L’amour de l’art et l’art de l’amour
– 2 – Lumière et pénombre
Résumé de l’épisode précédent : Sébastien, jeune électricien reconverti en dépanneur d’appareils électroménagers, entre par hasard avec sa compagne Véronique dans une galerie d’art moderne pour échapper à la pluie. Suite à un commentaire peu discret sur les œuvres exposées, Bérénice, la propriétaire de la galerie, leur propose quelques explications pour mieux comprendre les tableaux. Sébastien tombe sous le charme de cette élégante et brillante quinquagénaire, Véronique se moque un peu de lui, certaine que Bérénice est en manque d’amour et veut séduire Sébastien.
— D’après ce que j’ai compris, tu es électricien, c’est juste ?
— Oui, mais comme j’en avais un peu marre du chantier et de ses conditions de travail pénibles, je me suis reconverti en dépanneur d’appareils électroménagers, notamment les machines à café comme vous avez…
Elle a presque hurlé
— …comme TU !
— …comme tu as pu le voir.
— C’est parfait. Tu as vu que les tableaux, il leur faut un éclairage particulier, selon les désirs de l’artiste qui expose et que ça change en fonction des œuvres, c’est compliqué. Avant qu’il se barre avec sa jeune pouffe, mon mari s’en occupait. Moi, je sais pas le faire, et les quelques types que j’ai engagés m’ont soit fait de la merde, soit étaient toujours à la bourre, soit me demandaient des sommes hallucinantes. Je cherche une personne de confiance, assez rapidement, et je crois que je l’ai trouvée.
Son regard ne me quittait plus, j’étais quasi pétrifié par son charisme, son autorité naturelle, jamais une femme ne m’avait autant impressionné. Je suis resté muet.
— Oh Sébastien, tu m’as entendue ?
— Oui oui, mais… mais… vous savez… enfin tu sais que je ne connais rien à la peinture, je ne sais pas comment il faut éclairer les tableaux… Et puis j’ai un boulot fixe, assez stable…
— Attends… Je ne te demande pas de quitter ton boulot ! Par contre, si une fois par mois tu es disponible disons un samedi et deux soirs pour m’aider à l’accrochage et à la modification de l’éclairage, tu feras de moi la plus heureuse des femmes ! Évidemment ce n’est pas du bénévolat, je te paierai, tu me diras combien tu veux et on discutera. Pas besoin de me répondre maintenant, j’imagine que tu vas en discuter avec ta copine, si tu veux je peux même la rencontrer et lui expliquer directement.
— Oh là là… Vous allez… Tu vas vite, toi, jamais je n’aurais imaginé tout ça… C’est… c’est incroyable… Mais pourquoi moi ? Des électriciens il y en a plein…
— Peut-être, mais pas des comme toi. Tu es jeune et vif d’esprit, tu es curieux, tu comprends vite, tu m’as en quelque sorte séduite, jeune homme… et je suis plutôt difficile en la matière !
En disant cela, j’ai vu son visage changer, son regard est devenu plus doux, accompagné d’un sourire indéfinissable. Je l’ai trouvée à la fois belle et inquiétante, mais comme je n’avais jamais rencontré de femme comme elle j’ignorais comment réagir, de peur de la froisser ou de passer pour un con.
— C’est gentil, merci. Je… je vais en parler à Véro et je te redis, mais en fait je ne sais pas comment te joindre.
— Ah oui, c’est juste. Tiens, ma carte, attention c’est mon numéro personnel, pas celui de la galerie. Ne le donne à personne s’il te plaît, et pour le moment ne parle à personne de cette proposition à part à ta compagne évidemment. Je te veux pour moi toute seule, mon trésor !
Oh putain… « Mon trésor » qu’elle m’a appelé, on s’est vu deux fois dans notre vie et j’ai l’impression que je lui appartiens ! D’accord, elle est classe, plutôt sexy mais bon, si c’est son caractère de driver des larbins à la cravache, faut quand même pas que je la laisse trop se faire des idées.
— Si je répète ça tel quel à Véro, tu risques bien de devoir trouver fissah un autre électricien…
Bérénice s’est mise à rire de bon cœur, je la trouvais encore plus belle quand elle se lâchait.
— Tu vois, j’avais raison, tu es vif d’esprit, tu réagis vite, parce que tu penses déjà : « Oh la vieille, tu te calmes là, je suis pas ton trésor et j’appartiens à personne moi ! » Tu es un vrai trésor je te dis ! Et comme je veux te garder, il vaut mieux que j’enlève de ta joue la marque de mon rouge à lèvres !
Avec une certaine grâce, elle a léché son index et m’a nettoyé la joue, une exquise douceur, je n’en revenais pas alors à mon tour j’ai ri de son exagération pas si excessive, et j’avoue avoir éprouvé une certaine fierté d’être ainsi estimé par une dame de son rang social. Nous avons échangé encore quelques mots, enfin elle surtout, d’une voix très douce, me couvant du regard à m’en mettre mal à l’aise.
— Tu sais Sébastien, j’étais presque jalouse et fâchée que tu aies suggéré dans l’œuvre examinée les symboles énergétiques alors que moi, la soi-disant professionnelle, je n’avais rien remarqué. Faute grave, la Bérénice ! Tu as fait fort, là, sur mon propre terrain où je n’ai pas l’habitude que l’on me mette face à mon ignorance, vexée j’ai failli dire que c’était une hypothèse ridicule mais je ne l’ai pas fait, tu mérites beaucoup mieux que ça, je veux valoriser ta formidable faculté d’observation.
— Tu me surestimes, Bérénice, j’ai eu du bol, c’est tout, pas de quoi faire un discours.
— Peut-être, mais ici c’est chez moi jeune homme, et comme tu le sais, chez moi je suis en général la seule qui décide !
J’allais lui répondre mais elle s’est rapprochée de moi, à quelques centimètres, son parfum la précédant de peu, et elle a délicatement posé son index manucuré sur mes lèvres.
— Ne dis plus rien, Sébastien, réfléchis et appelle-moi quand tu veux, « Trésor… »
Son rapide baiser sur mes lèvres m’a fait frissonner, elle était vraiment surprenante.
Dans le train du retour, j’ai retourné dans tous les sens sa proposition, me demandant si je devais accepter de travailler pour une femme pareille, aussi autoritaire, sûre d’elle mais aussi franche, plutôt directe, on sait à quoi s’en tenir : tu fais comme elle veut tu restes, tu fais pas tu dégages. Simple, mais efficace.
Quand je suis arrivé à la maison Véro allait juste se coucher.
— Alors l’artiste, tu lui as joué du bâton à la taulière ?
— Véro, tu exagères là, elle a pas le feu au cul Bérénice, pas du tout, et non je ne l’ai pas baisée, j’ai gardé mes réserves pour toi, espèce d’obsédée du cul ! Je vais te le défoncer, mais avant laisse-moi te raconter.
— Eh ben… en effet elle t’apprécie la bourge, bosser pour elle… c’est peut-être une bonne affaire, elle doit connaître du beau monde, avoir un réseau de vieux friqués… En plus faut reconnaître qu’elle est encore sacrément bandante pour son âge, alors si tu veux la grimper vas-y, mais moi je serai quand même un peu jalouse de son tout petit cul et de ses nibards de gamine qui ont l’air de te faire bander autant que mes rondeurs !
— C’est vrai que toi, de ce côté-là, t’es plutôt pas mal fournie ma salope… D’ailleurs…
Nous avons fait l’amour en disant des cochonneries, en imitant grossièrement Bérénice Oh mon chéri, j’apprécierais que vous me léchiez la vulve… Oh oui Sébastien, ce doigt dans mon cercle anal, quel symbole fort… Mais vous êtes imbriqué profondément dans ma chatte, jeune homme… et nous avons joui en criant avant de nous endormir, la peau collante de nos fluides, heureux.
Le lendemain, j’ai appelé Bérénice pour l’informer de mon accord et de celui de Véro à lui donner un coup de main de temps à autre.
— Oh Sébastien, tu ne peux pas imaginer ce que je ressens ! Un immense soulagement et une grande joie de travailler avec toi, nous avons plein de choses à partager. Est-ce que tu arrives à passer à la galerie une fois en fin d’après-midi afin que je te montre ce qu’il y aurait à faire ou à contrôler ? Le prochain accrochage est dans trois semaines, et le temps passe vite…
On peut dire qu’elle savait ce qu’elle voulait la Bérénice, ça partait en flèche la collaboration. Je me suis démerdé pour terminer plus vite un soir et pour garder la bagnole de la boîte, et vers seize heures trente j’ai débarqué à la galerie, fermée cet après-midi-là. Bérénice m’attendait, très élégante dans sa longue jupe fendue jusqu’au genou et son chemisier blanc cintré au décolleté profond, à peine déformé par ses deux petits seins. Ses cheveux tout gris coiffés un peu « sauvage » et son regard pétillant derrière ses grandes lunettes lui donnaient un charme fou, je la trouvais très belle.
La porte refermée elle m’a sauté au cou.
— Oh mon sauveur ! Laisse-moi t’embrasser comme tu le mérites !
Elle ne m’a juste pas roulé une galoche mais on n’en était pas loin, je bandais ! Est-ce qu’elle m’attirait sexuellement ? Je n’en savais rien et n’aurais jamais osé tenter un geste, de peur de me ramasser une beigne à bagouses.
— Quel accueil, tu exagères un peu, là ! Excuse ma tenue, mais j’arrive directement du boulot.
Je portais un pantalon de travail et un t-shirt aux couleurs de l’entreprise, propres, mais évidemment un peu incongrus face à l’élégance de mon hôtesse.
— Quoi ta tenue ? C’est celle du type qui bosse, qui se décarcasse ! Regarde-moi, j’ai aussi une tenue de travail, celle de la vieille bourge BCBG qui veut fourguer ses croûtes aux autres bourges, en excitant un peu les mâles mais sans rendre jalouses leur femme sinon je ne vends rien ! Tu vois, chacun son rôle et son costard ! Viens, je te fais la visite.
L’éclairage était assez hétérogène, un mélange anarchique du meilleur comme du pire, de l’halogène surconsommateur, un peu de LED, de l’encastré, des rampes modulables, mais aucun filtre ni aucune commande électronique, et des emplacements parfois mal choisis selon moi. J’ai suggéré à Bérénice que, pour certains tableaux, il était important de pouvoir modifier la température des couleurs ou même jouer avec des filtres légèrement colorés pour mieux faire ressortir certaines teintes. Elle ouvrait de grands yeux, son bagage technique limité entravait un peu la compréhension.
Fort de mes connaissances acquises lors de mon BP (Brevet Professionnel) module « éclairage et aménagement intérieur », je lui ai proposé un petit cours d’introduction.
— On échange les rôles ce soir, assieds-toi, et arrête-moi pour poser des questions dès que tu es larguée.
J’ai essayé de faire court, pas trop décousu, je n’avais jamais animé de « soirées éclairage », moi… Lux, Lumen, degrés Kelvin, Watts et Ampères, (puissance et intensité) infrarouges et longueurs d’ondes, bref la base.
En quarante minutes j’avais fini, Bérénice me regardait comme un extra-terrestre, figée, je pensais qu’elle n’avait rien compris. C’était mal la connaître.
— Sébastien, pour la deuxième fois tu me remets à ma place, je croyais maîtriser tous ces paramètres et je me rends compte que ce n’est pas le cas. J’ai beau être chez moi, ce soir c’est toi qui décides : fais-moi une liste des améliorations que l’on peut apporter rapidement, et si possible combien ça coûte. J’ai une petite réserve financière, mais pas une fortune. Tu penses qu’il faut commencer par quoi ?
Je lui ai fait un bref topo sur les variateurs, les commandes par smartphone et wifi, pas très chères, pour faire varier les éclairages à tout moment sans que personne ne le remarque, et suggéré que dans un premier temps on « modernise » une seule salle d’exposition, lui montrant les secteurs faciles à modifier sans rien démonter.
Bérénice a poussé un long soupir, s’est levée, et m’a rejoint au milieu de la salle où je gesticulais pour lui désigner les éclairages concernés. Se tenant debout, son parfum comme seule distance entre elle et moi, sa main a effleuré ma joue.
— Elle en a de la chance, Véro, de vivre avec un homme comme toi… J’espère qu’elle le sait, parce qu’un aussi adorable, aussi malin, aussi honnête que toi c’est unique, d’ailleurs je n’en ai jamais rencontré. Dommage…
Un peu crispé par cette approche sortant du cadre initial, j’ai essayé de me montrer chaleureux avec Bérénice, que j’admirais sans vraiment oser le lui dire.
— Tu sais Bérénice, Véro et moi on n’a pas des mots comme toi pour dire ce qu’on sent, on habite ensemble parce que les deux y trouvent leur compte, mais on en parle pas. Véro elle est un peu directe des fois, alors on s’engueule avec des vilains mots, et puis après on… enfin je veux dire que… que quand on va au lit ça passe, voilà.
Bérénice a souri, sa main est retombée.
— Je comprends, vous êtes jeunes, pleins d’énergie et de vie, et puis si je me souviens bien Véronique a un corps magnifique, avec des rondeurs à rendre jalouses bien des femmes, moi la première, qui n’a pas de cul, presque pas de seins… Alors forcément, tu dois me trouver un peu conne dans mes réflexions.
— Bérénice, une femme c’est pas seulement un cul et des nichons. Toi, c’est vrai que la nature ne t’a pas beaucoup donné à ces endroits-là, mais tu vois bien que je suis quand même très impressionné par toi, que j’ai accepté de travailler un peu avec toi, alors que rien ni personne ne m’y oblige… enfin… à part toi !
— Oh Sébastien, je suis une vieille dame à tes yeux, et par rapport à Véro… ne dis pas des choses invraisemblables juste pour me faire plaisir. Bon, mais tu es quand même un jeune homme exceptionnel, alors maintenant on va dîner. Viens, je t’invite.
— Attends Bérénice, attends, je n’ai pas l’habitude de dire des trucs bidon juste pour faire plaisir, comme tu le crois. Je ne sais pas faire semblant. C’est juste que moi j’ai pas forcément les bons mots, alors des fois… j’hésite… et puis tu…
— Oh… Tu serais timide ? Non, avec une compagne comme la tienne, ça m’étonnerait… !
— Bérénice, tu me provoques, là… Alors écoute-moi. Véro, elle jure tout le temps, elle crie des cochonneries quand on… quand on fait l’amour, elle a un parfum qui pue et elle a même tourné dans des films porno, et puis même si elle me plaît je trouve que ses habits ils montrent beaucoup trop souvent son cul et ses loches ! Toi, Bérénice, tu es tout le contraire, la femme la plus classe que je connaisse, tu es élégante, avant toi je maîtrisais pas bien ce mot mais maintenant je sais ce que ça veut dire, c’est pas que tes robes de princesse, c’est tout ensemble : tu parles doucement, avec des mots que j’écoute comme une musique, tu ne dis pas sans arrêt des gros-mots, toi, et quand je te regarde bouger c’est comme si tu dansais, comme quoi il y a pas besoin de grosses fesses et de nibards comme des pastèques, ton parfum il me rend tout bizarre. Moi je te trouve très belle, Bérénice, et je me sens le dernier des ânes quand je te regarde et que je t’écoute. Voilà, c’est un peu en désordre, mais tu trieras.
C’est peu dire que mes mots ont choqué Bérénice, j’ai vu ses mains se tortiller, ses lèvres tremblaient, elle d’ordinaire si directe et si autoritaire semblait avoir perdu le contrôle.
— Mon Dieu… Sébastien… Tu me perturbes tu sais… je… je n’ai pas l’habitude des compliments… surtout pas d’un jeune homme… Oh là-là…
Ce n’était sûrement pas la réaction la plus intelligente que j’ai eue, mais dans un élan impossible à raisonner j’ai pris Bérénice dans mes bras, sans qu’elle ne manifeste la moindre résistance, et je l’ai embrassée, d’abord un léger baiser sur ses lèvres rouges, que ma langue a doucement forcées à s’ouvrir pour aller à la rencontre de la sienne qui l’a accueillie avec fougue. J’ai senti les bras de Bérénice saisir ma taille, et son corps se coller au mien. Véro avait raison… J’ai essayé de me reprendre, conscient d’avoir fait une grosse connerie.
— Excuse-moi Bérénice, je n’aurais pas dû, c’est maladroit de ma part… Mais je n’ai pas pu résister… tu es… si…
— Chut… Ne dis rien… Garde-moi juste serrée dans tes bras et dans mon rêve encore un tout petit moment… S’il te plaît Sébastien…
Je n’osais plus bouger, espérant qu’elle n’avait pas senti mon érection violente due aux mots de Véro qui tournaient en boucle dans ma tête En plus faut reconnaître qu’elle est encore sacrément bandante pour son âge, alors si tu veux la grimper vas-y, mais moi je serai quand même un peu jalouse de son tout petit cul et de ses nibards de gamine qui ont l’air de te faire bander autant que mes rondeurs !
Bérénice m’a libéré de son étreinte, et son regard fiévreux s’est rivé au mien, j’ai eu l’impression d’être transpercé de part en part.
— Si un de nous deux doit s’excuser, ce n’est sûrement pas toi. À cinquante-deux ans, se laisser aller comme une gamine avec un homme déjà en couple, je ne suis pas très fière de moi, Sébastien… Merci d’éviter de raconter à Véro ce petit moment d’égarement, elle ne mérite pas ça. Bon, viens, on va dîner.
J’étais un peu perdu, d’ordinaire pas vraiment timide avec les femmes (quand on vit avec Véro mieux vaut ne pas l’être…) là je m’en voulais. Est-ce que je venais de foutre par terre sa confiance en moi ? Allait-elle chercher quelqu’un d’autre pour l’aider ?
Nous sommes allés à pied dans un petit bistrot sympa tout proche de sa galerie, et le repas a été un enchantement.
— Vous buvez du vin, Véro et toi ?
— Rarement, déjà c’est assez cher et puis nous n’y connaissons rien, on ne sait pas distinguer un bon d’un mauvais
— Je peux vous initier ! Après l’art, le vin est un sujet qui m’intéresse, encore un truc de bourge tu vas dire ! Ce soir je te promets qu’il n’y aura que du bon, tu le mérites amplement, le mauvais ce sera si tu me fais du boulot de sagouin, « mon trésor ».
Bérénice s’est montrée craquante, riant beaucoup, me posant plein de questions sur ma vie, mon métier, et moi en retour je la bombardais de demandes sur l’art moderne, ses origines, ses grands noms. J’adorais quand elle rajustait ses lunettes ou repoussait une mèche folle, elle ne semblait pas du tout me tenir rigueur de l’avoir prise dans mes bras et de l’avoir embrassée.
J’avais laissé à la galerie mon carnet de notes et mes instruments de mesure, je suis donc retourné les chercher. Seule la première salle bénéficiait de la lumière du jour ou de celle de l’éclairage public, le reste était plongé dans l’obscurité. Mon matériel était dans la salle du fond, vers laquelle je me suis dirigé. J’ai repris ma sacoche et m’apprêtais à rejoindre Bérénice à son petit bureau à l’accueil, pour la remercier encore une fois et lui dire au revoir.
Elle m’avait devancé et se tenait debout devant moi, sa fine silhouette se découpant dans la pénombre, un peu comme un fantôme. J’ai sursauté et me suis immobilisé.
On entendait juste nos souffles, moi j’entendais mon cœur battre à mes oreilles, une tension palpable a envahi la pièce.
Une voix étranglée, à peine audible, est montée du gracieux fantôme qui me faisait face.
— Fais attention sur la route, à cette heure-ci les gens roulent vite…
Mon cœur battait anormalement vite, tout se mélangeait, pas le temps de réfléchir j’ai répondu un peu à l’arrache.
— Je serai prudent, Bérénice, mais si les autres ne le sont pas tu trouveras facilement un autre électricien.
— Le fantôme a crié « Non !! », a fait un pas en avant, moi aussi, nos bras se sont ouverts et le reste du monde s’est effacé.
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