00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Sous les toits — Chapitre 5 · Chapitre 6

29 minutes
1.7k

Auteur

Photo de profil de EntreDeux
EntreDeux
Histoires publiées
3
Chapitres publiés
17
Abonnés
29
J'aime cumulés
503
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

Ce qui retient vraiment, c'est la précision avec laquelle le chapitre rend chaque microdécision d'Elsa — le moment où elle ne croise pas les bras, celui où elle ne recule pas. La scène d'habillage chez Camille est particulièrement juste : la robe verte qui « devient presque graphique » sur ce corps qu'Elsa apprend à voir autrement, la brassière tirée par une bretelle comme un trophée absurde — c'est drôle et tendre à la fois. On aime la façon dont le récit laisse les émotions exister sans jamais les commenter à la place du lecteur.

Sous les toits

Chapitre 5 · Chapitre 6

Chapitre 6 — La soirée
Le vendredi arriva plus vite qu’Elsa ne l’aurait cru. En quelques jours, l’université avait déjà cessé d’être entièrement étrangère : elle connaissait le chemin jusqu’aux amphithéâtres, savait à quelle machine le café était le moins mauvais et reconnaissait assez de visages pour ne plus traverser chaque couloir avec l’impression d’être observée. Elle demeurait pourtant attentive à ce qu’elle donnait d’elle-même. À dix-huit ans, elle n’avait pas encore cette facilité de Camille à entrer quelque part sans se demander quelle impression elle produisait. Elle calculait encore beaucoup : la tenue, la façon de se tenir, le moment où parler, celui où se taire. Seulement, depuis son arrivée à Paris, quelque chose se desserrait peu à peu.
Nina l’attendait devant l’amphithéâtre avec deux cafés. En apercevant Elsa, elle leva l’un des gobelets comme un trophée et annonça qu’elle avait enfin retenu sa commande. Cette attention dérisoire toucha Elsa plus qu’elle ne l’aurait voulu. Nina lui adressa ensuite cette accolade devenue presque habituelle en quelques jours, le bras passé autour de sa taille, le visage suffisamment proche pour que quelques boucles effleurent sa joue. Elsa ne se raidit plus. Elle sentit seulement, avec une précision désormais familière, la chaleur de ce corps plus petit contre le sien et cette petite accélération intérieure qu’elle ne cherchait plus à expliquer par la surprise.
Mathis les rejoignit un peu plus tard. Il portait un jean sombre et une chemise dont il avait retroussé les manches, et Elsa remarqua immédiatement ses avant-bras avant de se reprocher le caractère presque caricatural de cette observation. Il lui sourit, posa brièvement une main au milieu de son dos pour passer derrière elle dans le couloir et lui rappela qu’elle n’avait plus le droit de se décommander pour la soirée. Le contact fut bref, banal, mais il lui plut. Elsa éprouva alors une sensation presque rassurante : rien de ce que Camille ou Nina faisaient naître en elle n’avait effacé l’attirance simple qu’elle pouvait éprouver pour un garçon.
Pendant le cours, Nina lui montra discrètement sur son téléphone l’adresse de la soirée. Il ne s’agissait pas d’une grande fête universitaire organisée dans une salle impersonnelle, mais d’un appartement prêté par les parents d’un étudiant, assez vaste pour accueillir une quarantaine de personnes. Nina avait déjà décidé qu’elles s’y retrouveraient vers vingt et une heures. Mathis, assis deux rangs plus bas, se retourna au même moment et leva les sourcils dans leur direction. Nina répondit d’un signe théâtral qu’Elsa interpréta sans difficulté : il vérifiait encore qu’elle viendrait. Cette insistance lui faisait plaisir autant qu’elle la mettait mal à l’aise.
À midi, la conversation dériva sur les relations passées. L’un des étudiants de leur groupe racontait une séparation estivale et Nina finit par demander à Elsa si elle avait laissé quelqu’un derrière elle. Elsa pensa immédiatement à Hugo. Ils étaient sortis ensemble pendant presque un an, entre la terminale et le début de l’été. Rien de tragique n’avait provoqué leur rupture ; ils avaient simplement compris que la distance, les études et leurs projets différents transformeraient rapidement leur relation en obligation. Elsa garda de lui un souvenir tendre, mais surtout la certitude qu’elle l’avait réellement désiré. Elle se rappela leurs premiers baisers maladroits, l’excitation qu’elle éprouvait lorsqu’il posait une main à sa taille, la façon dont elle attendait parfois qu’il se rapproche davantage. Ce souvenir avait désormais une importance nouvelle : les garçons n’avaient jamais été pour elle une convention adoptée faute d’avoir imaginé autre chose.
Elle répondit simplement qu’elle avait eu un petit ami au lycée et qu’ils s’étaient séparés avant son départ. Mathis ne fit aucun commentaire, mais son regard resta quelques secondes sur elle. Nina, elle, voulut savoir s’il était beau. Elsa éclata de rire et répondit qu’elle le trouvait beau à l’époque, ce qui provoqua une protestation amusée sur l’injustice de cette formulation. La conversation passa rapidement à autre chose, mais Elsa garda conscience de Mathis à côté d’elle. Pour la première fois, elle se demanda non pas s’il lui plaisait, mais si elle lui plaisait assez pour qu’il tente réellement quelque chose.
Cette question occupa encore une partie de son trajet lorsqu’elle rentra en fin d’après-midi. Dans l’ascenseur, elle se regarda dans le miroir et eut immédiatement l’impression d’être vêtue comme pour une journée de cours, ce qui était exactement le cas. Son jean flottait toujours un peu sur ses cuisses et son tee-shirt lui semblait soudain trop sage. Elle aurait pu monter directement dans sa chambre et improviser seule. Pourtant, en passant devant la porte de Camille, elle hésita à peine avant de sonner. Elle se disait qu’elle avait seulement besoin d’un avis sur une tenue ; elle savait très bien qu’une autre partie d’elle cherchait surtout une raison de passer quelques minutes avec Camille avant de sortir.
Camille ouvrit avec un dossier sous le bras. Elle venait de terminer une consultation à domicile et portait encore une tenue professionnelle simple, pantalon clair et chemisier souple. Elsa lui annonça qu’elle avait finalement accepté la soirée dont elle lui avait parlé. La réaction de Camille fut immédiate : elle posa son dossier et lui demanda ce qu’elle comptait mettre. Elsa désigna sa propre tenue avec une grimace suffisamment claire pour provoquer un sourire. Quelques minutes plus tard, elles se trouvaient dans la chambre de Camille devant une penderie qui confirmait ce que celle-ci avait déjà avoué : elle possédait beaucoup trop de vêtements.
Elsa n’était encore jamais véritablement entrée dans la chambre conjugale. Elle en avait aperçu la porte, savait que la suite possédait sa propre salle d’eau, mais l’espace lui était resté étranger. La pièce était grande sans être ostentatoire, dominée par un lit aux lignes simples et deux hautes fenêtres. La partie de dressing réservée à Camille occupait presque tout un mur ; Jean avait manifestement beaucoup moins besoin d’espace. Cette disproportion fit sourire Elsa, qui observa les robes suspendues les unes à côté des autres avec l’impression de pénétrer dans une version adulte et beaucoup plus coûteuse de ce qu’avait toujours été sa propre armoire.
Camille sortit plusieurs tenues. Elle écartait rapidement celles qu’elle jugeait trop habillées et posa finalement sur le lit une robe d’un vert sombre, très simple, avec de fines bretelles et un dos assez dégagé. La longueur conviendrait forcément : elles mesuraient exactement la même taille. Le reste était moins certain. Elsa prit la robe, la regarda contre elle puis jeta un coup d’œil à la poitrine de Camille avec cette familiarité nouvelle qui lui permettait désormais de plaisanter sur leur différence sans ressentir immédiatement une blessure. Elle pensa à la première fois où elle avait dit qu’un vêtement de Camille ne tomberait jamais pareil sur elle. Quelques jours seulement avaient suffi pour que cette comparaison cesse d’être entièrement douloureuse.
Elle se changea dans la salle de bains attenante, plus par réflexe que par nécessité. Lorsque la robe glissa sur elle, elle comprit aussitôt ce que Camille voulait dire depuis plusieurs jours en parlant de vêtements qui pouvaient tomber différemment sans tomber moins bien. Le tissu ne formait évidemment pas le même décolleté que sur Camille. Sur Elsa, il suivait une ligne beaucoup plus discrète, presque droite, puis descendait près du corps jusqu’à ses hanches étroites. La robe mettait surtout en valeur sa longueur, son cou, ses épaules et ses jambes. Pour la première fois, l’absence de poitrine ne lui donna pas le sentiment qu’un vêtement lui manquait de quelque chose.
Elle ressortit tout de même avec les bras légèrement croisés. Camille la regarda longuement, non pas avec l’attention clinique qu’elle avait lors des soins, mais comme une femme jugeant réellement une tenue sur une autre. Elsa sentit son ventre se contracter sous ce regard. Camille finit par dire que la robe avait probablement trouvé une meilleure propriétaire qu’elle. Le compliment toucha Elsa précisément parce qu’il ne cherchait pas à nier leur différence de silhouette. Puis Camille désigna les bretelles de la brassière qui apparaissaient dans le dos et le problème devint évident sans qu’elle ait besoin de l’expliquer.
Elsa avait presque oublié qu’elle l’avait remise le matin. Son irritation était largement résorbée et elle avait retrouvé par prudence sa vieille habitude pour l’université. Avec cette robe, pourtant, la brassière cassait complètement la ligne du dos. Elsa le voyait elle-même. Cette fois, elle ne se cacha pas dans la salle de bains. Elle se tourna seulement dos à Camille, glissa les mains sous la robe et dégrafa la brassière. Il fallut un peu de contorsion pour la faire passer sous le tissu sans se déshabiller entièrement ; lorsqu’elle finit par la tirer par une bretelle et la posa sur le lit, Camille éclata de rire devant son air de victoire, et Elsa rit aussi.
Le tissu de la robe se posa directement sur sa poitrine. Ses tétons réagirent presque aussitôt au contact plus frais et Elsa les vit se marquer légèrement dans le miroir. Son vieux réflexe revint : elle leva les mains vers sa poitrine avant de les laisser retomber. Camille n’avait pas besoin de rappeler son discours. Elsa connaissait désormais la différence entre vouloir cacher quelque chose parce qu’elle le choisissait et croire qu’elle devait le cacher parce que son corps avait tort d’être ainsi. Elle resta pourtant très consciente de cette sensibilité particulière, de ces pointes qui se dressaient facilement au froid, à l’émotion ou au plaisir et qu’elle avait passé des années à considérer comme une gêne.
Camille s’approcha pour ajuster l’une des fines bretelles. Ses doigts passèrent près de l’épaule d’Elsa, puis dans son dos pour raccourcir légèrement le tissu. Elsa regardait leur reflet. Elles avaient exactement la même hauteur, la même robe aurait pu appartenir à l’une ou à l’autre, et pourtant leurs corps la transformaient complètement. Sur Camille, elle imaginait un décolleté plus plein, une taille plus marquée par le contraste avec les hanches ; sur elle, la robe devenait presque graphique, faite de lignes longues et fines. Cette fois, la comparaison ne lui fit pas mal. Elle éprouva même quelque chose de nouveau : la possibilité que sa propre silhouette possède une beauté qui ne soit pas seulement la version incomplète de celle d’une autre femme.
Camille recula et demanda si elle était à l’aise. Elsa répondit oui. Elle l’était réellement, même si la présence de la jeune femme derrière elle rendait sa poitrine plus sensible sous le tissu qu’elle ne voulait se l’avouer. Camille eut alors ce sourire qu’Elsa commençait à reconnaître avant une plaisanterie et lui demanda si elle souhaitait pousser jusqu’au bout l’expérience estivale dont elles avaient parlé après la piscine. Elsa comprit immédiatement qu’elle faisait allusion à l’absence de culotte sous une robe et sentit son visage chauffer. Elle secoua la tête en riant : sortir sans brassière était déjà largement suffisant pour une soirée. Camille répondit que c’était très bien ainsi et qu’il fallait garder quelques nouveautés pour plus tard.
Jean rentra alors qu’Elsa terminait de se préparer. Il les trouva dans le salon, Camille assise sur l’accoudoir d’un fauteuil et Elsa debout devant le grand miroir. Il salua la jeune femme, la regarda avec un sourire bienveillant et lui dit simplement qu’elle était très élégante. Elsa le remercia. Son compliment lui fit plaisir d’une manière différente de celui de Camille : il venait d’un homme, d’un homme qu’elle trouvait objectivement séduisant malgré son âge, et elle ressentit de nouveau cette satisfaction familière d’être remarquée. Le fait de pouvoir éprouver cela tout en désirant la femme de cet homme lui sembla encore vertigineux.
Avant qu’elle parte, Camille lui prêta une veste légère. Elle lui recommanda surtout de profiter de la soirée au lieu de passer son temps à vérifier si sa robe bougeait correctement. Elsa promit sans conviction. Au moment de franchir la porte, Camille ajouta qu’elle pouvait appeler si elle avait le moindre problème et qu’elle viendrait la chercher, quelle que soit l’heure. Cette sollicitude ramena un instant Elsa à ses dix-huit ans et à la différence d’âge qui existait entre elles. Elle en éprouva une tendresse inattendue, presque plus troublante que les plaisanteries sur les sous-vêtements.
Nina fut la première à la voir lorsqu’Elsa entra dans l’appartement de la soirée. Elle resta bouche ouverte une fraction de seconde, puis son regard passa de la robe verte au visage d’Elsa avec une franchise qui lui donna immédiatement chaud. Son petit appareil photo pendait cette fois à son cou. Elle prit Elsa par les deux mains, la fit tourner sur elle-même et déclara qu’elle n’avait pas le droit de s’habiller ainsi après avoir prétendu pendant une semaine qu’elle ne savait pas quoi mettre. Puis, avant même qu’Elsa ait le temps de reprendre une pose, Nina leva l’appareil. « Je peux ? » demanda-t-elle. Elsa pensa à son refus du premier jour, à l’image dans la vitre qu’elle avait finalement gardée, et répondit oui.
Nina ne lui demanda pas de sourire. Elle attendit simplement qu’un étudiant appelle Elsa derrière elle. Au moment où celle-ci se retourna en riant, elle déclencha. Sur l’écran apparut une Elsa qu’elle connaissait mal : la tête légèrement rejetée en arrière, les épaules droites, la robe suivant ses longues jambes, aucune main occupée à tirer sur un tissu ou à cacher sa poitrine. « Celle-là, tu ne la supprimes pas », dit Nina. Elsa regarda encore. Pour la première fois, elle comprit concrètement ce que Nina voulait dire lorsqu’elle parlait des gens qui oubliaient qu’on les regarde.
Mathis, lui, ne réussit pas davantage à masquer sa réaction. Lorsqu’il les rejoignit avec trois verres, il ralentit franchement en apercevant Elsa. Son regard descendit une seconde vers la robe avant de revenir à son visage. Il lui dit qu’elle était magnifique avec une simplicité qui rendit le compliment beaucoup plus efficace qu’une phrase travaillée. Elsa sentit ses joues chauffer, mais cette fois elle ne chercha pas à réduire la remarque en parlant de sa maigreur ou de la robe empruntée. Elle répondit seulement merci. Entre le regard de Nina quelques secondes plus tôt et celui de Mathis maintenant, elle éprouva pour la première fois le trouble très concret d’être désirée de deux directions différentes.
La soirée commença facilement. Elsa connaissait déjà assez de monde pour ne pas rester accrochée à Nina et Mathis, mais elle revenait régulièrement vers eux. La musique était forte sans rendre toute conversation impossible. Les fenêtres ouvertes laissaient entrer l’air encore doux de septembre. Très vite, Elsa cessa de penser à l’absence de brassière. Elle avait eu raison de faire confiance à la robe : le tissu restait en place, et ce qui lui avait semblé énorme devant le miroir de Camille était invisible pour le reste du monde. Elle remarqua seulement que sa poitrine réagissait davantage au courant d’air, au mouvement du tissu et parfois, plus troublant encore, à la proximité de quelqu’un qui lui plaisait.
Mathis lui proposa de danser lorsque le salon se vida un peu. Elsa accepta. Au début, ils gardèrent cette distance prudente de deux personnes qui ne savent pas encore ce qu’elles s’autorisent. Puis la foule les rapprocha. Une main de Mathis se posa à sa taille pour éviter qu’un autre étudiant ne la heurte. Elsa sentit immédiatement la chaleur de sa paume à travers la robe. Le geste lui plut. Elle leva les yeux vers lui et trouva son visage beaucoup plus proche qu’elle ne l’avait prévu. Il ne l’embrassa pas tout de suite, et cette retenue augmenta presque son désir parce qu’elle reconnaissait ce moment familier où chacun attend que l’autre fournisse un signe.
Elsa sourit et ne recula pas lorsqu’il se pencha légèrement. Leur premier baiser fut bref. Il eut le goût du vin blanc et quelque chose de maladroit qui le rendit immédiatement réel. Elsa éprouva une joie presque disproportionnée : elle avait voulu ce baiser, et son corps le confirmait sans ambiguïté. Quand Mathis se rapprocha de nouveau, elle posa spontanément une main derrière sa nuque et répondit davantage. La main du garçon resta à sa taille, respectueuse mais ferme ; le tissu de la robe bougea légèrement sur sa poitrine et la sensibilité de ses tétons ajouta à la sensation une intensité qu’elle n’avait pas anticipée. Elle connaissait ce désir-là. Il ne lui faisait pas peur.
Lorsqu’ils se séparèrent, Nina se trouvait à quelques mètres. Elle avait visiblement vu au moins la fin du baiser. Elle leva son verre en direction d’Elsa avec un sourire moqueur, puis détourna ostensiblement les yeux. Elsa rit, mais quelque chose en elle chercha immédiatement à savoir ce que signifiait cette expression. De l’amusement, certainement. Une complicité, probablement. Une pointe de jalousie ? Elle se détesta presque de vouloir que cette troisième possibilité soit vraie. Mathis resta encore quelques minutes près d’elle avant qu’un ami ne l’entraîne dans une autre pièce, et Nina profita de son départ pour venir saisir la main d’Elsa.
Elles dansèrent ensemble sans que Nina pose la moindre question sur le baiser. Elle était spontanée, tactile, beaucoup moins prudente que Mathis. Ses mains se posaient parfois sur les bras d’Elsa, puis sur sa taille lorsqu’elles devaient se rapprocher pour laisser passer quelqu’un. Elle venait parler près de son oreille lorsque la musique couvrait leurs voix, et ses cheveux effleuraient alors la joue d’Elsa. Quelques minutes auparavant, Elsa avait eu envie que Mathis l’embrasse ; elle sentait encore le souvenir de sa bouche sur la sienne. Pourtant, lorsque Nina recula en riant et que leurs visages restèrent très proches, Elsa surprit son propre regard descendre vers ses lèvres.
Elle détourna les yeux presque aussitôt. Nina, cependant, avait vu. Son sourire changea imperceptiblement. Il perdit quelque chose de son amusement public et devint plus attentif, plus calme. Elle ne fit aucun geste spectaculaire. Elle continua simplement à danser encore quelques secondes, puis proposa d’aller prendre un peu d’air près de la fenêtre du couloir, où la musique arrivait assourdie. Elsa la suivit avec le sentiment déraisonnable que tout le monde devait deviner ce qui se passait alors qu’il ne s’était encore rien passé du tout.
Près de la fenêtre, elles restèrent un instant silencieuses. Nina regardait la rue en contrebas, puis Elsa. Elle lui demanda si le baiser de Mathis lui avait plu. Elsa répondit oui sans hésiter. Nina sourit, mais son regard ne quitta pas le sien. Après un nouveau silence, elle lui demanda avec une simplicité qui déstabilisa complètement Elsa si elle avait aussi envie de l’embrasser, elle. La question ne contenait ni provocation ni plaisanterie. Elsa sentit son cœur accélérer si brusquement qu’elle en eut presque honte. Elle aurait pu se réfugier derrière l’incertitude, dire qu’elle ne savait pas, demander à Nina ce que cela signifiait. Elle se contenta d’acquiescer.
Nina s’approcha lentement, lui laissant tout le temps de reculer. Elsa ne bougea pas. Le premier contact de leurs lèvres fut bref, presque expérimental, mais suffisamment long pour qu’elle sente leur douceur et le souffle de Nina contre sa joue. Ce qui la bouleversa ne fut pas une différence spectaculaire avec Mathis, mais justement l’absence de quelque chose d’étrange ou d’impossible. La bouche de Nina était simplement une bouche qu’elle avait envie de sentir davantage. Son parfum lui était déjà familier à force d’accolades, ses boucles frôlaient sa tempe et la main légère posée sur son avant-bras suffisait à rendre sa peau extraordinairement consciente de tout le reste. Quand Nina se recula de quelques centimètres, Elsa sentit une chaleur très nette dans son ventre et une sensibilité immédiate dans sa poitrine sous la robe. Son corps avait répondu avant qu’elle ait eu le temps de formuler une seule conclusion.
Nina chercha son regard, comme pour vérifier qu’elle n’avait pas franchi une limite. Ce fut Elsa qui revint vers elle. Elle posa une main contre sa joue, geste qui lui parut incroyablement audacieux au moment même où elle l’accomplissait, et l’embrassa une seconde fois. Le baiser dura davantage et cessa presque aussitôt d’être prudent : leurs lèvres s’ouvrirent légèrement, Nina se rapprocha jusqu’à ce que leurs corps se touchent et ses doigts se refermèrent doucement à la taille d’Elsa. La différence de leurs silhouettes devint soudain physique, Nina plus petite et plus ronde contre le corps long et mince d’Elsa, et cette proximité fit durcir ses mamelons sous le tissu fin de la robe. Elsa sentit la réaction avec une netteté presque embarrassante. Elle ne recula pas. Au contraire, elle prolongea encore le baiser jusqu’à manquer légèrement d’air. Il ne lui restait plus aucune possibilité sérieuse de prétendre qu’il ne s’agissait que de curiosité : elle désirait Nina, autrement que Camille et autrement qu’un garçon, mais réellement.
Lorsqu’elles se séparèrent, Nina eut un petit rire nerveux qui rassura presque Elsa. Elle lui avoua qu’elle se demandait depuis leur deuxième jour si Elsa la regardait autrement ou si elle imaginait tout. Elsa fut abasourdie par l’idée que ses efforts de discrétion aient été aussi peu efficaces. Nina ajouta qu’elle ne voulait rien compliquer et qu’elle n’avait elle-même aucune envie de décider immédiatement ce que cela devait devenir. Cette absence de déclaration solennelle soulagea Elsa. Elle n’avait pas besoin de choisir entre une amitié, une aventure ou quelque chose de plus avant même d’avoir compris ce qu’elle ressentait. Il leur suffisait, pour l’instant, de savoir que le baiser leur avait plu à toutes les deux.
Elles retournèrent dans le salon ensemble. Elsa éprouva pendant quelques minutes la sensation absurde d’être différente alors que personne autour d’elles ne pouvait savoir ce qui venait de se produire. Mathis réapparut avec un verre d’eau et lui sourit comme auparavant. Il n’avait manifestement rien vu. Cette ignorance lui rappela qu’un baiser n’était pas encore une histoire et qu’elle n’avait promis quoi que ce soit à personne. Elle ne ressentit pas le besoin de courir vers lui pour équilibrer ce qui venait de se passer avec Nina.
Un peu plus tard, ils se retrouvèrent tous les trois dans la cuisine avec quelques autres étudiants. Mathis plaisanta sur le fait que Nina monopolisait Elsa depuis un moment. Nina répondit qu’il avait déjà obtenu une danse et qu’il fallait apprendre à partager les amis. Le mot « amis » passa sans provoquer de drame. Elsa remarqua seulement que Nina, tout en parlant, posa brièvement deux doigts sur son poignet. Le secret du baiser demeurait entre elles. Mathis restait séduisant, agréable, et déjà moins central qu’une heure auparavant.
Vers une heure du matin, Elsa décida de rentrer. Nina voulait rester encore pour photographier la fin de la soirée ; elle venait de découvrir la cuisine encombrée de verres et prétendait que les fêtes devenaient intéressantes quand elles commençaient à se défaire. Mathis proposa de raccompagner Elsa jusqu’au métro. Elle accepta. Dans la rue, ils parlèrent du cours du lundi et de la soirée. À l’entrée de la station, il lui demanda simplement si leur baiser lui avait plu. Elsa répondit oui. Lui aussi, dit-il, puis il ajouta avec un sourire qu’ils n’étaient pas obligés de décider tout de suite s’il fallait en faire quelque chose. Cette phrase lui convint parfaitement. Ils se quittèrent sur une accolade, sans second baiser. L’attirance était réelle ; elle n’avait pas besoin de devenir une intrigue.
La lumière était encore allumée sous la porte de Camille. Elsa aurait pu continuer directement jusqu’à sa chambre. Il était tard et elle n’avait aucune raison de déranger qui que ce soit. Pourtant elle portait la robe et la veste de Camille, et une partie d’elle avait surtout envie de la voir. Elle hésita, puis frappa doucement. Camille ouvrit presque immédiatement. Elle avait retrouvé l’ensemble de satin qu’Elsa avait découvert lors de son premier matin dans l’appartement : un short et une veste légère, nouée sans rigidité à la taille. Ses jambes étaient nues, ses cheveux courts légèrement désordonnés, et sa peau gardait cette teinte chaude qui semblait encore plus profonde dans la lumière douce du couloir.
Elsa éprouva un choc presque comique devant la rapidité avec laquelle le désir pouvait encore changer de visage. Elle avait embrassé Mathis moins d’un quart d’heure auparavant, gardait encore sur les lèvres le souvenir de Nina, et pourtant le simple fait de voir Camille dans ce satin suffisait à réveiller cette attraction plus profonde et plus compliquée qui l’accompagnait depuis son arrivée. Camille regarda l’heure puis le visage d’Elsa et comprit immédiatement que la soirée s’était bien passée. Elle l’invita quelques minutes dans la cuisine. Jean dormait déjà ; il devait repartir tôt le lendemain.
Camille observa le sourire qu’Elsa essayait encore de contenir et demanda si la soirée en était responsable. Elsa sentit ses joues chauffer. Elle admit que Mathis l’avait embrassée et que le baiser lui avait plu. Elle ajouta aussitôt, presque pour elle-même, qu’ils n’avaient rien décidé et que cela lui allait très bien. Camille eut un sourire bref, comme si cette absence de drame lui paraissait saine.
Elle aurait pu s’arrêter là. Pourtant le souvenir de Nina s’imposa avec une telle force qu’Elsa comprit qu’elle ne voulait pas le cacher à Camille, au moins pas ce soir-là. Elle baissa les yeux vers sa tasse et ajouta, après une hésitation nettement plus longue, que Nina l’avait embrassée aussi. Pour la première fois depuis qu’elle connaissait Camille, Elsa vit son expression perdre une fraction de seconde sa parfaite maîtrise. Ce ne fut presque rien : les doigts qui tenaient la tasse s’immobilisèrent, le regard resta fixé sur elle un peu plus longtemps. Puis Camille demanda simplement : « Et ? »
Elsa releva les yeux. Elle pouvait encore sentir les deux expériences de la soirée comme deux souvenirs physiques distincts : la main de Mathis à sa taille pendant la danse, les boucles de Nina contre sa joue, la familiarité de l’un, la découverte vertigineuse de l’autre. Elle répondit que les deux baisers lui avaient plu, mais que celui de Nina avait ouvert quelque chose qu’elle avait envie d’explorer. Camille resta silencieuse une seconde, puis son visage s’adoucit. Elle ne transforma pas cette phrase en définition. Elle dit seulement qu’Elsa n’était pas obligée de faire de chaque attirance une relation pour qu’elle soit vraie.
Le mot bisexualité vint à Elsa avec moins de fracas que les fois précédentes. Il ne ressemblait plus à une définition qu’elle aurait dû accepter ou rejeter, mais à une façon possible de décrire ce qu’elle venait de vivre. Hugo avait été un amour réel, Mathis pouvait lui plaire sans devenir son petit ami, Nina pouvait lui donner envie de recommencer un baiser, et Camille occupait encore une autre place. Elle n’avait pas besoin de fabriquer une symétrie parfaite entre hommes et femmes pour rendre son désir cohérent.
Camille lui demanda si Nina avait semblé aussi troublée qu’elle. Elsa raconta rapidement la question près de la fenêtre, le premier baiser initié par Nina puis le second qu’elle avait elle-même choisi. Elle observa Camille pendant qu’elle parlait, malgré elle attentive au moindre changement d’expression. Camille l’écoutait avec sérieux, sans sourire cette fois. Elle fit seulement remarquer que Nina avait eu le mérite d’être claire et de lui laisser la possibilité de reculer. Puis elle ajouta qu’Elsa n’était pas obligée de décider dès demain ce que cela signifiait avec Mathis ou avec Nina. Elle pouvait simplement apprendre à connaître chacun et surtout à se connaître elle-même.
Un silence s’installa. La veste de satin de Camille s’était légèrement ouverte lorsqu’elle s’était appuyée contre le dossier de sa chaise. Elsa apercevait la ligne de son décolleté, cette peau dorée qu’elle avait déjà tant regardée, et sentit son désir revenir avec une force presque ironique. Elle venait de confesser deux baisers à Camille ; cela aurait dû occuper tout l’espace. Au lieu de cela, elle se surprenait encore à imaginer la bouche de cette femme mariée. L’idée lui fit comprendre que Camille avait raison : la soirée lui avait donné une réponse, mais certainement pas toutes les réponses.
Camille remarqua que la robe avait très bien supporté la soirée sans brassière. Elsa rit et reconnut qu’elle avait fini par ne plus y penser. La remarque allégea l’atmosphère, et Camille retrouva un peu de son ton joueur en demandant si elle avait également tenté l’autre partie de leur expérience. Elsa secoua la tête : elle avait gardé sa culotte. Camille répondit que c’était probablement plus raisonnable pour une première soirée étudiante et ajouta, avant de sourire, que Paris ne manquerait pas d’occasions. Elsa pensa aussitôt au vestiaire, au jean porté sans rien dessous et à leur promesse à moitié sérieuse de sortir un jour toutes les deux sous une robe sans sous-vêtements.
Elle se leva finalement pour remonter. Camille lui proposa de garder la robe quelque temps. Elsa protesta qu’elle lui appartenait, mais Camille répondit qu’elle la portait mieux qu’elle et qu’il serait idiot de la remettre au fond d’une penderie. Elsa accepta. En se penchant pour récupérer sa veste, elle sentit le tissu glisser légèrement sur sa poitrine. Le frais de la pièce raffermit aussitôt ses tétons. Quand elle se redressa, elle croisa le regard de Camille et fut presque certaine que les yeux de la jeune femme avaient quitté son visage une seconde plus tôt. Le doute fut bref, impossible à prouver, mais suffisamment puissant pour suspendre le geste d’Elsa.
Dans l’escalier, son téléphone vibra. Mathis avait écrit : « Bien rentrée ? Bonne nuit. » Elsa répondit oui, ajouta qu’elle avait passé une très bonne soirée et posa presque déjà le téléphone lorsqu’un message de Nina apparut. Nina voulait savoir si elle était bien arrivée, puis ajoutait : « J’ai encore envie de t’embrasser. » Elsa resta immobile entre deux étages. Elle répondit d’abord qu’elle était rentrée, puis, après quelques secondes, écrivit : « Moi aussi. » Cette phrase produisit dans son ventre un effet que le message parfaitement gentil de Mathis n’avait pas produit.
Elle relut son propre message plusieurs fois. Le choix n’avait rien d’une déclaration définitive. Elle ne venait pas de décider qu’elle n’aimerait plus jamais un garçon, ni même que Nina deviendrait forcément sa petite amie. Elle savait seulement vers qui elle avait envie d’avancer maintenant. Quelques mètres plus bas, Camille ajoutait encore à cette soirée une attraction d’une autre nature, la plus intense et la moins accessible, celle qu’Elsa n’avait pas touchée et qui, précisément pour cette raison, occupait parfois plus de place que toutes les autres.
En entrant dans sa chambre, Elsa retira lentement la robe de Camille et la suspendit avec soin. Son corps apparut dans le miroir, long, très mince, presque dépourvu de poitrine, exactement le même qu’une semaine auparavant. Pourtant elle ne le regardait plus de la même façon. Nina avait eu envie de l’embrasser et de la photographier. Mathis l’avait trouvée désirable. Camille, peut-être, l’avait regardée autrement qu’elle ne voulait encore se l’avouer. Elsa passa une main sur son épaule puis sur la ligne de sa taille, non pour vérifier un défaut mais simplement pour sentir qu’elle était là.
Elle pensa à Hugo, à ce premier baiser de Mathis qui avait été agréable sans lui donner envie de bâtir une histoire, puis à Nina et à Camille. L’ordre n’avait aucune importance. Ce qui comptait était que son passé avec un garçon restait vrai, que son attirance pour un autre pouvait rester légère, et qu’elle pouvait en même temps désirer des femmes. Le mot bisexualité lui convenait peut-être. Elle aurait le temps de savoir exactement ce qu’elle en ferait.
Elle se glissa sous la couette avec son téléphone. Nina lui envoya la photographie prise au début de la soirée. Elsa l’ouvrit encore une fois. Elle se vit rire dans la robe verte, grande, mince, visible et pourtant étrangement libre. Puis l’image de Camille dans sa veste de satin revint, avec le bref arrêt de son regard lorsqu’Elsa avait dit : « Nina aussi. » C’était peut-être seulement de la surprise. Elsa le savait. Elle n’avait aucun droit de transformer chaque silence de Camille en promesse. Pourtant cette fraction de seconde resta la dernière image de la soirée.
Pour la première fois, Elsa ne ressentit pas le besoin de transformer chaque personne qui lui plaisait en possibilité amoureuse. Mathis lui avait confirmé quelque chose qu’elle connaissait déjà ; Nina lui avait ouvert une porte qu’elle avait à peine osé imaginer. Camille, elle, demeurait de l’autre côté d’une porte encore fermée. Elsa éteignit enfin son téléphone et ferma les yeux. Son désir n’avait pas une seule direction, mais toutes les directions ne menaient pas au même endroit.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Gras
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 6 · Chapitre 7
Elsa attend Nina dans sa chambre sous les toits — et se surprend à ranger, choisir sa tenue, retourner chaque détail de la pièce avec les yeux d'une autre. Quand Nina arrive avec son appareil photo et son sourire direct, la petite pièce devient un espace à part, suspendu entre curiosité et désir naissant. Entre deux baisers et trois photographies, quelque chose de plus doux que la séduction s'installe. Et Elsa commence à comprendre que ce samedi après-midi ne ressemblera à aucun autre.
25 minutes
1.9k
47
12
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 15 commentaires
Photo de profil de Ana_Lisa
Ana_Lisa
20 octobre 2026 à 20:40
Chapitre très réussi. Sentiments et gestes très crédibles. Toujours très joliment raconté. Bravo.
Tof_BZH
19 octobre 2026 à 21:43
L'une de mes histoires préféré du moment, vibrante Elsa qui se découvre dans ses relations avec son entourage, qui emportera son cœur j'ai hâte de le savoir.
Photo de profil de Moutcho
Moutcho
19 octobre 2026 à 17:09
J'adore ça commence à se préciser et je me demande la quel elle va choisir Camille ou Nina 
On va attendre le prochain chapitre
Photo de profil de hinéros
hinéros
18 octobre 2026 à 22:19
Un chemin initiatique à rebondissements. Un choix qui ne se décide pas encore malgré le goût de l'interdit que représente Camille.
Photo de profil de mozart
mozart
18 octobre 2026 à 10:41
Elsa progresse doucement, surement, vers le croisement de sa vie. Son choix sera le sien. Agréable à suivre. Merci
Photo de profil de Azimuteur
Azimuteur
18 octobre 2026 à 08:41
"Elle savait seulement vers qui elle avait envie d'avancer". Les choix s'affirment, au lecteur d'imaginer la suite. Je regrette cependant que le livre s'arrête là. Je ne parle pas d'une éventuelle frustration sur l'absence de scène explicites mais l'écriture est telle que je redemanderais la description des sentiments mêlés d'Elsa... Vis à vis de Camille notamment...
Photo de profil de Folgi74
Folgi74
18 octobre 2026 à 08:17
La situation évolue … les sentiments se révèlent … l’exploration se poursuit … j’adore … texte magnifiquement écrit et une suite à venir prometteuse… J ai hâte.

Histoires similaires

✦ Vanadis SOUS LA ROBE DE LA MARIÉE XSTORY
SOUS LA ROBE DE LA MARIÉE
Chapitre 1
Par Vanadis
254
6
20k
Lesbiennes
✦ Anthynéa Léa et Camille XSTORY
Léa et Camille
Chapitre 1
Par Anthynéa
92
3
26.8k
Lesbiennes
✦ Vanadis L'ÉTÉ DE TOUTES LES PREMIÈRES FOIS XSTORY
L'ÉTÉ DE TOUTES LES PREMIÈRES FOIS
Chapitre 1
Par Vanadis
170
8
9.4k
Lesbiennes
✦ Teträm Une Saint-Sylvestre pas comme les autres … XSTORY
Une Saint-Sylvestre pas comme les autres …
Chapitre 11
Par Teträm
62
3
2.7k
Hétéro
✦ Bimbo Aurora Transformer en soumise exhibitionniste XSTORY
Transformer en soumise exhibitionniste
Chapitre 6
Par Bimbo Aurora
3
0
112
Lesbiennes

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio