Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Voisines (1) — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Voisines (1)
Chapitre 3
Samedi 19 septembre.
La première chose qu'elle m'ait dite, ce matin, c'est que sa mère était d'accord.
– Pour ton questionnaire, là. Sauf qu'il faudrait que tu y ailles cet après-midi, si tu peux. Parce que la semaine prochaine elle sait pas trop si elle sera disponible. Avec son boulot…
– Elle fait quoi ?
– Journaliste.
– Ah oui ? Où ça ?
– Un peu partout. Ça dépend. En attendant, j'y avais pas pensé, mais j'espère qu'elle y sera pas, ma sœur. J'ai pas envie qu'elle te connaisse.
– Dis tout de suite que je suis pas fréquentable.
– C'est pas ça, non, mais je sais comment elle est. Elle va vouloir t'accaparer. Et nous mettre toute une pagaille. Je voudrais pas. J'aime trop ça, comment on discute tous les deux le matin. En bons copains. J'ai pas envie que ça s'arrête.
– Il y a pas de raison.
– On voit que tu la connais pas. Avec elle, tout tourne toujours de travers.
– Elle fait quoi ?
– Comme boulot ? Sous prétexte qu'elle dessine pas trop mal, elle se prend pour une artiste. Mais en réalité elle glande. C'est ce qu'elle sait le mieux faire n'importe comment Elle dort. Elle sort. Elle bouffe. Et elle réclame de l'argent à ma mère. Qui gueule, mais qui lui en donne. Et à moi. Qui gueule pas, mais qui lui en donne pas. À 26 ans, il serait quand même temps qu'elle se prenne un peu sérieusement en mains, non, tu crois pas ? Sauf que, si on l'écoute, il y a aucun boulot qui soit à la hauteur de ses exceptionnelles qualités. Ça doit être parce qu'elle a arrêté l'école à seize ans. Bon, mais allez ! Assez parlé d'elle. Il y a des sujets beaucoup plus intéressants.
– Pour ton questionnaire, là. Sauf qu'il faudrait que tu y ailles cet après-midi, si tu peux. Parce que la semaine prochaine elle sait pas trop si elle sera disponible. Avec son boulot…
– Elle fait quoi ?
– Journaliste.
– Ah oui ? Où ça ?
– Un peu partout. Ça dépend. En attendant, j'y avais pas pensé, mais j'espère qu'elle y sera pas, ma sœur. J'ai pas envie qu'elle te connaisse.
– Dis tout de suite que je suis pas fréquentable.
– C'est pas ça, non, mais je sais comment elle est. Elle va vouloir t'accaparer. Et nous mettre toute une pagaille. Je voudrais pas. J'aime trop ça, comment on discute tous les deux le matin. En bons copains. J'ai pas envie que ça s'arrête.
– Il y a pas de raison.
– On voit que tu la connais pas. Avec elle, tout tourne toujours de travers.
– Elle fait quoi ?
– Comme boulot ? Sous prétexte qu'elle dessine pas trop mal, elle se prend pour une artiste. Mais en réalité elle glande. C'est ce qu'elle sait le mieux faire n'importe comment Elle dort. Elle sort. Elle bouffe. Et elle réclame de l'argent à ma mère. Qui gueule, mais qui lui en donne. Et à moi. Qui gueule pas, mais qui lui en donne pas. À 26 ans, il serait quand même temps qu'elle se prenne un peu sérieusement en mains, non, tu crois pas ? Sauf que, si on l'écoute, il y a aucun boulot qui soit à la hauteur de ses exceptionnelles qualités. Ça doit être parce qu'elle a arrêté l'école à seize ans. Bon, mais allez ! Assez parlé d'elle. Il y a des sujets beaucoup plus intéressants.
* * *
Sa mère m'a fait asseoir sur le canapé à ses côtés. Ça a été laborieux au début. Très. Elle se méfiait. Elle a voulu connaître les tenants et les aboutissants. Ça allait servir à quoi au juste ce questionnaire ? C'était anonyme au moins ? Et qui c'était qui les lirait, ses réponses ? Et ça portait sur quoi au juste ? Les premières questions, elle y a répondu du bout des lèvres Le plus brièvement possible Presque sèchement Et puis, peu à peu, elle s'est animée. Elle est devenue prolixe. On a passé pas loin d'une demi-heure sur la onzième question. Celle qui concernait la perception de la solitude.
– Et il y en a combien comme ça ?
– Quatre-vingt-dix-huit.
– Et il y en a combien comme ça ?
– Quatre-vingt-dix-huit.
Elle a roulé des yeux effarés.
– Ah, quand même !
– Ah, quand même !
Je me suis voulu rassurant.
– Oh, mais on n'est pas obligés de tout faire aujourd'hui non plus.
– En attendant, c'est calculé pour faire parler votre truc, là, hein ! Le plus possible. Faut dire aussi que j'ai pas trop l'occasion. Je suis pigiste. Une fois ici, une fois là Ça favorise pas vraiment les contacts. Et de toute façon c'est un milieu où tout le monde se tire dans les pattes. Moins on en dit et mieux on se porte.
– Vous avez vos filles.
– Oui, oh, alors elles ! Avec Pauline c'est même pas la peine d'essayer d'avoir quelque conversation que ce soit. On ne peut rien lui dire. Elle se braque tout de suite. C'est la copie conforme de son père. Je sais vraiment pas ce que je vais en faire. Rien ne l'intéresse. Ah, elle m'en donne du souci !
– Il y a Charline…
– C'est vrai qu'avec Charline c'est différent. Elle est beaucoup plus plombée que Pauline. Mais elle a tout de même les préoccupations de son âge. Et c'est ma fille. Je ne me vois vraiment pas lui faire mes confidences. Mais alors là vraiment pas.
– C'est peut-être indiscret, mais vous n'avez personne ?
– Vous voulez dire ? Un ami attitré ? J'ai déjà donné. Deux fois, merci. Et je ne tiens vraiment pas à renouveler l'expérience. Surtout maintenant. À mon âge. Vous me direz qu'on n'est pas obligé non plus de se mettre en couple pour vivre quelque chose d'épanouissant. Au contraire. On se voit quand on en a envie. On ne s'impose pas l'un à l'autre un quotidien qui devient vite fastidieux. On ne partage que les bons moments. Oui. Sauf que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, même ça, c'est pas forcément facile à trouver. Et c'est pas parce qu'on s'éclate au lit ensemble que le type, il va avoir envie de parler pour autant. Et surtout d'écouter…
– Oh, mais on n'est pas obligés de tout faire aujourd'hui non plus.
– En attendant, c'est calculé pour faire parler votre truc, là, hein ! Le plus possible. Faut dire aussi que j'ai pas trop l'occasion. Je suis pigiste. Une fois ici, une fois là Ça favorise pas vraiment les contacts. Et de toute façon c'est un milieu où tout le monde se tire dans les pattes. Moins on en dit et mieux on se porte.
– Vous avez vos filles.
– Oui, oh, alors elles ! Avec Pauline c'est même pas la peine d'essayer d'avoir quelque conversation que ce soit. On ne peut rien lui dire. Elle se braque tout de suite. C'est la copie conforme de son père. Je sais vraiment pas ce que je vais en faire. Rien ne l'intéresse. Ah, elle m'en donne du souci !
– Il y a Charline…
– C'est vrai qu'avec Charline c'est différent. Elle est beaucoup plus plombée que Pauline. Mais elle a tout de même les préoccupations de son âge. Et c'est ma fille. Je ne me vois vraiment pas lui faire mes confidences. Mais alors là vraiment pas.
– C'est peut-être indiscret, mais vous n'avez personne ?
– Vous voulez dire ? Un ami attitré ? J'ai déjà donné. Deux fois, merci. Et je ne tiens vraiment pas à renouveler l'expérience. Surtout maintenant. À mon âge. Vous me direz qu'on n'est pas obligé non plus de se mettre en couple pour vivre quelque chose d'épanouissant. Au contraire. On se voit quand on en a envie. On ne s'impose pas l'un à l'autre un quotidien qui devient vite fastidieux. On ne partage que les bons moments. Oui. Sauf que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, même ça, c'est pas forcément facile à trouver. Et c'est pas parce qu'on s'éclate au lit ensemble que le type, il va avoir envie de parler pour autant. Et surtout d'écouter…
Elle s'est levée.
‒ Excusez-moi, mais ça m'a épuisée tout ça. On reprendra. Plus tard. Je vous ferai signe.
‒ Excusez-moi, mais ça m'a épuisée tout ça. On reprendra. Plus tard. Je vous ferai signe.
Dimanche 20 septembre.
Elle faisait quoi de son dimanche après-midi, Charline ?
‒ T'en profites pour voir ton copain ?
‒ T'en profites pour voir ton copain ?
Elle a haussé les épaules.
– Oui, oh, lui !
– Vous vous êtes disputés ?
– Oh, non ! Mais il a jamais le temps. Il a toujours un truc à faire avec ses potes. Il m'agace, il y a des jours.
– Qu'est-ce tu vas faire de ton après-midi alors, si t'es pas avec lui ?
– Rien. Je vais me faire chier devant la télé. Comme d'habitude.
– C'est gai ! Et si on allait faire un tour ?
– Nous deux ?
– Ben oui, nous deux.
– Je veux bien, mais alors juste en bons copains, hein ! On se fâcherait sinon. Et ça, je veux pas.
– Oui, oh, lui !
– Vous vous êtes disputés ?
– Oh, non ! Mais il a jamais le temps. Il a toujours un truc à faire avec ses potes. Il m'agace, il y a des jours.
– Qu'est-ce tu vas faire de ton après-midi alors, si t'es pas avec lui ?
– Rien. Je vais me faire chier devant la télé. Comme d'habitude.
– C'est gai ! Et si on allait faire un tour ?
– Nous deux ?
– Ben oui, nous deux.
– Je veux bien, mais alors juste en bons copains, hein ! On se fâcherait sinon. Et ça, je veux pas.
* * *
En tout début d'après-midi, on s'est retrouvés dans la petite rue derrière. À cause de sa sœur.
– Qu'elle aille pas encore s'imaginer des trucs.
– Qu'elle aille pas encore s'imaginer des trucs.
Bon, mais elle voulait qu'on fasse quoi ? Qu'on aille où ?
– Je sais pas. On se promène un peu en discutant ? J'aime bien quand on discute. Et c'est frustrant le matin. On a le temps de rien se dire.
– Suffirait de partir un peu plus tôt. Disons, un quart d'heure. Et d'aller se boire un café.
– On pourrait, oui ! De temps en temps on pourrait.
‒ Mardi ?
‒ Si tu veux, oui, ça marche.
– Je sais pas. On se promène un peu en discutant ? J'aime bien quand on discute. Et c'est frustrant le matin. On a le temps de rien se dire.
– Suffirait de partir un peu plus tôt. Disons, un quart d'heure. Et d'aller se boire un café.
– On pourrait, oui ! De temps en temps on pourrait.
‒ Mardi ?
‒ Si tu veux, oui, ça marche.
Ce n'est pas moi qui en ai parlé. C'est elle. Presque tout de suite.
‒ Il est vraiment pas drôle, Cédric, n'empêche, si on y réfléchit bien. Non, c'est vrai, j'ai un copain et on se voit pratiquement jamais. Enfin, si ! Quand il a envie de… On se voit que pour ça en fait. Seulement moi, j'aimerais aussi qu'on fasse des trucs ensemble. Plein de trucs. Qu'on aille au ciné. En boîte. Qu'on passe du temps tous les deux. Mais jamais ça lui dit. Il a toujours autre chose à faire. Et si j'insiste, il me dit que je l'étouffe. Que si c'est pour que je l'empêche de vivre, de voir ses copains, c'est pas la peine. Qu'il vaut mieux qu'on s'en tienne là. Et moi, je m'écrase. Comme une conne. J'attends qu'il en soit…
– C'est pas vraiment une solution.
– Je sais bien. Mais c'est plus fort que moi. Et même, tiens ! Plus il a l'air de s'en foutre, plus il prend ça par-dessus la jambe et plus je suis accro à lui. Ma copine Estelle, elle me dit que je suis folle. Qu'on est folles, nous, les filles, avec les mecs. Mais c'est comme ça. J'y peux rien. Peut-être qu'à force, il finira par changer. Non ? Tu crois pas, toi ?
‒ Il est vraiment pas drôle, Cédric, n'empêche, si on y réfléchit bien. Non, c'est vrai, j'ai un copain et on se voit pratiquement jamais. Enfin, si ! Quand il a envie de… On se voit que pour ça en fait. Seulement moi, j'aimerais aussi qu'on fasse des trucs ensemble. Plein de trucs. Qu'on aille au ciné. En boîte. Qu'on passe du temps tous les deux. Mais jamais ça lui dit. Il a toujours autre chose à faire. Et si j'insiste, il me dit que je l'étouffe. Que si c'est pour que je l'empêche de vivre, de voir ses copains, c'est pas la peine. Qu'il vaut mieux qu'on s'en tienne là. Et moi, je m'écrase. Comme une conne. J'attends qu'il en soit…
– C'est pas vraiment une solution.
– Je sais bien. Mais c'est plus fort que moi. Et même, tiens ! Plus il a l'air de s'en foutre, plus il prend ça par-dessus la jambe et plus je suis accro à lui. Ma copine Estelle, elle me dit que je suis folle. Qu'on est folles, nous, les filles, avec les mecs. Mais c'est comme ça. J'y peux rien. Peut-être qu'à force, il finira par changer. Non ? Tu crois pas, toi ?
Je suis bien convaincu que non. Mais ça n'aurait pas servi à grand-chose d'essayer de l'en persuader. J'ai changé de conversation. On a parlé de choses et d'autres. Sauté du coq à l'âne. J'ai passé une excellente après-midi à ses côtés. Et apparemment elle aussi puisque, quand je lui ai proposé de se retrouver demain lundi, le lundi étant son jour de congé, elle n'a pas hésité une seule seconde.
* * *
Aussitôt son mari reparti, Émilie s'est précipitée chez moi.
– Il y avait quelqu'un chez toi vendredi.
– Oui. Deux copains.
– Et qu'est-ce tu leur as dit ?
‒ À propos de quoi ?
‒ Fais bien l'innocent !
– Rien. Il y avait pas besoin d'explications. C'était suffisamment clair.
‒ Ils ont apprécié ?
‒ Oh, pour ça, oui ! Ils y sont même allés de tout un tas de petits commentaires.
‒ Il m'a bien semblé aussi. Ils reviendront ?
– Je peux m'arranger pour…
– Quand ? Tu me diras ? Que je me débrouille pour avoir quelqu'un. Et que je trouve un prétexte pour débouler chez toi juste après. Histoire de voir la tête qu'ils ont. Et la tête qu'ils font.
– Et qu'eux voient la tienne.
‒ Aussi, oui.
– Il y avait quelqu'un chez toi vendredi.
– Oui. Deux copains.
– Et qu'est-ce tu leur as dit ?
‒ À propos de quoi ?
‒ Fais bien l'innocent !
– Rien. Il y avait pas besoin d'explications. C'était suffisamment clair.
‒ Ils ont apprécié ?
‒ Oh, pour ça, oui ! Ils y sont même allés de tout un tas de petits commentaires.
‒ Il m'a bien semblé aussi. Ils reviendront ?
– Je peux m'arranger pour…
– Quand ? Tu me diras ? Que je me débrouille pour avoir quelqu'un. Et que je trouve un prétexte pour débouler chez toi juste après. Histoire de voir la tête qu'ils ont. Et la tête qu'ils font.
– Et qu'eux voient la tienne.
‒ Aussi, oui.
Lundi 21 septembre.
Charline m'attendait, comme convenu, dans le petit bar en face du Palais de Justice. Dès qu'elle m'a aperçu, elle a souri.
– On a de la chance. Il fait un temps magnifique.
– On a de la chance. Il fait un temps magnifique.
On a remonté l'avenue Victor Hugo. Elle jetait de discrets regards sur les vitrines au passage.
– Tu peux t'arrêter regarder, hein, si tu veux.
– Oh, non ! Je veux pas t'embêter avec ça. Ça les gonfle les types en général, les magasins.
– Moi, non.
– Tu peux t'arrêter regarder, hein, si tu veux.
– Oh, non ! Je veux pas t'embêter avec ça. Ça les gonfle les types en général, les magasins.
– Moi, non.
Elle m'a jeté un petit regard vaguement interloqué.
– C'est vrai ?
– C'est vrai.
– C'est vrai ?
– C'est vrai.
Alors elle s'y est résolue. Avec hésitation d'abord. Et puis de plus en plus d'assurance. On s'arrêtait. On repartait. On repartait à nouveau.
‒ Je voudrais pas exagérer…
‒ Mais ?
– Je retournerais bien un peu en arrière. Il y a une robe qui me plaît drôlement là-bas, en haut de la rue. Et pas chère en plus. Elle y sera plus après, si ça tombe, quand je reviendrai. Et je regretterai.
‒ Je voudrais pas exagérer…
‒ Mais ?
– Je retournerais bien un peu en arrière. Il y a une robe qui me plaît drôlement là-bas, en haut de la rue. Et pas chère en plus. Elle y sera plus après, si ça tombe, quand je reviendrai. Et je regretterai.
On a fait demi-tour. On est entrés. Elle l'a essayée. Elle en a essayé une autre. Encore une autre. Plein d'autres.
Ça a duré.
La vendeuse, qui considérait manifestement, depuis le début, qu'on était en couple tous les deux, a fini par s'approcher de la cabine d'essayage.
– Ça va comme vous voulez ?
Ça a duré.
La vendeuse, qui considérait manifestement, depuis le début, qu'on était en couple tous les deux, a fini par s'approcher de la cabine d'essayage.
– Ça va comme vous voulez ?
Et elle a résolument soulevé le rideau de la cabine. Charline, qui venait de sortir d'une robe, était nue. Entièrement nue.
Juste le temps de l'entrevoir, de tout près, dans toute sa vérité. De croiser son regard effaré.
Et la vendeuse a laissé retomber le rideau. S'est excusée.
‒ Pardon !
Juste le temps de l'entrevoir, de tout près, dans toute sa vérité. De croiser son regard effaré.
Et la vendeuse a laissé retomber le rideau. S'est excusée.
‒ Pardon !
Au-dehors, sur le trottoir, on a marché quelques instants en silence. Un silence gêné. Un silence qu'elle a fini par rompre.
‒ Je suis désolée.
‒ Je suis désolée.
Sans me regarder.
‒ Oh, mais t'as pas à l'être, hein ! C'est pas un drame.
‒ Ben, oui, mais…
‒ Si tu mets pas de culotte, c'est que tu te sens mieux comme ça. Et puis voilà…
‒ Oh, mais t'as pas à l'être, hein ! C'est pas un drame.
‒ Ben, oui, mais…
‒ Si tu mets pas de culotte, c'est que tu te sens mieux comme ça. Et puis voilà…
Elle a aussitôt saisi la perche que je lui tendais.
‒ Voilà, oui.
‒ Voilà, oui.
Un oui soulagé. Parce que c'était l'explication la moins embarrassante pour elle. Mais une explication qui pouvait néanmoins donner à penser qu'elle n'en portait quasiment jamais. Aussi a-t-elle cru bon de préciser aussitôt, la mine un peu contrite.
‒ Oh, mais c'est pas tout le temps non plus, hein !
‒ Mais très souvent quand même. Normal, attends ! Si tu te sens plus à l'aise comme ça…
‒ Oh, mais c'est pas tout le temps non plus, hein !
‒ Mais très souvent quand même. Normal, attends ! Si tu te sens plus à l'aise comme ça…
Elle n'a pas cherché à me détromper. Elle n'a rien dit. Sans doute craignait-elle, en poursuivant cette conversation, de s'enferrer.
On a encore marché quelques instants en silence. On croisait des gens. De plus en plus de gens.
J'y suis allé sur la pointe des pieds.
‒ Non, et puis ce qu'il y a aussi, j'imagine, c'est que ça doit avoir un petit côté savoureux de se promener comme ça au milieu des gens et de se dire qu'ils savent pas. Que personne se doute. Non ?
On a encore marché quelques instants en silence. On croisait des gens. De plus en plus de gens.
J'y suis allé sur la pointe des pieds.
‒ Non, et puis ce qu'il y a aussi, j'imagine, c'est que ça doit avoir un petit côté savoureux de se promener comme ça au milieu des gens et de se dire qu'ils savent pas. Que personne se doute. Non ?
Elle m'a coulé un regard en biais.
‒ Un peu, oui.
‒ Sans compter qu'il y a un risque. Ça doit faire une de ces montées d'adrénaline ! Il y a toujours un risque. Un brusque coup de vent. La robe qui s'accroche quelque part. Ou n'importe quoi. Le truc imprévisible. Comme là, tout à l'heure.
‒ Un peu, oui.
‒ Sans compter qu'il y a un risque. Ça doit faire une de ces montées d'adrénaline ! Il y a toujours un risque. Un brusque coup de vent. La robe qui s'accroche quelque part. Ou n'importe quoi. Le truc imprévisible. Comme là, tout à l'heure.
Elle a froncé les sourcils.
‒ N'empêche qu'elle était quand même sacrément gonflée, cette vendeuse, si on y réfléchit bien. Débarquer comme ça dans la cabine.
‒ Oui. C'est vrai ça. T'aurais pu être toute nue.
‒ N'empêche qu'elle était quand même sacrément gonflée, cette vendeuse, si on y réfléchit bien. Débarquer comme ça dans la cabine.
‒ Oui. C'est vrai ça. T'aurais pu être toute nue.
Elle a éclaté de rire. On a éclaté de rire. Tous les deux. D'un rire complice.
* * *
Émilie est venue gratter à ma porte.
– Olivier est là. Il vient d'arriver. Tu manges avec nous ? Tu feras sa connaissance comme ça.
– Je veux pas vous déranger.
– Amène-toi au lieu de dire des âneries.
– Olivier est là. Il vient d'arriver. Tu manges avec nous ? Tu feras sa connaissance comme ça.
– Je veux pas vous déranger.
– Amène-toi au lieu de dire des âneries.
Pour pas déranger je dérangeais pas. Pas vraiment, non. Enfin, si on veut. Parce que… Et que je te papouille. Et que je te plonge la tête dans le corsage. Et que j'y fourrage du bout du nez. Et que je te glisse la main sous la robe. Et que je te la fais se contorsionner. Et qu'elle te lui grimpe sur ses genoux. Et qu'elle te l'enlace. Et qu'elle s'égare en bas.
Elle a brusquement relevé la tête, m'a regardé.
‒ Tu bandes, hein ?
Elle a brusquement relevé la tête, m'a regardé.
‒ Tu bandes, hein ?
Je n'ai pas répondu.
‒ Évidemment que tu bandes ! Oh, mais tu peux rester, hein, si tu veux !
‒ Évidemment que tu bandes ! Oh, mais tu peux rester, hein, si tu veux !
Je ne me suis pas fait prier.
Ils se sont encore embrassés, caressés. Et puis elle s'est levée, est allée se pencher, à l'équerre, sur la table de sa cuisine. Il lui a relevé la robe au-dessus des reins, il lui a sèchement baissé sa culotte et il l'a prise, là, à grands coups de boutoir qui l'ont fait hurler de bonheur.
Ils se sont encore embrassés, caressés. Et puis elle s'est levée, est allée se pencher, à l'équerre, sur la table de sa cuisine. Il lui a relevé la robe au-dessus des reins, il lui a sèchement baissé sa culotte et il l'a prise, là, à grands coups de boutoir qui l'ont fait hurler de bonheur.
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