plein de choses sur l'histoire de la peinture, la toile, les types de gouache, l'aquarelle, le lavis et mille autres choses encore, Bérénice n'hésitant pas à changer complètement de sujet en fonction des questions. De par ma formation d'électricien j'étais un peu habitué à la lecture des courbes sinusoïdales, et comme un des tableaux, très tourmenté, en comportait plusieurs, certaines discrètes mais d'autres plus voyantes, j'ai osé demander s'il n'y avait pas là une référence à la puissance et à l'énergie.
La suite a été très agréable, j'ai encore appris plein de choses sur l'histoire de la peinture, la toile, les types de gouache, l'aquarelle, le lavis et mille autres choses encore, Bérénice n'hésitant pas à changer complètement de sujet en fonction des questions. De par ma formation d'électricien j'étais un peu habitué à la lecture des courbes sinusoïdales, et comme un des tableaux, très tourmenté, en comportait plusieurs, certaines discrètes mais d'autres plus voyantes, j'ai osé demander s'il n'y avait pas là une référence à la puissance et à l'énergie.
- Sébastien ! Vous allez devenir critique d'art… ! Je n'avais absolument pas du tout remarqué ce détail, vous venez de me faire découvrir un sens complètement ignoré de l'œuvre alors que cela crève les yeux ! Bravo, et n'hésitez pas à formuler d'autres remarques tant elles sont pertinentes. Vous voyez Messieurs-Dames, nous avons beaucoup à apprendre de notre jeunesse !
Je flottais en apesanteur…La soirée s'est achevée, ma tête bourdonnait de choses nouvelles que mon cerveau allait devoir enregistrer, lui qui jusqu'à présent se limitait aux percolateurs et aux machines à laver. Bérénice raccompagnait les participants à la porte de la galerie, et au moment où j'allais sortir elle m'a pris le bras.
- Oh Sébastien, vous auriez juste quelques minutes pour moi ? Ce sera bref, n'ayez crainte, et si de ma faute vous ratez votre train je vous ramène en voiture.
Quelle classe, cette Bérénice, son charme, sa distinction, son aisance à s'exprimer m'éblouissaient. Je n'ai pas osé dire non.
- Bien sûr, et ne vous inquiétez pas pour le train, il y en a régulièrement.
La porte refermée, le ton a changé.
- Tu sais – tu es d'accord que l'on se tutoie ? – les deux vieilles biques dont je t'ai parlé sont de bonnes clientes et m'achètent régulièrement des toiles pour accrocher dans leurs quatre ou cinq maisons, mais elles sont insupportables, râleuses, elles me font chier régulièrement et je dois me contenir pour ne pas les foutre dehors à coups de pompes dans le cul. Tu as été magnifique, merci infiniment de mon sauvetage en direct, j'ai une dette envers toi maintenant…
Déstabilisé à nouveau par cette soudaine proximité, ce ton ordinaire, ce relâchement, j'ai eu de la peine à répondre.
- Mais non, Madame, vous n'avez aucune dette ! J'ai fait trois minutes pour réparer la machine, pas de quoi s'éterniser là-dessus. C'est moi qui ai une dette, avec tout ce que j'ai appris gratuitement ce soir…
- Sébastien, arrête de me donner du Madame ! J'ai dit qu'on se tutoie, et comme tu es chez moi tu fais comme je te dis !
- Sébastien, arrête de me donner du Madame ! J'ai dit qu'on se tutoie, et comme tu es chez moi tu fais comme je te dis !
Sur ce elle a éclaté de rire, et sans crier gare elle a pris mon visage à deux mains pour m'embrasser sur la joue, y laissant une marque de rouge à lèvres.
- Tu es adorable toi, j'ai de la chance que tu sois venu ! Bon, écoute-moi maintenant.
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